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Full text of "Le soulèvement des travailleurs d'Angeleterre en 1381"

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LE SOULÈVEMENT 



TRAVAILLEURS D\\NGLETERRE 

EX 1381 



•HdTAT FHKIÎES. I M l'H I M i;rii< 



ME MO IPv ES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTl': DE L'KCOLE DES CHARTES 
II 



LE SOULEVEMENT 

TRAVAILLEURS D'ANGLEÏEHRE 

EN 1381 

PA r. 

ANDRÉ RÉVILLE 

Professeur à l'Knseiinienient populaire supériiMu- ilo Paris 

KTl'DKS V.r DOCrMENTS Pllil-IKS AVEC UNE INTRODICTION II ISTolilyli: 

1' A I! 

CH. PETIT-DUTAILLIS 

Chargé fie cours à la Faculté des lettres de Lille 



c^ -^ ^t HI7 Cl^ "•:: ' 



PARIS 

A. PICARD ET FILS. ÉDITEURS 
Libraires de la Société de rKcole des Chartes et des Archiv is Xalionales 

S2, ItlK ISO.N'Al'AliTE, 82 

1898 



Marcel Poëte 




^Sù'i 



1 



PREFACE 



André liérille ètnil ne en IIolLinde, à liollerduin, de juirent.s frun- 
Çf'iis * , le ?S janvier J/^67. Sri f/unille rerinl en France qneh/ues 
années après et il commença ses études au ctdlèqe de Dieppe. Puis 
il entra au lycée Henri I\\, à Paris, et y termina son instruction 
secondaire. De ces premières études d'André Réville, je veux retenir 
ici et la constance de son labeur, récompensée par d'innombrables 
succès, et la solidité de sa culture littéraire. — il écrirait le latin avec 
une correction et une aisance peu fréquentes aujourd'hui — et surtout 
le (joùt qu'il manifestait pour les sciences ejracles. Dès cette époque 
cependant , et bien avant qu'il fût temps pour lui de choisir une 
carrière, il avait ?\isolu de se consacrer à l'histoire, qu il voyait culti- 
ver avec éclat dans sa famille même. Il entra, en JSS6, à l'Kcole des 
Chartes et il y fit de fortes études, qui eussent été plus brillantes 
encore s'il avait pu y employer tous ses moments. Mais il prépara en 
même temps à la Sorbonne la licence, puis Vagrégatirm. A l'Ecole des 
liantes-Etudes, il fut un des élèves les plus assidus de la conférence 
d'Histoire anglaise dirigée par M. Bémont. 

Ces travaux multiples ne le rebutaient pas un instant, n'altéraient 
jamais la sérénité de son humeur. Parmi les archivistes de la promo- 
tion / SfJO, qui ne se souvient de ICrcellent camarade qu'était André 
liérille, si affable, si discret cl, à l'occasion, de si bon conseil ? Il 
alliait à une rare intelligence les plus nobles dons du caractère et 
du cœur. Ceux qu'il a consolés de leurs déboires, réconfortés par sa 

1. Son pèi'O, aii.joiifd'liui professciiP au ('olK-gc ilc l-'ivinco, élail [)asleiii' de 
]l%lise reformée française de Rotterdam. 

A/cm, <•( (lor. lie l'Evule des Charles. — II, a 



II PHEFACE 

droite mison. (fiiidès par l'exemple de son énergie, n'ont pus oublié les 
bienfaits de su virile amitié. 

André Jiérille soutint sa thèse pour obtenir le diplôme d'archirisle- 
paléof/raphe en janvier l S90. Elle avait pour sujet un épisode impor- 
tant de l'histoire sociale de l'Angleterre. C'était une Etude sur le sou- 
lèvement des paysans dAnj^leterre sous Richard II, en 1381 ; la révolte 
dans les comtés de Hertford, SufToik et Norfolk. // avait fait deux 
voi/ages à Londres pour en recueillir les matériaux. Mais le temps lui 
avait mangue pour mettre en œuvre, à sa propre satisfaction, tous les 
éléments gu'il avait amassés au cours de ses recherches. ?\éanmoins il 
fut classé dans un bon rang. Il sortit troisième de l'Ecole, et la même 
année fui reçu second à l'agrégation d'histoire. Son apprentissage 
scientifique était terminé. Il obtint une bourse de voyage et séjourna 
pendant l'année I S90-1 89 1 en Angleterre pour reprendre jusque 
dans ses fondements le travail qu'il avait fait sur la rébellion de J 38 J 
et le transformer en thèse de doctoral es lettres. Sa tache le passionnait. 
Il se sentait déjà attiré vers l'histoire économique et sociale : décrire 
la condition des classes laborieuses dans les anciens âges ^ leurs 
croyances, leurs espoirs et leurs révoltes, lui paraissait à juste titre un 
travail plein d'intérêt et d'utilité. D'autre part, il étudiait depuis 
longtemps, avec un goût particulier.! le passé de l'Angleterre. Si Fran- 
çais qu'il fut par ses sentiments et la générosité de son cœur., il aimait 
et admirait les Anglais, leur sang-froid, leur énergie, leur joie de 
vivre et d'agir. 

Au mois de juillet 189/ , il repassa la Manche, sans avoir terminé 
des recherches qu'il ne devait jamais reprendre. 

De puissants intérêts l'appelaient à Paris. Il avait appris que le 
Conseil municipal voulait créer une nouvelle chaire dans l' Enseigne- 
ment populaire supérieur ; il s'agissait de professer l'Histoire du tra- 
vail. Bien ne pouvait mieux plaire à André Réville. Sa candidature 
réussit el il inaugura ses cours dans l'hiver de J 89/-/ 892. Quelques 
mois après, il épousait une jeune fille digne de lui. qui devint son 
intelligente et si'ire compagne dans la poursuite qu'il faisait du bien 
et de la science. L'union de ces deux jeunes êtres était si paisiblement 
harmonieuse , si parfaite , qu'elle semblait indestructible et destinée à 



PJIEFACE m 

défier loiis les oi'ac/es. On ne pouvait prévoir qu'elle se conlinueraïf 
bien lût dans la mort, comme elle avait commencé ilans la vie. On par- 
lait d'André Réville comme d'un homme heureux. Il l'était en effet et 
avait pleine conscience de l'être. 

Les trois dernières années de la vie de notre ami furent consacrées à 
l'élude approfondie de l'histoire économique et sociale. Les notes 
laissées par lui témoignent du prodigieux effort qu'il fournit alors et 
qui, ajouté aux fatigues antérieures, usa peut-être sa santé. Du reste, 
ces longs labeurs préparatoires n'alourdissaient nullement les cours 
qu'il faisait ; il rejetait résolument mille détails qu'il avait eu peine 
H réunir, mais qui auraient ralenti sans réelle utilité son exposé. 
Il n'était pas seulement un habile orateur, sachant mettre en ordre et 
exprimer ses idées; il prenait grand soin d'adapter ses leçons à l'in- 
telligence et à la culture du public qui les écoutait. Pénétré de l'im- 
portance des faits qu'il exposait et des idées qu'il semait, il voulait 
avoir beaucoup d'auditeurs, parce qu'il était sûr d'être utile : il avait 
foi dans l'histoire. Quelques mois avant sa mort, appelé à faire des 
conférences à Genève, il eut la satisfaction de parler avec un succès 
éclatant, devant un public bien plus nombreux encore que celui de 
l'Hôtel de \'ille. Au retour, il disait à ses amis combien il regrettait 
de voir l'attention du peuple parisien attirée par tant d'objets, parfois 
indignes d'intérêt, par tant de distractions, souvent peu relevées, com- 
bien il déplorait de ne réunir qu'une centaine d'auditeurs et de ne 
pouvoir donner à ses cours la portée d'un véritable enseignement 
populaire, pénétrant profondément dans l'âme de la foule. 

En pleine possession d'un talent déjà mùr, au seuil de la plus bril- 
lante carrière, André lîéville est mort parmi les siens, à Xeuv.ille-lès- 
Dieppe, le '-12 juillet J S 'J 1, emporté en trois jours par une maladie 
foudroyante. Il nous est particulièrement difficile de dire quelle 
émotion sa perte soudaine a produite parmi tous ceux qui lavaient 
connu. Un maître qui, peu de temps auparavant, l'avait pris pour 
collaborateur et avait eu le loisir d'apprécier son caractère et son 
esprit, M. (iiry, s'est fait l'écho d'un sentiment général, en prononçant 
sur sa tombe un éloge attristé, dont il nous permettra de citer ici 
quelques lignes : , 



PA 



^fS- 



IV IMIEI'ACE 

■■ Je inc sens impuis.sHnl ;i esprimer la douleur que nous avons 
tous ressentie à l;i nouvelle de celle mort imprévue, (jui h frappé 
soudainement ce jeune homme de vingt-sept ans, promis, semblait- 
il, à un long et glorieux avenir. Je me sens impuissant surtout à 
mesurer l'étendue de la perte i[ue nous avons faite. 
i< André lîéville semblait parmi nous un de ces rares privilégiés 
pour qui la vie n'a que des sourires et des promesses. Héritier d' un 
nom illustre et vénéré, il Joignait aux dons naturels les plus heu- 
reux les qualités d'àme les plus nobles qui constituaient en quelque 
sorte son patrimoine moral. Il avait l'intelligence ouverte et lucide., 
l'avidité de savoir et la persévérance, une facilité et une élégance 
d'élocution et de style que mailrisaienl l'horreur de la déclamation, 
le goût de la mesure et la plus sincère honnêteté de l esprit ; il avait 
à la fois la réflexion et l enthousiasme, la fierté et la modestie: il 
avait la beauté virile qui semblait refléter sa parfaite franchise et la 
noblesse de son caractère si ferme et si sur. Et tout cela harmonisé 
en un admirable équilibre. 

« A l'Ecole des Chartes, à la Eaculté des I^ettres, à l Ecole des 
Hautes-Etudes, il avait exercé sur tous ses maîtres une véritable 
attraction : il avait conquis l'affection, l'estime, je puis dire sans 
exagérer l'admiration de tous ses camarades. 

« Entouré de la tendresse d une famille nombreuse, il avait à son 
tour fondé une nouvelle famille en se choisissant une compagne ; un 
fils, gage nouveau d'espoir et de bonheur, venait de naître de cette 
union. Il semblait ainsi au début de la carrière et paraissait n'avoir 
fait encore qu amasser des forces pour la parcourir. (Quelle que dût 
être l'œuvre, il semblait que nous pouvions l'attendre avec confiance. 
Mais, hélas! nous comptions sans la mort*. » 
André Uéville avait toutes les qualités d'un historien; il eut à peine 
le temps de les montrer. Son (vuvre imprimée de son vivant se réduit à 
peu près à un compte-rendu détaillé du livre de Henri Baudrillart 

1. Le discours de M. Gii"y a été j)ul>lié en entier dans la Bihliotltèque de l'Ecole 
des Cliartes, ann. 1S91, p. ili et suiv. — ^'oy. aussi une pajre consacrée à la 
mémoire d'André I{é^■ilIe, jjarun des savants qui lavaient si cordialement accueilli 
en Aufrlclerrc, M. ^^■. Cuunin^^ham, dans : Transactions of lixe royal liistorical 
Sociel}/. Xcir Séries, t. IX, isnô, p. 215-216. 



PREFACE V 

sur Les populations agricoles de la France, où il critique vivement la 
niéfhncle ou plutôt le manque de méthode de Fauteur et indique avec 
netteté le plan qu'il aurait fallu suivre \' — à deux chapitres de 
/'Histoire générale, rédiijés en collaboration avec M. Girq'-; — enfin 
à l'étude approfondie d'une institution anfflaise , /"Abjuratio regni, 
application atténuée du droit d'asile, dont il est déjà question dans les 
textes du A'//'- siècle, et qui ne fut abolie qu'en lt]'J3'^. Quant aux 
cours qui furent professés par André Réville sur l'histoire des classes 
laborieuses en Occident depuis l'époque romaine jusqu'à la Révolution 
française, il ne nous en reste malheureusement que les plans. Du 
moins les quatre conférences qu'il fît à Genève sur Les paysans au 
moyen âge, et qu'il avait rédigées entièrement , ont-elles pu être 
publiées. Elles forment une brochure qui mérite d'être lue avec atten- 
tion ■*. Rien que forcément dépourvu de notes, ce travail donne souvent 
l'impression du contact direct avec les sources. On y trouvera l'ana- 
lyse très intéressante, malheureusement bien brève, de sermons 
subversifs puisés dans des manuscrits anglais, et principalement dans 
le recueil des œuvres de Nicholas Phillip, franciscain du XV'^ siècle. 
(Bodléienne d'Oxl'ord. Lat. Th. d. 1 . 

Assurément André Réville ne destinait pas ces quatre conférences à 
l'impression. On a pensé cependant ne point trahir sa mémoire, mais 
la servir au contraire , en offrant ces reliques de son travail au 
public, prévenu d'ailleurs qu'on lui présentait seulement une remar- 
quable ébauche. Les mêmes considérations nous ont guidé lorsque, 

1. Revue interna tionate de socioloffie. lévrier isgj. — Sij;nalons pour mémoire 
un compte-rendu des Cfiurtes des Utiertès anglaises, publiées par M. Bcniont. 
{Bihliotf}èque de l'École des Cfiartes. ann. 1S92, p. 153 el suiw . 

2. Tome II, ch. viii, Émancipation des villes, les communes, la bourgeoisie; — ch. 
i.\, Le commerce et l'industrie au moyen âge. Ces pag:es ont été rédigées par 
André Réville, à laide des notes de M. Giry et sous sa direction. 

3. Revue lii.iloriciue. ann. 1892, t. L, p. l-i2. Cette étude était faite en partie 
d'après des documents inédits recueillis au Record Office. 

i. Les Paysans au moyen âge [XIII' el \IV' siècles . Etudes économicjues el 
sociales. Paris, (iiard et Brière. 1896. In-8. vi-6.3 pages. (Extrait de la Revue inter- 
nationale de sociologie. Cf. notre compte-rendu publié dans la BihlioUièque de 
l'École des Cfiartes, ann. 1890, p. 2.38-2.39. — Cette plaquette a été précédée dun 
avant-propos de M. René ^^■orms, reproduisant en partie la Notice nécrologique 
que nous avions publiée en 1893 dans la BihlioUièque de l'Élcole des Cliarles, et 
dont les principaux passages se retrouvent dans la présente Préface. 



VI PRÉFACE 

avec l'approhalion de la famille Je notre ami. nous avons décidé de 
publier le présent livre; nous avons cru que tout en ne donnant de 
l'œuvre entreprise par André Réville qu'une idée bien faiblement 
approximative, il permettrait cependant de juç/er quelle perte la jeune 
école historique a éprouvée en sa personne. Il importait aussi pour la 
science que tant d'efforts ne fussent pas totalement perdus, qu'un 
travail si neuf sur un sujet si captivant ne restât point stérile et 
iqnoré. Pour montrer quelles étaient nos connaissances sur la question 
avant le moment où André liéville projeta de la traiter, nous ne sau- 
rions mieux faire que de transcrire une ps(/e de l'Introduction qu'il 
avait rédif/ée pour sa thèse de l Ecole des Chartes. 

<• Ce que les historiens, à peu d'exceptions près, ont raconté, c'est 
■. la révolte à Londres et aux environs, telle [que deux ou trois chro- 
» niqueurs l'ont fait connaître, réduite aux épisodes dramatiques qui 
'• avaient frappé l'imagination des contemporains. C'est ainsi que 
'■ Pauli, dans son Histoire d'Angleterre, raconte avec force détails 
>. les événements de Londres; puis il consacre quelques lignes au 
u soulèvement dans les comtés de Suffolk et de Leicester, quelques 
<■ lignes aussi à la répression générale; sur quoi tout est dit. et 
" l'historien a achevé son œuvre. Pourquoi le mal sévit-il en cer- 
" laines réqions à l exclusion des autres ? Où s'étendit au juste l'in- 
<■ cendie'? Par quels moyens put-il se propjager'.' Que fit-on pour 
'■ l'éteindre'? Autant de questions qui mériteraient d'être résolues et 
>• auxquelles il ne répond pas. 

« J. H. Green. comme Pauh\ n'a guère traité que la révolte à 
" Londres; pour le reste, il a négligé une foule de détails instructifs 
i< dont il avait certainement connaissance, et il en a ignoré un bien 
>« plus grand nombre encore, parce qu'ils étaient inédits. C'est une 
'< esquisse révélant d excellentes intentions et (/uelqnes idées neuves : 
" ce n'est pas un tableau définitif. 

<.< Dans son Histoire constitutionnelle d Anjileterre. .1/. Slubbsa 
<' refait à son tour le récit de celte mémorable insurrection. Son étude 
'< est pleine d'intérêt; il a reconnu le caractère à la fois politique et 
« social de la révolte. Mais cette fois encore le travail est incomplet : 
« il ne traite que l'histoire de l'émeute à Londres, et quant au reste 



PREFACE Vil 

« du inoui'ement. il le dessine arec une rapidité qui ne ra pas sans 
u erreurs. 

« Dans sa belle Histoire de l'af^riculture et des prix en Ang^lelerre, 
« .1/. le professeur lîogers a [ail aussi une place d'honneur au 
» soulèvement de /3S/. Toutefois ses recherches ont avant tout porté 
u sur les causes de l'insurrection, (/u'il a iinjénieusement élucidées ; 
« encore n'est-il pas certain que ce travail soit définitif. Sur la révolte 
« même, il n'a rien su de neuf, n'ai/ant puisé, pour la décrire, qu'aux 
« sources narratives que d'autres avaient exploitées avant lui. 

*' Enfin M. Wallon, dans le grand ouvrage où il a fait l'histoire de 
" nicha rd II, l'histoire de son action politique et administrative, n'a 
<■ décrit l'insurreclion que dans la mesure où elle entravait ou parai q- 
'< sait l action des pouvoirs puJ)lics... L'histoire complète de la révolte 
« et des révoltés est à faire. •> 

Deux ans après la mort d'André Béville . un savant anglais. 
M. Powell, a publié un petit volume sur le .soulèvement de J .')S J dans 
VEast-Anglia, c'est-à-dire dans les comtés de Cambridge, de Xorfolk 
et de Suffolh. C'est un ouvrage de valeur, puisé aux meilleures 
sources, mais dont l'apparition n'a pas rendu inutile le livre que nous 
présentons au public, bien que la plus grande partie de la thèse écrite 
par André Réville soit consacrée au soulèvement du Xorfolk et du 
Suffolk. Si les recherches de M. Poivell sur la révolte dans ces deux 
comtés ont été en quelques points plus heureuses que celles de Réville, 
le fait inverse s'est également produit; ainsi les deux ouvrages se 
compléteront l'un l'autre, même dans les chapitres écrits sur un sujet 
identique. D'ailleurs Réville seul a décrit les troubles si intéressants 
du comté de Hertford. Sur ce point, son ouvrage sera jusqu'à nouvel 
ordre le seul qu'on puisse consulter. Enfin il avait réuni, et l'on trou- 
vera à la fin de ce volume de nombreux documents inédits sur tous les 
foyers de l'insurrection , sur la propagation des troubles jusqu'en 
Cornouailles et en Yorkshire aussi bien que sur la révolte de Londres. 

Que les recherches de Réville fussent assez amples et assez heureuses 
pour éclairer la question d'un jour tout nouveau, c'est ce que va 
prouver un coup d' œil jeté sur les sources recueillies par lui, et sur les 
jugements critiques qu'il formulait au sujet de quelques-unes d'entre 
elles. 



YIIl l'ItKFACE 

Si nous relisons les récils de hi révolte dnns h clussique Histoire de 
Richard II, de M. Wallon, ou dans la dernière édition de /"Histoire 
constitutionnelle, de M. Stuhhs , nous voyons que ces historiens se 
réfèrent continuellement et indifféremment à W'alsinghum, au moine 
d' Evesham . à Knif/hton et à Froissart ; ajoutons la Chronique de 
Thorne. les Annales de Stow. quelques poèmes du recueil de Wriifht, 
des documents tirés des Fœdera oh des Rotuli Parliamentorum , les 
pièces de /"Archfeoloj,aa Cantiana que M. Sluhhs a utilisées , et nous 
aurons à peu près énuméré toutes les mines d'infirmations exploitées 
jusqu'ici par les snranis qui ont écrit l'hislaire (jénérale de la rébel- 
lion ' . 

Or, pour ne parler d'abord que des chroniques, ont-ils fait un suffi- 
sant travail jjréliminaire de dépouillement et de critique '/ 

/."Ilistoria Anglicana de Thomas de ^\'alsinf/ham. moine de Sainl- 
Alban, est la source narrative la plus importante'-. Les moines de 
Saint-Alban ont été eux-mêmes victimes de la révolte, et ils ont 
héberf/é, quelques semaines après les tracjédies de Londres, le roi el 
ses conseillers, qui en avaient été les témoins et parfois les acteurs. 
Thomas de W'alsinçiham a donc pu recueillir de la bouche de ses 
frères d'abondantes informations. On peut même supposer qu'il était 
déjà dans leurs rangs en J3SJ et qu'il vit de ses propres qeux sacca- 
qer les manoirs de l'abbaqe. Le compilateur d'une chronique composée 
pour Thomas de Wnodslock vers /.'ii^S ou peu après, connaissait déjà 
les Chronica majora fratris Thome de ^^'alsin,i,^ham et il y renvoyait le 
lecteur qui voudrait avoir d'abondants détails sur la révolte'K Le récit 
des événements de I US I fnirni par /Ilistoria Anglicana // donc été 
rédiqé peu de temps après qu'ils s'étaient produits, et non j)as. comme 
le croyait M. Riley, à l'extrême fin du Xf\' siècle. 

(le récit est très intéressant , très vivant, très précis, en accord 
remarquable avec les sources diplomatiques, toutes les fois qu'il s ;if/it 

1. M. Sliil)bs cite aussi les continuations de VKulogiiim tilstorinruin et du Poly- 
clironicon de Ilii-'den. mais il n'en tire presque nul parti. 

2. Le récit de la révolte occupe, d&ns 1 édition Rilev. 76 paires imprimées en 
petits caractères. 

3. Voy. rinlroduction du Ctwonuon .\n(jli;e, édité par M. Maundo Thompson, 
p. xxvi et sui\'.. xxxn et sui\ . 



PREFACE IX 

(le Suinl-A//),in. M/tis nous ii'hést(ons pus à dire f/uil est médiocre 
ou sujet k caution dans ses autres parties, et il est sinç/ulier qu'on n'en 
ait Jamais fait la remarque. IVon seulement il ne donne aucune idée de 
l'expansion formidable de la révolte, non seulement il est muet sur 
les af/italinns du Sussex. par exemple, ou des comtés septentrionaux, 
mais on n ij troure aucune information précise et vraiment instructive 
sur le début de la révolte, sur son développement local dans le Kent et 
l'Essex ; si les incendies et les assassinats de Londres sont racontés 
en détail, l'auteur passe sous silence le voyage du roi à Blackheath, et 
ne fait à l'entrevue de Mile-End que de vagues allusions. Quand il 
parle de Wat Tyler, de Jack Straw et du meurtre de Sudhury, on 
sent que ce n'est plus un témoin sincère qui parle, mais un compila- 
teur pauvre d'esprit, capable d'accepter les plus sottes légendes. 

Pour la question qui nous occupe, le récit de /Tlistoria Anf;licana se 
retrouve mot à mot dans le Chronicon Anglifc', sauf certains lonqs 
développements relatifs à Saint-Alban, qui ont été coupés, assez mala- 
droitement d'ailleurs. Sans discuter de très obscurs problèmes d'ori- 
gine et de filiation, nous dirons que pratiquement on peut se dispenser 
ici de citer le Chronicon Angli.e. 

La ^'ita Ricardi soulève des interrogations trop graves pour que 
nous cherchions à y répondre dans un exposé aussi rapide. Cette chro- 
nique a été délaissée. On n'en a même point d'édition moderne. Il 
paraît certain que la fin a été écrite par un moine d'Evesham, mais 
rien ne prouve que la première partie, et en particulier la relation des 
événements de I US I -, soit du même auteur. Selon M. Maunde 
Thompson, la forme primitive de cette première partie est représentée 
par la chronique faite pour Thomas de Woodstock, dont nous avons 
parlé plus haut. Le même critique prouve que la \ ita Ricardi n'a pas 
servi de modèle à /"Ilistoria Anglicana -K Pour expliquer les ressem- 
blances entre les deux textes, d'autres ont assuré que le moine 
d'Evesham avait copié Walsingham '. Contentons-nous de dire que la 



1. Cfironicon Angliœ, p. 285-326. 

2. Voy. p. 23 à 33 de lédition Hearne. 

3. Introd. du CI)ron. Angl., p. xxxiii. 

5. Wallon. Ricfuird II, notes du t. I, p. 388. 



X PREFACE 

narr;ilion de lu révolle n'est pas la même ilans les deux chroniques. Il 
est vrai que la « Confession de Jack Straw » est, à quelques mots 
près., identique ici et là : mais le récit donné par la Mta Ricardi 
des faits les plus importants , par exemple de la scène de Smith- 
feld, est absolument indépendant. Bref, cette chronique a, pour la 
question traitée ici, sa râleur propre. Sur les causes de la révolle, 
sur l'entrevue de Mile-End, sur la persistance des revendications 
populaires après la dispersion des rebelles, elle nous donne des infor- 
mations qui ne sont pas à dédaif/ner '. 

Dans rintroduction de sa thèse sur La révolte clans les comtés de 
Hertford, Suffolk et Norfolk, André Béville n'avait pas fait por- 
ter son étude critique sur la ^'ita Ricardi, qui est à peu près muette 
sur ces soulèvements locaux, ni sur /Tlistoria Ang^licana, sans doute 
pour cette raison que le récit des troubles de Saint-Alban par ^Val- 
sinr/ham lui semblait devoir être accepté avec confiance. En revanche, 
il faisait sur certaines autres sources de son travail des observations 
que nous n'avons qu'à reproduire. 

Il s'occupe d'abord de la chronique dite d'Henry Kniqhton. 
L'œuvre de Kniqhton ou plutôt Cnitthon, chanoine de la coUéçjiale 
de Sainte-Marie de Leicester, s'arrête en réalité à l'année 1366. La 
chronique des années / 37 7- J 389, qui seule nous intéresse, est due à 
un premier continuateur; nous ne savons rien de lui, sinon qu'il était 
également moine de Leicester et favorable au duc de Lancaslre ^. 
André Réville dit de l'auteur de cette partie : 

» // a donné une narration complète de la révolte ^, que l'on a 
« parfois aveucflément suivie : or, pour tout ce qui concerne les comtés 
i> du sud, son récit fourmille d'erreurs. En revanche, quand il décrit la 
»■ nature ou les effets de la révolte dans les comtés du nord, son auto- 
« rite est plus assurée ; un moine de Leicester pouvait être bien informé 



1. M. Luniby a publié dans le t. ^'III du Poli/clu'oniron H.'inulj)ln Hiçfden, 
p. 429-318, une Continuation en anglais qui s'étend jusqu'aux j^reniières années du 
rèf^ne de Henry IV. Il ne s'est pas aperçu que, la plupart du temps, ce texte n'est 
qu'une traduction de la Vita Ricardi. (D'après une note manuscrite de Réville.) 

2. ^'oyez l'article de M. Bémont dans le Bulletin de la lieriie Iiislorique. année 
1897, t.LXIV, p. 119-122. 

3. J^dil. Lumby. t. II. p. l.'îl-l iî. IJO. 



PREFACE XI 

des fuit S qui se passaient autour de hu\ dans le Leicestershire, k 
Peterhorough, dajjs le Lancashire. Aussi on a le droit de se fier à 
ses renseignements sur ce point, mais sur ce point seulement. 
Partout ailleurs ils sont contestables. 

c( A bien plus forte raison encore faut-il pratiquer cette défiance à 
regard de Froissarl ^. Le récit qu'il trace de l'insurrection est 
l'ivant et plein d'intérêt, mais à tout moment il est inexact; c'est 
un curieux qui rapporte non ce qu'il a vu, mais ce qu'il a entendu, 
et consigne, un peu au hasard, les rumeurs les plus opposées, sans 

a même s'apercevoir qu'elles sont contradictoires '-. » 
Ainsi, certaines chroniques ont été employées abusivement. D'autres 

lu contraire, » bien que publiées, n'ont jamais été exploitées par les 
historiens de la révolte; on y trouve cependant des faits restés 
inconnus et des idées neuves, et, à moins d'avoir la superstition de 
rinédit. on peut considérer ces textes comme nouveaux pour l'his- 
toire. Je citerai, par exemple, la continuation que John Malverne 
a donnée au Polychronicon Ranulphi Higden. L'auteur vivait à 
Londres, fut le témoin des faits qu'il a racontés, et son récit, très 
précis et très nourri, où il indique jusqu'à l'heure des événements, 
complète et corrige sur plus d'un point la îiarration classique 
de Walsingham ^. — Je citerai ensuite les Gesla abbatuni niona- 
sterii Sancti Albani ', et le fragment relatif au soulèvement, inséré 
par M. IL R. Luard en appendice aux Annales de Dunstable ^. Ce 
sont deux sources locales, où l'on peut puiser de précieux rensei- 
gnements sur l'origine, le caractère et la durée de l'émeute dans le 
comté de Hertford. » 
Pour terminer cette revue des chroniques contemporaines, citons 
encore les œuvres d'Adam de Usk, de Thorne, et la Gontinualio Eulo- 

1. Edit. Luce-Ruynaud, t. X, p. 9i-135. 

2. Réville a corrigé la rigueur de cette appréciation dans une note que nous 
avons l'etrouvée en dépouillant ses papiers : « Froissart, dit-il, est ici l'écho de 
la voix publique. Il ne fait que reproduire les récits d'autrui, mais il en a entendu 
beaucoup. Il a connu ainsi certains détails dont j'ai pu contrôler l'exactitude à la 
lumière des documents diplomatiques ; par exemjjle la complicité de certains 
aldermen de Londres. » 

3. Polychi'onicon Ranulpfii Higden, t. IX. y). 1 à 10. 
i. Édit. Riley. t. III, p. 2S.Î-.W1. 

3. Annales monastici. t. \[\, p. ILô-ilO. 



XII PREFACE 

gii. Lu conlinuatioiï de /'Eulogium historiariim , de I oli i à Iil3, 
est une œuvre unoni/me, impersonnelle, rédif/êe sans arl, ni,iis qui ne 
manque pas de valeur, et elle donne quelques renseic/nemenfs précieux 
sur les événements de J.'iSJ, en particulier sur les débuts du soulè- 
vement de l'Essejet sur la révolte à Londres *. La brève relation de 
Thorne. moine de Saint-Aur/ustin de Canterburq, qui a continué 
jusqu'à l'année J Îi97 l'histoire de son ahhaye, est die/ ne d'être men- 
tionnée parce que nous avons peu de renseignements sur les gestes 
des rebelles à Canterburq -. Quant à Adam de f sh\ chroniqueur 
également contentpurain, sa narration est écourtée et satis valeur ■^. 

.1 ces chroniques, on peut joindre certains documents narratifs du 
même temps, édités soit dans les Memorials ol' Loiulon de If. T. Rileq, 
soit dans les Meniorials of Saint Eclniund's Abbev, de M. Th. Arnold. 
Le récit de la révolte à Londres, emprunté par liileq au Letter-Book H, 
est fort intéres.sanl, et par ses renseignements et par ses lacunes. C'est 
une apologie du maire \\ illiam ^\ ahvorth ''. 

Il y a peu de profit à tirer des relations non contemporaines. 
M. Pcncell a fait usage du Liber de illustribus Henricis de Capqrave, 
où .se trouve une biographie de Henrij Spencer, le belliqueux évéque 
de Xoncich. qui combattit si énergiquement la révolte'. On trouvera 
une discussion critique sur ce texte dans les notes que nous avons 
ajoutées à la thèse de Réville ^. 

Si, parmi les relations datant du XV^ et du A'VT« siècle, on peut 
négliger celles de Caxton et de Holinshed. on ne saurait laisser dans 
le même oubli les Annales de Strnv ". Cet érudit a utilisé des sources 
qui ensuite, pendant longtemps, ont semblé perdues. Parmi les docu- 
ments recueillis par Béville, il en est que Stoiv avait seul connus 
jusqu'ici. Toutefois il ne faut user de ses Annales qu'avec discer- 

1. lùilof/iiim ttistori.irum, édit. Haydon. t. III. p. 3.')l-3ril. 

2. Twysdcn, Decem Scjiplores. col. 2156-2157. 

3. Kdit. Maunde Thompson, p. 1-2. 

4. Mentoriitls of London, p. 419-151. 

5. J.iher de illustribus Henricis, cdil. Ilinjreston, p. l'Oetsuiv. — Le même 
auteur a donné dans son Cfir-onicle of EiKjland, p. 237-238, un récit de la révolte 
bref et sans nou\eaulé. 

6. Voy. plus loin, j). 135-136, 139-140. 

7. Slow a vécu de 1525 à 1605. Voy. ses Annales, ji. 2X3-204. 



PlŒFACi: XllI 



neinent. Il a peu de critique, et son récil n'est parfois qu'un amalgame 
inintelligent d'informations discordantes. On peut s'étonner que des 
savants comme M. Stuhhs lui accordent autant d'autorité qu'à des 
témoins contemporains. 

Xous avons trouvé dans les papiers d'André liéville l'analqse d'une 
vingtaine de chroniques inédites, découvertes au Bv'ii.'ish'Sluseum et dans 
les diverses collections de manuscrits d'Oxford et de Cambridge. La 
seule qui fournisse des renseignements nouveaux est contenue dans le 
nis. 311 de Corpus-Christi-College et dans le ms. 12 de Caius- 
College ; elle mentionne le pillage du Coniputalorium de Milk-Street, 
fait qui est également rapporté dans les pièces du procès de Walter 
atte Keye '. 

Les œuvres littéraires, théologiques, politiques, qui sont peu anté- 
rieures au soulèvement et en éclairent les causes., ne sauraient être 
négligées par l'historien de la révolte. Nous en parlerons au cours 
de notre Introduction historique. Quant aux poèmes inspirés directe- 
ment par les événements de 138 I . ils sont assez nombreux, mais les 
informations précises ne nous manquant heureusement point d'autre 
part, ces vagues déclamations présentent fort peu d'intérêt. 

Arrivons aux documents diplomatiques. Là encore, ii restait beau- 
coup à glaner dans les recueils imprimés, même dans les plus célèbres, 
comme les Rôles des parlements. Mais André Réville avait fait une si 
riche moisson de documents inédits que c'est d'eux surtout qu'il faut 
entretenir le lecteur. Notre ami en parlait en ces termes dans l'Intro- 
duction de sa thèse : 

« Je ne citerai ici que les fonds oiij'ai trouvé le plus grand nombre 
« de pièces. Ils appartiennent tous au Record Office. 

« Ce sont d'abord les Glose Rolls, ou Rotuli Litterarum clausaruni. 
<< et les Patent Rolls, ou Rotuli Litterarum patenlium. C'étaient les 
« rouleaux de parchemin où étaient transcrites les lettres expédiées 
<■ par la chancellerie roi/ale ; j'y ai donc retrouvé la série des actes 
« publics rédigés à l'occasion de la révolte : mesures de défense, 
« puis de réaction, lettres de rémission, etc. 

1. Ajutendice II, itovuni. iv 32. 



XIV PRÉFACE 

M;iis hi smirce la plus nbouduulc h laquelle il in'fii'f èlê donné de 
>' puiser est d'ordre judiciaire. A la suite du soulècenient, tous les 
« coupables furent poursuiris et. suiranf l'usaf/e anglais, poursuivis 
<< sur les dépositions de témoins assermentés. Le roi ayant, par divers 
" mandements du mois d'août I3SI . évoqué ces dépositions, ces 
i< présentations, elles se sont conservées dans les Archives de Chapter 
«' House, H Westminster, et je les ai retrouvées au Record Oiîice, non 
'• sans quelque peine, il est vrai, car elles ont été dispersées par les 
•■ classements méthodiques dont elles ont été victimes; les unes font 
.. aujourd'hui partie des Archives de l'Echiquier Exchequer, Treasury 
<• of Receipt . les autres se trouvent intercalées dans les Assize Rolls '. 
« // est à peine besoin de montrer combien cette source est précieuse ; 
.. on y trouve une véritable histoire du soulèvement rédigée en chaque 
f lieu sous la dictée de témoins oculaires, peu de jours après les éve- 
il nements. avec toutes les garanties de véracité résultant de l nnani- 
" mité des jurés et du serment qui leur était déféré. 

I. A la suite de ces présentations, f ai retrouvé une partie des procès 

u intentés aux rel)elles et des jugements rendus à leur sujet, sous le 

« titre de Plaids de la couronne, ou Placita corone -. }fais un bon 

o nombre de ces affaires, notamment les plus importantes, furent 

» évoquées devant la cour du Banc royal : j'en ai découvert la série 

" complète dans les Placita coram rege. Les documents de ce genre 

■• m'étaient doublement précieux, d'abord par les détails nouveaux et 

•• précis qu'ils m'enseignaient, ensuite parce que les débats et la sen- 

" tence me permettaient de contrôler l'exactitude des actes d'accusation 

" et des présentations des témoins •*. 

1. Les présent.i lions incdites de 13S1 concernent surtout le SufTolk et le Norfolk, 
et cons-tiluent la i)rincipale source du récit que licville a fait de la révolte dans 
ces deux comtés. D'autres, relatives au Kent et à lEsse.\, ont été publiées, il y a 
longtemps déjà, par des savants anglais: nous les citerons dans nuire Inlroduciion 
tiistorique. 

2. Ces Plaids de l,i couronne se trouvent dans les Assize Rolls. . 

3. André Réville sest peut-cire exagéré la valeur des documents judiciaires. Il 
est permis de croire qu'il ne faut pas accorder d'avance plus de crédit aux dëpo- 
sitions des témoins, aux actes d'accusation et même aux sentences, qu'aux récits 
des chroniqueurs. Dans les nombreux documents judiciaires qu'on trouvera cites 
au cours de ce volume, il ne faut pas chercher la vérité de tous les détails, mais seu- 
lement des impressions d'ensemble, que linexactiludo de tel ou tel petit fait ne 
saurait modifier. 



PHEFACE XV 

" Enfin If roi HifHnt mandé, pur nne lellre du 12 mara /oS'J aux 

< échoileurs dea camlés de \orfolk el de Siiffolk, d'Essex el de Ilerl- 

< ford. de Kent el de Middlesex, de Surrey el de Siissex, de Cambridge 

< el de Ilunliiu/don. de lai faire un rapporl complel y»/" lea confsca- 
- lions opérées aux dépens des rebelles exéculés ou en fuite, en 
' indiquant quels élaienl la valeur des biens meubles et le rapport 
' annuel des terres '. j ai parcouru les deux séries de documents 

• intitulées Eschealors" accouiits et Escheators" inquisitions, et cette 
■ investujalion nouvelle m'a fourni, sur la condition sociale des insur- 

• f/és, de précieuses indications, malheureusement trop brèves et trop 
' rares, car ces pièces et ces rôles se sont perdus en grand nombre, et 
' s'il s'en est conservé quelques-uns, l'action de l humidité les a (jra- 

• vement endommagés. » 

L'éditeur de ce livre doit maintenant expliquer comment il a procédé. 
Les manuscrits laissés par André Réville comprenaient : 

1° Sa thèse de l'Ecole des Chartes, intitulée : La révolte clans les com- 
tés de Hertlord. Sull'olk et Norfolk, et accompagnée de cinq cents 
pièces justificatives, analgses ou copies faites uniquement au Public 
Record Olllce. en J SSS et en J SS9. Ces pièces étaient relatives non 
seulement au Ilerts, au Su/folk et au Xorfolk, mais à Ions les comtés 
que l'insurrection avait agités. 

2" in grand nombre de notes et de copies prises au Record Oflice. 
au British Muséum, dans les bibliothèques d'Oxford et de Cambridge, 
et dans les archives épiscopales d'Elg, pendant le séjour que Réville 
fil en Angleterre après avoir quitté l'Ecole des Charles. Ces notes 
concernent soit l'insurrection de J .'J8 J , soit l'histoire des classes labo- 
rieuses anglaises au XIV'' siècle. Les investigations de notre ami, à 
peu près terminées au Record Office, à Oxford et à Cambridge, ne 
l'étaient point au British Muséum. // comptait aussi examiner certaines 
collections municipales, entre autres celles de Colchester, d'York, de 
Bridgewater, ou ecclésiastiques comme celles du chapitre de Norwich, 
voire même visiter quelques riches bibliothèques particulières ; son 
voyage à Ely et les rapports de la R. Commission on historical mauu- 

1. Voy. plus loin .\ppendice II, ductim. n" '2itj. 



XVI PIŒFACE 

scripl^ lui avaient démonlrè l'importance de ces archives locales et 
privées, d'un accès malheureusement assez difficile. 

.')" Des notes éf/alemeni très nombreuses prises dans les documents 
imprimés et les ouvraçfes des érudits. André lîéville n'avait pas seu- 
lement lu les f/rands recueils de textes; il avait consulté beaucoup 
d histoires (fénérales et locales, dépouillé complètement les collections 
des sociétés académiques anglaises, et une grande partie des pério- 
diques, dur labeur qui avait servi surtout à le convainci'e de la nou- 
veauté de ses propres recherches. 

La thèse d'André liéville sur la révolte dans les comtés de Ilertford. 
Su/folk et ?^orfolk. était composée et rédigée avec assez de soin 
pour qu on put I éditer sans retouches nombreuses. Xous devions 
cependant tenir compte des documents et des ouvrages parus postérieu- 
rement ; à plus forte raison fallait-il utiliser les sources découvertes 
par l'auteur après la rédaction de sa thèse. Les changements et les addi- 
tions ont été indiqués par des crochets. Tous les documents employés 
par André Réville ont été revus, soit dans les recueils imprimés, 
soit dans les copies qui avaient été faites en Angleterre. Les références 
de textes déjà connus ont été rapportées, quand il le fallait, aux 
éditions les plus récentes. Quant aux pièces inédites qui ont servi à 
édifier cette thèse, l'une d'entre elles, d'une importance capitale, a été 
publiée dans l'Appendice I ; beaucoup d'autres ont été reproduites par- 
tiellement dans les notes. 

L'Appendice II contient un choix de documents inédits relatifs à la 
révolte dans les autres comtés. i\ous avons classé ces pièces selon 
l'ordre régional, le seul qu'il fut logique d'adopter ici. Toutefois les 
lettres de Richard II indiquant les mesures générales prises pour la 
répression, auraient débordé ce cadre ; elles ont été placées à la fin. 
La plupart de ces documents ont été l'objet d'une simple analyse, 
suffisamment détaillée pour dispenser de recourir à l'original. D'autres 
ont été reproduits, soit in extenso, soif fragmentairement, d'après les 
copies prises du vivant d'André Réville, on bien à laide de transcrip- 
tions que M. Paul Mei/er a bien voulu faire pour nous au Record 
Office. Grâce à son obligeance, le regret que nous éprouvons de n avoir 
pu aller en Angleterre pour améliorer notre publication s'est trouvé 
sensiblement atténué. 



PHEFACE XVI l 

// élail impossible de publier ici les notes recueillies par André 
Réville sur les causes matérielles et morales et sur les résultats de 
l'insurrection. On ne peut pas publier des notes. Et pourtant fallait-il 
laisser ignoré le fruit de tant de recherches? D'autre part, les docu- 
ments qui ont été réunis dans le second Appendice Jettent des clartés 
si nourelles sur les événements de J.'iSI, qu'il était désirable d'en 
montrer ici la valeur. Quelque répugnance que nous aqons ressentie à 
encombrer de notre prose le livre posthume d\jn ami, nous avons été 
amené ainsi à mettre sous les qeux du lecteur une esquisse générale 
de la rébellion et de ses causes. 

Les éléments de celte Introduction historique sont dus soit aux 
recherches d'André Réville, soit aux nôtres ; nous espérons avoir connu 
et mis à profit les travaux qu'il n'avait pu consulter. Xous voulions 
être très bref. Les proportions atteintes sont beaucoup moins modestes 
que nous ne le désirions ' mais un exposé plus réduit encore aurait été 
sans intérêt. Ajoutons que, bien entendu, toutes les fois que nous 
avons utilisé quelque note personnelle rédigée par André Réville, 
nous en avons prévenu le lecteur. Ces notes sont malheureusement très 
rares, la mort ayant surpris notre ami, alors qu'il poursuivait encore 
la recherche des textes. Sur nous seul doit donc retomber la responsa- 
bilité des hypothèses et des vues générales qu'on trouvera dans cette 
Introduction , et des erreurs ou des graves omissions que nous 
craiqnons d'avoir faites, malgré trois pleines années de travail. 

Ayant été, en Angleterre comme en France, le compagnon d'études 
d'André Réville, nous pouvons témoigner de Vintérêt, de la sympathie, 
des encouragements qui l'accueillaient partout. M.Salisbury au R. 0., 
MM. Cunningham et Jenkinson à Cambridge, MM. Neubauer, 
Maitland, Lane Poole, à Oxford, sans oublier M. Vinogradoff, pen- 
dant son séjour dans cette dernière ville, l'avaient efficacement 
guidé. A Paris, il avait reçu de M. Rémont, de M. Ch.-V. Langlois, 
et particulièrement de M. Paul Meyer, qui lut sa thèse à titre de 
correcteur, les plus précieuses indications. M. Rémont a accepté la 
longue tâche de revoir notre travail, en qualité de commissaire res- 
ponsable de la publication. Qu'il nous soit permis de remercier 

Mém. el tt.^r. r//- /'^fi/c r/cç Clrirl^x. — H. '• 



XVIII pnî:FA(:F, 

ces mnHres émim'nls el Ions ceux qui ;tr;iieii( unie noire niui ou qui 
ont rendu plus fncile noire hesoçfne. \ous voulons enfin (émon/ner noire 
reconn;iiss{ince ;iu Conseil île la Société de l Ecole des Charles et à h 
Conunission des Mémoires et Documents. L'accord unanime avec 
lequel ont été acceptées nos propositions est une preuve sinr/ulière de 
l'estime où l'on tenait notre ami. 

Puisse maintenant le présent livre, si incomplet et imparfait que 
soit l'aspect de ces publications jjosihumes. servir auprès des histo- 
riens la mémoire d'André liéville, et rendre un peu moins amers les 
reqrets de ceux qui l'entouraient, fiers de lui, et qui ont été frappés si 
durement par l'aveuqle cruauté de la mort. 



INTRODUCTION HISTORIQUE 

CAUSES, CARACTÈRES GÉNÉRAUX Eï RÉSULTATS 
DU SOULÈVEMENT DE 1381 



LES CAUSES 



La révolte de 1.381 n'a pas été, comme la Jacquerie française de La r.woitede I38i 

et la Jacquerie. 

1358, un bref soulèvement de paysans affamés et misérables, rendus 
furieux par les ravages delà classe guerrière'. Elle a agité presque 
toute l'Angleterre pendant de longs mois, elle a eu des causes pro- 
fondes, lointaines et variées. 

Deux siècles avant cette révolte, les paysans d'Angleterre, si désas- i. — Cau>es éco- 

. . . nomiques et so- 

trcuse qu'eût été pour eux 1 époque anarchique du roi Etienne, avaient ciaies. — Les 

paysans anirlais 

une condition déjà meilleure que ceux de notre pays. A cette époque, au" moyen à^-e. 
au delà de la Manche, les villani, les servi, les lutlivi forment la majo- 
rité de la classe rurale, et ces termes, entre lesquels il ne faut pas 
chercher de dilférence, désignent des serfs. Les vilains anglais sont à 
peu près frappés des mêmes incapacités personnelles que les serfs de 
France, ne peuvent quitter sans autorisation la glèbe et n'ont pas 
théoriquement le droit de posséder ni d'appeler leur seigneur en jus- 
tice, hormis certains cas déterminés. Ils paient des redevances en 
nature et en argent et sont astreints à des corvées. Mais, dans la réa- 

1. C'est là du moins le caractère général de la Jacquerie. Nous croyons d'ailleurs 
que ce niou\ement eut d'autres causes secondaires, non encore déterminées. Il 
s'en faut que tout ait été dit sur la question. Il y a eu une crise des salaires en France 
comme en Anf,deterre, après la peste noire, et c'est peut-être ce qui explique la 
présence des jrens de métier parmi les Jacques. (Voy. Luce, Jacquerie, p. 63.) 
Quoi qu'il en soit, assurément, le mouvement de 1358 est bien moins intense, 
moins général et moins intéressant que celui de 1381. 



XX i.NTi!(>i)n;Ti(».N lusTOitigiF: 

lilé, ils sont protégés par la coutuiiie. Ils peuvent, en fait, acquérir, 
aliéner, léguer. Ils savent exactement quelles sont leurs charges, et si 
elles sont aug^nientées par le lord, ils protestent, parfois se souljvent, 
désertent la terre. A défaut de la loi, la tradition les garantit contre le 
despotisme seigneurial el leur permet d'améliorer graduellement leur 
sort '. Au-dessus deux, et sans qu'il soit nécessaire de définir ici la 
condition des classes intermédiaires comme celle des socmen, étaient 
les tenanciers libres. Ceux-ci acquittaient des redevances à peu près 
aussi lourdes, mais ils avaient la capacité civile, le droit de recourir 
aux tribunaux du roi, et, en général, ils payaient une rente en argent 
au lieu de faire des corvées -. 

Jusquici, point de différence capitale avec la condition des classes 
rurales en France. Mais poursuivons. 
Le manoir. La Campagne anglaise était partagée en manoirs •'. Le manoir, division 

toute privée, unité aux veux du lord, ne se confondait pas forcément 
avec le village ' Irncnship \, division légale du hiindred, unité aux yeux 
du roi; mais les deux territoires étaient le plus souvent identiques. 
Dans chacun de ses manoirs, le lord conservait une » terre en domaine », 
un hordland, morcelé et peu considérable, quil exploitait à laide des 
corvées, et il abandonnait le reste, le bondngiiiiu, aux tenanciers libres 
ou vilains. L'administration et la police du manoir, la surveillance de 
rexploitalion, la perception des revenus, exigeaient l'emploi d'un cer- 
tain nombre dolllciers. Les deux principaux étaient le bailli ou bedeau, 
et son auxdiaire le prévôt ou reeve, qui, généralement choisi par les 
paysans et paysan lui-même, représentait la communauté. Car la com- 
munauté du village, si amoindrie quelle fût depuis le milieu du 

1. Rogrers, History of agricullure ,iud priées in Enfjland, t. l, passiin. — Vino- 
{iraclofi", ^'illiiin.ige in Encflancl, p. 67 et siiiv.. 131 et suiv., 212 et suiv., 278 et 
suiv. — A coté de ces études jrénérales sur la condition des vilains, études qui par 
leur jrénéralité nicnie s'écartent forcément du réel, on lira avec protit la reniar- 
(juable monograpliic du manoir de ^^'ilburton, par M. Maitland : Histnry nf a 
Cumbridçfeshire manor, dans Enylish historical revieir, juillet 1S94 (tome IX), 
particulièrement p. 418 et suiv. 

2. \'inofrradoir, op. cit., p. 308 et suiv. — Pour être exact, il faut ajouter que bien 
souvent la distinction est presque insaisissable entre les libres et les vilains: toute 
généralisation comporte une part d'erreur. Voy. Maitland, op. cit., p. 417-S18. 

3. Pour la définition du manoir, voy. Maitland, Select pleas in manorial and 
other seiynorial coiirl.s, Introduct., p. xx.\i.\ et suiv. 



CAUSES DU SOULEVEMENT XXI 

xii" siècle, était encore une puissance; elle faisait respecter les tra- 
ditions, ou bien, en cas de consentement général pour modifier lusage, 
elle concluait des arrangements avec le seigneur '. Celui-ci, dailleurs, 
ne demandait quà s'entendre avec elle. Le lord redoutait ses paysans 
moins que ses olFiciers et se fiait plus au j'eeve quau bailli. 11 lui sem- 
blait nécessaire de vivre daccord avec ceux qu intéressait directement 
la bonne exploitation du sol, et de leur laisser le plus de liberté 
possible. 

Les atîaires communes se traitaient périodiquement, par exemple Le halimot. 
toutes les trois semaines, dans le hall du manoir. A cette assemblée du 
hall [halimot- \, assistaient les paysans, libres ou non, qui tenaient des 
terres dans le manoir. C'est là qu'on investissait les nouveaux tenan- 
ciers, qu'on élisait le reeve, que parfois on procédait à des changements 
dans l'exploitation et dans la répartition des services et des taxes. Mais 
la principale occupation du halimot était la justice. Non seulement on 
traitait là toutes les affaires de saisines, de baux, d'héritages, de douaires, 
mais, chose remarquable, nous y voyons très fréquemment les paysans 
eux-mêmes, groupés par jurys de douze personnes, « présenter », c'est- 
à-dire accuser ceux qui ont lésé les intérêts du lord, en désertant la 
glèbe ou en faisant mal leur besogne. Les recherches récentes de 
^L Maitland ^ et de ^L ^ inogradolf ' ont prouA'é que les tenanciers 
libres aussi bien que les autres étaient justiciables de cette cour, qui 
pourtant comprenait, dans la plupart des manoirs, une majorité de 
vilains. D'ailleurs les vilains nont-ils pas des représentants jusque 
dans les tribunaux royaux du hundred et du comté? L'organisation de 
ces cours locales est un fait unique dans l'histoire du moven âge. 
C'est pour de telles raisons qu'on a pu dire que l'harmonie régnait 
alors dans la société anglaise '. 

1. Voyez les Court rolls du villag:e de Brij;ht\valthani. pul:)liés par M. Maitland, 
dans Select pleas, p. 161 et suiv. 

2. Sur ce mot, voy. Maitland. Select pleas. Inlrod., noie B, p. i,x.\vi-i..\.\vii. 

3. Select pleas, Introd.. chap. \'. et particul. p. lxi.x et suiv. Voy- aussi p. 1(51. 

4. VilLiinage in Englaml. p. 3S5 et suiv. 

5. La bibliographie du " Manoir anglais » est considérable. Outre les travau.v de 
MM. Maitland et A'inogradofl'. déjà cités, et qui sont les meilleurs, voy. l'ouvrage 
classique de Seebohm, dont le titre indiijuc asse^ le bul spécial : 77ie enrflish vil- 
Itige comniuniti/, crainined in its relations to llie nianorinl and tribal si/stems 



XXU l>TH(»Dr(.TI(>N IIISTURlnlE 

Déclin du système Lcs différences qui séparaient les classes rurales selFacent à mesure 

des corvées. , i r-v • • i i -i ■ i • 

que le temps s écoule. Outre qu un certain nombre de vilains obtiennent 
raflranchissement. la condition de ceux qui restent vilains saméliore. 
Pendant le xiii'" siècle et la pi'emière moitié du xiv*^, période de dévelop- 
pement pacifique et prospère, Tinslitution g;rossière de la corvée décline. 
Très souvent la corvée personnelle disparaît. Dans de nombreux coutu- 
miers du xiii'' et du xiv'^ siècle, il est spécifié que les tenanciers vilains 
doivent « trouver » un ou plusieurs hommes, ou une femme selon les 
cas, pour accomplir la besogne accoutumée dans le hordlaud '. Donc 
ceux-là n"y travaillent plus eux-mêmes et se contentent de fournir des 
ouvriers. Mais il y a plus : les services en nature habituels, gênants 
pour les vilains, étaient souvent désavantageux pour leurs maîtres : 
comme leur date était fixée d'avance, ils étaient maintes fois rendus 
impossibles ou inutiles par les intempéries de la saison ; alors le sei- 
gneur, pour mettre en valeur son hordhtml, était obligé de demander des 
journées de travail supplémentaires, que celte fois il payait. On en A-int 
à penser que l'intérêt de tous commandait le changement des corvées 
en rentes pécuniaires. L'origine de cette transformation est sans doute 
dans l'habitude que de bonne heure on prit d'évaluer chaque corvée : 
dans beaucoup de coutumiers du xiii"^ siècle, sur la liste des journées de 
travail dues par les divers tenanciers, est indiquée la valeur en argent 
de cette journée ; par exemple l penny en automne et 1 j'I penny pour 
les autres saisons. Primitivement le bailli utilisait ces estimations, 
soit pour établir le taux des amendes en cas de défaut, soit pour obtenir 
une compensation pécuniaire lorsque les corvées effectives, jugées 
inutiles pour tel ou tel motif, n'étaient pas exigées. Puis, dans certains 
manoirs, on généralisa le système de la compensation et les corvées dis- 
parurent. Les lords qui octroyèrent à leurs vilains ou concertèrent avec 

and io Ihe commun or open f'ield si/stem of hushnndry cf. le résumé partiel 
qu'en a donné M. lîémont : Simon de Monl/hrl. ]). 69 et suiv.i. Du même, polé- 
mique contre M. A'inojîradoll', dans EnijUsh histor. revieic, 1892, p. 54S et suiv. 
— Si copieuse (]ue soit la littérature du sujet, il est loin d'être é|)uisé : » Je suis 
convaincu, a éci-it récemment M. Maitland, que le temps n'est pas encore venu 
ov'i des frénéralilés sur le manoir anglais et son évolution peuvent être sûres et 
solides. » [English hislor. revieu\ IX, 189 i, p. 417.) 

1. Voy. par exemple un coutumier d'Ibstone ^1298), publié par Rojrers, Ilisl. 
of agric. II. 650 et sui\-. 



CAUSES DU SOULRVEMKNT XXIII 

eux ce changement considérable n'eurent dabord quà s'en louer. Ils 
purent diminuer le nombre de leurs officiers et ils reçurent de l'argent, 
instrument commode et d'autant plus séduisant que les hautes classes 
prenaient goût au luxe et devenaient besogneuses. Mais seuls les 
paysans gagnèrent réellement au change ; une lois que le taux des 
rentes en argent fut fixé, il l'csta presque toujours le même; or l'airai- 
blissement du pouvoir de l'argent, moins rapide en Angleterre qu'ail- 
leurs, s'y produisit cependant et les revenus des lords baissèrent au 
profit de leurs vilains. 

Nous avons bon nombre de textes datés qui prouvent que le svstème Optimisme exccs- 
des corvées a été fréquemment abandonné dans la période antérieure 
à 1381 *. Prenons garde toutefois de rien exagérer. Le professeur 
Rogers a écrit : w Selon toute probabilité, à en juger d'après les comptes 
« des manoirs dans la seconde moitié du xiv'' siècle, très peu de tenan- 
« ciers en vilainage accomplissaient les services; pi-esque Ions payaient 
« une compensation pécuniaire^. » Cette appréciation, appuyée sur des 
observations trop peu nombreuses pour avoir le droit d'être si générale, 
est d'un optimisme excessif. D'autres documents la démentent. 

M. Maitland a eu la bonne fortune d'étudier dans une série de docu- LesoorvesaWil- 

bui'ton. 

ments presque ininterrompue l'histoire d'un manoir, celui de \\'ilbur- 
ton, du xni'' au xm"-" siècle. Les coutumiers dressés en 1221 et en 
1277 nous montrent que les corvées sont estimées en argent, mais 
que presque toujours elles sont faites efTectivement. Il est remarquable 
aussi que lévèque d'Ely, possesseur de ce manoir, a alourdi les charges 
des vilains pendant la période qui sépare les rédactions de ces deux 
documents ; une journée de travail par semaine, depuis la Saint-Michel 
jusqu'au second mardi après Pâques, figure en supplément dans le cou- 
tumier de 1277, et les vilains des manoirs de Lyndon , Stretham et 
Thriplow, qui appartiennent au même lord, subissent la même aggra- 
vation de charges. Les comptes datés de 1303-130i et de 1322-1327 
sont fort instructifs. S'il est permis d'être plus alHrmatif que M. Mait- 
land, nous y voyons la preuve que la condition des vilains a empiré. 

1. ^'oy. (]iiniiiiiiiliain, (iroutli of enijUsh indiLstrij and commerce. I, 218-219. — 
Ashley. Economie liislorij, I. i, 29 et tsiiiv. 

2. Ilist. ofnuricuUiire, I, si. 



XXIV IMRODLCTION HISTORIQUE 

En eiret, le lord continue à exploiter son bordland de \\'ilburton 
k l'aide des seules corvées, sauf bien entendu dans les moments de 
grande presse. Un porcher et un berger sont ses seuls domestiques 
permanents. Or les rentes en argent qui lui sont payées par ses vilains, 
insignifiantes au xni'" siècle, ont sensiblement augmenté : // a pris 
l'habitude, toutes les fois qu'il n'avait pas besoin de corvées effectives, 
d'exif/er une compensation pécuniaire. Ici donc, en plein xn*" siècle, le 
système de lindeninitc ne sest étendu qu'au détriment des vilains, 
sans aucun avantage pour eux. Ils travaillent comme auparavant, et 
ils paient plus qu'auparavant. Comme la somme des travaux agri- 
coles nécessaires varie dune année à laulre, il s'ensuit que le total 
des taxes payées varie beaucoup aussi. Ainsi, pendant l'année qui finit 
à la Saint-Michel 1325, 218 journées et demie de travail d'automne ont 
été payées en argent au lieu d'être fournies effectivement; l'année sui- 
vante, le chiffre est de 247 1 /2 ; l'année suivante, il est seulement de 
63 t/2. Les comptes manquent malheureusement pour l'époque 
d'Edward III '. 
Le^ corrées dans On ne Saurait considérer comme exceptionnel le cas de la terre de 

un manoir de 

Saint-Alban. A\'ilburton ". Aux autrcs exemples déjà connus nous ajouterons 
quelques textes manoriaux qu'André Réville avait copiés ou analysés 
avec le plus grand soin. Il avait trouvé à la Bibliothèque de l'Univer- 
sité de Cambridge, dans un recueil d'actes fait pour l'abbaye de Saint- 
Alban, les extenla d'un manoir en 1340 '. On y constate la persistance 
des services en nature, avec l'indication des indemnités pécuniaires 
équivalentes. Ainsi les « consuetudinarii » qui tiennent des terres en 
vilainage doivent faire chacun 4 labours par an dans la terre du sei- 
gneur, ou payer 18 deniers, 12 charrois dans un circuit de 12 lieues 
autour du manoir, ou payer 12 deniers, 3 hersages, ou payer 3 deniers, 
sarcler les moissons du seigneur, faucher son pré pendant deux jours, 

1. Maitland. loc. cit., p. 418 et suiv. 

2. Ainsi M. Secbohm tire de l'étude des Iliindred rolls. dresses au temps 
d'Edward I", celte conclusion que les services ellectifs ne sont pas tombes en 
désuétude dans les comtés de Ilunlinffdon et d'Oxford. [Emjlish villaye commu- 
nily, p. 41.) 

3. (« Extenta niancrii II. de S. de W.. facta viu" die niarcii. anno rej^ni régis 
Edwardi tercii a conquestu xiii""'. per B. .T. B. G. » 



CAUSES DU SOULÈVEMLM" XXV 

couper son blé pendant trois jours, faire sa bière, réparer les murs, 
nettoyer les fosses, etc., etc.. ou bien fournir des prestations pécu- 
niaires déterminées '. Evidemment là encore les deux systèmes étaient 
employés l'un ou l'autre selon les cas. 

Mais voici un document plus sig'nifîcatif, et que nous l'egretlons de ne Manoirs de Saini- 

II- •/-•Il 1 • 1 • Barlholouiew. 

pouvoir publier en entier. L est le survey des terres du prieuré de Saint- 
Bartholomew ^ ; ce survey a été dressé dans la 34'' année d'Edward I, 
c'est-à dire en 1305-1306, mais nous le connaissons par une copie du 
temps de Henry VII; puisqu'on a éprouvé le besoin de le transcrire à 
la lin du xv*^ siècle, c'est probablement qu'à ce moment-là encore il 
donnait une idée exacte du revenu des terres et de la condition des 
tenanciers. A Lowesloft, en Sulfolk, les vilains du prieuré ne font pas 
de corvées, mais la cause en est bien spécifiée : « Sunt de anliquo domi- 
nico », ils habitent un manoir de Vaucienl demesne, qui appartenait à 
la couronne au temps de la conquête normande, et leur condition 
est, comme disait Bracton, un u villenagium privilegiatum '^ ». Vient 
ensuite le manoir de Shortgrove-Hall, en Essex. Quelques-uns des 
vilains ne donnent que de l'argent. La plupart supportent des 
charges en nature qui semblent lourdes. L'un deux, pour une 
tenure de trois acres, doit faire une corvée par semaine pendant 
toute l'année, sauf pendant les semaines de la Noël, de la Pâques et 

1. « Item dicunt quod sunt ibi xl custuniarii, et quod quilibet eorum tenet in 
villena{j:io ununi niesuagium et unam virgatam terre; sicut Roljertus Ffox prepo- 
situs tenet unum niesuagium et unam virgatam terre ad voluntatem domini pro 
v s. per annum... ; et faciet iv arruras cum carecta sua per annum, vcl dabit xviu d. ; 
item faciet m herpicaciones, vel dabit m d. ; item compostabit cum carecta sua, 
vel dabit .\u d. ; item faciet xu averagia, vel dabit xn d., hoc est infra xn leucas 
circa manerium; item sarclabit segetes domini per n dies, item^corriV/. : vel) dabit 
I d. : item falcabit pratum domini per n dies, vel dabit vni d. ; item metet bladum 
domini per m dies, vel dabit xvi d. : item faciet brasvmi domini de iv quarteriis 
ordei, sumptibus suis propriis, \e\ dabit xu d. ; item faciet xl opéra manualia per 
munucionem [sic] prepositi, vel dabit pro quolibet opère obolum, videlicet débet 
triturare, cassare, semen eligere. niuros preparaie, fimum dispergere, humum(?) 
fodere, fructus coUigere, sepes dirigeie, latrinam mundare, stipulam coUigere, 

literas domini nunciare, furnos caleficei'e, bustuni corrirj. : buscum) amputare 

Item dicunt quod sunt ibi xx coterelli, et quod quilibet eorum tenet unum cotagium 
ad voluntatem domini ])er xu d., et mêlent in autumpno per iv dies vel dabunt 
A"iH d. » [Cainhridffe Universili/ liliri)rij, ms. E. e. 1\'. 20, fol. 109 h.) 

2. Oxford Bodleian librari/, Middlesex roUs, I. 

3. Voy. là-dessus ^'inogl•adol^, op. cit., p. S9 et suiv. 



XXVI IMKODICTKIX IlISToHlnLE 

de la Pentecôte '. Lu autre, pour une tenure semblable, doit deux 
corvées par semaine. Un autre, qui tient une acre de terre, doit 
moissonner une acre de froment et une acre davoine dans Tannée. 
Dautrcs fournissent des hommes pour faire les corvées ^. Aucune 
compensation pécuniaire n'est stipulée. Il est vrai que des sommes 
en remplacement de corvées fi^^urent sur les comptes du manoir ^, 
mais rénumération des vivres que le seigneur devait fournir pendant 
l'accomplissement des services nous avertit qu'ils étaient exécutés 
réellement, dans un certain nombre de cas '. \ oici maintenant le 
manoir de Langley, en Essex; tous les vilains font des corvées ou 
fournissent des ouvriers « suffisants et idoines ' >>. Les tenanciers 
libres eux-mêmes doivent chacun envoyer un ouvrier pour faire les 



1. <i Idem Acius teiiet ni acras terre eu m qiiodam niesuafrio... Et débet inde 
facere unam operacioneni qualibet septiniana per totum annuni. exceptis sepli- 
manis Natalis. Pasche. et Pentecostes. » 

2. « [Idem Acius^ débet invcnire uniim operarium ad iv bcdrepia Mar^areta 

Sparwe tenet uniim niesuajrium et débet inde per annum iv d. ad predictos iv ter- 

minos. et inveniet unum homineni ad pratum domini levandum Sabina le Gold 

tenet duo mesuagria et diniidiam acrani terre, et débet inde per annum m s. ^ ni d. 
ad predictos iv terniinos... et débet invenire unum hominem ad m bedrcpia. et 
unum liominem ultra ad precariam servisie. » 

3. (I Summa precariarum in autumpnum prêter opéra custumaria : l.\: pretiimi 
eujuslibet i d. ob. : et valent vu s. vi d. — Summa operum custumariorum extra 
autumpnum : ccccx, per munus c ; pretium eujuslibet ob. : et valent xv s. v d. ob. 
— Summa operum eorumdem in autumpno : lxxx: pretium eujuslibet i d. ob. : et 
valent xi s. » Sur le rachat des corvées dans ce manoir, voy. pajre suiv., note 1. 

4. « Item habebunt onmes predicti, qui faciunt opéra per totum annum. unimi 
j)anem. scilicet pro duobus ojieribus. de omnibus ([ue faciunt infra clausum dicli 
manerii. El erunt très precarie autuuipiiales predicte ad cibiuii domini ad unuui 
repastum. et ad unam precariam lialiebunt cerxisiam, et ad duas ac|uam. » 

5. ^'oici un exemple : " Simon Bullok. tenet unum mesua^rium et x acras terre 
in ^ illenag:io. Et débet lacère duas operaciones qualibet septimana. a festo Sancti 
Michaelis usque ad ^'incula Sancti Pétri, exceptis scptimanis Natalis. Pasclic et 
Pentecostes. Et a festo Sancti Pétri ad A'incula usque ad fesfum Sancti Michaelis 
débet qualibet septimana facere très operaciones. Et débet arare très acras et 
rcddere ad Natale très trallinas et unum jrallum : et ad Pascha x ova; et facere duo 
avera^:ia. scilicet unum ad Natale, et aliud ad Pascha: et habebit pro quolibet 
averajrin i d. Et si dominas averafrium habere voluerit [corr. : noluerit , ipse simul 
cum partenariis suis. Re^rinaldo le Pulet et Roberto Everard, solvent domino ivd. 
Et idem Simon cum paribus suis jîredictis [debentj pratum domini quod vocatur 
Siiuthmede. ubi sunt v acre prati, falcare, levare et in curia prioris tassare, et lune 
ipse et pares sui habebunt de priore unum rejjastum. scilicet panem. quoddam 
jtenus carnis. caseum, et vi denarios ad servisiam. Et débet invenire duos opera- 
rios ad Ires precarias aulumpnales ad cibum prioris. » 



CAUSES DU SOULEVEMENT XXVII 

foins et pour exécuter les travaux de rautonine. 11 est noté à la fin que 
les vilains et les libres tenanciers de Langley ont les mêmes coutumes 
que ceux de Shortgrove-Hall, excepté qu on n"a paslhabitude de leur 
imposer le rachat des corvées « extra autumpnum ■<■>, et que le seigneur 
peut seulement exiger des services en nature ' . A Bradfield, dans le même 
comté, les vilains « ont les mêmes coutumes que ceux de Shortgrovc- 
Hall, excepté qu'ils ne font pas de corvées- ».A Islington et à Litlle- 
Slanmore, en JNliddlesex, les services en nature existent. Dans les quatre 
autres manoirs du prieuré, il n"v a guère que des tenanciers libres. 

Les surveys et les reniais des manoirs de Saint-Edmund, contenus Manoirs .le saint- 

Eiimuii I. 

dans les mss. E, e. III. 60 et G. g. IV. 4 de la Bibliothèque de l'Université 
de Cambridge, sont encore plus intéressants pour la question que nous 
débattons. D'après l'analyse très détaillée et très soigneuse qu'André 
Réville a faite de ces documents, l'exposé des services effectifs dus 
par les vilains y tient la première place, et la préoccupation de main- 
tenir intactes les corvées apparaît à chaque page. Le plus ancien de 
ces deux manuscrits est le Begislrum veslinrii, ou Registre de \\ alter 
Pinchebeck. commencé en 1333. Il contient l'indication des services et 
des rentes dus dans un certain nombre de manoirs de Tabbaye ^. Les 
corvées sont fixées avec la plus précise minutie, ainsi que les obliga- 
tions du seigneur, quand celui-ci doit fournir la nourriture des tra- 
vailleurs '. Jamais aucune compensation pécuniaire n'est indiquée. 



1. <i Menioranclum quod prcdicli custumarii de manerio de Langley et liberi 
tenentes ibidem haljcnt omnes consuetudines et facere délient servicia sua sicut 
et illi de manerio de Schortg:rave predicto, hoc adjecto quod liberi tenentes et 
villani ibidem dare debent herietuni, et hoc excepte quod non sunt usi rediniere 
opéra sua extra autumpnum in denariis ad vokmtatem domini, sed si dominus 
volucrit ea habere, ea facient ad voluntatem ejus. •> 

2. « Mémorandum quod predicti villani habent omnes consuetudines sicut et 
illi de Schortjrrave, hoc excepto quod non sunt usi facere ibidem aliqua opéra, et 
hoc adjecto quod herietum dare debent post mortem eorum. » 

3. Camhridye i'niversit!/ lihrary. ms. B. e. m. 60, fol. 173àl7X : « Hic incipiunt 
firme maneriorum conventus Sancti Edmundi... » 

4. ^"oici un exemple pris au hasard, qui concerne le premier manoir cité, celui 
de Pakcnham : " Tenentes xvi acras ^sunt^ xxxiii. qui ojjerantur bis in ebdomada; 
dant u j,'allinas. X ova: quorum quilibet mctet in aulumno sine cibo vui acras: 
lipabit et cariabit et falcabit pralum domini i)er operacionem. — Tenentes vui 
acras sunt vu: quorum quilibet dat unam jrallinam, v ova : opcrantur bis in una 
ebdomada, et scmcl in aliu; quoriuii quilibet metet v acras sine cibo: iv acras 



XXVIII IMKODl r.TIDN IIISTOHIQUE 

sauf une seule exceplion '. Lautre manuscrit, le liec/islriim cell/ini\ 
est de la tin du xiv'' siècle, mais il reproduit des documents plus anciens, 
entre autres le registre de ^^'alter Pinchebeck et un registre de cel- 
lerier de 133Ô; il faut seulement en conclure que, selon toute vrai- 
semblance, ces descriptions anciennes n'avaient pas complètement 
perdu, pendant la seconde moitié du siècle, leur intérêt et leur vérité. 
Nous y voyons quelles sont les obligations des tenanciers qui habitent 
Bury même ^. Ils font des corvées elTectives. Sils se refusent à la 
corvée du labour, le bailli doit séquestrer leurs charrues ^. 
Cnncla^ion sur le (^n uous cxcuscra davoir insisté. Rogers a trop dautorité, on a 

déclin des cor- 
vées, pris Ihabitude de suivre trop docilement ses indications, pour que 

nous pussions laisser dans l'ombre des documents qui diminuent gra- 
vement, sur un point essentiel, la portée de ses conclusions. Loin de 
nous cependant l'intention de les rejeter tout à fait. Il reste bien 
établi que le mouvement de transformation a commencé dès le 
xni'^ siècle : sous le règne de Henry III et des trois Edward, est née 
la classe intermédiaire des molmen, appelés plus tard copyholders, 
vilains qui ne font pas de services elTectifs et, dans la pratique, ne se 
distinguent presque plus des tenanciers libres. 
Aliénation fré- Dans le même temps s'est produite une autre évolution, qui a profité 

qaente lia l>or.l- 

land. à tous les pavsans, libres ou non. Les seigneurs commencent à se 

détacher de la terre, à se dégoûter de l'exploitation directe. C'est que 
I;i culture rapporte peu. ne procure guère que des tracas aux grands 
propriétaires, surtout au xiV siècle, époque où le prix de la main- 

lifrabil et adunabit. — Tencntcs iv acras sunt xvi, qui opcrantur sciiiel in ebdo- 
niada. dant iv n\ a. et quoliljet altero anno unani gallinam : quorum quilibet metet 
sine cibo iv acras. ligrabit et adunabit. » Plus loin : « Xotandum et scicnduni quod 
onines subscripli, tam custuniarii quani 'tenentesj de ii carucis, nietcnl per vrii 
(lies intefi^re in autuninr> ad cibuni doniini. scilicet semel in die ad ii honiines 
ununi paneni et vi allecia, et ununi frustum casei vel butiri. » Loc. cit., f° 173.) 

1. Elle est relative au manoir de Fornham-All-Saints : " Preterea omnes custu- 
niarii metent in autumpno ad cibum domini per xvii dies si dominus voluerit, vel 
[potest' capere de (juolibet xii d.; et est sunima xv s. » (Fol. 175.) 

2. Cambridge L'niv. libr.. ms. G. g. IV. 4, fol. 318 V et suiv. 

3. « Si qui autcni repu^rnaverunt, nolentes aruram reddere, bedellus débet corum 
canicas ubicumque invenerit capere et super terram celerarii ponerc, donec ara- 
Aerit sic quantum debuerit. » (Fol. 321). Voy. dans le même refristre. pfiur les 
manoirs de Harlon. etc.... les fol. 26 et suiv.. 108 et suiv.. 378 et suiv. Mêmes 
observations. 



CAUSES DU SOULEVUMUNT XXIX 

d'œuvre, pour des causes que nous examinerons, hausse continuel- 
lement; et justement en cette même période les corvées elFectives 
tendent à dispai'aître. Les lords se mettent donc à aliéner leurs bord- 
lands par petits lots, ou bien à les alFermer ainsi que leurs troupeaux. 
Ils distribuent ainsi aux vilains eux-mêmes de nouvelles terres qui ne 
sont point grevées des charg'es spéciales du vilainage. Ils pensent que 
c'est leur profit '. Ils travaillent en réalité au développement des libres 
tenures, au proj^rès de la classe agricole et à la formation de la robuste 
et ambitieuse yeomanry, petits propriétaires et fermiers qui les feront 
trembler et fuir en 1381. 

Les tenanciers, vilains ou libres, tlgurent en effet au premier rang 
parmi les rebelles. Quelles étaient au juste les causes de leur irrita- 
tion? Pour les démêler, il est nécessaire dabord d'examiner la situa- 
tion des salariés et la crise de la main-d'œuvre. 

Un élément, peut-être assez considérable, de la société rurale était c.i?e de la main- 

1 • 1 • 1 r 1 • ilœuvre. 

constitue par les ouvriers : domestiques de termes, chemineaux ou 
travailleurs d'occasion qu on voyait arriver, par exemple des villes, à 
l'époque des récoltes ^. Le sort de ces ouvriers agricoles progressa, 
comme il arrive parfois, à la suite de désastres. La disette fut presque 
continue eu Angleterre de 1308 à 1322 ^ ; la mortalité étant très élevée 
dans le peuple, l'oiTre diminua, les ouvriers purent exiger davantage, 
et les salaires augmentèrent. La hausse persista une fois l'abondance 
revenue ''. 

Cette hausse favorisa naturellement les ouvriers de métiers aussi Hausse de tou» les 

salaires avant la 

bien que les domestiques de ferme et les moissonneurs. Rogers a cons- pe-te. 
taté dans les comptes de manoirs quelle se produisit au profit des char- 

1. En 1306, l'cvèque de \^'orcestcr demande au roi la permission de donner en 

ferme 40 livrées de terre : « \ec est ad proficuum ejusdem episcopi quod 

teneat terras illas in dominico. ■> Roi. Pari., I. 198 h.: Des articles spéciaux 
concernent les fermiers dans les Provision.i de 1259 et dans le DU de Kenilworlh : 
Slaliiles of the reahn, I. 11. 16. — Cf. Rogers, Hist. of agriculture. I. 24 et suiv.. 
526-52"; — Seebohm. i'n^f. vill. commun., p. .33-.34, 54; — \'inojrradoir. VilUii- 
nuge, p. 360; — Ashley, Economie history, I. i. 27-28. 

2. Sur ces ajrriculteurs salariés, voy. ^'inogrado^■. op. cil., p. 213-214; Rogers, 
op. cit., I, chap. XV. 

3. Voy. les détails donnés par Denton, England in Ihe fifleenlh cenlury. Intro- 
duction, p. 91 et suiv. 

4. Rogers, op. cit., I, 290 et sui\ . 



XXK INTHODl CTIf» HISTORIQUE 

pentiers, maçons, tuiliers, ardoisiers, scieurs de long-, qui venaient 
construire et réparer les bâtiments ruraux '. 

Ainsi, fait que beaucoup d'historiens ont négligé, l'élévation des 
salaires est antérieure à la peste noire -. 
La pesie noire et La peste uoire, qui arriva au mois d'août 1348 en Ang:leterre, anéan- 

ses effet:'. . . . . 

tit en quatorze mois un tiers de la population du royaume, et subsista 
à 1 état endémique ^. Elle n'épargna aucune classe sociale, mais frappa 
plus rudement les cultivateurs et les artisans; des villag^es entiers 
devinrent déserts ^ ; un nombre énorme d'ouvriers périrent ''. 

Le fléau accéléra extraordinairement l'évolution dont les famines du 
règne d'Edward II avaient marqué le début. La hausse des salaires et 
des prix devint subitement vertig-ineuse. La demande ne diminua pas 
sensiblement , parce que les riches voulurent continuer à entretenir 
leurs propriétés comme auparavant et ne renoncèrent nullement à 
leurs habitudes de luxe; en revanche le nombre de bras avait diminué 
au moins d'un tiers ''. La valeur de la main-d'ieuvre monta, tandis que 
celle du capital baissait. Tous ceux qui travaillaient eux-mêmes , les 
petits propriétaires, les fermiers, et surtout les ouvriers, profitèrent 
de la disproportion de l'offre et de la demande et prirent de plus en 

1. Tableau de moyennes décennales depuis 12G3 : Rogers, op. cit., I. 322. 

2. C'est ce qu'a bien vu Denton, op. cit.. p. 107; p. 217, note 3; p. 218. 

3. Ch. Creighlon. Ilist. of épidémies in Britain. I. chap. m; — F. A. Gasquet, 
The gre.il pestilence. — A'oy. la controverse de Scebohui et de Rogers sur le 
nombre des victimes et le chillVc de la population : Secbohm, The Black dealh, 
and ils place in KnijUsh histori/, dans Fortnighllif Review. II, 119 et suiv., 268 
et suiv.; Th. Rogers, Enijland Ijef'ore and a/ter the Black dealh. ihid., III, 191 et 
suiv.; Seebohm, The population of Emfland hefore the Black dealh, ibid.. IV, 
87 et suiv. ; Rogers, Uinloire du travail et des salaires en Angleterre depuis la 
fin du XIII' siècle [Six centuries of work and wages. ti-ad. sous ce titre par M. Cas- 
telot . p. 103 et suiv. — Dans des lettres patentes du 22 juin 1380, il est encore 
question des ell'ets de la peste ; on y parle en ces termes de la ville d'Appleby, 
dans le ^^'estmoreland : « Que per pestilencias.... vehementer depauperata... » 
(Rec. Off., Pat. 1 liic. II. part. 1, m. 41). On sait d'ailleurs que l'épidémie recom- 
menya en 1361 : voy. (2reighton, oyj. cit., I. p. 203 et suiv. 

4. Aug. .lessopp, The Black dealh in Easl-Anylia, dans The coniing of the Friars 
and other hisloric Essags, \). 19j et suiv. 

5. « Magna pars populi. et maxime operariorum et servientum, jam in ista pes- 
lilcntia est defimcta. •> (Ordonnance des travailleurs, de 13J0. dans Rymer, éd. de 
la Record Conmi.. III. i, 198). 

6. Par les comptes de la famille Berkeley, nous voyons qu'en 1350, dans le 
manoir de Ilam. 1144 journées de travail manquaient pour la cueillette du blé, par 
suite de la peste :)Dcnton, op. cit., p. 107). 



r.ALSES Dr SOrLEVEMFNT XXXI 

plus riiabitude d"imposer leurs conditions. Rogers évalue à 48 "/o 
l'augmentation des salaires ruraux après la peste '. Les statuts et 
ordonnances dont nous allons parler prouvent que le sort des travail- 
leurs urbains accomplit le même progi'ès. 

On en vint en eilet à rédig'er des ordonnances et des statuts pour Mécontentement 

des propriétaire» 

enraver le mouvement. Tous ceux qui ne produisaient pas eux-mêmes et des consom- 

, " ... maleurs. 

étaient mécontents ; la g^entry protestait contre les exigences ruineuses 
des travailleurs agricoles ; tous les consommateurs étaient atteints par 
la hausse des prix que provoquèrent les prétentions nouvelles des sala- 
riés et qu'accentuèrent les mauvaises récoltes de 1351 et de 1369 et les 
maladies d'animaux. Le gouvernement trouva justes les plaintes des 
propriétaires et des consommateurs. Prendre avantage des besoins 
dautrui pour augmenter son gain paraissait un crime au moyen âge. 
Edward III et son conseil publièrent donc, le 18 juin 1350, des 
mesures qui furent l'origine dune série de « statuts des travailleurs ». 
Il ne sera pas inutile d'analyser ici cette fameuse ordonnance -. 

La peste ayant enlevé une grande partie du peuple, et frappé surtout Ordonnance de 
les ouvriers et les serviteurs, un certain nombre de gens ont profité du 
manque de bi^as '^ pour exiger des salaires excessifs, préférant mendier 
plutôt que d'en accepter de moindres. Le roi en son conseil a donc pris 
les décisions suivantes : 

1" Toute personne, homme ou femme, âgée de moins de soixante 
ans, qui n"a aucune occupation définie, aucune fortune particulière, 
aucune possession foncière, devra travailler quand elle en sera requise, 
et accepter les gages usités en 1346 ou dans les cinq ou six années piv- 
cédentes, sous peine de prison ^. 

2** Si un moissonneur ou quelque autre ouvrier, une fois engagé, 
part, sans permission ni cause raisonnable, avant le terme convenu, 
persoime ne devra le prendre en service, et il sera mis en prison. 

1. Ri)j;ers, Htst. of arfric. I, 263 et suiv. ; 687. 

2. Rymer ^Record Comin.), III, i, 198-199. et Statiites, I. 307-308. Cette ordonnance 
fut lue dans toutes les éj^lises, par ordre donne le même jour. [Statutes^ I, 308-. 

3. « Videntes necessitatem d(jminoi'um et paucitatem servientum » 

4. « Si de sei'viendo, in sci'\itio conjiruo, considerato statu suo, fuerit requisi- 
tus, servire teneatur illi qui ipsum sic duxerit requirendum, et pei'cipiat dunitaxat 
vadia, liberationes. mercedes, seu salaria, que, in locis ubi servire debeat, con- 
sueta sunl prcstari anno rejifni nostri Anj^lie xx", vel, annis coninuuiibus quinquc 
vel sex proximo precedentibus. » 



XXXH INTUODICTION niSTctlilùlT 

3" Les selliers, pelletiers, corrnyeurs, cordonniers, tailleurs, char- 
pentiers, maçons, tuiliers, bateliers, charretiers et tous les artisans et 
ouvriers ne doivent demander que les gages de 1346, sous peine de 
prison. 

4° Ceux qui donneront ou recevront des salaires supérieurs à ceux 
de 1346, paieront à celui qui se plaindra de cette infraction le double 
de la somme qu'ils auront donnée ou reçue. Si le coupable est un sei- 
gneur, il paiera le triple. 

5" Les bouchers, poissonniers, brasseurs, pâtissiers. hiMeliers, et tous 
les débitants de victuailles, devront vendre, sous la surveillance des 
municipalités, à un prix raisonnable et habituel, sous peine de payer au 
plaignant le double de la somme reçue. 

6° Quiconque fera laumône à un mendiant valide sera mis en 
prison. 
S'.aiut> de? travail Au parlement de 1351, la chambre des communes assura que cette 

leurs. 

loi contre o la malice de servant/. " était restée lettre morte, « a grant 
« damage des grantz et empnvericcnieiit des touz ceux de ladite 
comune. » L'ordonnance fut donc transformée en statut. Mais le statut 
du 9 février 1351 fut plus précis que lacté de 1350; il fixa en deniers 
un grand nombre de salaires * . Il fut renouvelé maintes fois et souvent 
aggravé. Le statut de janvier 1361 frappa dune peine atroce les tra- 
vailleurs qui abandonnaient une ville ou un comté pour chercher 
ailleurs des gages plus élevés ; à la demande du plaignant, ils pouvaient 
être « ars en le frount dune fer fait et fourme au manère de la lettre F, 
« en signe de Fauxine-. » Pendant les années qui précèdent la révolte, 
par exemple en 1377, 1378, 1379, 1380, la chambre des communes 
demanda l'application rigoureuse ou le renforcement des lois sur le 
travail. En même temps, le gouvernement prenait toutes sortes de 
mesures pour empêcher la hausse des prix et pour contraindre les 
ouvriers et ceux qui les employaient à respecter les statuts ^. Au par- 

1. Statu les. I, 311 et suiv. 

2. Slntiites. l\ .366-367. 

3. Rot. Pari., III. 17, '.5. 65 b, 93.1. — Rymer (Record Commission). III, i, 217. 233- 
23S, 230, 294, 32 i ; ii. 768. 778, X63. — Slalules. I. 330, 351, 353. 378 et suiv.; II. 11. 
— Nombreux exemples de presse d'ouvriers : Pat. 4 Rie. II. part. 2, m. 30, 14, 13, 
1 1 : part. 3. m. 3 : 3 Rie. II, part. 2. m. 34. 29 d. : — Rymer, III. ii, 707. 



CAUSES DU SOUUÈVEMENT XXXUI 

lement d'octobre 1362, on fixa Temploi des sommes que fournissaient 
les amendes levées sur les contrevenants *. 

Tous ces documents prouvent que l'obstination était égale de part et 
d'autre. Sans aucun doute, les prétentions des ouvi'iers agricoles ne 
diminuèrent pas dans les années qui précédèrent immédiatement les 
événements de 1381. Même après la révolte, et si complet qu'en eût 
été l'échec, ils refusaient de s'engager à long terme et manquaient très 
souvent à leur pacte pour chercher ailleurs un salaire plus élevé ^. Pen- 
dant l'insurrection ils se montrèrent aussi ardents et aussi haineux que 
les tenanciers. 

Revenons maintenant à ces derniers. Quel a été le motif de leur Répercussion sur 

les tenanciers. 

mécontentement et de leur révolte? La question, pour être élucidée, 
exigerait le dépouillement de tous les court rolls et de tous les sur- 
veys de cette époque. En ne raisonnant, comme l'a fait Rogers, que sur 
les documents issus d'une seule région, on risque au moins de ne donner 
à cette interrogation qu'une réponse partielle. A défaut de la solution 
complète qu'André Réville avait commencé à chercher, examinons 
quelques textes et discutons les hypothèses qu'on a faites. 

\'oici quelle est la théorie de Rogers. Les prix des céréales, du TiiéoriedeHosers. 
bétail et de la laine ont subi, pendant le dernier quart du siècle ^, une 
baisse très sensible pour diverses causes ''. Or, la main-d'œuvre restait 
toujours chère ; ces deux séries de faits coïncidaient au grand détri- 
ment des propriétaires. Les seigneurs terriens qui exploitaient directe- 
ment virent leurs dépenses dépasser leurs gains, puisque presque partout 
les vilains n'accomplissaient plus leurs services en nature, et qu'il fal- 
lait recourir à des salariés dont les prétentions étaient exorbitantes. 
D'autres propi'iétaires avaient affermé tout ou partie de leur hordland; 
ceux-là se trouvèrent menacés d'une réduction de loyer, qui en bien 
des cas dut s'etTectuer. Alors on tenta de i^emettre en vigueur le sys- 

1. Statates, I, 375. 

2. C'est ce que prouvent les vers de Gower, cités par Stubbs, Const. Historij, 
II, i76, note 1. Le Vax clamantis de Gower a été écrit après la révolte. Voy. plus 
loin p. Lix. 

3. Particulièrement en 1378-1379 : voy. les tableaux de prix insérés dans : Ilisl. ni' 
ayric, tome I. 

4. Ainsi le soulèvement de la Flandiv en 1379 interroini)it l'exportation de la 
laine anglaise [Rot. Pari., III, 73 .i^. 

Mi'-n. Cl tlir. de lÉ'nte ,lcs Chartes. — II. c 



XXXIV INTRODUCTION IIISTORIQI F. 

tème ancien de rexploitatiou dircele à l'aide des corvées effectives, qui 
procuraient à si bon compte la niain-d'(cuvre. Il est possible aussi que 
les seigneurs aient essayé de louer ensemble et les terres et les rentes 
qu'ils possédaient à des fermiers, et que ceux-ci aient montré une grande 
dureté envers les paysans. En tout cas ces derniers formèrent des ligues, 
pour refuser de concert les services qu'on exigeait deux, et finirent par 
se révolter. 

Cette théorie, donnée comme une hypothèse dans Vllisloire de 
r;i(jrtculliire el des prix ', reparaît sous la forme d'une affirmation 
tranchante dans Six siècles de travail et de f/ages - el dans V Inlerpré- 
ialioii économique de l'histoire ^, du même auteur. Elle a été presque 
universellement adoptée; des historiens éminents, comme M. Stubbs '' 
et M. Cunningham '', l'ont admise; tout récemment M. A\ . J. Corbett 
l'a reproduite dans V Angleterre sociale de M. Traill '', et M. Castelot, 
dans ses traductions, la présentée aux lecteurs français sans en signaler 
la fragilité. M. Ashley, au contraire, l'a rejetée absolument, trop vite à 
notre gré, dans son Introduction à l'histoire économique de f Angle- 
terre ' . 
Fon.lements insuf- Elle ne ocut oas uous Satisfaire, i)arce que. comme nous l'avons 

fixants de cette ^ ' ' * 

tiiéorie. montré, il n'est pas vrai que presque partout les services effectifs aient 

été remplacés par des rentes; le mouvement de substitution avait seu- 
lement commencé. Dans les terres où la modification était déjà faite, 
la lutte entre les lords et les vilains a pu prendre parfois le carac- 
tère que lui assigne Rogers. M. Cunningham nous donne deux 
exemples tirés des court rolls de \\'inslo\v. En 1371, il y eut débat 
entre le lord el ses vilains, parce qu'il réclamait d'eux des corvées 
occasionnelles, bien que la plupart des services de ce manoir eussent 
été changés en rentes. L'autre cas est de 1.351 ; il s'agit ici de la 

J. Tomel, p. 81-8.3. 

2. Trad. Castelot, sons le titre de : Histoire du travail el des salaires en Angle- 
terre depuis la fin du Xllt siècle, p. 223-221. 

3. Trad. Castelot, p. 10. 
5. Const. Ilist., II, 476. 

5. Growtti of enylisfi industri/. I. 350. — \'o\. aussi Dentoii. Ent/land in llie 
fifleenlli century, p. 106. 

6. Social Enifland. II, 97, 216. 

7. Tome I, part. ii. p. 263-260. 



CAUSES DU SOULÈVEMENT XXXV 

cueillette des noix K Ou voudrait assurément des textes plus pro- 
bants et plus nombreux. On voudrait surtout des textes datés des pre- 
mières années de Richard II. Si Rogers en a connu, pourquoi ne les citc- 
t-il point ? Je me demande s'il ne s'est pas tout simplement approprié, 
sans le dire, une affirmation de l'historien du Norfolk, Blomefield, qui a 
assuré avant lui que les lords exigèrent des vilains les anciens services 
et provoquèrent ainsi l'insurrection de 1381 -. 

On peut admettre que les conclusions de Rogrers sont partiellement Véritables grief* 

. , ^ ^ , «les Tilains. 

vraies. Mais puisqu'elles ne suffisent pas à rendre compte du méconten- 
tement général des paysans, il faut chercher d'autres explications, et 
elles ne sont pas très dilîiciles à trouver, puisque nous savons ce qu'ont 
demandé les révoltés de 1381, par exemple les serfs de l'Essex et du 
Herts. Le merchetum ^, le hériot ''. les corvées que beaucoup d'entre 
eux n'avaient jamais cessé de faii'e, leur paraissaient insupportables; 
ils ont réclamé tout simplement l'afFranchissement, la condition de 
libres tenanciers. C'est ce que prouvent les chartes arrachées à l'abbé 
de Saint-Alban par ses tenanciers et au roi Richard par les bandes réu- 
nies à Mile-End. Que Rogers se soit donné tant de peine pour chercher 
ailleurs la « clef de l'insurrection de ^^'at Tyler ^ », c'est ce qui peut 
surprendre au premier abord ; à la vérité, il était aveuglé par ses théo- 
ries sur la disparition des corvées efTectives : que tant de paysans se 
fussent soulevés en 1381 pour en obtenir l'abolition, il ne pouvait le 
comprendre qu'en supposant une réaction seigneuriale, puisqu'il avait 
cru voir les prestations pécuniaires se substituer presque totalement 

1. Cunnin^ham, op. cit., I, 336, note 3. — M. Seebohm, qui a étudié de son côté 
les rôles de ^^'inslo^v, parle aussi d' « efforts du landlord pour revenir à des règles 
plus anciennes et plus étroites, par exemple pour retourner aux services en nature » : 
mais il ne donne aucun exemple précis et, bien qu'il parle des années postérieures 
à la peste, il ne se réfère qu'à des documents de la sixième année d'Edward III I 
{Englisli village cominiinity, p. 31i. — Denton assure de son côté qu'il y eut une 
« tentative pour revenir aux services personnels » {op. cil., p. 106); mais il ne 
renvoie en note qu'à Ilolinshed et à Rogers. Holinshed n'est pas une autorité qu'on 
puisse invoquer ici. Nous avons d'ailleurs vainement recherché dans ses œuvres 
le passage auquel cette note se rapporte. L'ouvrage de Denton abonde en références 
fausses. 

2. Hisl. of XorfoUi. III. 103 .sans référence à aucun texte). 

3. Droit que les vilains payaient pour marier leur fdle ou leur pctite-fîlle. 

4. Part des biens meubles du vilain, qui, après sa mort, revenait au seigneur. 
3. Inlerprêl. économique de l'histoire, p. io. 



XXXVI INTRODlCriON HISTORIQUE 

aux services durant la précédente période. C est ainsi que les erreurs 
historiques s'engendrent les unes les autres. 

Pourquoi la révolte a-t-elle éclaté à cette date de 1381? C'est que 
d'abord les griefs populaires n'étaient pas simplement d'ordre écono- 
mique et social; on se plaignait amèrement de la politique tracassière 
et ruineuse des conseillers du nouveau roi, et nous verrons que la 
flamme fut mise aux poudres par les collecteurs d'impôts. Mais on 
peut admettre aussi qu'en ces premières années de Richard II, les 
paysans ont trouvé leur sort plus odieux. C'est que d'une part en effet 
la gentry se montrait plus dure qu'auparavant à leur égard et que 
d'un autre côté leur résignation était moindre. Sans aucun doute en 
effet, et sur ce point la théorie de Rogers ne saurait rencontrer 
d'objection, les propriétaires étaient lésés par la crise économique; 
ils chei'chèrent les moyens de se tirer d'affaire, lirent llèche de tout 
bois '. Quelques-uns ont pu, selon la supposition de Rogers, réta- 
blir les corvées effectives ; ceux qui ne les avaient pas supprimées 
avaient bien d'autres moyens de se faire haïr : ils exigèrent avec âpreté 
les prestations de tout genre et hésitèrent moins que jamais à prolller 
de leur juridiction manoriale pour lever de lucratives amendes. ^^ illiam 
Langland, dans son poème, donnait à la gentry ce conseil, sans doute 
inspiré par les circonstances : « Quand vous infligez une amende , 
« laissez la miséricorde en fixer le taux, » et Wycliffe, dans un de ses 
sermons, se plaignait également des amendes déraisonnables dont les 
lords écrasaient les pauvres gens -. On maintenait strictement toutes 
les charges du servage ; les incapacités personnelles du vilain, défense 
de vendre le gros bétail ou de marier sa fille hors de la terre sans pei'- 

1. Il faut, répétons-le, se représenter qu'à la lin du xiv* siècle la noblesse anjjlaise 
s'intéressait fort i)eu à l'exploitation de ses domaines; elle ne cherchait qu'à en 
tirer de l'argent pour vivre brillamment. Elle était fastueuse et courait avec insou- 
ciance à la ruine, comme la noblesse française à la fin de l'ancien régime. Voyez 
les détails donnés par M" Green dans Town life, I, 238 et suiv. 

2. Textes cités par Ashlev, op. cit., I, ii, 266. — Dans le manoir de '^^'isbeach, 
aj)partcnant à l'évèquc d'Kly, deux serfs ont refusé les rentes et services qu'ils 
doivent : « Rescusavit solvere domino redditus et servicia pro tenura sua. » Ils 
voient confisquer leurs terres, et n'obtiennent merci qu'en donnant l'un 10 d., 
l'autre 12 d., le .31 juillet 1380. — Trois autres menticjns analogues pour le môme 
manoir, l'année précédente. [Arch. épisc. d'Ely^ Court l'olls, C. 8, liasse 1-6 Rie. 
II, et liasse 1-1 Rie. II.) 



CAUSES DV SOULEVEMENT XXXVII 

mission, hériot, etc.. sont soigneusement indiqués dans les surveys 
dont nous avons parlé plus haut; on ne tolérait aucune infraction '. 
Moins que jamais on admettait les réclamations des vilains devant 
les tribunaux ; un vilain ne peut citer son seigneur -. Or justement les 
paysans, grâce à la crise économique que nous avons décrite, avaient 
plus de bien-être et étaient par conséquent plus ambitieux. La contra- 
diction qui existait entre leur condition légale et le progrès de leur 
existence matérielle était évidemment pour eux une source d'exas- 
pération quotidienne. Nous verrons enfin tout à l'heure que les 
conseillers de haine et de révolte ne manquaient point auprès d'eux. 

Le statut publié par le i)arlement qui se tint à \\^estminster du l.'i statut de 1377. 

\. . ... Ligues de vi- 

octobre au 28 novembre 1377 prouve bien que celte explication simple lains. 
est la meilleure. A cette assemblée, on voit les seigneurs et les com- 
munes se plaindre que « en plusours seignouries et parties du roialme 
« d'Engleteri'e, lesvilleyns et terre tenant/, en villenage » refusent «ilour 

1. M. Maitland estime que les incapacités serviles ont clé maintenues dans le 
manoir de ^^'ilburton plus rigoureusement que jamais pendant le cours du xiV 
siècle. Ordre est donné de poursuivre les vilains qui abandonnent la glèbe. Des 
amendes frappent impitoyablement ceux qui ont marié leiu* liUe, envoyé leur fils 
à l'école, vendu un poulain, sans l'autorisation du lord. (Engl. hist. review, 1894, 
p. 436 et suiv.). ^ Pour la période qui suit immédiatement la peste, voy. dans les 
Chronica monasterii de Melsa, III, 126-J42, les démêlés fort intéressants qui eurent 
lieu, vers 1358, entre l'abbé de Meaux, en Yorkshire, et ses vilains. Les uns, mis 
aux fers, furent réduits par cet argument décisif à reconnaître le bon droit de leur 
maître; les autres, malgré leiu- appel à la protection royale, retombèrent, après 
une longue lutte, à la discrétion de l'abbé. 

2. Quelques mois avant la révolte, un paysan du prieur d'Ely porte contre lui 
la plainte suivante auprès de l'évèque d'Ely : « A les justices nostre seigneur le 
evcsque d'Ely Deniz Listle et gardeinz de la pees, se pleint Johan Rêve de Sutton, 
d'un Johan, priour d'Ely, et Johan Langelay com moigne du dit prieur, et d'un 
Johan ^^'hite d'Ely, de ceo q'ils, a tort et sanz cause resonable, le vendredy en la 
veyle du Concepcion Nostre Dame, l'an du règne nostre seigneur le roy Richard 
seconde quarte, a force et armes, c'est assavoir bastonnes, espeys et djokelers, a 
Sutton, a la meison du dit Johan Rêve, par colour que le dit priour est seignour 
du dite ville, par extorcion pristeront les bestes du dit Johan Rêve, c'est assavoir 
boifes, vaches, jumentes et barbitz, pris du c livres, ilhicques trovez, et ceuxencha- 
ceront a le manoir du dit priour en la dite ville, et les detinderont, tan que ils ont 
levé par duresse et extorcion du dit Johan Rêve c: solz a tort et encontre la peez 
nostre seigneur le roy et as damages du dit Johan Rêve du ce livre » Les incul- 
pés démontrent que le dit John Rêve, en vertu de titres antiques, est serf du 
prieuré ; ils se sont emparés des biens susdits en attendant que John Re^"e se 
soumît à la volonté de son seigneur. Ils sont renvoyés .saie die, par jugement du 
14 décembre 1380. — Suit lui second jugement analogue, [l'nl. 4 Rie. Il, part. 2, m. 
21.) — Voy. aussi le cas des serfs de l'abbé de Meaux dans Cliron. de .Meisa, III, 132. 



XXXVllI INTRODUCTION HISTORI'JIE 

« custumes et services duez à lour seigneurs », « parcolourdes certeins 
« exemplificacionsfaitz hors de livre de Domesday, des manoirs et villes 
« deinz queux ils sont demorantz; et par vertue d'icellesexemplifîcacions 
« et lour maie enterpretacion dicelles, ils saferment destre quites et 
« outrement deschargez de toute manère de servage, due si bien de lour 
« corps corne de lour tenures avant ditz, et ne voillent soetîrer ascun des- 
« tresse ou autre justice estre fait sur eux ; einz manassent les ministres 
« de lours seignours de vie et de membre, et qe plus est, ils se coillient 
« ensemble a grantz routes, et sentrelient par tiel confederacie qe ches- 
« cun aidra autre de contrester lour seignours a fort mayn. » 

« Cette situation étant grosse de périls, ordre est donné que les sei- 
« gneurs, d'accord avec les juges de paix, fassent faire des enquêtes c( de 
« tieux rebelxet de lour malfaitz,conseillours. procureurs, mevntenours 
« et abettours, etde faire enprisonertoutz ceux queux ent serront enditez 

« devant eux Et quant a les dites exemplificacions faitz etpurchacez 

« come desus est dit, les quelx furent faitz venir en parlement, est 
« déclaré en dit parlement qe celles nepoient nedeyvent vailer,ou lieu 
« tenir, as ditz villeynz et terre tenantz, quant a la fraunchise de lour 
« corps, ne a chaunger la condicion de lourtenure et custumes auncien- 
« nement duez, ne faire préjudice as ditz seignours d'avoir lour services 
« et custumes come ils soleient d'auncien temps; et ordeigné est qe sur 
« cest declaracion les ditz seignours avèrent lettres patentes soulz le 
« grande seal,tantz et tieux come lour ent busoignera, sils les verront 
>' demander ' . >-> 
Recours au Do- Aiusi, fait bien digne de remarque, les vilains recouraient au Domes- 

mesday-Book. ... -^ 

aay-Book pour protester contre leur position présente. Et en elfet, 
nous l'avons déjà dit, l'anarchie seigneuriale qui avait accompagné au 
xii*^ siècle la lutte dEtienne et de Mathilde, avait été désastreuse peur 
eux. Les propriétaires, ayant toute licence de traiter les paysans à leur 
gré, avaient fondé par la force, pendant ces temps troublés, une nou- 
velle hiérarchie sociale : les vilains, cest-à-dire la majorité de la classe 
rurale, étaient tombés au rang des serfs, les deux mots étaient devenus 
synonymes. La classification antérieure du IJome.s(hy-Book, qui dis- 
tinguait nettement les serfs des vilains, les lois de Henry I'' , qui 

1. Slululex. II. 2-3. 



CAUSES DU SOULEVEMENT XXXIX 

reconnaissaient la liberté de ces derniers, étaient devenues lettre morte, 
et il n'y avait plus trace du vieux vilainage que dans « lAncient 
Demesne » et dans le comté de Kent, où il sétait en quelque sorte 
cristallisé et conservé à peu près intact'. Lorsque M. Gomme consi- 
dère la révolte de 1381 comme un efTort fait par les paysans d'Angle- 
terre pour rétablir la communauté de village anglo-saxonne, il ne fait 
qu'exprimer sous une forme paradoxale une vérité indéniable ^. 

Le statut de 1377 a été souvent cité-'', mais André Réville a trouvé vilains de si.ix- 
un document qui en est le précieux commentaire. C'est une de ces 
lettres patentes que le roi s'engageait à fournir aux propriétaires pour 
les défendre contre les revendications et les ligues de paysans. L'n 
nommé Thomas Preyers se plaignit en 1380 que les vilains et tenants 
en vilainage de son manoir de Strixton, dans le comté de Northampton, 
lui refusassent les coutumes et services habituels ; poussés par de mau- 
vais conseillers, ils s'étaient ligués et avaient juré de se prêter mutuel- 
lement assistance pour résister au maître et à ses officiers. Thomas 
Preyers versa un demi-marc dans le hanap de la chancellerie et obtint 
des lettres patentes datées du 24 novembre six mois avant la révolte), 
par lesquelles le roi ordonnait de faire une enquête, d'emprisonner 
et de juger les coupables '. 

1. Voy. VinograclofF, op. cit., p. 218 et suiv. 

2. G. L. Gomme, Rebellions in Enylish hislory, dans The Anliquary, XI, 97- 
100, particulièrement p. 99. M. Gomme remarque avec quel acharnement on 
poursuivit en 1381 les légistes, qui n'avaient rien compris à la condition des 
paysans anfjlo-saxons, et qui a-vaient diminué par leurs formules juridiques com- 
pliquées l'indépendance des classes agricoles. 

3. C'est sur ce texte que Th. Rogers prétend même appuyer l'hypothèse résumée 
plus haut, p. xxxiu-xxxiv. (^'oy. Interprél. économ. de l'IIist., p. 39- ÎO). Il ne 
tient aucun compte de la révolution funeste aux vilains qui s'était opérée au 
xii" siècle. 

4. « Rex dilectis et fidelibus suis ^^'illelmo la Zouche, de Braunfeld, chivaler, 
Rogero de Kirketon. ^^'ilIelmo Thirnyng, Simoni ^^'arde, et Johanni Parmeter, 
salutem. Sciatis quod cum nativi homincs et terram native tenentes Thome 
Preyers, de manerin suo de Strixton, ad procuracionem quorumdam consiliariorum, 
manutentorum et abettatorum suorum, consuetudines et servicia sua pro tenuris 
suis eidem Thome ibidem débita, a diu est, rebellice retraxerunt, ac in diversis con- 
venticulis ad invicem confederati et sacramento interconfederati ad resistendum 
prefato Thome et ministris suis, ne hujusmodi consuetudines et servicia facei-cnt. 
ut deberent, sint congrcgati, ut accepimus, et quam]>liwa alia mala et intolleralsilia 
in dies facere intendant, et \olcnles remedium in hac parte, juxta formam ordi- 
nacionis in parliamento nostro apud \\'eslmonastcrium nuper tento in luijusmodi 
[casuj l'acte, fierijubere, assignavimus vos justiciarios noslros ad inquircndum, 



XL I.MRODLT.TION IIISTORTQUE 

Vilains de wil- Si enfin nous interrog^eons les précieux documents du manoir de 

barton. ,_ i • r • ■ i 

AN ilburton, nous y trouvons des niiormations qui achèvent de nous 
édifier. Les courts rolls de ce manoir nous montrent que dans la der- 
nière moitié du xiv" siècle et le premier quart du xv^. le lord n"a pu 
conserver toute sa population servile. Depuis 1364, date où les effets 
de la grande peste se font pleinement sentir, les désertions de vilains 
sont continuelles. Certains s'en vont en emportant leurs biens meubles 
ou des instruments de labour; d'autres s'enfuient en abandonnant tous 
leurs meubles à la confiscation qui les attend. En 1372. trois grandes 
tenures et une demi-tenure, trois cottages et six demi-cottages sont 
ainsi vacants. Le seigneur cherche en vain des tenanciers pour les 
occuper; personne ne veut les prendre aux anciennes conditions, et il 
est obligé de les affermer ; dès la première année de Richard IL trois 
grandes tenures et huit cottages et demi sont aux mains, non plus de 
vilains, mais de fermiers '. A'oilà un exemple caractéristique : les 
vilains et surtout les plus humbles, les cottagers, sont mécontents de 
leur sort au point de renoncer au gagne-pain assuré. La hausse des 
salaires les séduit, les arrache à la terre qu'ils tenaient de leurs ancêtres; 
et ils vont augmenter le nombre des ouvriers agricoles ou urbains, à 
moins qu'ils ne deviennent simplement des rôdeurs. 
Appréciation exac- Nous voilà cu sommcamenés à adopter 1 explication donnée par 

le de Frois^art. 

Froissart : '< Uns usages est en Engletière... que li noble ont grant 

(' francisse sus leurs hommes et les tiennent en servage Ches mes- 

(( chans gens se commenchièrent aeslever pour che que il dissoient que 

« on les tenoit en trop grande servitude Et pour la grant aisse et 

« craisse ou li menus peuples d'Engletière gratoit et vivoit. s'esmut et 
« esleva ceste rébellion ^. » 

per sacranientum proborum et legalium honiinum de comitatu Xorhamptonie.... de 
quibuscunique hujiismodi rebellibus et coi'um malefactis, consiliariis. procurato- 
ribus, manutenentibus. et abbettatoribiis. et omnibus aliis j^estuni suuiii in hac parte 
concernentibus. et de premissis omnibus et singulis. plenius veritatem ; et ad 
onines illos. quos coram vobis... in liac parle indictari conlijrerit, imprisonan- 
duni, abstpie delibcracione eorum. per manucapcionem. ballium, aut alio modo, 
sine assensu dominoruni suoi-um. quousque indc sint convicti vel acquielati, 
facienda. >> Suit l'ordre de faire le |)rocès de ces rebelles. <> Teste rejçe apud \or- 
hampton. xxiv" die novembris. Pro diniidia marca soluta in hanaperio. » [Pat. 4 
Rie. H, part. 1, m. 4 d. — Anal, dans le Calendar, p. 578.) 

1. Enffl. hislor. review. 1894. p. 423 et suiv. 

2. Froissart. X. 95. 94. 



CAUSES DL" SOULEVEMENT XLI 

Les ouvriers agricoles et les vilains n'ont pas été les seuls paysans Griefs des libres 

lenanoiers et des 

qui se soient révoltés en 1381 '. Parmi les rebelles dont la condition fermiers. 
nous est révélée par les enquêtes des échoiteurs, il en est qui possèdent 
des revenus fonciers notables et de nombreux troupeaux. Les libres 
tenanciers et les gros fermiers n'ont pas hésité à suivre le mouvement 
et ils en ont souvent pris la direction -. Ceux-là s'unissaient aux vilains 
pour demander l'abolition des banalités, le droit de chasse et de pèche, 
la diminution ou même la suppression totale des loyers. On fit aussi la 
},aierre aux clôtures. Jadis, nulle haie ne s'élevait dans le manoir; les 
pâturages étaient communs •'. Depuis le développement du commerce 
et de l'industrie de la laine, les propriétaires, voyant quels énormes 
profits rapportait l'élevage des moutons, s'étaient mis à fermer leurs 
prairies. En 1381, le premier souci des rebelles fut souvent de briser 
les clôtures. Là encore, on luttait pour rétablir les vieux usages. 

Nous venons de parler du développement commercial et industriel. Participation des 

gens de métiers 

Il n'a pas eu sur l'explosion de la révolte une influence seulement indi- à la révolte, 
recte et lointaine. Les divers métiers ont donné aux bandes d'insurgés 
de nombreuses recrues et souvent des chefs. Pour ne citer que quelques 
exemples, on sait que dans le sud, le principal capitaine, le fameux 
AVat, était un tuilier. A Londres, les révoltés les plus dangereux, ceux 
qui furent exclus de l'amnistie, étaient pour la plupart des artisans : 
tailleurs, tisserands, foulons, selliers, peaussiers, savetiers, charpen- 
tiers, etc. ; pour le Somerset, la liste des exclus comprend treize per- 
sonnes, dont un tisserand, un gaînier, un peaussier, un bonnetier, un 
potier, un maçon, un barbier, un écrivain, un domestique ■*. Dans 
le mandement adressé le 15 juin par le roi au maire de Londres, 
les rebelles d'Essex^ de Kent, de Surrey, de Sussex et de Middlesex, 
sont définis en ces termes : « sujets surtout de condition médiocre 
« et inférieure, tels que travailleurs, ouvriers, servants et artisans ^. » 

1. C'est ce que laisse entendre AA'alsinfçham : <■ Rustici nanique, quos nativos 
ve\ hondos vocamus. simili cum ruralihus accolis in Estsexea... » Hisl. anglic, 
1,454:. 

2. Voy. plus loin, p. 79, le cas do Thomas Sanipson : et Append. II, docum. n"' 89. 
102, 104, 103, etc.. 

3. ^'oy. là-dessus la description du nianoii" de ^^'inslo^v par Seebohni, dans 
English village coinmunity, p. 21 et suiv. 

4. Rot. Pari.. III. 112-113. 

5. Append. II, docum. n° 110 (paj;e 235, note 1). 



XLII INTRODLCTlf» IIISTOKIQUE 

Dans le nord, à Lynn. ce fut une trentaine de gens de métiers qui sou- 
levèrent la ville ; les rebelles de Norfolk eurent parmi leurs principaux 
chefs le teinturier GeofTrey Lystere. Le terme général appliqué aux 
insurgés dans les documents officiels est : gens du commun communes 
insnrgenies^ communes re/je/Ze^ . Les nombreux historiens qui ont con- 
sidéré le mouvement de l.'iSl comme une pure insurrection paysanne 
se sont mépris. Assurément, il faut convenir avec ^L Ashley que 
« connaître la vie de l'Angleterre rurale pendant celte période, c'est 
« connaître les neuf dixièmes de son activité économique '. » Mais l'in- 
dustrie aurait-elle eu à cette époque une importance encore moindre, 
il suffît qu'une bonne partie des fauteurs de la rébellion aient été des 
artisans, pour qu'il convienne ici de mettre en lumière leur situation 
sociale et d'expliquer leurs griefs. 
Développement de La classe dcs fabricants et des marchands est devenue beaucoup plus 

la production in- 

dasirieiie. nombreuse en Angleterre au xiv'^ siècle. Le développement avéré du 

confort et du luxe au temps d'Edward III et de Richard II suffirait à 
le faire croire ^. Mais nous en sommes rendus certains par des faits qui 
démontrent avec plus de sûreté l'accroissement de la production indi- 
gène. C'est au xn'- et au xv*" siècle que les villes anglaises du moyen 
âge ont atteint leur apogée de richesse et d'indépendance, grâce à leur 
activité économique. Au temps de Richard II, Londres avait 40.000 
habitants; York, ainsi que Bristol, 12.000: Plymouth et Coventry, 
9.000; Norwich, Lincoln, Salisbury, Lynn, Colchester, de 5.000 à 
7.000 "*. Depuis le milieu du xiv^ siècle, nous voyons ces villes doubler 
et tripler, en l'espace de cent années, leur budget de dépenses, « élever 
« le salaire de leurs officiers, construire de nouveaux c[uartiers, embellir 
« leurs édifices publics et leurs églises, prodiguer de 1 argent pour l'achat 
(( de nouveaux privilèges ou pour l'extension de leur commerce ' ». Il 
est clair que ce développement de la vie urbaine, médiocre si on le 
compare à celui de la Flandre, mais remarquable pour un pays jus- 
qu'alors agricole, était dû à l'augmentation des forces productives. Et, 

1. Economie hislory, I, i, 6. 

2. Voy. la loi sompluaire de 1363 dans Slalutes, I, 380-381. 

3. Ashley. Econ. hisl., I, ii, 11, d'après les rôles de 1377. 

4. M" Grcen, Toicn life, I, 13. 



CAISES DU SOULEVKMENT XLKI 

en effet, les métiers se multiplient, de nouvelles industries naissent, 
les fabricants se spécialisent ; c'est ce que démontre le nombre de plus 
en plus grand des craft (jUds^ ou gildes d'artisans. Pour ne parler que 
de Londres, beaucoup de ces compagnies se sont fondées au temps 
d'Edward III ; à la fin de son règne il y en avait quarante-huit ; il y en 
eut soixante dans les dernières années du xiv^ siècle *. A côté des 
métiers de toutes sortes organisés en gildes, il faut faire une place par- 
ticulière à la draperie, dont l'extension est le fait capital de Ihisloire 
industrielle anglaise au moyen âge -. On sait que la laine était une des 
principales richesses de l'île. De tout temps, les gros draps indigènes 
avaient suffi à la consommation populaire, mais les étoffes fines 
venaient de Flandre, et ainsi les lords ne portaient la laine de leurs 
moutons que si elle avait franchi deux fois la mer et passé par des 
mains étrangères ^. Dès le xni^ siècle, cette anomalie parut choquante : 
le parlement et la royauté essayèrent de fermer le marché anglais aux 
Flamands pour encourager les filateurs et les tisserands nationaux ''. 
Le fameux statut de 1337 défendit l'exportation de la laine et l'impor- 
tation des draps. La plupart de ces mesures, il est vrai, avaient un 
caractère politique ; elles avaient surtout pour but d'effrayer les Fla- 
mands et de les ramener, par peur de la ruine, à l'alliance anglaise. 
Elles semblent cependant, si courte qu'en ait été l'application, avoir eu 



1. Ashley, Econ. hist., I, i, 86 etsuiv; ii, 70 et suiv. — Sur le caractère des 
gildes anglaises d'artisans, leurs rapports avec les gildes marchandes, et la situa- 
tion de ces diverses compagnies au xiv siècle, voy. Gross, Gild merchant. I, 
chap. vu. 

2. C'est le système « domestique » qui a prévalu dans la draperie et probable- 
ment dans toutes les industries textiles, au moins à partir du xV siècle. Au 
XIV' siècle, il y a encore des gildes de tisserands, de teinturiers, etc.. 

.3. Sur les rapports économiques de l'Angleterre et de la Flandre, voy. Georg 
Schanz, Englische Handelspolitik gegen Ende des Mittelnllers. I, chap. i. 

4. Défense d'exporter la laine. 10 avril 1271. dans Rymer Record commission), 
I. 510. — Cf. un curieux passage de Thomas ^^'ykes, chroniqueur malheureuse- 
ment de peu d'autorité pour l'époque de Henry III : « Ut comcs [Lcyccstrie] 
aures plebeias frivolis demulceret oblectamentis, condixerat et per regnum devul- 
gari fecerat, quod sine commeatu exttaneorum possent indigène bonis propriis 
commode sustentari. quod tamenfuit impossibile : alterna quidem bonorum com- 
mutatio diversis regnis alternatim diversimoda commoda subministrat : unde 
plurimi volentes comifem conipiacare, ne viderentur aliunde necessaria sibi men- 
dicare, pannos candidos induebant, dedignantes pannos induere colorâtes. » 
[Annales monaslici. IV, 158. — Voy. aussi Walter de Ilemingburgh. I, 306. 



XLIV I.\TRODl"CT(ON HISTORIQUE 

des conséquences économiques importantes. Dès le règne (rEchvard II 
et les premières années d'Edward III, nous voyons la filature floris- 
satil à Xorwich, à Lvnn et en général dans le Norfolk *. A la suite 
du statut de 1337, plusieurs notables de Bristol, estimant l'occasion 
bonne à saisir, établirent des métiers dans leurs maisons et prirent à 
leurs gages des tisserands -. L'exportation des draps anglais, nulle jus- 
qu'alors, eut une importance sulFisante pour permettre à la royauté 
d'établir à ce propos de nouveaux droits de douane ^, et les négociants 
indigènes qui en trafiquaient formèrent une classe assez nombreuse à 
Londres pour obtenir une charte en 13fii ; jusque-là les compagnies de 
drapiers étaient inconnues dans le pays ^. 
Naissance d'un L'accroissemcnt delà production industrielle, et par conséquent de 

prolétariat. 

la classe des artisans au xiv'' siècle en Angleterre, est donc un point 
acquis. Fait non moins certain, l'harmonie sociale en fut aifaiblie. La 
condition générale des travailleurs urbains devint moins uniforme, le 
prolétariat apparut. Avant le xiv* siècle, chaque artisan anglais travail- 
lait pour son compte, tout au plus avait-il un ou deux apprentis. Main- 
tenant nous voyons apparaître les « servants », les « garsons », les 
« valets », ouvriers engagés par des patrons et qui constituent une 
véritable classe ouvrière '. Pour la plupart de ces journaliers, nul 

1. Pétition des « marchaiintz aliens, et de la terre meisnies » contre les fabri- 
cants du Norfolk, ann. 8 Edw. II [Rot. Pari., I. 292 h\ — Lettres du 17 fév. 1329, 
analysées dans : Calend. of IhePal. rolls of tliereigii of'Edw. III, 1327-1330, p. 124. 

2. Acte du 25 nov. 13.39 : Rymer (Rec. Commission^, II, ii, 109.S. 

3. Rot. Pari., II, 168 b. — Voy. Dowell, Hisiory of Taxation, I, 167. 

4. Ashiey, Economie hisiory, I, n, 209 et suiv. — Pour cette histoire des débuts 
de l'industrie lainière, le livre de M. Asliley est particulièrement précieux. Voy. 
tout le chap. m du vol. cit. Ce chapitre est la reproduction corrijtée d'un essai 
du même auteur : The early history of Ihe enrjlish icoollen industry. 

5. Voy. par exemple le rendement du maire Walter Turk, fixant les ga^es des 
artisans de Londres, en 1350, dans H. T. Riley, Memorials of London and London 
life, p. 253 et suiv. A côté des tuiliers, qui ne pourront exificr plus do 5 pence 1/2 
])ar Journée de travail de Pâques a la Saint-Michel, et de 4 1/2, de la Saint-Michel 
à Pâques, sont mentionnés leurs <c garsons » qui toucheront 3 pence 1/2 en été et 
3 en hiver. — Le \-olumineux recueil de II. T. Riley, emprunté aux Letter-Boohs 
de la Cité, est une source des plus précieuses pour l'histoire économique de 
l'Angleterre, de 1276 à 1419. Il est regrettable que l'auteur ait publié des traduc- 
tions à la place des textes eux-mêmes. Un document, surtout quand il est écrit 
dans une langue aussi accessible que le latin ou le français , doit être publié 
sous sa forme originale, à moins qu'une analyse sommaire ne suffise pour en 
extraire toute la matière historique, 



CAL'SES DU SOULÈVEMENT XLV 

espoir ne s'offre d'atteindre une condition supérieure. Puisque toute 
leur vie ils doivent rester des salariés, ils tâchent naturellement d'aug- 
menter leurs salaires. Les ouvriers de même pi^ofession se fréquentent, 
organisent des associations. Comme en Allemagne, ils forment des 
confréries qui, sous prétexte de fraternité chrétienne et de cérémonies 
religieuses, leur permettent de se réunir, de se compter, de prendre 
conscience de leur force et d'en faire parade. La confrérie des ouvriers 
selliers de Londres remontait à 1383 au moins, et avant la lin du règne 
de Richard II, les patrons selliei'S dénoncèrent ses agissements aux 
pouvoirs publics '. En 1389, nous voyons les communes demander au 
roi de ne point tolérer que les membres des confréries portent des 
livrées, symbole d'union qui effrayait fort les classes moyennes ^. Ce 
n'était pas la première fois que ce signe de ralliement, employé par les 
lords pour leur wainfenance, servait aussi aux revendications popu- 
laires : en 1381, le même système avait été adopté par plusieurs bandes 
d'insurgés. 

Il est fort probable que l'organisation ou tout au moins l'ébauche 
des premières confréries est antérieure à la rébellion. En tout cas, il 
est certain que les textes mentionnent des querelles de salaires entre 
patrons et valets avant 1381, par exemple en 1350, 1362, 1380 ^. 

Ces sortes de conflits, bien que dignes d'être signalés '', ne nous Les statuts frap- 

' pent également 

les patrons. 

1. En L396. en effet, les patrons selliers de Londres se plaij;nent au maire de 
leurs i/ome/i (yong nien, garçons, selon l'hypothèse de Riley). qui ont adopté une 
livrée et qui tiennent des meeting^s. Les ouvriers, cités le 12 juillet, répondent pour 
s'excuser que les servants selliers forment depuis un temps immémorial une con- 
frérie, pour célébrer solennellement l'Assomption. Les patrons répliquent que 
cette confrérie ne date que de treize ans, et que sous couleur de sainteté les 
ouvriers s'associent pour exig:er des salaires plus élevés et propager des idées 
perturbatrices. Riley. op. cit., p. 5i2 et suiv.) 

2. Roi. Pari., ni, ^-266 a. 

3. En 1350, les tondeurs de drap de la Cité demandent au maire un règlement 
pour prévenir les funestes effets des querelles qui s'élèvent chez eu.x entre patrons 
et « valets » : il arrive que. à la suite de ces différends, l'ouvrier va trouver dan», 
la ville tous ses camarades du même métier, et s'entend avec eux pour qu'aucim 
n'entre au service de son patron Riley, op. cit.. p. 2 57-248; • — voy. aussi 
p. 250-251). — Même demande, faite par les tisserands étrangers, en 1362 [Ihid.. 
p. 307). — En 1380, les couteliers se plaignent des prétentions excessives de leurs 
ouvriers [Ihid.. p. i3'J . — Pour tous ces faits, \oy. Aslilcy, op cit., I, u, 101 et suiv. 

4. Le continuateur de Cnitthon, dont l'autorité est d'ailleurs fort sujette à cau- 
tion pour tous les événements qui se passent à Londres, nous assure qu'en 1381, 
« beaucoup d'apprentis de la Cité, après avoir décapité leurs maîtres, s'en allèrent 
avec les rebelles. » Chronivon Ifenrici Knighlon. II, 136i. 



XI-VI INTRODUCTION IIISTORIQrK 

semblent pas toutefois avoir été de première importance dans la crise 
économique qui a précédé l'insurrection. Nous avons vu que les statuts 
des travailleurs, publiés après la peste noire pour remédier à la cherté 
de la main-d'œuvre, obligeaient tous les artisans et ouvriers {qui- 
cuinqne artifices el operarii) à se contenter des salaires et des prix 
usités en 1346, Cette loi, faite en faveur des consommateurs, frappait 
aussi bien les patrons que les ouvriers. L'évolution industrielle n'était 
pas assez avancée pour que les patrons atteignissent fréquemment une 
haute fortune, ou une position sensiblement supérieure à celle de leurs 
« servants. » La riche bourgeoisie se recrutait parmi les marchands et 
non parmi les artisans. Chez ces derniers, le patron travaillait de ses 
mains, était à peine payé plus qu'un journalier et, au moins en bien 
des cas, ne pouvait prélever aucune retenue sur la somme gagnée par 
le labeur de ses employés, car souvent l'ouvrier, par exemple le maçon 
qui aidait son maître à construire une maison, était payé directement 
par le client. Nous croyons donc que pendant les trente années qui 
précédèrent et préparèrent la révolte, les patrons artisans et les ouvriers 
agirent le plus souvent de concert pour accroître ou au moins mainte- 
nir le taux de leurs gains respectifs; cet accord était d'autant plus natu- 
rel que les patrons, sauf quelques exceptions, vivaient en étroite fami- 
liarité avec leurs emplovés '. 
LUues darii^aiis. C'est donc à tous les artisans en général, qu'il faut attribuer cette 
résistance violente que rencontra l'application du statut des travail- 
leurs. Un statut de 1361 nous prouve que les maçons et les charpen- 
tiers formaient des « alliances, covignes et serementz » pour maintenir 
le haut prix de la main-d'œuvre ^. Ceux qui avaient besoin des ouvriers, 
tout en protestant par la voix de leurs députés au parlement, violaient 
eux-mêmes les règlements dont ils réclamaient le maintien. Un acte 
d'Edward III, daté du 16 avi-11 1361, nous apprend que beaucoup 
d'ouvriers, charpentiers, couvreurs et autres, ont quitté son service 
pour aller travailler dans certains établissements religieux qui leur 
offrent de plus hauts salaires ^. Ainsi les artisans, môme quand ils 

1. Sur la condition modeste des patrons artisans, voy. par ex. M''* Green. 
Town life. II, 6i. 

2. Statules. I, 367. 

3. Hynier (Rec. Commission , III. ii. (il3-CI î. 



CAUSES DU SOULÈVEMENT XLVll 

étaient engagés par la couronne, enfreignaient la loi et trouvaient 

des complices. Mais ces victoires passagères ne calmaient pas leur 

irritation. Lorsqu'ils desserraient par instant leurs entraves, ils se 

disaient qu'ils étaient assez nombreux et assez forts pour s'en délivrer à 

jamais. 

L'article v du statut des travailleurs, résumé plus haut, frappait de Griefs des mar- 
chand» de yic- 
grosses amendes les marchands de victuailles qui haussaient leurs tuaiiies. 

prix. Edward III prit une série de mesures contre eux et contre les 

falsificateurs elles accapareurs'. Cette réglementation, énergiquement 

réclamée par les consommateurs, par les u pauvres communes », exas- 

péi'ait les marchands. \'oilà sans doute pourquoi nous voyons tant de 

Jmliers et de brewers parmi les insurgés. 

L'état d'esprit des classes populaires anglaises achève de s'éclairer Haines pontre les 

' '' conourrents 

pour nous, si notre attention se porte sur les massacres d'étrangers étrangers. 
qui ont eu lieu en 1381. A Londres, en Essex, en Norfolk, les rebelles 
ont fait des hécatombes de Flamands. La majorité, tout au moins, de 
ces Flamands était sans aucun doute des fabricants de draps. U y 
avait eu en elTet pendant le règne d'Edward III une importante immi- 
gration d'ouvriers des Pays-Bas, grâce aux promesses de protection et 
de franchises que leur faisait ce prince, persuadé que seuls ils don- 
neraient à la fabrication anglaise la finesse et l'éclat qui lui man- 
quaient. Ainsi, en 1331, un tisserand vint de Flandre avec un certain 
nombre d'ouvriers et d'apprentis pour exercer son métier et l'apprendre 
à ceux qui voudraient s'en instruire, s'il faut en croire les lettres de 
protection octroyées par Edward-. En 1337, quinze fabricants de 
drap venus de Zélande s'établirent en Angleterre avec leurs ouvriers •*. 
Api'ès la peste, au moment où sombra en Flandre le régime de démo- 
cratie et d'alliance anglaise dont Jacob van Artevelde avait pendant 
quelques années assuré la victoire, un nouveau flot d'immigrants 
apparut. Or tous ces étrangers, au lieu de céder leurs secrets aux 
fabricants anglais et d'entrer dans les gildes indigènes, faisaient bande 

1. Statutes, I, 351, 333-356. — Rymer (Rec. Comiiiissinn), III. i, 217, 233, 230, 
29i, 324 ; ii. 768, 778. 

2. Rymer (Rec. Commissioni, II, ii, 823. 

3. Ibid, 969. 



XLVIII INTRODUCTION HISTORIQUE 

à part, et leur arrivée ne créait qu'une concurrence. Ainsi les tisse- 
rands flamands établis à Londres formaient une association spéciale. 
En vain on molestait ces étrangers; en vain les tisserands de la Cité 
réclamaient au moins le droit de leur imposer leur juridiction; le roi 
refusait de révoquer les promesses qu'il avait faites '. En 1.381, quand 
le peuple se crut le maître, on ne se contenta plus d'injurier les Fla- 
mands, on leur coupa le cou. 

Il est possible que parmi les Flamands massacrés en 1381, il y ait eu 
aussi des marchands de passage. Au moyen âge, les Anglais se sont 
toujours plaints amèrement de la concurrence des négociants d'outre- 
mer. On accusait ces étrangers d'appauvrir le royaume. C'est qu'en 
elTet ils ne se contentaient pas de vendre les vins d'Aquitaine et les 
draps de Flandre, ou d'acheter la laine dans les villes, par un commerce 
de gros. Ils essayaient d'acheter directement aux producteurs et de 
vendre directement aux consommateurs, le tout au grand détriment 
des intermédiaires. Ceux-ci luttaient énergiquement pour maintenir 
leur monopole -. La politique de la royauté était variable. Le régime 
qui prévalait en 1381 était pleinement favorable aux étrangers-^, et la 
protection qui leur était accordée ne pouvait qu'exaspérer les haines 
qu'ils inspiraient. 
Conclusion sur les Ainsi les causcs économiques de la révolte apparaissent clairement. 

causes économi- . i • • - i i i 

qucs de la ré- Tous les travailleurs, ayant vu, depuis un demi-siecle ou plus, leur 

^olte. " . . „ ^..,. 

condition s'améliorer, étaient devenus jaloux de leur bien-etre. \ ilams, 
paysans libres, artisans, marchands, tous voulaient acquérir plus de 
confort et de jouissances matérielles ou au moins sauvegarder les avan- 
tages qu'ils a\aicnt obtenus. Gower nous dit que de son temps le tra- 

1. Voy. les t 'xtes cités par Ashley, Economie hislnri/, I, ii. 197 et suiv. 

2. Voy. les termes très caiMctéristiques du statut de 1378 : Stnlules, II, 0. — 
Voici deux articles de la cliarle arrachée en 1327 à l'abbé de Saint-Edmund par 
les habitants de Bury : " S 31. E ensenicnt nous voloms e s^ranlonis qe nul homme 
de uppeland ne estranj^e marchaunt puisse achatre quyrs ne velutz si noun le jour 
seint Jakke, e en temps dell'oyre. —S 32. E ensenient nous voloums e grantoms qe 
nul estrange marcliaunt preignc shoppe en la dite ville, pur fer ou asser mettre a 
la vente, si noun en temps de foyre, fors que les marchauntz de meisme la ville. » 
{Memorials ofS. Edmiind's Burif, III. 314 et suiv.). 

3. Voy. le statut de 1378 : ^"/^iid/es, II, 7. — Cf. Schanz. op. rit., 1,2' partie, 
chap. Ml' : <« Das englische Fremdenrecht », p. 379 et suiv. — Cunninj-^ham, op. cit., 
I, 268 et suiv. — Ashley, Economie hi.story, I, i, 104 et suiv. ; ii, 13 et suiv. 



CAUSES DU SOULÈVEMENT XLIX 

vailleur repoussait les aliments grossiers, et ne revenait pas le lende- 
main si on lui en refusait de meilleurs. Langland, dont le témoignage, 
antérieure la révolte, est encore plus précieux, assure que les gens de 
métier ne se contentent plus de lard et de petite bière, exigent de la 
viande ou du poisson, et demandent des mets bien apprêtés, « chauds, 
plus chauds encore' ». Et ces tenanciers, ces vigoureux yeomen dont 
nous parle Chaucer, à la bouche grande comme un four et à la barbe 
large comme une bêche 2, élevaient plus haut encore leurs prétentions ; 
ils voulaient être leurs maîtres, et posséder sans en rendre compte à 
personne ces terres qu'ils avaient fécondées de leur robuste effort. 
L'Angleterre a failli donner en 1381 le spectacle d'une révolution éco- 
nomique qui nulle part aujourd'hui n'est encore arrivée à sa fin. 

La société laïque ne fournit pas seule des contingents à l'armée de la Griefs du bas cier- 
révolte. Beaucoup de gens d'Eglise, sans compter le fameux John Bail, 
figurèrent parmi les meneurs. Ce fut un clerc excommunié, William 
Grindecob, qui dirigea la révolte à Saint- Alban. La bande qui brûla les 
archives du seigneur Edmund de Stonore, dans le comté de Hertford, 
était conduite par le curé de Puttenham. Le curé John Wrawe fut dès 
le début à la tête des rebelles du Sufîolk et eut pour lieutenant un 
vicaire, GeolTrey Parfey. A Ipswich, le principal meneur fut un clerc 
nommé John de Battisford. A Ely, ce fut le chapelain John Michel ^. 
En Essex, un grand nombre de clercs et de chapelains furent com- 
promis dans la révolte ''. Nous pourrions citer bien d'autres exemples. 
Les documents réunis par André Réville, et son étude sur la révolte 
dans le Herts, le SulTolk et le Norfolk, prouvent irréfragablement la 
complicité du bas clergé ^. Rien d'ailleurs de plus natui^el. Il n'y avait 
plus aucun accord entre la situation de l'Eglise anglaise et les senti- 
ments populaires, sentiments que les curés de campagne et les petits 
prébendiers avaient toutes les raisons du monde de partager. D'abord 

1. Vision, Text B, pass. VI, 309 et suiv. (Édit. Skeat, II, 109). 

2. Voy. le portrait du meunier dans le Prologue des Canterhury Taies, v. 545 
et suiv. (Édit. Skeat, IV, 16-17). 

3. Voy. plus loin, p. 9 et suiv., 40, 59 et suiv., 78 et suiv. — Poweli, op. cit., 
p. 48 et suiv. 

4. Append. II, docum. n" 87. 

5. Cf. l'Histoire de la Jacquerie de S. Luce, p. C4. 

^fém. et doc. rie IF.eoledes Chartes. — II. à 



L INTRODUCTION HISTORTOIE 

les exigences de la papauté, déjà insupportables aux Anglais au temps 
de Mathieu de Paris, n'avaient fait que croître en ce siècle où le Saint- 
Siège était devenu besogneux et rapace. Le collecteur pontifical, 
accompagné d'une suite nombreuse, parcourait chaque année l'Angle- 
terre et emportait avec lui, disait-on, 20.000 marcs. Le pape prétendait 
en outre à la collation des bénéfices et à la juridiction d'appel. Les 
protestations multipliées des parlements, et en dernier lieu celles du 
Bon parlement de 1376, étaient restées à peu près vaines. En 1381, le 
gouvernement de Richard II était en parfait accord avec le pape de 
Rome, Urbain VI; le mois même où les troubles commençaient sour- 
dement dans les comtés du sud-est. le 8 mai, la protection royale 
avait été accordée aux collecteurs du Saint-Siège \ et le 5 mai des 
commissaires avaient été nommés pour conclure avec le pape une 
alliance générale '•*. A la même époque Richard II avait confirmé les 
bénéfices acquis en Angleterre par des prélats italiens, comme le car- 
dinal de Pérouse ^. Cette mesure n'était pas faite pour calmer les 
esprits. L'accaparement des bonnes places par les étrangers était un 
sujet d'exaspération pour les Anglais '. D'ailleurs le haut clergé indi- 
gène n'était pas plus populaire. Si pieux, si savant, si étroitement 
mêlé à la politique nationale au siècle précédent, il était maintenant 
frivole, ignorant, égoïste. Le zèle monacal était éteint et les évêques, 
pour la plupart cadets de noblesse, ne songeaient qu'à « courir la rue, 
mener la fête et acheter des terres ^. » Faut-il donc s'étonner que les 
curés de campagne dédaignés et faméliques, les chantres et les clercs 
misérables, aient mené leurs paroissiens à l'assaut des monastères 
opulents, et que, en Suifolk et en Norfolk, la révolte ait été dirigée 
par John W'rawe, chapelain à la bourse plate, tandis que la répression 
le fut parle puissant et riche évêque de Norwich, Henry Spencer? 



1. Rymer (Record Commission). IV, 117. 

2. Ibid., 114 et suiv. 

3. Ihid., 96, 108 et suiv. 

4. Voy. la protestation des communes au parlement de 1381 : Rot. Pari., III, 
117, n° xviii. 

5. Ac now is Religioun a ryder, a rowmer bi stretes, 
A leder of louedayes, and a londe bugrger etc.. 

(^^'illia^l Lanfi^laiid, Vision, Text B, passus X, 300 et suiv. Edit. Skeat, II, 158). 



CAUSES DU SOULÈVEMENT Ll 

L'insurrection de 1381 a eu avant tout des causes sociales. Pour Caractère sodal de 

la révolte. Hai- 

achever de s'en convaincre, il suffit de considérer sur quelles victimes ne, contre les 

ricue?. 

s'est acharnée la violence souvent féroce des insurgés. Tous les riches, 
tous les puissants ont été attaqués. Le continuateur de Gnitthon ^ et 
Froissart - nous disent que les conjurés voulaient supprimer la noblesse ; 
tout au moins faut-il constater qu'ils ont brûlé les archives et pillé les 
propriétés des seiyneurs et qu'ils en ont tué quelques-uns. Les nobles 
n'étaient pas seulement des propriétaires égoïstes, au luxe insolent 
et aux exigences brutales; ils entretenaient des troupes de spadassins, 
soutenaient par la force, pour se créer une clientèle, les causes les 
plus injustes, et ne contribuaient pas médiocrement à l'insécurité des 
routes : cet usage de la maintenance fut indiqué par le parlement de 
novembre 1381 comme lune des causes de la révolte ^. L'opulence du 
clergé l'égulier excitait d'autre part des convoitises et des haines qui 
éclatèrent en 1381 avec une violence inouïe. Dans presque tous les 
comtés, ce furent surtout les monastères qui souffrirent de l'insurrec- 
tion, en particulier les riches établissements des Hospitaliers; les Fran- 
ciscains eux-mêmes, malgré leur popularité plus grande, ne furent pas 
toujours respectés. La scandaleuse fortune de certains spéculateurs, 
édifiée aux dépens du Trésor par des opérations plus ou moins louches 
sur la perception des douanes et des subsides, la fabrication des mon- 
naies, la pourvoyance \ soulevait un mécontentement qui avait déjà 
fait explosion en 1376, pendant les séances du Bon parlement. Un des 
plus compromis, Richard Lyons, fut tué par les rebelles en 1381 ^. Les 
riches marchands et les capitalistes indigènes, qui au xiv« siècle fai- 
saient de grandes spéculations comme jadis les Juifs, et qui étaient 
assez forts et assez unis pour empêcher parfois les travailleurs de 

1. Chron. Henrici Knighton. II, 131. 

2. Froissart, X. 101. 

3. Rot. Pari., III, 100. § 17. — Sur la maintenance, voy. par ex. Wylie, Hist. of 
England under Henry IV, tome I, 68-69; Jusserand, Englisfi wayf'aring life. 
p. 148-149. 

4. Vo}-. Alice Law, The English « Xouveaux riches » in Ihe XlVth century. 
dans Transactions of the royal historicalsociefy. Xew séries. IX, 1895, p. 49 etsuiv. 

5. Sur Richard Lyons. voy. une note de M. Gaston Raynaud. édit. de Froissart. 
X. p. x.w. note 6; Poweli. op. cit.. p. 10. et l'article de Miss Law. p. 66. — Ajoutons 
à ces renseignements que l'énumération des biens de Richard Lyons est dans le 
Calendarium inquisHioniun post morlem, III, 37 a, n° 33. 



LU INTRODUCTION IIISTORIQIE 

vendre leurs produits ', passèrent aussi de mauvais jours; c'est évi- 
demment parmi eux (car il n"y avait point alors de bourgeois rentiers 
pareils à ceux de notre temps), qu'il faut ranger ces notables de 
Londres et de Scarborough, qui furent emprisonnés, dépossédés, mis 
à rançon avec des menaces de mort. Les Lombards établis à Londres, 
leurs rivaux, ne furent pas mieux traités -. 
Haines contre les Le Caractère social de la révolte se manifeste encore dans le réveil, 

oligarchie* mu- 
nicipales, quelle provoqua parfois, des vieilles querelles urbaines. A Londres, 

une partie de la population, aidée même par quelques aldermen. 

fit bon accueil aux rebelles et leur fournit des complices, tandis 

que les partisans du maire \^'illiam ^^'al^vorth et de l'ancien maire 

Nicholas Brembre restaient fidèles au roi. A Northampton, à Salis- 

bury, à Beverley, à York^ les rapports qu'on reçut de l'insurrection 

des comtés du sud-est furent l'occasion de nouveaux conflits entre la 

conuniiiiilns et la haute bourgeoisie qui détenait le gouvernement ^. 

Ainsi, en plusieurs endroits, l'insurrection de 1.381 déchaîna les haines 

invétérées que soulevait légoïsme des oligarchies municipales ''. 

Révoltes ries villes A côté dcs villes comme York, dont l'importance doubla au 

contre leurs sei- 
gneurs, xiye siècle, grâce au progrès du travail urbain, et qui, faisant 

partie du domaine royal, avaient obtenu facilement et de bonne heure 

1. Voy. l'article de Miss Law. et. dans le nicnie vol. des Transactionfi. un 
mémoire de M. Cunninjrham. The Gild }ferchant of Shrewshury. p. 10.3. 

2. « Et efforchièrent pluiseurs maisons de Lombars, et prissent des biens, qui 
dedens estoient. a leur vollenté... » (Froissart. X. 108 . 

3. A (2anterbury, à Norwich. à Hunting:don. la municipalité eut affaire à des 
bandes d'insurgés, mais qui étaient pour la plupart étrang-ers à la ville. 

i. Sur le gouvernement municipal en Angleterre au xiv siècle, voy. Gross, 
Gild Merchant. I. 10" et suiv.. et les notes, et Colby, Groivth of oliyarchy in 
English towns. dans Engl. histor. rev., ann. J890. p. 633 et suiv. Ces historiens 
sont arrivés tous deux en même temps à la conclusion que les gouvernements 
urbains, au lieu d'avoir été oligarchiques aux xn'-xni' siècles, puis démocratiques 
au xiv, comme l'ont soutenu la plupart des historiens, avaient été. au con- 
traire, démocratiques jusque sous le règne de Henry III, puis étaient devenus 
oligarchiques. — M'* Green a combattu avec beaucoup de talent la théorie de 
Gross. Voy. Tou:n life. II, 221 et suiv.. 210 et suiv., 279 et suiv. Selon elle, dès le 
début de la vie municipale anglaise, les villes furent gouvernées par des oligarchies 
oppressives, peut-être même plus restreintes que dans la suite. A partir du 
xve siècle, les classes populaires firent des tentatives souvent heureuses pour 
s'attribuer une partie du pouvoir. — Quoi qu'il en soit, et c'est ce qu'il importe de 
noter ici. la domination des oligarchies dans les villes, à l'époque de Richard II, 
est un fait aujourd'hui incontesté. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LUI 

des libertés, il y avait en Angleterre, et en grand nombre, des villes 
qui étaient restées de petites bourgades agricoles ou qui, malgré lac- 
croissement de leur prospérité matérielle, n'avaient pas de privi- 
lèges étendus. Beaucoup d'entre elles étaient situées en territoire 
ecclésiastique et devaient l'arrêt de leur développement à la ténacité 
de rÉglisc, hostile, en Angleterre comme en France, à tout mouve- 
ment d'affranchissement ' . Telle la ville de Lynn ; dotée par sa situa- 
tion maritime d'un commerce florissant, elle ne réussit pas, pendant 
tout le moyen âge, à obtenir de l'évèque de Xorwich la charte dont 
Norwich elle-même, ville du domaine royal, jouissait depuis le 
xni* siècle "-. Telle la bourgade rurale de Saint-Alban, tenue étroi- 
tement en tutelle par le fameux monastère dout elle dépendait. 
Telle encore Bury, qui luttait avec une remarquable énergie, mais sans 
succès, contre l'abbé de Saint-Edmund : à la suite d'un conflit, en 
1264, les habitants, loin de gagner aucun privilège, avaient perdu la 
gilde marchande qui était établie chez en\. et ils en réclamaient 
encore le rétablissement lorsque la révolte de 1381 leur permit de faire 
pendant quelque temps la loi au monastère ^. A Lynn et à Saint- 
Alban comme à Bury la rébellion fut très violente. 

Ajoutons enfin que les querelles entre les villes, qui, de voisine à Conflits entre 
voisine, se jalousaient âprement, provoquèrent également, en 1381, de 
furieuses vengeances. L'invasion de Yarmouth par une armée de 
rebelles n'eut pas d'outre cause que l'envie suscitée par ses privilèges 
commerciaux. De quelque point de vue qu'on le considère, on voit 
que le soulèvement de 1381 eut des causes sociales infiniment variées. 



La rébellion eut aussi des causes politiques. Le gouvernement roval >i- — Causes poU- 

' tiques. Impopu- 

n'était pas moins menacé que les capitalistes et les privilégiés de toutes laritéduçourer- 

.... . . nement. 

sortes par l'irritation croissante des classes laborieuses. Ed^svard III, 

1. \'oyez les excellentes pa^es de M"^" Green. Toivn life. I. chap. i.\. Toirns on 
Church estâtes. 

2. Ibid., I, 279-2.S0. 

3. Voy. Th. Arnold, Introductions aux tomes l et III dos Memorinls of 
S' Edmiinâs Biirt/. 



LIV INTHODLCTION HISTOHIOLE 

guerrier brave et habile, heureux tant qu'il fut jeune, ne fut jamais un 
homme d'état ni un bon roi, et sa vieillesse fut sans gloire et sans 
dignité. Jamais d'ailleurs ses victoires n'avaient pu lui faire pardonner 
son faste ruineux et ses exactions. Son successeur, Richard II, qui monta 
sur le trône en 1377, était un adolescent. Le prestige de la personne 
rovale était donc assez faible. Il ne faut pas s'étonner que certains 
révoltés du Kent aient songé à supprimer la vieille dynastie des Plan- 
tagenets, et qu'en plusieurs comtés se soient levés des « rois du peuple ». 
Heureusement pour ce trône branlant, aucune attaque d'ensemble ne 
fut faite pour le renverser. D'ailleurs, la plupart des rebelles n'avaient 
pas de doctrine politique et, dissimulant leurs appétits sous les appa- 
rences du loyalisme, prétendaient agir au nom du roi, au moment 
même où ils pillaient. Mais tous s'accordèrent pour honnir l'entourage 
du jeune prince. La personne la plus influente de la famille royale, au 
temps de la révolte, était Jean de Gaud , duc de Lancastre, homme 
vaniteux et incapable. Il était l'objet de haines farouches. En 1381, 
on s'acharna avec une rage incroyable à tuer ses fidèles, à détruire 
tout ce qui lui appartenait. S il n'avait pas été absent, on l'aurait fait 
périr ' . Sudbury, archevêque de Canterbury et chancelier, Robert Haies, 
prieur des Hospitaliers et trésorier, n étaient pas plus populaires que 
lui. Il avait fallu, dans le statut de 1378, interdire de répandre « des 
iiorribles et fauxes mensonges » sur les grands du royaume, sur le 
chancelier, le trésorier, le clerc du Privy seal, le sénéchal de l'Hôtel, 
le justicier du Banc et autres grands ofTiciers, calomnies capables 
d'amener la « subversion et destruccion del roialme » -. Tout le 
personnel des fonctionnaires était détesté. Les juges de la couronne 
furent traqués par les rebelles et quelques-uns périrent, entre autres 
le grand justicier : souvent aussi on poursuivit les shérifTs •', les 
échoiteurs ' et même les députés aux derniers parlements"'. 

1. Vila Ricardi, p. 26: Chron. H. Kniijhton, II, 143. 

2. StatiilesAl.^. — Voy. dansiJo/. Par/., III, 101,. !; 20, les plaintes du parlement lui- 
même, en 1.381. contre les clercs de la chancellerie <■ trop gi-aas et tropiiicn furrez ». 

3. Beaucoup de shérilTs qui de\aient venir rendre leurs comptes à l'Échiquier, 
au terme de laTrinité de 13S1, n'osèrent faire le voyage de Londres, (/{cf. Par/., III, 
113, n" VII.) — Voy. plus loin le récit de la rc\olte dans les comtes du sud-est. 

4. Wat Tyler déclarait qu'il fallait décapiter tous les échoiteurs Ilisl. anglic, I, 
464 % Un échoiteur du comte d'Essex fut tué. ApjiL'nd. II. docum. W 74.) 

b. \i>y. plus liiin. p. 111 et note 1. — Po^vell. op. cit.. p. ()3. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LV 

Les griefs contre ceux qui dirigeaient les affaires publiques étaient Griefs contre le 

gouvernement. 

nombreux et souvent légitimes. 

Le gouvernement avait pris parti contre les travailleurs : les artisans 
qui demandaient de hauts salaires, les vilains qui se refusaient aux cor- 
vées étaient poursuivis par les juges de paix et les shérilTs, condamnés 
par les tribunaux, et voyaient leurs membres pourrir dans d'abominables 
prisons \ dont les portes devaient être souvent brisées en 1381. De 
plus, le fruit des pénibles guerres qu'on avait soutenues contre la 
France n'avait pas été conservé ; Edward III s'était laissé duper par 
les conseillers de Jean le Bon et par Charles V et avait perdu ses pro- 
vinces françaises '^. Jean de Gand, par ses prétentions au trône de 
Castille, avait divisé et diminué les forces de l'Angleterre, et, par son 
impéritie militaire, avait contribué à l'humiliation nationale. Mainte- 
nant on a peur de l'invasion. Dans les actes principaux des premières 
années de Richard II, cette terreur se manifeste : les Français vont 
arriver, ils ne laisseront rien de ce qui constitue l'Angleterre. C'est 
presque une nouvelle formule de chancellerie ^. Et en effet, en 1877, 
en 1378, en 1380, les corsaires français, imités souvent par des pirates 
de tous les pays, débarquent sur les côtes, brûlent à plusieurs 

1. Sur le régime des prisons, voici un texte probant, relatif à une prison 
du ^^'iltshi^e : « Alias coi'am Johanne Cole, uno coronatoruni domini regjis conii- 
tatus predicti, cxtitit pi-esentatum cjuod cum Johanncs Homes, custos gaole castri 
^'etel■is Saruni, qucmdam Johannem Gylewhite in prisona castri predicti sub cus- 
todia sua habuisset, ipsumquc in compedibus lifjasset, ipsuni in ceppis tempère 
yemali tam diu posuit et astrinxil, \idelicet a die lune proxinio ante fcstum sancti 
Thome apostoli, anno rcjini régis Ricardi secundi post conquestum septimo, usque 
diem jovis proxinium post festum Xativitatis Domini tune proxime sequens, (per) 
quod nimis IVigore at'flictus[ruit] et ejus pedes putres fuerunt, et sic per duriciam 
prisone die sabbati in crastino Circumcisionis Domini anno supradicto idem Johan- 
nes Gylewhite moriebalur. » Dans le mois qui suivit, trois autres détenus de la 
même prison moururent pour la même cause. Le geôlier, mis en liberté sous cau- 
tion, obtint plus tard une lettre de rémission. {Corain rege, Trin. 7 Rie. II, m. 12.) 
— Voy. aussi les détails donnés par M.-Jusserand, English wayfarinrf life, p. 266 
et suiv. et par M. Ch. Gross dans les Coroners' Ihills. p. xxiv. note 1. — On se 
plaignait en général de la corruption des juges, de leur morgue et de leur partia- 
lité. Voy. la pétition des communes au parlenient de 1.381 {Rot. Pari., III, 101, 
§ 22), les accusations des prédicateurs et des poètes (citées dans notre mémoire 
sur Les prédications populaires, dans : Eludes dédiées /i Gabriel Monod, p. 385j. 

2. Voy. Pctit-Dutaillis et Collier, La diplomatie française et le traité de Bréti- 
gny, dans : Le Moyen Age. ann. 18'j7, p. l et suiv. 

3. Rymer (Rec, Commission), IV, 3, II, 46, 4", 56, 6lt, etc. 



LVI IMKODUCTION HISTORIQUE 

reprises ^^'inchelsea, remontent la Tamise jusqu'à Gravesend, infestent 
tous les rivages de la Manche '. Leurs alliés, les Ecossais, pillent 
horriblement l'Angleterre septentrionale. Le parlement réuni au mois 
de novembre 1381. et qu'on ne saurait accuser d'avoir voulu justifier 
les rebelles, reconnut cependant qu une des causes de leur conduite 
était le mauvais gouvernement du royaume -. La monarchie préten- 
dait n'avoir pas d'argent pour assurer la sécurité de son peuple. Elle 
empruntait aux prélats, aux villes, à ses officiers, mettait en gage les 
joyaux de la couronne ^. Et cependant on continuait à se plaindre du 
droit de pourvoyance et les impôts croissaient continuellement *. C'est 
que la cour déployait un faste extravagant et que l'administration était 
désordonnée et anarchique. Les échoiteurs et les shériffs étaient très 
souvent des fraudeurs et des concussionnaii-es. Le shérifî. dans les Bal- 
lades de Robin Hood et la Vision concernant Pierre le Laboureur, est 
représenté comme un objet de haine et de crainte universelle; lorsque 
^^'illiam Langland nous fait assister au voyage de lady Meed (dame 
Corruption, dans le royaume, c'est un shériff qu'il charge de la porter 
mollement en litière ^. En 1380, Richard II est obligé d'indemniser 
les habitants de son domaine de Devizes, qui ont été mis à rançon et 
pillés par le gouverneur royal *. 
La Poil Taï. La Icvéc de la Poil Tax mit le comble à l'irritation du peuple. Le 

1. Pauli. Geschichte von Encjland. IV. 508-500. 51S-519. — Voy. les détails don- 
nés par Denton, England in the fifteenth century, p. 81-91. 

2. Bot. Pari, III. 100-101. § 1". 

3. Rymer(Rec. Commission). IV. 58.148. etc. 

4. Sur le droit de pourNoyance. voy. Moisant, De speculo régis Edicardi III: 
André Réville. Les Pai/sans au moyen âge. p. 28-29. Ce droit, sérieusement res- 
treint par le parlement de 1362. restait cependant redouté; la royauté continuait 
à en exempter ses protégés. Exemple de 1383 : Pat. 6 Rie. II, part. 2. m. '.} L'abus 
du droit de pourvoyance fîfrui-a en 1399 parmi les infractions à la loi reprochées 
par le parlement à Richard II déchu. Article 5. Voy. Wylie, Henry IV. tome I, 
p. 11. Rappelons surtout ici que le parlement, en novembre 1381, mit cet usage 
au nombre des motifs delà révolte. Rot. Pari.. III. 100. ^ 17.) —Sur les parlements 
et les impôts de 137" à 1380, voy. Pauli. Geschichte von England. IV, 519-522: 
Stubbs. Const. Ilist.. II, 463 et suiv. : Wallon. Richard II. tome I. 13 et suiv. 
M. .T. H. Ramsay a étudié les comptes de Richard II. [Account.s of the reign of 
Richard II. dans The Antigiiary. IV, 1881, p. 203-210.) Il remarque, p. 204. que 
pendant les premières années du règne le budget est bien plus fort qu'ensuite. Les 
recettes et les dépenses sont très élevées. On vote de lourds subsides. 

5. Voy. M" Green. Town life, I, 206 et suiv. 

6. Lettres du 13 juillet 1380 {Claus. 4 Rie. II. m. 38). 



CAUSES DU SOULEVEMEM' LVII 

parlement du 5 novembre 1380 accorda au l'oi une capitation, une Poil 
Tax, pour lui permettre de faire une expédition en France. Tout 
laïque âgé de plus de quinze ans devait payer 12 pence, le fort por- 
tant le faible '. Les collecteurs se mirent aussitôt à l'œuvre, et dans la 
plus grande partie de l'Angleterre, ils recueillirent immédiatement la 
taxe entière, bien que, d'après la décision du parlement, le paiement 
dût se faire en deux termes. Les résultats furent inférieurs de beaucoup 
aux prévisions. Alors, du mois de mars au mois de mai 1381, on institua 
dans seize comtés des commissions chargées de contrôler les actes des 
collecteurs et de contraindre au paiement les gens qui s'y étaient 
soustraits. Beaucoup de commissaires se récusèrent ^. C'est qu'ils furent 
sans aucun doute très impopulaires. ^L Powell suppose que l'on ne 
comprit pas le but de leurs tournées et que l'on prêta au gouvernement 
l'intention de lever une seconde capitation. Il fait remarquer que l'idée 
de ces commissions avait été suggérée par un sergent royal nommé 
John Leg et que John Leg fut tué à Londres par les rebelles. Nous 
ajouterons que les seize comtés où elles avaient été instituées furent 
tous ou presque tous atteints par la révolte. En tout cas, il est 
certain que la Poil Tax fut la cause directe du soulèvement; tout était 
prêt pour l'incendie, mais ce fut elle qui l'alluma, quoi qu'en dise 
Rogers ^. Plusieurs chroniqueurs l'ont reconnu "*, Le parlement de 

1. Rot. Pari., III, 90. — Sur toute cette question, voy. Powell. op. cit., p. 4 et 
suiv. — 1381, 2 janvier, \\'estminster, ordre aux shérills et au.v cchoiteurs des 
divers comtés de dénombrer exactement toutes les personnes àjïées de plus de 
quinze ans, daller faire eux-mêmes des enquêtes dans chaque localité, de convoquer 
toutes les personnes qui pourront les renseigner, et d'arrêter les récalcitrants : 
" quos in hac parte contrarios inveneritis seu rebelles. >> [Pat. i Rie. II, pai't. 2, m. 
33 d.) 

2. Par exemple, le 20 mars 1381, le roi exempte de ses fonctions John Combe, 
qui avait été désigne " ad supervidendum et inspiciendum omnes et singulas 
indenturas inter collectores subsidii trium grossorum... et constabularios ac alias 
gentes quarumcumque villarum et burgorum dicti comitatus de ta.xatione et col- 
lectione dicti subsidii confectas. vel vei-as copias earumdem, taxaciones ac nume- 
rum et nomina omnium personarum per ipsos taxatores et subtaxatores suos ad 
dictum subsidium assessarum continentes; ac ad perscrutandum et cxaminandum 
numerum quarumcumque personarum laicarum. tam hominum quam feminarum. 
comitatus predicti, que etatem quindecim annorum excedunt, veris mendicanli- 
bus et de elemosina solummodo vi\entibus duntaxat exceptis. » (Clans, i Rie. II, 
m. 4 J.; voy. aussi m. 24, 21, 20, 19.) 

3. Hist. of agrieulture. I. 84. 

4. Vita Rieardi. p. 23. — Conlinvatio Eiilogii, p. 351-332. — .{nnales de Diins- 
iaplia, p. 415. — Adam de Usk. p. 1, etc. 



LVIII l.MRODLCTIO.N HISTORIQLE 

novembre 1381 nosa pas '< grantcr taillage » de peur que la révolle 
iwr^cûjnniençât *. Il suffira enfin de rappeler que le dernier terme du 
paiement était le 2 juin 1381, que l'insurrection éclata dans les derniers 
jours du mois de mai, et que, partout où ils le purent, les révoltés brû- 
lèrent les rôles de la Poil Tax et maltraitèrent les collecteurs. 

Telles furent les causes principales de la rébellion de 1381 -. Mais 
elles n'auraient point suffi peut-être à mettre en mouvement les masses 
populaires, si les esprits n'avaient pas été dans un état d'excitation 

1. « Aiant considération al mal coer c[ue la comune porte encores en rancour 
par tout le roialme. ils n'osent ne ne veullent en aucune manèrc ^Tanter taillajre. » 
[Rot. Pari., III. loi a.) 

2. L'exemple contasrieux des jrens de Flandre a pu aussi avoir quelque influence. 
Quant aux excitations venues de France, et dont personne, que je sache, n'a 
jamais parlé, elles ne se sont produites sans doute qu'une fois la révolte com- 
mencée. C'est surtout pour l'histoire de la politique française à cette époque, 
politique bien souvent tortueuse et sans scrupules, qu'il est intéressant de cons- 
tater ce fait : trois Anglais, Robert Benêt, Richard Kemmes et John Hardy furent 
soudoyés par un noble français, Jehan A'iane, pour faciliter le débarquement de 
troupes françaises en Angleterre: ils reçurent une première somme de cent livres 
d'or àPortsmouth, le 14 juin, le jour même où avaient lieu les massacres de Londres : 
" Robertus Benêt, de Bereford Seynt Johan. in comitatu Oxonie, captus fuit et 
coram AMllelmo \\'alle\vorth. majore civitatis Londoniarum. ductus. in Gildhala 
Londoniarum, die mercurii proximo post festum sancti Bothulfi al^batis, anno [etc.], 
pro eo quod idem Robertus Benêt, sinuil cuni phu'ibus aliis malefactoribus jam 
noviter contra dominum reircm et ligeos suos ac quosdam magnâtes et alios ligeos 
et fidèles regni sui hostiliter insurgentibus, erat ad fractionom prisone ipsius 
domini régis de Xeugate Londoniarum. et ad abductionem prisonum in eadem 
prisona tune detentorum. Et super hoc , die jovis proximo sequente, predictus 
Robertus Benêt in Gildhala predicta venit coram 'W'illelmo Knyghtcote et ^^'altero 
Doget. \'icecomitibus Londoniarum, et Johanne Charneye. coronatore ejusdem 
civitatis. Et cugnovil quod ipse. simul cum Ricardo Kenunes, manentc in ^■illa de 
Barton sive in villa deBodycotc, in comitatu Oxonie, et Johanne Hardy, de eodein 
comitatu, die veneris proximo post festum Corporis Christi anno [etc.], felonicc 
et proditorie ceperunt de domino Johanne Vyane de Ffrancia. jier nianus cujusdam 
armigeri ipsius Johannis ^'yane, apud Portesmouth, in comitatu Suthamptonie, 
centum libras auri, per convencionem prius factam intcr predictos Ricardum 
Kemmes et Johannem Hardy et Johannem A'yane apud Portesmouth prcdictam, et 
alias centum libras auri iidem Ricardus Kemmes et Johannes Hardy et dictus 
Robertus probator insimul récépissé dcbuissent dej^redicto Johanne A'yane, apud 
le Rye. in comitatu Sussexie, infra duas septimanas tune proxime sequentes, ad 
retractandum se et alios Anglie quantos potuerunt, et ad permittendum inimicos 
Ffrancie cum suis balencheris (sic pour: balingariis] terrare sic pour : atterrare^ in 
partes Anglie, ad comburendum, interficiendum et dcstruendum in partibusAnglie 
predictis ; et quas quidem ccnluoi libras. ut premittitur, recejjtas predicti Ricar- 
dus Kemmes et Joliannes Hardy habuerunt pênes se, et predictus Robertus Benêt 
nichil inde ad partem suam habuil : unde eos appellat... » [Coram rege, Hilar. 5 
Rie. H, m. 27 et 27 d.) 



CAUSES DU SOULEVEMENT LIX 

révolutionnaire que la littérature poétique, politique et théologique de 
l'époque nous fait clairement apercevoir, et dont elle est même en 
grande partie responsable. 



Chaucer est ^écri^■ain le plus remarquable de ce temps; mais ses m. — Le mouve- 

. ... !• • ment intellec- 

œuvres sont plus intéressantes pour le critique et 1 artiste que pour tuel. chautter et 

Gower. 

l'historien. Cest un poète de cour, qui s'est prestement dégagé de 
cette atmosphère anglaise, morne et lourde, où germaient les idées de 
révolte; c'est l'air de la France et de l'Italie qu il aime à respirer, au 
moins par la pensée. Son logis est situé dans la tour même d'Aldgate, 
au-dessus de cette porte que les rebelles franchissent le 12 et le 13 juin 
1381; à peine cependant fera-t-il aux troubles sanglants de Londres une 
fugitive allusion, sous forme de plaisanterie, dans son Xonne preesles 
(aie. 11 ne nous renseigne pas davantage sur les antécédents de la 
révolte, et c'est ce qu'il importe surtout de noter ici. Il raille les vices 
du haut clergé, mais son ironie n'a point de fiel. et. si merveilleusement 
apte qu'il soit à tout sentir et à tout comprendre, les haines populaires 
sont trop peu élégantes pour qu'il les partage. D'ailleurs ses Canterhury 
taies sont postérieurs au soulèvement. Pour la même raison chronolo- 
gique et pour beaucoup d'autres motifs, le Poema quod dicitur Vox 
clamantis, du médiocre et prudhommesque Gower, n'a pour nous 
qu'une valeur secondaire. 

La légende de Robin Hood, au contraire, est bien antérieure '. Les Baiia.ies de 

_ Rohin Hood. Le 

Robin Hood est sans doute un des personnages les plus anciens du conte de Game- 
folk-lore britannique. Si les ballades de ce cycle se sont multipliées au 
xv!*" et au xvii" siècle, il n'en est pas moins certain que, dans ses traits 
principaux, ce type d'outlaw était déjà fameux auxiv''. ^^'illiam Langland 

1. ^'oy. le tome ^' des Ençjlish and scollish popuLir hallads de F. J. Cliild, (jui 
a réuni une quarantaine de ballades du cycle de Robin Ilood. L'étude approfon- 
die qu'il a consacrée à cette question loc. cit., p. .39 et suiv. a été résumée j)ar 
M. Sidney Lee, dans le Divt. of nal. hiogr., XX\'II, 25s et suiw. ai-t. Hood lîohin . 
Voy. aussi II. C. Coote, The origin of the Rohin Ilood epos. dans Folk-lore Jour- 
nal. III. 41 et suiv. 



LX INTRODUCTION HISTORIQUE 

nous parle de lui ', et les plus vieux des poèmes populaires composés 
à sa gloire sont si conformes aux aspirations et aux idées des rebelles 
de 1381, qu'on ne peut douter de leur célébrité et de leur influence. 
Tel qu'il nous apparaît dans le Lylfel (jeste of nohi/n Hode, compila- 
tion d'anciennes ballades imprimée dès la lin du \\^ siècle, ce légen- 
daire proscrit n'est pas un misérable dénué de ressources et poussé au 
ci'ime par la faim; comme tant de chefs de bande de 1381, c'est un 
« goodyeoman », un « curteyse oullawe » qui, trouvant la société mal 
faite, a pris la forêt pour asile, et delà, avec ses bons et joyeux com- 
pagnons, s'en va trouver les riches, et surtout les évêques, les abbés, 
les moines ventrus, ou bien les shérills; il les détrousse, les rosse, et 
donne leur argent à ceux qui en ont besoin, comme le pauvre potier. 
De ces ballades communistes et anarchistes se rapproche le Taie of 
Gamelyn, qu'on a trouvé dans les manuscrits de Chaucer, mais qui 
est probablement d'un auteur plus ancien ^. Gameh'n est aussi un 
redresseur de torts. Il attaque avec sa suite une assemblée ecclésias- 
tique, et casse force bras et jambes d'abbés et de chanoines. Un autre 
jour, au tribunal, il prend avec les siens la place du juge, du shériif et 
des douze jurés, les condamne à son tour et les fait pendre. Ce fut 
aussi la mode en 1381 de faire passer les juges en jugement et de les 
exécuter. Ajoutons que Gamelyn reçoit bon accueil du roi, devient 
« Chef justice of al his fre forest », et que tout ce qui était à l'envers 
est mis à rcinh-oil. ^'(lilà des rêves; mais ils furent souvent faits par 
les rebelles. 
Le " Mo.ius lenen- A côté de CCS fantaisies de la poésie populaire, qu'il nous soit permis 

rti p a r I i a m en- 

tu™ "• de rappeler les théories exposées dans un traité politique de date dou- 

teuse, mais qu'on peut attribuer avec toute vraisemblance à un con- 
temporain de nos insurgés. Je veux parler du Modas tenendi parh'a- 
mentiim in Anç/Iia, traité oii l'on aurait tort de chercher un tableau 
exact des institutions parlementaires au xiv^ siècle, mais qui nous rcn- 

1. Voy. la Vision. Texl B, pass. V, 401-402 (Édit. Skeat, II, 79) : 

I can nouthtc perfitly my pater noster, as the prest il syn^ctli. 
But I can rymes of Robyn Hood and Kandolf erle of Chestrc. 

2. ^'oy. Morley, Englixh ivriters, V, 320. M. Skeat n'a pas compris le Taie of 
Gamelyn dans sa publication des œuvres de Chaucer, et en a donne une édition à 
part. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LXI 

seigne en revanche sur le programme politique des classes moyennes '. 
Dans l'avant-dernier chapitre, intitulé De auxilio régis, l'auteur 
affirme que la Chambre des communes est supérieure à l'autre, parce 
qu'elle représente la nation, tandis que les lords ne représentent 
qu'eux-mêmes ; le roi ne pourrait pas tenir de parlement sans les 
communes, et il en pourrait tenir un sans l'assistance des archevêques, 
évêques, comtes et barons; car autrefois il n'y avait pas d'évèque, de 
comte ni de baron, et le roi tenait déjà des parlements -. Un peu plus, 
notre auteur s'en rapporterait au dicton populaire que John Bail prit 
pour texte de sa harangue révolutionnaire à Blackheath : 

When Adam dalt'e and Eve span, 
Who was than a g-entleman? 

La conclusion pratique, c'est que le suffrage des deux chevaliei^s qui 
représentent un comté vaut plus que le suffrage dun comte, et que les 
procureurs du clergé d'un diocèse doivent l'emporter également sur 
un évêque ; théorie qui exprime un désir et non une réalité, mais que 
n'auraient pas désavouée les insurgés de 1381. Pour cette raison et 
pour bien d'autres, nous adoptons sur la date longtemps contro- 
versée du Modiis lenemli parliamenlum l'avis de M. Bémont, qui, 
après mûr examen des manuscrits, attribue la rédaction de ce traité 
aux premières années du règne de Richard II ^. 

J. Stubbs, Select charters, s- cdit. 1893), p. 502-513. 

2. Ces théories sont siniiulièrement d'accord avec celles qu'exprime Lang^land 
dans sa Vision. Conscience recommande au roi de bien fiouvcrner, avec le con 
cours du commun peuple. 

And sithen he conseilled tho kynj;e tlie comune to louye : 
« It is thi tresore » 

[Text B, rédigé vers 1377, pass. V, 4S-i9. Édit. Skeat, II. 59). L'idée est encore 
plus nette dans le Text C (rédigé vers 1398-1399i; voy. 7Jas.y. V, 116-111, et pass. 
VI, lsO-181. Édit. Skeat, III, 80 et 92). 

3. Bémont, La date de la composition du Modus tenendi parliamentiim in Ançflia 
dans Mélanges Julien Havet, p. 165 et suiv. M. Bémont n'a d'ailleurs fait qu'éta- 
blir plus solidement l'opinion déjà exprimée par M. Stubbs, dans sa Constit. His- 
tory. II, 625 f 1^ édit. ; voy. aussi les éditions précédentes). M. Stubbs, il est vrai, a 
émis successi\ement et môme simultanément des opinions très diverses sur ce 
point; cf. l'édition des Select charters citée par M. Bémont, où le Modus est rap- 
porté au temps d'Edward II, et les 3» et 8' éditions (18S4, 1895), où il est daté 
du milieu du xiv' siècle. 



LXII INTRODUCTION IIISTORTOrE 

iPiersthePlou^'ii- Nous ii'avons besoiii ni d'inductions ni de rapprochements pour pla- 
cer le fameux poème de A\'illiam Langland, The vision of William 
concerning Piers the Ploughman, parmi les antécédents littéraires de 
la révolte'. La première rédaction fut composée vers 136'2, et la 
seconde à l'époque de l'avènement de Richard II. Ce poème, écrit par 
un humble et pour les humbles, eut immédiatement une popularité 
immense ; quarante-cinq manuscrits ont échappé à la destruction. Le 
nom de Pierre le Laboureur devint un mot de passe en 1381, comme 
en témoig'nent les circulaires secrètes de John Bail ^. Ce William 
Lanj,dand. pauvre chantre de Londres, trop plein de rancune pour se 
taire, trop timide pour ag-ir et sortir de son obscurité, a eu peut-être 
autant d'influence que \\ yclilTe dans l'histoire morale de l'Angleterre. 
Nous ne saurions ici refaire ni résumer le livre de M. Jusserand. 
Qu'il nous soit permis seulement de reproduire une note d'André 
Réville sur la signification que le peuple a pu donner à l'épopée de 
Pierre le Laboureur. M. Jusserand a insisté sur ce fait, d'ailleurs exact, 
que Langlaud n'est pas un révolté. C'est un honnne plein de bon sens, 
impitoyable pour les abus, mais d'un esprit un peu étroit et qui par- 
tage certains préjugés de la classe moyenne. « Il est du nombre de ces 
« rares penseurs qui défendent avec violence des idées modérées, et 
« emploient les ressources dune âme de feu pour la défense du sens 
« commun ^. » Il est vrai, répond André Réville ; Langland est au fond 
un conservateur; mais ce n'est pas par sa défense de l'ordre et de la 
tradition qu'il a frappé ses lecteurs et qu'il a agi sur eux, c'est par 
ses cris d'indignation passionnée. Il attaque les riches" peu miséri- 
cordieux, les (lames charmantes aux doigls effilés qui ne s'occupent 
pas des pauvres, les prélats indignes (et pour lui ils le sont à peu près 
tous), les faux frères, les gens de loi. Toutes ces haines sont celles de 
1381 ; le peuple les a sinon contractées, du moins avivées à la lecture 

1. Voy. l'édition donnée par M. Skeat pourl'^ar/y english texl Society, en cinq 
volumes ; les trois premiers sont réservés aux trois rédactions difl'érentes du 
poème, le quatrième aux notes, le cinquième aux indices et à la préface générale. 
— Consultez Morley, English luriters, IV, chap. xn, et surtout .Jusserand, L'épo- 
pée mystique de WilliRrn Langland: du même auteur, le chapitre sur William 
Langland et ses visions, dans son Ilist. litt. du peuple anglais, I, 383 et suiv. 

2. Voy. le tome V de l'édition Skeat, préface, p. xliv-xlv. 

3. Jusserand, L'épopée mystique de \V. Langland, p. 103-104. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LXIII 

du poème, il s'y est cherché et il s'y est trouvé. — Pour Langland, 
quel est Thomme de bien? C'est Piers Ploughman. Piers n'est pas le 
laboureur mystique, semant le bon grain; c'est le vrai laboureur 
anglais, puisqu'il se charge de nourrir la nation. C'est un humble,- et 
les imaginations populaires ont fait de lui le symbole de la simplicité 
et de la pureté. Piers Ploughman ne pouvait pas être et n'a jamais été 
revendiqué ni par sainte Eglise, ni par Noblesse, ni par les gens 
de loi ; le peuple seul la reconnu pour son représentant, et Langland n'a 
eu d'admirateurs que parmi les révoltés, les Wycliffîstes et les protes- 
tants du xvi^ siècle, qui ont vu en lui un porte-parole ou un précur- 
seur. A la fin du poème, le chevalier Conscience, ayant repoussé dame 
Corruption, prend le bâton de pèlerin pour chercher la \'érité, et 
compte que Piers Ploughman le guidera. En 1381, Piers Ploughman 
s'est levé et mis en marche '. 

J'ai prononcé le nom de ^^ycliffe. Une question importante se pose. Wyeliffe. 
Les révoltés de 1381 étaient-ils les disciples du grand hérésiarque? Un 
érudit dont l'opinion n'est pas négligeable, Kervyn de Lettenhove, ne 
la pas mis en doute -. La plupart des historiens, sans se prononcer 
nettement, se sont contentés de remarquer que Wyeliffe n'a pris per- 
sonnellement aucune part au soulèvement et qu'il Ta désapprouvé. A 
la vérité, le problème ne pouvait être résolu qu'après une vaste 
enquête comme celle d'André Réville, qui a consulté tous les chroni- 
queurs, examiné toutes les pièces judiciaires relatives à la révolte et 
parvenues jusqu'à nous. Ses recherches nous permettent d'affirmer que 
les rebelles <i'étaient pas des lollards. dans le sens qu'a ce terme 
quelques années plus tard et qu'on lui reconnaît toujours. Les révoltés 
de 1381 n'étaient pas des gens qui, la Bible en main, niaient la 
transsubstantiation, l'autorité du prêtre et son pouvoir d'excommuni- 
cation, renversaient les statues des saints, et étaient prêts à mourir 
pour leur foi nouvelle, comme trente ans plus tard le tailleur Badby. 
Les chroniqueurs monastiques, par exemple \^'alsingham et le conti- 
nuateur de Cnitthon, qui ont en exécration la révolte de 1381, et qui 

1. D'après une note manuscrite d'André Réville. 

2. Voy. les titres courants de son édition de Froissart, IX, 38" et suiv. : « Insur- 
rection des lollards ». 



LXIV INTRODUCTION HISTORIQUE 

ont assisté au développement du lollardisme, n'établissent point de 
rapport entre les deux mouvements. Dans aucun « presentment », dans 
aucun acte royal, on naccuse les insurgés dhérésie. Dans le Leicester- 
shire, où ^^'yclilTe avait sa cure et qui fut le berceau du lollardisme, la 
rébellion fut très faible. A Londres, où la comparution de l'hérésiarque 
avait excité tant de troubles, la principale victime des insurg-és fut 
Sudbury, qu'on accusait de tolérance pour le wyclifTisme '. 

A la vérité, le contraire serait fort étonnant. Une interprétation 
nouvelle du dogme ne se répand pas dans les rangs du peuple en 
quatre années, et avant même que le fondateur ait trouvé lui-même les 
éléments principaux de sa croyance. Or c est seulement en 1377 que le 
pape incrimina les dix-huit propositions de ^^'ycliffe contre l'autorité 
du Saint-Siège et des prêtres, et leur donna ainsi un retentissement 
qu'elles n'avaient point encore. C'est seulement à partir de ce 
moment-là que WyclifTe s'est mis à écrire ses grands traités en langue 
vulgaire, et que, comme l'a récemment démontré M. J. Loserth, il a 
pris franchement parti -. Ce n'est que l'année même de la révolte qu'il 
a posé la clef de voûte de son hérésie, la négation de la présence 
réelle ^. 

Les insurgés n'étaient point, ne pouvaient pas être des lollards, 

1. « On croit, dit le moine de Sainl-Alban, que Dieu inflig:ea cette mort terrible 
à larchevèque, à cause de la tiédeur avec laquelle il réprimait Thérésie ». [Hist. 
ancflic. II, 12. 

2. J. Loserth, The heginnincfs of Wyclif's activity in ecclesiastic.il polilics. 
dans Enyl. hislor. review, 1896, p. 319 et suiv. 

3. C'est l'opinion que nous avons adoptée dans un mémoire qui feit partie des 
Études d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod, et nous n'avons pas de 
raison péremptoire d'en changrer. L'écrivain anonyme qui a rendu compte dans 
l'Athenieum (1897, 14 août, p. 216} des Études dédiées à Gabriel Monod, émet sur 
notre compte cette api^réciation : « In one point hc is certainly in error, when 
he says that Wyclifl'e had not attacked the doctrine of transubstantiation before 
1381, the very year of the revolt : since M'^ F. D. Matthew has adduced documen- 
tary évidence to show that the date of his public déniai of tiie doctrine was 1380, 
if not 1379. >) L'auteur de cette critique fait sans doute allusion à une note de 
M. Matthew, The date of Wyclifs attack on transubstantiation, insérée dans 
Engl. histor. review, 1890, p. 328. Or la conclu^^ion de M. Matthew est purement 
hypothétique, et ne repose sur aucune « documentary évidence ». D'ailleurs, 
qi^e la controverse sur la transsubstantiation ait commencé en 1380 ou en 1381, 
il n'importe guère ici, et notre argumentation garde à peu ]jrès la même force. 
Il faut de longues années pour qu'une nouvelle doctrine religieuse pénètre pro- 
fondément dans les masses populaires. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LXV 

parce que le lollardisme n'en était encore qu'à ses débuts, et nous en 
avonsencore une autre preuve : c'est seulement en 138"2 que le gou- 
vernement s'est aperçu de l'expansion de l'hérésie ^ . Mais irons-nous 
jusqu'à dire que A\ ycliffe a été sans influence sur le mouvement que 
nous étudions? Il convient de faire une distinction. On peut sans 
doute dénier toute importance pratique à des œuvres comme le 
Tractaliis de civili dominio, où l'hérésiarque, entraîné par sa théorie 
sur l'autorité et la grâce, soutient qu'aucune puissance humaine n'a 
droit à l'existence si elle ne le mérite pas - et que tous les biens doivent 
être communs ^. Ce sont là des jeux de logique et, quand on lit le 
traité que nous venons de citer, on ne peut pas croire que cette pénible 
et obscure scolastique ait jamais eu une popularité quelconque. Wvcliffe 
lui-même ne désirait en réalité aucun changement dans l'ordre civil. 
Il cherchait des appuis dans l'aristocratie, était l'ami du duc de Lan- 
castre, et conseillait aux vilains la soumission. Mais n'oublions pas 
qu'il a été un prédicateur âpre et véhément, que dans des sermons 
célèbres il a fait le procès des mauvais riches, et dénoncé violemment 
l'opulence excessive des prélats et des moines; qu'il a parlé souvent à 
Londres, parmi une population frondeuse et turbulente, et qu'il a 
soufflé sur la flamme de ce foyer toujours ardent; qu'enfin il a eu des 
disciples comme Swinderby, plus audacieux encore que lui. A ce titre, 
bien qu'il ait recommandé la résignation aux misérables, il a compté, 
bon gré, mal gré, parmi les fauteurs de rébellion, de même que le 
conservateur Langland. L'esprit puritain qui les anime tous deux se 
retrouve parfois jusque dans les excès commis en 1381, par exemple 
l'incendie du palais de Savoie, que l'on ne voulut pas piller. Le peuple 
anglais, encore orthodoxe, avait déjà le fanatisme violent, triste et 
honnête des lollards. 



1. Statutes, II, 25. 

2. « NuUus est dominus civilis, nullus est episcopus, nullus est priielatus, cluni 
est in peccatomortali. » [Fascic. Zizan., p. 323.^ 

3. « Primo quod oninia bona Dei debent esse communia. Probatur sic : omnis 
homo débet esse in gracia, et si est in gracia est dominus mimdi cum suis conten- 
tis: erg-o omnis liomo débet esse dominus universitatis ; quod non staret cum 
multitr.dine hominum, nisi omnes illi deberent habere omnia in communi ; ergo 
omnia debent esse communia » Tractr'tus de cifili dominio. p. 96). 

Mêm. et doc. de l'IicoU des Chartes. — 11. e 



LXVl INTRODUCTION IIISTORlQUr: 

IV. —Propagande Ccs coiiclusions se confirment si Ion recherche par quels hommes et 

révolutionnaire . 

avec quels procédés la rébellion a été fomentée et organisée. Ces 
hommes ont été surtout des clercs, dissidents ou orthodoxes, et ces 
procédés surtout des prédications populaires. Nous résumerons ici la 
démonstration que nous avons faite longuement ailleurs, quitte à la 
compléter sur certains points ' . 
Les prédications Parmi Ics agitateurs qui ont préparé de vieille date, fait éclater et 

subversive^. 

entretenu quelque temps linsurrection, la personnalité du prêtre 
vagabond John Bail paraît la plus notable et la plus influente. Pen- 
dant vingt ans il avait semé dans les villes et les campagnes l'esprit de 
haine et de résistance, se moquant des censures ecclésiastiques et 
échappant presque toujours au bras séculier. Mais il n'aurait pas 
sufli à la tâche; d'autres prédicateurs nomades ont joué le même rôle 
que lui. Nous pensons avoir prouvé que le statut de 1382, postérieur 
à la révolte, nous renseigne sur des nienées bien antérieures, et que, 
grâce à ce document, il faut désormais admettre pour à peu près cer- 
taine la participation des Pauvres prêtres de \\ vclifTe à la propagande 
révolutionnaire, si peu disposé que l'hérésiarque fût lui-même à 
accepter pareille responsabilité. 

M. Jusserand a cru que les « prêcheurs d'esclandre » incriminés dans 
le statut étaient surtout des franciscains. Nous avons montré que per- 
sonne, après la révolte, n'a sérieusement accusé les friars de complicité, 
et que le gouvernement les a comblés de faveurs 2. M. Jusserand, citant 
la confession de Jack Straw, nous dit qu'ils étaient populaires auprès des 
rebelles. En admettant qu'elle nous ait été rapportée fidèlement, cette 
opinion de Straw n'est peut-être qu'individuelle, et en tout cas nous pou- 
vons à ce texte en opposer deux autres : à Scarborough les établisse- 
ments des franciscains furent attaqués par les insurgés, et à Londres un 
franciscain fut mis à mort eu même temps que Sudbury. On nous rap- 
porte aussi que Langland accusait les friars de prêcher des doctrines 

1. Voy. Les prèâicaliona pojnilHiresAes Inllards et le soulèvement des travail- 
leurs an(jlais en 1,i/il, dans Etudes d'histoire du moyen ûye dédiées à Gabriel 
Monod. p. 373 et suiv. 

2. Sur les bonnes relations de Richard II et des friars, qui firent à la dynastie 
des Lancastre une opposition redoutable, voyez, outre notre mémoire : Wylie, op. 
cil., I, 271 et suiv. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LXVII 

communistes. Dans le mémoire cité plus haut, nous faisions remarquer 
combien l'impartialité de Lang-land était douteuse sur ce point, et nous 
ajoutions : « Peut-être établira-t-on que quelques friars ont pris part à 
l'organisation du soulèvement. Mais nous pouvons alFirmer que de tels 
faits n'ont pu être qu'exceptionnels. » Depuis ce temps, en achevant 
le dépouillement des manuscrits d'André Réville, nous avons trouvé 
un document fort intéressant, et qui ne saurait être passé sous silence. 
Par une lettre que nous a conservée, sans sa date, un formulaire de 
l'extrême fin du xn** siècle, Richard II mande au ministre des fran- 
ciscains de Dorchester de faire taire et de châtier frère John Gorry, 
qui excite les tenanciers et les serviteurs de l'abbé de Middleton à 
« rebeller contre ledite abbé » et à violer le « statut des laborers ' ». 
Que cet acte soit antérieur ou non à la révolte, il prouve que l'accu- 
sation de Langland n'était pas sans fondement. Mais qu'elle s'ap- 
puyât sur un grand nombre d'exemples, c'est ce que nous persistons à 
nier, non pas, motif insuffisant, parce que nous n'avons retrouvé 
qu'un de ces exemples, mais pour les raisons générales résumées 
plus haut. 

André Réville n'a pas rencontré trace des prédications subversives 
que faisaient les prêtres de ^^'yclit^e ; elles n'étaient évidemment pas 
rédigées, ni encore moins recueillies dans des sermonnaires. Mais les 
textes qu'il a découverts dans plusieurs manuscrits d'Oxford et de 
Cambridge, et dont nous avons publié plusieurs fragments, montrent 
quelle hardiesse agressive déployaient certains prêcheurs anglais de ce 
temps, pourtant des plus orthodoxes et qui n'avaient rien de commun 

1. » Richard etc., a nostre cher en Dieu le ministre des llVeres de l'ordre de 
Menours de Dorcestre, salut. Nous avons entenduz conient vostre confrère et 
obedientier du dit ordre, flVère Johan Gorry, fait excitacion et maintenance a les 
cotagiers et autres tenantz nostre cher en Dieu labbé de Midelton, laborers 
demorantz dedeinz la seignurie mesme labbé. de rebeller contre le dite abbé 
leur seignur es choses queles ils sont tenuz et doivent fair a lui de reson, solonc la 
forme de le statut fait des laborers, dont nous merveillons, et nous ent tenons dure- 
ment a mal content. Et por ce vous mandons et chargeons que vous vous enfer- 
mez vraiement de ceste matire. Si vous troverez que le dit Johan est faite -sic) 
corne avant est dit, adonqes lui défendez de ensi faire et lui facez ensi chastire 
pur sa mefleure ont fait en temps passez, que autres ent preignent ensample 
et que defautc ne lachesse ne soit en vous trouvez en celle ])ariie. Et ce ne 
lessez, sur le péril que ent purra avenir. Donez souzetc. >> [Cambridge Universily 
library, 1). d. III. 33, p. 97. 



LXVIIl INTUODICTION IlISTORIOrE 

avec les fanatiques Pauvres prêtres. Leurs anathèmes contre les vices 
du haut clergé, de la noblesse et des gens de loi, joints au résumé que 
Walsingham a fait du discours prononcé par John Bail sur le 
Blackheath ', nous donnent idée des violences de langage auxquelles 
se pouvaient livrer les prédicateurs nomades, et ces curés de cam- 
pagne qui ont, en 1381, pris lépée et le bouclier pour diriger les 
bandes de rebelles. 

Les rodeurs. Les clcrcs ne furent évidemment pas les seuls propagateurs des idées 

de révolte. M. Jusserand a supposé ingénieusement que les rôdeurs 
répandus alors sur les routes et dans les bois avaient dû jouer le rôle 
dintermédiaires entre les mécontents et servir à unir tout le peuple, 
en disant « à ceux du nord ce que pensaient ceux du midi, ce que 
<( souffraient et désiraient les uns et les autres - ». Aux vilains fugitifs, 
aux artisans dont le statut des travailleurs avait fait des mendiants, aux 
soldats licenciés, aux outlawes •*, se joignaient maintes pauvres gens 
qui avaient déserté leur domicile pour éviter les charges de la Poil 
Tax '. Il est clair que tous ces vagabonds comptèrent parmi les orga- 
nisateurs de la révolte et les premiers révoltés. Si l'on songe enfin que 
les Anglais voyageaient beaucoup, que les foires étaient fréquentes 
et les pèleinnages nombreux "', on conclura que les appels aux armes et 
les circulaires mystérieuses de Jack Milner, de Jack Carter et de Jack 
Trewmau ^, se transmirent facilement et loin, et que l'expansion du 
mouvement insurrectionnel, si prodigieusement rapide qu'elle paraisse, 
s'explique par des causes très simples. 

Effets de la propa- « La pensée du pavsan, a écrit André Réville", est un reflet. Sans 

gande. . . . . ^ 

« instruction, il croit ce qu'on lui dit, s'en remet à la sagesse d'autrui, 
« pourvu que ce qu'il entend ne contrarie pas trop ses intérêts. Or, 

1. Ilist. ançjlic., II, .'î'2-53. 

2. Jusserand, La vie nomade, p. 158 • cf. Enylish wayfnrincf lif'e, p. 272. 

3. Sur le i^rand nombre des mendiants à celte époque, roy. Denton, England 
in the fij'leenlh century. p. 248-249. — Le parlement de novembre 1381 fit une péti- 
tion contre les « larons et robbours si bien a chival corne au pée ». {Rot. Pari., III, 
102, §24.) 

4. Voyez l'étude de M. Powell sur la Poil Tax, op. cil., p. 7. 

5. Rogers, Ilist. of agric, I, 11, 471, 650 et suiv. 

6. Voy. le texte de ces lettres dans Chron. If. Knifflilon. II, 138-140; Hist. 
anglic, 11,33-34. 

7. Les paysans au moyen âge, p. 5.s. 



CAUSES DU SOULEVEMENT LXIX 

« imaginez pour un instant que les campagnes au moyen âge aient été 

« traversées par des politiciens, des provocateurs , dénigrant l'ordre 

« social ou religieux, prêchant le mépris des puissants, décrivant avec 
« complaisance une organisation plus équitable, et même, à l'occasion, 

« appelant aux armes les habitants Ces agitateurs devaient certaine- 

« ment être écoutés et leurs idées accueillies sans critique, sans discus- 
« sion sérieuse, comme des paroles d'évangile, devaient déposer au fond 
« de l'âme de leurs auditeurs des levains de mécontentement, de ran- 
« cune, et des ferments de révolte pour l'avenir. C'était fatal. Et alors, 

« simples et niais , rudes et violents , ces paysans pouvaient 

« devenir les plus brutaux, les plus indomptables, les plus forcenés 
« des émeutiers. » 

Des classes laborieuses qui avaient progressé et qui aspiraient à conclusion sur les 
augmenter leur indépendance et leur bien-être ; des riches égoïstes qui voite. 
refusaient toute concession ; des conflits incessants aboutissant à des 
grèves ; un bas clergé mécontent ; un roi mineur, des fonctionnaires 
sans conscience, une administration anarchique et ruineuse ; une litté- 
rature populaire amère et agressive, parfois nettement communiste, et 
une agitation religieuse d'un caractère révolutionnaire ; une propa- 
gande haineuse et active, faite par des fanatiques ou par des hommes 
qui n'avaient plus rien à perdre ; partout des bandes de vagabonds 
que la police tolérait ; bref tous les signes avant-coureurs d'un grand 
bouleversement politique et social frappent l'historien des premières 
années de Richard II. L'explosion eut lieu en efîet et fut terrible, 
parce que l'exaspération du moment s'ajoutait à une habituelle vio- 
lence de mœurs dont nous avons peine à concevoir l'idée '. Quelles 
formes diverses allecta le soulèvement de 1381 , pourquoi ce ne fut 
qu'un cataclysme passager et non pas une révolution féconde, c'est 
ce qui nous reste à examiner. 

1. Voy. les textes cités plus loin, p. 4", note 1. — Ces documents sont relatifs 
aux premières années de Richard II, mais on en pourrait citer de pareils jîour les 
autres époques du moyen âge auj^lais. (Voy. André Réville, Les Paysans au 
moyen âge, p. 42-43.) Ils montrent une fois de plus quelles inexactitudes se cachent 
souvent dans les afTirmations dof^niatiques et tranchantes de Thorold Rogers ; cet 
historien n'a pas hésité à écrire que les Anglais violaient rarement la paix du 
royaume. [Inlerprél. èconom. de iltist., trad. Castelot, p. 33.) 



II 



LA REVOLTE DE 1381 



La révolte dans les « Sur la révolte daiip les comtés du sud-est, écrivait André Réville ', 

comtés du ?ud- . <pti-'ii 

est. « tout n est pas dit, tant s en faut. Les histoi'iens les plus autorisés ne 

» sont même pas d'accord sur la date et le lieu de son explosion. 

<• Pauli assure quelle commença à Brentwood, en Essex, le 30 mai ^; 

(( M. Stubbs estime qu'elle jaillit à Dartford, en Kent, le 5 juin ^ ; enfin 

« selon M. Rogers, c'est le 10 du même mois que s'allumèrent les 

« premières étincelles ^ ». 

Commencements Lcs documcuts réuuis par André Réville prouvent que l'agitation 

de l'airitation. . . i <> • tx i 

commença de bonne heure et sur plusieurs points à la tois. Dans les 
chartes de pardon, on amnistie les crimes de rébellion accomplis depuis 
le /'''" mai 1 38 I ^. Pendant tout le mois de mai, et sans doute bien plus 
tôt encore ^, les hommes de l'Essex et du Kent vécurent dans la surex- 
citation. La révolte est née à peu près en même temps dans les deux 
comtés, sur les rives de la Tamise. 
Soulèvement de En Esscx , les serfs demandaient l'affranchissement général'^; de 

l'Essei. . Q , • • • 

plus, le comté était pauvre ^, et les exigences des commissaires nommés 
pour achever la perception de la Poil Tax y parurent particulièrement 
insupportables ^. Les chroniqueurs nous disent que les premiers sou- 

1. Introduction manuscrite de sa thèse. 

2. Geschichte von England. IV. 526-527. 

3. Const. Ilist., II. 1-8. 
i. Hisl. ofagric. 1, S4. 

5. ^'oy. par ex. Appendice II, document n" 61 : cf. n" 124. 

6. Voy. docum. n° 10, p. 196. note 4. 

7. « Pro lihertate tuniultuari C(cperc, cl pares dominis ellîci, et nulii omnino 
alicujus de cctcro aslringi servitio nieditati sunt ». [Ilisl. anglic., I. 454. 

8. Bot. Pari., III. 94, n° xii. — Cf. Rogers, Hist. ofagric. [ I, 100- 111. tableau de 
la richesse des comtés en 1341, d'après la Wool-Tax. 

9. Il n'est pas inutile de faire connaître ici que l'année précédente tous les habi- 
tants du comté avaient reçu l'ordre de s'armer pour défendre les cotes : « Quod 



LA RÉVOLTE DE 1381 LXXl 

lèvements eurent lieu dans lEssex en même temps que dans le Kent et 
furent provoqués par la levée de l'impôt * . Le continuateur de Cnitthon 
donne même là-dessus des détails que nous croyons authentiques. Selon 
lui, la dureté du commissaire royal John Leg (qui devait être tué le 
14 juin par les rebelles) excita une indig'nation g'énérale en Essex, et 
quelques gens du peuple, entre autres un boulanger de Fobbing, Thomas 
Baker, organisèrent une agitation. Des ligues se formèrent, on corres- 
pondit de village à village, de pays à pays, pour se défendre contre 
l'oppression -. Les lettres de John Bail, sans aucun doute, passaient 
alors de main en main. Une enquête judiciaire nous apprend que John 
de Guilsborough, John de Bampton et les autres juges de paix envoyés 
à Brentwood pour rétablir l'ordre, furent attaqués et mis en fuite le 
30 mai par de nombreux rebelles, venus de Fobbing, de Billericay, et 
d'autres localités de l'Essex méridional ^. C'est surtout aux villages 
voisins du fleuve, depuis Barking jusqu'à Corringham , qu'appar- 
tiennent les coupables signalés dans les actes judiciaires '. Ce fut 
un des premiers foyers de la révolte. Puis le mouvement se propagea 
vers le nord, particulièrement violent dans la partie orientale du comté. 
Le 10 juin, la bande qui avait attaqué les juges royaux à BrentAvood, 
entreprit une expédition dévastatrice. Grossie sur son passage d'une 

quilibet homo comitatus predicti armis compctentibus se armari, scii juxta status 
sui exifîenciam arraiari et muniri faciat, et quod ipsi sic armati, arraiati et muniti, 
versus costeras predictas ad resistendum inimicis nostris predictis cum omni fes- 
tinacione se trahant ». Pat. 4 Rie. Il, part. 1, m. 20 d.) Les armes des révoltés 
d'Essex. paraît-il. ne consistaient qu'en bâtons, en épées rouillées et en vieux arcs 
aux flèches déplumées. Hist. anglic. I, 154;. Mais peut-être la mesure prise en 
1-380 avait-elle eu un double résultat, également funeste à la royauté, celui d'irri- 
ter les Essexois. et de les forcer à prendre maljîré eux certaines habitudes mili- 
taires. 

1. Vita Ricardi. p. 23. — Continuatio Eulocjii. p. 351. 

2. Chronicon Ilenrici Knighton, II. 130-131. — Renseignements analog^ues dans 
Contin. Eulocj.. p. 351-352. — Sur les rebelles de Fobbing, voy. notre document 
n° 89. Un d'eux. William Gildeborn, était un riche tenancier. Thomas Baker 
n'est pas cité dans ce compte d'échoiteur. mais il est mentionné parmi les rebelles 
de Fobbing dans une enquête du 3 juillet 1381. ^Document publié dans : Essex 
Archfeological Society, Transactions, New séries, I, 218, d'après Assize Rolls, 
N. 2. 29, 7, mernhr. 3.) 

3. Esse.i Arch. Soc., vol. cit., p. 218-219. — Pour les torts faits à John de Bamp- 
ton et à John de Guilsborough, voy. nos docum. n"' 66 et 68. — Cf. John Mal- 
verne dans Polycliron. Ran. Hicfden, IX, G — Stnw, p. 283 h. 

5. Essex Arch. Soc, vol. cit., p. 2ls, 



LXXII INTRODUCTION HISTORIQUE 

foule de gens qu'on enrcMait parfois de force, elle pilla et détruisit les 
maisons du prieur de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, trésorier du 
royaume, à Cressing-Temple, la demeure de John Ewell, échoiteur du 
roi, celle que John Sewall, shérilî d'Essex, possédait à Coggeshall, 
celle de l'amiral Edmund de la Mare à Peldon, et se donna la satisfac- 
tion de porter au bout d'une fourche les papiers de l'amirauté jusque 
dans les environs de Londres, à Mile-End '. 

Quelque importance qu'ait eue, dans la révolte de 1381, l'initiative 
des gens de l'Essex, qui se soulevèrent en masse, artisans, serfs et 
riches tenanciers -, il faut signaler la propagande faite dans leurs rangs 
par certains habitants de Londres. Nous trouvons là-dessus des infor- 
mations précieuses dans un document publié à la fin de ce volume, 
le rapport adressé à Richard II par les shérilTs de Londres. Dès le 
30 mai, deux bouchers de la capitale, Adam atte ^^'elle et Roger 
Harry, parcoururent l'Essex et y semèrent ce mot d'ordre : à Londres! 
Le 13 juin^ ils conduisirent les Essexois à l'assaut du palais de Savoie ', 
Dès le 3 du même mois, un autre Londonien, appartenant à une 
famille illustre, Thomas Faringdon, s'était rendu auprès d'eux, avait 
raconté que le trésorier du roi l'avait dépouillé d'un légitime héritage, 
et il avait conduit l'attaque de Cressing-Temple; plus tard, il conti'ibua 
à la destruction des établissements des Hospitaliers à Clerkenwell. 
Les shérilTs l'appellent « le premier de tous les principaux insurgés du 
comté d'Essex », ce qui semble d'ailleurs exagéré. Mais si ces déma- 
gogues venus de Londres n'ont pas fait naître la révolte en Essex, 
ils l'ont du moins organisée et dirigée, et lui ont donné le but précis 
qu'avait choisi leur haine '. 

1. Essex Arch. Soc, vol. cit., p. 217-219. — Appendice II, docum. n" 25. 

2. Docum. n° 89. — Vita Rie, p. 2i. — Cf. Ilist. nnxjUc, I, 45 i. 

3. Docum. n" 10, p. 196, 198. 

4. Docum n" 10, p. 194-195;— n" 25.— Sur la famille des Faringdon, elles 
droits auxquels ils ])rétendaienl, voy. Loftie, Ilistory of London, I, 159 et suiv., 
231. — Un certain Walter Podenale, de Londres, était à la tète d'une bande qui 
se forma à Brentwood le 12 juin. {Essex Arch. Soc, vol. cit., p. 216.) — Cf. Frois- 
sart, X, 9" : « Si commenchièrent ces niescheans gens en Londres a faire le mau- 
vais et a iaulx révéler et scgnefiier a ceulx des contrées dessus dites [Kent, Essex, 
Sussex, Bedford], que il venissent hardienient a Londres et amenaissent leur 
peuple, il trouveroient Londres ouverte et le commun de leur acord, et feroient 
tant devers le roi que il n'i aroit nul serf en Engletière. » 



LA HÉYOLTE DE 1381 LXXllI 

Pendant ce temps, la sédition avait commencé aussi dans le Kent. Soulèvement si- 

multanédu 

Les documents diplomatiques, et surtout les renseignements fournis au Kent. 
roi après la révolte par les échoiteurs ' montrent combien violemment 
ce comté fut agité, combien de gens, de toutes les catégories sociales, 
furent dénoncés au gouvernement comme fauteurs de désoi'dres, depuis 
un William Proude, qui est dénué de toute ressource, jusqu'à un 
Bertram de ^^'ilmington, qui est écuyer^, un Robert Senyng, qui pos- 
sède des terres dans trois villages au moins. Les motifs du soulèvement 
furent très variés. En Kent, il y avait beaucoup moins de serfs qu'ail- 
leurs, mais il y en avait"*. Les gens de l'île de Thanet réclamèrent en 
1381 la suppression des services et des coutumes. En Kent comme 
ailleurs, la crise économique dont nous avons parlé sévissait et stimu- 
lait les rancunes et les convoitises. Mais il est permis de croire que les 
principaux mobiles des rebelles de ce comté furent d'ordre politique. 
La levée intempestive de la Poil Tax les exaspéra '. De plus, mani- 

1. Docum. n"' 07 et suiv. 

2. Il commanda la bande qui se souleva le 12 juin à Wye. Le document qui le 
concerne (publié dans l'Archseologia Cantiana, III, 81-82) spécifie qu'il s'est insurgé 
spontanément. On sait que souvent les nobles ont été contraints, sous menace de 
mort, de se joindre aux rebelles. 

3. Voy. sur ce point ^'inogradotT, op. cil., p. 205 et suiv. — Cf. notre docum- 
n" 75, qui mentionne expressément les corvées effectives dues dans un manoir de 
ce comté. 

4. Un autre motif particulier a pu irriter les gens du Kent. Plusieurs lettres de 
1380 nous montrent que beaucoup d'entre eux, levés par les recruteurs militaires 
et dirigés siu" la cote pour jiasser au besoin en France, avaient déserté, tant le 
métier de la guerre leur plaisait peu; on sait combien le système des Commissions 
of array soulevait de plaintes. (,Voy. Stubbs, Conslitutional Hislory, II, 568 et 
suiv.). Le gouvernement ordonna d'arrêter les déserteurs. Voici l'une de ces lettres 
closes, datée du 13 juillet 1380 : <■ Rex ballivis ville de Maydenstan, salutem. Quia 
accepimus quod quamplures homines ad arma et sagittarii, ad proficisccndum in 
obsequium nostrum in prescnti viagio ad partes transniarinas retenti, et ad coste- 
ras maris ea de causa profecti, receptis vadiis suis de denariis nostris, a costeris 
predictis usque dictani villam de Maydenstan recesserimt, in dictum obsequium 
nostrum in eodem viagio proficisci non curantes, in nostri contemptum et dicti 
viagii retardacionem manifestam: nos, nolenteshujusmodi contemptum aliqualiter 

tolerare, vobis precipimus quod omnes et singulos hujusmodi homines ad 

ai-ma et sagittarios ad proficisccndum in viagio predicto relentos sine dila- 

cione arestari et in prisona nostra salvo custodiri faciatis, donec de eorum deli- 
beratione aliter duxerimus ordinandum, nos de nominibus omnium et singulorum 
quos sic arestari contigerit in cancellaria nostra distincte et aperte certitî- 
cantes... » Une autre lettre, de même teneur et de même date, concerne les 
déserteurs d; Rochester. {('laiis. » Rie. II, m. 36.) Moins d'onze mois après, Maidstone 
et Rochester comptaient parmi les principaux foyers de la révolte. 



LXXIV INTRODUCTION HISTORIQUE 

festement, ils jugeaient nécessaire de changer le personnel des 
fonctionnaires. Leurs idées étaient plus subversives encore, selon la 
confession célèbre que A\'alsingham place dans la bouche d'un de leurs 
meneurs. Jack Straw ' ; mais, tout bien pesé, il est impossible d'utiliser 
un document aussi suspect. 11 faut se contenter de juger les Kentois 
sur leurs actes; et alors on conclut qu'ils conservaient, au moins pour 
la plupart, leur foi en la monarchie, qu'ils aimaient par instinct le 
jeune Richard II, mais qu'ils haïssaient son oncle Jean de Gand et 
tous ses conseillers et voulaient en délivrer le royaume. John Malverne 
et Walsingham nous donnent en des termes concordants, sinon pareils, 
la formule du serment que prêtaient les insurgés de ce comté : ils 
juraient fidélité au roi et au peuple, promettaient de défendre le roi 
et le bien du royaume contre les trailres. d empêcher que jamais un 
homme nommé Jean montât sur le trône, et qu'on levât aucune taxe 
nouvelle, hormis l'impôt traditionnel du quinzième -. C'était exacte- 
ment le programme suivi au fameux Bon parlement de 1376 par les 
communes, qui avaient écarté du trône Jean de Gand et combattu sa 
pernicieuse influence, qui avaient poursuivi les concussionnaires, qui 
avaient assuré la succession du vieil Edward III à Richard et nommé 
d'avance un conseil de régence. !Mais les efforts du Bon parlement 
étaient restés stériles. Les gens du Kent allaient tenter d'imposer 
leurs volontés par hi force. Ils avaient une réputation justifiée de 
violence. C'était une population d'esprit révolutionnaire, comme la 
plèbe de Londres ^. Derrière les citoyens indignés de la pitoyable 
direction des affaires publiques et décidés à châtier les traîtres, allait 
naturellement se ranger tout de suite une tourbe de Aulgaires malfai- 
teurs. Le torrent ainsi déchaîné inonda le Kent en peu de jours, et se 
répandit bientôt jusqu'à Londres. 

Dès le 2 juin '. Abel Ker et sa bande, venus d'Erilh. sur la Tamise, 



1. Ilist. anglic, II. 9-10. 

2. John Malverne. p. 1. — Ilist. ,'in(jlic.. I. 454-4Ô5. 

3. c Cantiani populi. tani injuriaruni intolerantcr patientes, quam novaruni 

rei'um semper cupidi... » Polyd. ^'erf,'il.. p. 498. 

4. Nous ne mettons pas en doute que l'agitation ait commencé plus tôt, mais 
c'est la première date précise que l'on trouve dans les documents. M. Flaherty 



LA RÉVOLTE DE 1381 LXXV 

avaient pénétré de force clans l'abbaye de Lesnes et contraint Tabbé à 
les suivre; le 3 juin, ils avaient traversé le fleuve, étaient allés recruter 
une centaine d'hommes en Essex et, revenus le 4 avec leurs nouveaux 
compagnons, ils s'étaient rendus à Dartford pour soulever les habi- 
tants. Les troubles éclatèrent à Dartford le 5 juin, comme on le savait 
déjà, mais le lecteur voit que ce ne fut pas là qu'ils commencèrent, 
comme l'afTirme Stubbs * . 

Nous savons jour par jour ce qu'a fait la bande partie d'Erith, grâce 
à des témoignages multiples et concordants. Le 6 juin, elle a forcé le 
château royal de Rochester et délivré un prisonnier - ; le 7, elle est 
allée à Maidstone, où elle a fait périr John Southalle, incendié et pillé 
la maison du riche \\'illiani Topchyne ; puis, dans la même journée, 
usant au besoin des menaces les plus terribles, elle a entraîné dans la 
révolte les habitants de Rochester; le 8, à North-Craye, elle a démoli et 
pillé la maison d'un riche; le 9, elle est retournée à Rochester; le 10, 
c'est Preston qui est le théâtre de ses pillages ^. Partout où elle a passé, 
elle a recruté des complices, forcé les nobles à la suivre, ouvert les 
prisons, brûlé les archives royales ''. 

Preston se trouve sur le chemin de Canterbury, qui était pour le 



prétend que les violences initiales eurent lieu dans le Kent le 17 avril [The (freat 
rébellion in Kent of I3SI, illusirated from the public records, dans Archxolor/iu 
Cantiana, ann. 1860, tome III. p. 68. Mais cet érudit n'allègue pour preuve qu'un 
meurtre isolé, qui peut n'avoir eu aucune connexion avec la révolte. — Nous 
citerons souvent, pour plus de commodité, la publication de M. Flaherty. bien 
qu'il ait traduit les textes des accusations formulées contre les rebelles, au lieu de 
les éditer tels quels. Nous nous sommes reporté aux copies que Réville avait faites 
d'après les actes eux-mêmes, et nous reproduirons au besoin ceux-ci sous leur 
forme originale. Ils se trouvent au Record Office, Exchequer, Treasury of Receipt, 
Miscellanea, f|. 

1. Voy. nos docum. n"' 1 à 3. 

2. Ce captif est peut-être le serf dont parle Stow, et dont l'emprisonnement à 
Rochester avait été, s'il faut l'en croire, l'une des causes de la révolte. [Annales, 
p. 284 a.) 

.3. On voit que les rebelles ne perdaient pas leur temps. Pour s'en bien con- 
vaincre, il suffit de lire les témoigrnai;es portés contre un tailleur de Faversliam, 
John Gardcner, qui rcjoii^nit la bande le 10 juin, et dans la même journée, escorté 
d'un détachement de rebelles, sema la terreur à Preston. à Osprinjre et dans les 
cn^•irons, expulsant l'un de sa terre, rançonnant l'autre, faisant main basse sur 
tout ce qui lui plaisait {Archœol. Cant.. III, 90-91;. 

4. Docum. W" 1 à 3, 5. — Le 9 juin et les jours suivants, des troubles eurent lieu 
près de Rochester, à Chatham et à Gillingham [Archieol. Canl.. III. 77-78). 



LXXVI l.NTRODUCTION IlISTOHIQUE 

moment le but des insurgés ; c'était une véritable armée de rebelles qui 

allait entrer dans la ville archiépiscopale \ Quels en étaient les chefs? 

Principaux me- Xous sommes fort mal renseignés, en général, sur les meneurs de la 

nears. _ . . 

révolte de 1381. Les chroniqueurs contemporains n'ont pas voulu ou 
n'ont pas pu faire leur biographie ^, et les documents judiciaires nous 
donnent des informations suspectes. Les témoins interrogés exagèrent 
naturellement le rôle des chefs de bandes qu'ils ont eux-mêmes vu 
agir •*. Il est parfois difficile de savoir lequel a eu véritablement une 
influence directrice. 

On peut croire que les deux plus fameux rebelles du sud-est, Wat 
Tyler et Jack Straw, ont été réellement, dans cette région, les chefs les 
plus audacieux et les plus écoutés. 
Jack straw. Jack OU Johu Straw ne nous est guère connu que par les chroni- 

queurs et les poètes '. Le continuateur de Cnitthon le confond avec 

1. On ne peut dire, bien entendu, à quel cliilTre s'éle^"ait le nombre des insurg-és 
en marche. Les é^•aluations fournies par les chroniqueurs n'ont aucune valeur. 
Mais les documents judiciaires montrent qu'une foule de villages avaient fourni 
des recrues. 

2. Ils se contentent de faire tout au plus une énumération de noms. Le conti- 
nuateur de Cnitthon cite « Thomas Baker, primus motor sed postea principalis 
ductor. Jakke Strawe, Jakke Mylner. Jakke Carter, .îakke Trewman », et repro- 
duit ensuite les circulaires secrètes de Jack Mvlner. de Jack Carter, de Jack Trcw- 
man et de John Bail. Chronicon Henrici Knifjhton. II, 138 et suiv.) Ce chro- 
niqueur nous ])araîl a\oir mêlé des personnajjes réels et des types symboliques. 

— ^^'alsing:ham cite comme principaux meneurs en Esse\ et en Kent : ^^'al Tyler, 
Jack Straw. John Kyrkeby. Alan Threder. Thomas Scot et Ralph Rujige. Hisl. 
anglic, II. 11. Dans le rapport des shéritTs de Londres Docum. n" 10. p. 192), 
Alan Thredre ou Threder) est cité en effet avec ^^'at Tyler. ^^'illiam Hawk et 
John StakpuU, parmi les chefs des insurj;és à Blackheath. 

3. Ainsi, aux yeux des témoins interi-oj;és à Canterbury. le jjremier et le ]ii-inci- 
pal fauteur de l'insurrection fut un certain John Haies, de Mallinjr, près Maidstone : 
il vint à Canterbury avec une multitude de gens qu'il avait embauchés : » Dicunt 
quod ipse fuit primus et principalis inceptor insurrexionis et levacionis omnium 
inimicorum domini régis «. Document publié en traduction dans : Archœol. 
Gant., III, 76.) Mais les mêmes épithètes sont appliquées par des jurés dillérents 
à maints autres meneurs. De même, si l'on consulte les divers documents, un 
nombre étonnamment considérable de rebelles sont accusés d'avoir décapité le 
trésorier d'Angleterre ou telle autre victime illustre. 

i. " Johannis Strawe, qui fuit, post \\'alterum Tylere, maximus inter 

illos... » [Hist. ancflic. II, 9 et II. — Vita Ricardi, p. 31.) — « Plebei regni, et 

potissime Cancie et Essexie, sub misero duce Jac Straw... » (Adam de Usk, p. 1.) 

— « Avoient un souverain cappitain qui s'appcUoit Wautre Tillier; avoecques 

li estoient, et de sa compaignie, Jaque Strau et Jehan Balle. Cil troi estoient li 
souverain cappitainne de tous... » (Froissart, X. 98.) — Voy. plus loin, p. xci, en 



LA RÉVOLTE DE 1381 LXXVIl 

Wat Tyler *. Mais ce n'est sûrement pas un personnage légendaire : 
le J3 juin, les gens de Thanet firent une proclamation en son nom ^ ; 
plus tard, en parlement, sa mémoire fut frappée d'infamie comme celle 
de ^^'at Tyler ^. D'après les documents parlementaires, il était venu 
de l'Essex; l'opinion commune en fait un habitant du Kent ''. Je ne 
sais s'il a pris part au sac de Canterbury; le fait est probable. 

La naissance et les antécédents du fameux ^^'at Tyler sont tout aussi Wat Tvier. 
obscurs. On le nommait « Walter Tyler » ou « Walter Helyer ^ ». Les 
jurés des hundreds de Faversham et de Downhamford croyaient qu'il 
était originaire d'Essex ''. En parlement, on l'appela « W'auter Tylere 
del countée de Kent ' », et il faut s'en tenir à ce témoignage. Mais il 
est malaisé de préciser plus. Une tradition locale place son lieu natal 
près de Broad-Oak ^. Stow, dont l'autoiùté a quelque poids, assure qu'il 
habitait à Maidslone ". D'autres en font un citoyen de Dartford; ils 
montrent l'emplacement de sa maison; que dis-je? ils ont même trouvé 
le marteau dont ^^'at Tyler se serait servi pour tuer un impudent 
collecteur, qui voulait outrager sa fille '^'. On sait que, selon des histo- 
riens estimés, ce meurtre fut le signal de la révolte de 1381 ". 

note, la citation de Chaucer. — Voy. aussi un poème sur la révolte, édité par 
Wright : Politicnl poeinsand songs, Edic. III — Henr. VIII. tomel, p. 226. 

1. « Gui appropinquavit ductor eorum, proprio noniine ^^'alte Tyler. sed 

jani nomine mutato vocatus est Jakke Strawe ». Cliron. Ilenriii Kniffhton. II, 
137.) Cette erreur a passé dans Vllistori/ of Xorf'olk de Blomefield, III, 105. 

2. « .....per conimissionem Johannis Rakestraw et \\'aUeri Tej;heler. » (Cf. 
Archœol. Cant., III, "6.) Dans un poème édité par ^^'rig■ht Polit, poems, I, 230\ 
« Rakstrawe » est cité comme un personnage diderent de « Jak Strawe », mais 
on ne peut se fier à de pareils renseignements. Il est probable que le nom 
véritable de ce meneur était John Rakestra\v, et qu'il est devenu dans l'usage 
tantôt John Straw c'est la forme la plus commune dans les documents diplo- 
matiques , tantôt Jack Straw. 

3. Rot. Pari, III, 175. 

4. On fixe même le lieu de sa naissance à Pepingstraw. dans le hundred de 
Larkfield Ilasted, Ilist. of Kent, II, 224). 

5. Ilist. anylic, II, 11. 

6. « Walterus Teghelere, de Essex ». Cf. Archœol. Cant.. tll, 92-93.) — Cf. 

Contin. Eulog., p. 352 : « Unus tegulator de Estsex... » 

7. Rot. Pari., III, 175. 

8. J.-F. "\\'admore, Brenchleij. its chiirch and ancient hoiises, dans : Archœol. 
Cant., XIII, 139. 

9. Annales, p. 284 a. Selon lui, ^^'at Tyler fut choisi pour chef vers le 7 juin. 
Nous avons vu que ce jour-là justement Maidstone fut visité par les rebelles. 

10. Voy. Dunkin, Hist. of Dartford, p. 308. 

11. Voy. par ex. Wallon, Ricliard II. tome I. p. 55-56. 



LXXVIII l.NTIîODLCTIO.N iiisTonioun 

On ne connaît rien de sûr touchant l'onyine de ^^'at Tyler, mais on 
peut du moins aiïirmer que l'anecdote de la vengeance paternelle, si 
elle nest pas légendaire, n'est qu'une particularité sans importance, 
insignifiante dans l'histoire de la révolte, et sans rapport avec la bio- 
graphie du fameux démagogue. Nous avons vu que l'insurrection est 
née sur les deux rives de la Tamise avant de se propager jusqu'à Darl- 
ford. D'autre part, on a déjà remarqué qu'il y a eu plusieurs rebelles 
appelés Tyler'. I.e meurtrier du collecteur s'appelait John Tyler, 
d'après Stow lui-même, dont on ne s'est pas soucié de repx'oduire 
exactement le récit; et Stow ne le confond point avec le chef suprême 
des insurgés, qu'il appelle Wat Tyler de Maidstone -. Les actes relatifs 
aux troubles de Darlford ne citent comme principaux meneurs qu'un 
boulanger de cette ville nommé Robert Cave, Abel Ker d'Erith, et 
deux habitants de Rochester. Les jurés de Faversham ne purent pas 
nommer les fauteurs de la rébellion h Dartford : c'était des inconnus; 
parmi eux ne figurait donc point le fameux ^^'at Tyler qui parla face à 
face au roi Richard II, sur la place de Smithfield. 

Wat Tyler avait-il auti-efois servi pendant les campagnes de F'rance 
en qualité de valet d'armes, comme le dit Froissart "'? En tout cas 
c'était un homme intrépide, et, qui plus est, un chef plein de sang- 
froid, qui sut rapidement organiser l'insurrection ^. 
Sac lie CanterLu- Choisi pour chef après la prise du château de Rochester ""j donc vers 
le 7 juin, Wat Tyler dirigea, avec John Haies de Mailing, l'attaque de 
Canterbury. L'on espérait trouver là le primat chancelier Sudbury, 
qu'on regardait comme le chef du gouvernement, l'auteur reponsable 
des malheurs de l'Angleterre. La municipalité, terrifiée et impuissante, 
prêta serment de fidélité au roi et au peuple d'Angleterre ®. On 
s'empara du château, on ouvrit les prisons; le shérilT du Kent, insulté 
et malmené, dut livrer les rôles judiciaires et les brefs du roi, qui 

1. Stiibbs, Const. IlisL, II. i7S. note 1. 

2. Annales, p. 284. 

3. Froissart, X, 108. 

•i. « Vir versutus et ma^no sensu prseditus » {Hist. anglic, I, 463.) 

5. Cest du moins ce que prétend Stow, p. 284 a. 

6. Stow, ihid. — Sur les habitants de Canterbury qui suivirent les rebelles, 
voy. notre docum. n" 100, et la liste donnée dans les Rot. Pari.. III, 113 h. — La 
ville fut un iiislant exclue tout entioi-e de l'amnistie. [Roi. Purl.. III, 103, § 32.) 



LA RÉVOLTE DE 1381 LXXIX 

furent brûlés immédiatement. Plusieurs maisons furent enAahies et 
pillées, un meurtre au moins fut commis '. L'abbé de Saint-Augustin 
de Canterbury fut assez habile cependant pour écarter la bande dévas- 
tatrice ^. Quant à l'ai'chevcque, il était absent; mais on se promit 
d'aller le chercher à Londres et de lui demander des comptes ^ ; en 
attendant, Ton saccagea son palais ^ et Ion brûla les titres des manoirs 
qui lui appartenaient *. 

Tous ces événements avaient eu lieu le 10 juin. En cette même jour- 
née, des pillages et des violences de toutes sortes nous sont signalés 
du nord au sud du Kent oriental : dans les environs de Canterbury et 
de Sandwich, à Boug'hton-under-Blean, ^^'ells, Teynham, Chillenden; 
sur le chemin de Douvres, à Kinghamford; dans le sud du comté, à 
Mersham, à Tenterden et à Appledore *". C'est en songeant à cette 
rapidité foudroyante de la révolte, qu'on peut s'expliquer la nullité 
de la résistance. 

Dans toute cette rég'ion, la révolte continua les jours suivants, bien Continuation des 

_^,, . , 11' 1 troubles dan» le 

que VV at Tyler tut parti pour Londres avec le gros de 1 armée des Kent, 
rebelles. Le 11 juin, on ouvrit la prison de Maidslone; on brûla les 
rôles de la cire verte, c'est-à-dire les rôles des receveurs et des échoi- 
teurs, à Mersham et à AVye "^ . Le 13 juin, c'est dans lîle de Thanet, à 
l'extrémité nord-est du comté, que l'agitation est le plus vive; le curé et 
les clercs de léglise de Saint-John font une proclamation au nom de 
Jack Straw et de Wat Tyler, et ordonnent aux habitants, sous peine 
de confiscation de leurs biens, de se rendre en bande chez le coroner 
William Medmenham, gardien des rôles de la cire verte. Ce qui fut 

1. Archseol. Canl.. III, 73-74. 76, 85-86, 89. 91-9.3. — Docum. n" 7, 8. 

2. Thorne, coL 2157. 

3. Frolssai-t, X, 100. 

4. Voy. dans Concil. Brilann., III, 153, le mandement du prieur et du chapitre 
de Christ-Churcli de Canterbury, dirigé contre les meurtriers de larchevcque, et 
daté du l"sept. 1381. 

5. Docum. n" 6. 

6. Archseol. Cant., III, 78, 79, 84, 85, 87-89, 92-96. — Docum. n" 105. 

7. Archœol. Cant., III, 74, 78-84. — Cf. le mandement du prieur de Canterbury. 
dans Concil. Britann., III. 153 : » Carcerem archiepiscopalem in villa de Maides- 
tone Cantuariensis di(ecesis situatam tVe;^erunt. et incarceratos in eodem ceperunt 
et abire compulerunt. » Selon le Chron. Henrici Knicfhlon. II, 131-132, John 
Bail était captif dans cette prison et fut délivré par les rebelles. Cf. Hist. ancflic, 
II, 32. Cette assertion n'est pas confirmée par les documents diplomatiques. 



dres 



LXXX INTRODUCTION IllSTOUIQlE 

dit lut l'ail, et les rôles furent brûlés. Les mêmes meneurs abolirent les 
services et les coutumes dus par les tenanciers, et décrétèrent la levée 
d'une taxe « pour maintenaunce de les ditz matières encountre les sei- 
« gneuries par tout Tlsle de Tent ' ». 

Ces événements, si peu connus qu'ils soient, ne doivent pas nous 
arrêter plus longtemps : l'attention de l'historien se porte forcément 
sur la tragédie qui s'est jouée du 12 au 15 juin dans la capitale et aux 
environs; là se noue et se dénoue l'action décisive. 
Nfarche sur Lon- Le 11 , Ics baudcs du Kent et de l'Essex qui avaient envahi Canterbury, 
se mirent en marche pour Londres, sous la direction de ^^'at Tyler, 
de Jack Straw et de John Bail. « Il se partirent au matin », raconte 
Froissart, » et tous li peuples de Gantorbie avoecq eulx, et prissent 
« le chemin de Roceste -. Et emmenoient toutes gens des villages a 
« destre et a senestre, et, en cheminant et allant, il fondefloient et aba- 
« toient, enssi que uns tempesles, maisons d'avocas et de procureurs 
« de le court dou roi et de l'arcevesque, et n'en axoient nulle merci ^ ». 
Le lendemain ils arrivèrent à Lambeth et à Southwark. L'archevêque 
chancelier quitta Lambeth précipitamment ; on ne put que saccager son 
manoir ''. A Southwark, la propriété de Richard d'Inworth, maréchal 
de Richard II, fut dévastée, les prisons du Banc et de la Maréchaussée 
furent forcées, les captifs délivrés ^. Lambeth et Southwark sont aujour- 
d'hui des quartiers de Londres : les rebelles n'étaient séparés de la Cité 
que par la Tamise. On nous assure qu'ils étaient soixante mille *". Grande 
exagération, sans doute ; il est avéré cependant que leur nombre croissait 
sans cesse, qu'il leur venait des recrues des comtés les plus éloignés '^, 
et que leur multitude était terrifiante, puisqu'on les laissait passer. 

1. Documents publiés en traduction clans : Archœol. Cant., III, 71-73, 76. 

2. Rochester. 

3. Froissart, X, 100-101. — Sur les soulèvements de Rochester et de Dartford 
le 12 juin, voy. les docum. n'<^ 102. 103. 

4. John Malverne, p. 1-2. 

5. Chron. Ilenrici Knicfhton avec une erreur sur le lieu , II, 132. — Conttn. 
Eulogii, p. 353. — Stow, p. 283 h. — Selon le docum. n° 2, ces faits auraient eu 
lieu le 19 juin; le rédacteur de cet acte, écrit en 1381, s'est sans doute trompé 
d'une semaine. 

6. Froissart, X, 98. — Thorne, col. 2156. — Cf. Riley, MeinoriuLi of London, 
p. 449, récit de l'insurrection contenu dans le Lelter Book h du Gildhall. 

7. ^'oy. par ex., p. r.ix, pour les rebelles venus de Rridj^ewater. 



LA UÉVOLTr'] DE 1381 LXXXI 

Or il était ur<;ent de les arrêter. Londres avait 40.000 habitants, et 
Froissart, pour cette fois, donne un chiffre vraisemblable, quand il 
assure que les (( menues gens » y étaient au nombre de 30.000 '. C'était 
une ville turbulente; en 1303, le roi Edward avait dû publier une 
longue ordonnance pour y assurer l'ordre et la paix -; en 1377-1378, 
le procès de ^^'ycliffe y avait été l'occasion de violents tumultes. Le 
peuple londonien, bien placé pour connaître les abus et les scandales 
du régime politique, avait la haine des traîtres ^. Parmi les premiers 
fauteurs de l'insurrection en Essex, on trouve, nous l'avons vu, des 
gens venus de Londres. Qu'allait-il advenir, si on laissait entrer 
dans la capitale les bandes farouches qui arrivaient, réclamant l'indé- 
pendance sociale et un bon gouvernement ? 

Hichard II s'était réfugié dans la Tour de Londres, où vinrent le 
rejoindre l'archevêque Sudbury et le prieur trésorier Robert Haies ', 
Ses oncles étaient absents : Jean de Gand était aux frontières d'Ecosse; 
le comte de Cambridge s'embarquait pour le Portugal; le comte de 
Buckingham se trouvait dans le pays de Galles ■'. Les conseillers et les 
nobles qui entouraient le roi, abasourdis par la rapidité des événements 
et paralysés par la frayeur, faisaient pileuse figure et ne savaient que 
résoudre ". Le maire de Londres semble avoir été de son côté inca- 
pable d'organiser la défense. 

La journée du 12 juin finissait. Les rebelles avaient gagné GrceuAvich Bia.kiieaili 
et s'étaient établis sur une colline couverte de bruyères, qu'on appelait 
Blackheath. Ils étaient là plusieurs milliers, sans vivres, et les prédi- 
cations sanguinaires de John Bail exacerbaient leur fureur '^ . En prin- 
cipe la mort des traîtres était déjà décidée. Mais une entrevue avec le 



1. Froissart, X, 102. 

2. Rj-mer (^llecord Commission^, III, ii, 705. 

3. C'est ce qu'a bien vu le moine de Saint-AllDan : llisl. nntflic. 1, 15(5. — ^ oy. 
aussi Froissart, X, 97. 

î. Vita Rie, p. 21-25. — John Malvernc, p. 2. — Stow. p. 2S5 ,). 

5. Froissart. X, 104-105. 

6. D'après les documents d'archives cités par M. G. Raynaud (édition de Frois- 
sart, X, p. xxvii, note .3). le conseil a\'ait pris des mesures de défense dès le com- 
mencement des troubles, et retenu en Anj;leterre des chevaliei-s qui allaient partir 
pom- la j^^uerre de Rrctagne. En tout cas cette politique cnerj^ique dura peu. 

7. Froissart. X, 102, 10 i. — Stow, p. 293 h. — Dociim. n" 30. 

Mcm. et dor. <h l'École des Chnrlrs. — II. f 



LXXXII IMRODUCTION HISTORIQUE 

jeune roi parul d'abord nécessaire. Il est probable que les insurgés, 
de même qu'ils avaient déjà forcé plusieurs nobles à les suivre, vou- 
laient s'emparer de la personne royale, pour parler et agir au nom de 
Ricbard II '. Au moyen âge, le loyalisme monai'chique s'alliait souvent 
aux plus extrêmes violences démocratiques; il semble que ce fut parti- 
culièrement le cas en 1381. 

Je ne sais comment les négociations s'engagèrent -. Quoi qu'il en 
soit, le jeune l'oi, qui personnellement ne manquait pas de vaillance et 
de décision, consentit à venir voir son peuple. Le lendemain, jeudi 
13 juin, au matin, il descendit la Tamise en barque, et arriva jusqu'à 
Rotherhithe. Froissart nous a laissé de cette scène un récit admirable, 
que nous regrettons de ne pouvoir citer tout entier : « Avoit plus de 
« dis mille bons hommes qui la estoient descendu de la montaigne, 
« pour veoir le roi et pour parler a lui. Quant il ve'irent la barge dou 
« roi venir, il commenchièrent tout a huer, et a donner un si grant 
« cri que che sambloit proprement que tout li diable dinfer fussent 
« venu en leur compaignie... Quant li roi et li seigneur veïrent che 
« peuple qui enssi se demenoit, il ni ot si hardi que tout ne fuissent 
« effraé, et n'eut mies li rois conseil des barons qui la estoient que il 
M presist terre. » Gomme les rebelles exigeaient absolument que le 
roi débarquât et vînt au milieu d'eux, Richard II céda aux objur- 
gations de son entourage et reprit le chemin de la Tour. Les voilà 
tous, alors, qui crient : Trnhison! Tnihison! Ils courent à Blackhealh 
avertir ceux qui y étaient restés. C'est sans doute à l'archevêque et au 
prieur qu'est due la fuite du prince ; ils paieront ce conseil de leur tête ; 
et la foule hurlante se dirige vers le pont de Londres ^. 

1. Cf. r//<) Rie. p. 25. 

2. Les chroniqueurs ne sont pas d'accord. Cf. Froissart, X, 102 et suiv. : Jlist. 
anglic, I. 456; Conlin. Eiilofjii, p. 352. Voy. aussi le rapport des sliérifTs : Jocuin. 
n°'lO. p. 191. 

3. Froissart, X, 106 et suiv. — Ilist. anc/lic, I, 556. Selon le moine de Sainl- 
Alban, le roi nest jias allé à lîlackheath, a été retenu à Londres par larchevcque. 
Mais il faut noler que ^^'alsin^•haul ne parle pas non plus, au moins en termes 
précis, de l'entrevue de Mile-Knd, (jui est un fait historique absolument certain, 
prou\é par les documents diplomatiques. Les pièces darchivcs sont à peu prés 
muettes, il est vrai, sur le voyaj;e de Richard II à Blackhcath ; tout au plus cst-il 
fait mention d'un messaj;e envoyé aux rebelles qui y étaient réunis. {Docum. n" 10, 
p. 191 . Mais Froissart est bien renseigné, en général, sur les gestes du roi et 



LA RÉVOLTE DE 1381 LXXXIII 

Dès le 12 juin, le maire ^^'illiam \\'alworth el le conseil de la Cité Trahison de piu- 

,,.,,,, , , • 1' - 1 • ■ r\ ^ 1 sieurs aldermen. 

avaient décide d empêcher à tout prix 1 entrée des insurges. Un tache- 
rait de les arrêter par de sages conseils, et s'il le fallait, les aldermen 
et les bourgeois en armes défendraient les portes ' . Mais beaucoup de 
Londoniens, et non point tous du menu peuple, se préparaient à faire 
cause commune avec les bandes de Wat Tyler. Au sein même de la 
municipalité, comme l'a dit Froissart, plusieurs aldermen tenaient 
secrètement pour ce « mescheant peuple "^ ». Leur rôle est mis en 
lumière par le rapport des shérilfs de Londres, adressé au roi en 1382 •''. 
Trois aldermen, John Horn, poissonnier, Adam Carlylle, marchand 
grossier, et John Frossh, mercier, avaient été chargés dès le 12 juin 
par William Walworth d'aller au devant des insurgés, pour tâcher de 
les arrêter; si Carlylle et Frossh accomplirent fidèlement leur mission, 
ce qui n'est pas sûr, John Horn en tout cas la remplit au rebours. Il 
engagea les rebelles, encore indécis, à pénétrer dans la capitale, leur 
promit bon accueil et bonne chère ''. C'est alors que, enhardis par ce 
singulier négociateur de paix qui invitait à la bataille, ils envahirent 

de son entouray,'e; d'ailleurs, raiiteiu- exactement informe de la Contin. Enloyii, 
p. 352, nous dit que Richard II vint jusqu'à Blackheath a\ec l'archevêque, qui 
l'empccha de débarquer. — Cf. Vita Rie, p. 25; — Thorne, col. 2156-2157; — Stow, 
p. 285 n. 

1. Dociim. n° 10, p. 190 et 193. 

2. Froissart, X, 110. — Sur les dispositions du peuple de Londres, cf. Ilist, 
aiiglic. I, 456; Gesia abhalum, III. 2S6; Chron. Henrici Knirjhlon, II, 132. — 
John Malverne, p. 2 et suiv.. est mal renseigné sur ce point. 

3. Append. II, docum. n" 10. — En bonne critique, on est obligé de faire des 
réserves sur ce document si ciu-ieux, qui apporte des informations toutes neu\es 
sur la révolte à Londres. En etlet : 1" .lolin Horn, "N^'alter Syl)yle, Adam Karlyll 
ou Carlylle, John Frossli et "\\'illiam Tonge ont été acquittés; 2° on trouve un 
John Frossh shérill" de Londres en 1381-1385, et maire en 1391-1395. et un Adam 
Karlyll shéritT en 1388-1389. A'oy. la liste des maires et des shérill's de Londres 
dans Loftie, Ilist. of London. II, Append. A.) Ce sont sans doute les deux mêmes 
))ersonnages. — Cependant ces arguments ne sulTisent pas à infli-mer la ^■éracité 
de notre document, étant donné tjue la trahison des aldermen peut seule explicjuer 
l'envahissement de la capitale par les rebelles; que le rapport des shérifl's repose 
sur deux enquêtes dill'érentes; et c[ue la seconde, tout au moins, de ces enquêtes 
contient une phrase qui n'aurait pas été prononcée par des témoins menteurs, 
calomniateurs, ou se laissant facilement abuser par la passion : voy., p. 197-198, les 
réserves faites sur le cas de ^^'illiam Tonge. L'acquittement et les avatars posté- 
rieurs de ces aldermen ne sont })as des preuves convaincantes de leur innocence- 
L'histoire otlVe d'autres exemples de chances imméritées. 

■i. Ce fait a été connu de l'auleur <1' la ('onlin. Kiilorjii p. 352). 



LXXXIV IMKODUCTIO.N 11IST0IUQLI-: 

South^^"a^k et omrirenl les prisons. Dans la nuit suivante, taudis que 
le gros de la bande campait à Blackheath, John Horn introduisit à 
Londres et logea chez lui plusieurs chefs de rebelles '. Le 13. dès le 
matin, sétant procuré par fraude un étendard aux armes du roi, il se 
rendit à cheval à Blackheath : il rassura ceux qui pouvaient croire 
périlleux et malaisé 1 accès de la capitale et leur déclara qu ils n y trou- 
veraient que des amis -. 

Il avait pour complice un autre alderman. nommé A\'illiam Tonge. 
Celui-ci sentendit avec des bandes venues d'Essex, et postées par 
conséquent à lest de Londres. William ^^'ahvorth avait ordonné de 
tenir close la porte dAldgate, située de ce côté. Dans la nuit du \'2 
au 13, ^^'illiam Tonge louvrit et les Essexois entrèrent •*. 

Ainsi, avant même lentrevue de Blackheath, la capitale était livrée 
à des bandes d'émeutiers. ^^ illiam ^^ ahvorth avait en vain veillé toute 
la nuit. Ce personnage semble dailleurs avoir eu l'intelligence trou- 
blée par la frayeur; Horn eut laudace de venir le trouver pendant 
cette même nuit, et de lavertir que les insurgés allaient entrer; 
« comme le maire sépouvantait, il afïîrma qu'on ne ferait aucun dom- 
« mage à la Cité ni à ses environs «. Mieux aurait valu arrêter Horn 
qu'écouter ses discours. Mais Wahvorth n'avait point de méfiance. 
Journée da 13 juin L'aldcrman ^^'alter Sybyle, qu'il chargea, le matin du 13 juin, de 

à Lonilres. 

garder le pont de Londres, le trahit comme A\'illiam Tonge et John 
Horn. A\'alter Sybyle, en eiret, se posta sur le pont avec une troupe si 
infime que manifestement il ne pouvait défendre le passage. Des bour- 
geois vinrent s'olfrir pour l'aider; il les renvoya rudement, les priant 
de ne point s'occuper de ce qui le regardait seul. Quand les bandes de 
Blackheath arrivèrent, il ne fit même pas un simulacre de résistance. 
Singulier spectacle 1 L'armée de la révolte, invitée jiar lalderman John 
Horn, pénétra dans Londres à portes ouvertes, et un autre alderman 

1. Plusieurs chroniqueurs relatent également ce fait, mais a\"ec moins de pré- 
cision. Voy. par ex. Ifist. anglic, I, 436. 

2. Docum. n" 10. p. 190-192. 196-197. — Cf. Bot. Pari, III. 143 h, accusations 
portées au parlement d'octobre 13S2 contre John Horn. Cest à la suite de ces 
accusations que le gouvernement ordonna des enquêtes et que les shcrifTs de 
Londres rédigèrent leur rapport. 

3. Dnciim. n" 10. p. 19G. 



LA UÉVOLTE DE 1381 LXXXV 

l'attendait à rentrée, comme pour recevoir ofllciellement un sou- 
verain '. 

La chaleur était grande, les gosiers secs, et les bourgeois, croyant 
celte concession nécessaire, laissaient leurs celliers ouverts. La pre- 
mière occupation des rebelles fut donc de mettre les tonneaux en 
perce -. ^'ers quatre heures après midi '^ les bandes se reformèrent. Le 
cri : (111 Savoy! retentit dans les rues '. Le Savoy ou palais de Savoie, 
était la magnitique habitation de Jean de Gand, qui s'élevait en dehors 
de^ remparts, sur le Strand ; nul hôtel, disait-on, n'était plus somp- 
tueux dans tout le royaume, aucun ne regorgeait ainsi d'objets pré- 
cieux ''. Mais le duc de Lancastre était un traître. On commença 
par saccager méthodiquement le palais; on brisa en petits morceaux 
les vases d'or et d'argent, ou pila dans des mortiers les bagues et les 
pierres précieuses, on déchira les tentures de soie et les vêtements du 
prince, on brûla les chartes et les titres. Puis, avec des torches, on 
mit le feu à l'édifice, qui fut réduit en cendres. C'était une vengeance 
politique. Défense avait été faite de rien voler^ sous peine de mort ". 
Quand un certain John Ferrour et ses complices s'emparèrent d'une 
cassette appartenant au duc de Lancastre, ils crurent nécessaire de 
s'enfuir secrètement jusqu'à Southwark, par la Tamise, pour se parta- 
ger le fruit de leur larcin '. 

Le prieur des Hospitaliers, Robert Haies, trésorier d'Angleterre, 
était aussi un traître. La foule se porta donc vers Temple-Bar, qui 
appartenait à l'Hôpital. L'établissement fut saccagé, les titres brûlés ^. 

1. Docam. n" 10, p. 191. 193-19i, 197-198. — Cf. iJof. Farh, III. 143 h, accusations 
portées contre \^'altei- Sybyle ; et un acte faisant allusion à ces faits, dans Rymei- 
(Record Commission;, IV. 156. 

2. Ilist. aiiglic. I, 456-437. — Froissart, X, 107-lOS, 

3. John Malverne, p. 2. 

4. Docuin. n° 10. p. 192. 

5. John Malverne. p. '2. — Gesta ahbnlum. III. 280. — C/iroJi. Ilenrici Knifflilon. 
II, 134-135. — Edw. \^'airnid, Old and new London. III, 93. 

6. « Si quis in aliquo furtn fuerat deprehensus. sine processu. sine judiciu. 
ad mortem rapiebatur decapitandus. » John Malverne, p. 2. ; — Ilisf. anfflic. I. 
43". — Chron. Henrici Kniyhton. II. 33. — Vila Rie. p. 23-26. — Contin. Eulocjii, 
p. 352. — Stow. p. 286. — Docuin. n"' 10 à 22, 24, 25, 38, 42 à 45. — Allusion 
aux titres bridés dans le Savoy : acte du 24 avril 1382, Pat. 3 Rie. II, part. 2, m. 8. 

1. Docum. n"' 13 à 15. 

8. Hist. anglic, I, 457. — Vita Rie, p. 26. — Citron. Ilenrici Kniçililon. II. 135. 
— Docum. n° 10. p. 191-195: w 25. 



LXXXVI INTRODUCTION HISTORIQUE 

C'était là d'ailleurs que se faisait l'apprentissage des légistes. On frap- 
pait donc coup double. Dans le même sentiment de haine contre 
les lois existantes, la prison de Newgate avait été ouverte '. 

Après la destruction de Temple-Bar -, on alla, alors que la nuit 
tombait, brûler les établissements que les Hospitaliers possédaient à 
Glerkenwell. Une partie de l'église et plusieurs maisons furent 
détruites, et l'on profita de 1 occasion pour tuer sept Flamands •^. Ce 
fui probablement le même jour que les forges de Fleet-Street, appar- 
tenant aux Hospitaliers, furent démolies par les rebelles ''. 

Que de nombreux habitants de la Cité et des environs immédiats, 
dès cette première journée, se soient mêlés aux rebelles des comtés, 
c'est ce que les documents judiciaires ne permettent pas de mettre en 
doute. L'alderman John Horn continua ses exploits, parcourut la Cité 
avec une troupe de « fds d iniquité », en criant qu'il fallait s'adresser à 
lui, qu'il redresserait proniptement tous les torts; « assumant la puis- 
sance royale », il trancha des contestations, des questions d'héritage "*. 
Thomas Faringdon ^, le drapier Stephen Hull ", le boucher Thomas 
Clerke ^, le brasseur John Plot ^ et ^^'alter Podenale '**, de Londres, 
Robert Gardincr et Thomas Bedforth, de Holborn ", "William Plomer, 



1. Froissart, X, 114. — Docum. n° 10, p. 192. — Voy. aussi plus haut, p. lviii, 
note 2, le te.\te du procès de Robert Benêt. 

2. Tel est Tordre des événements dans le récit de ^^'alsinfïilam et du continua- 
teur de Cnitthon. et dans les accusations portées contre Thomas Faringdon [Docum. 
n" 25). 

3. Hist. anylic, I. 557. — Vita Rie. p. 26 — Chron. Henrici KnigJilon. II, 13C. 
— John Malverne. p. 2. — Docum. n° 10, p. 195: n"* 13 à 15. IS à 25. 2.s. 42 à 45. 

4. Roi. Pari., III, l';9, n° 16. — Cf. Stow. p. 286 a. — Denton, op. cit., p. 122 
(avec une fausse référence au\ Inquisitiones Xonurum . — D'après le récit de 
John Malverne. p. 2, on pourrait croire que le château de Itobert Haies à High 
bury fut également incendié le 13 juin. Ce nouvel exploit eut lieu le 14 au matin, 
d'après \\'alsingham Ilisl. ancjlic, I, 458). Nos docum. n" 10 (p. 195) cl n" 37 con- 
firment cette assertion. — Les ruines de Highbury conservèrent le nom de Jack 
Straw's Caslle : voy. Sam. Lewis, Ifi.st. of Ihe parish of Sainl-Mary Islinglon, 
p. 10-11. 

5. Docum. n" 10, p. 192-193, 197. 

6. X" 10, p. 194-195; n" 25 à 28. — Roi. Pari., III. 134, § 16. 

7. Docum. n"' 11, 12. 

8. N" 16. 

9. N» 24. 

10. Essex Arch. Soc, Transacl., l'ol. cil., p. 216. 

11. Docum. n°' 23, 18. 



LA RÉVOLTE Di: 1381 LXXXVH 

d'East-Greenwich ^, Richard Nevylle, de Southwark -, toute une 
famille de Tolhill, Thomas Brembole, sa femme et sa fdle ^, et bien 
d'autres encore sont signalés parmi ceux qui prii^ent une part active 
aux incendies du Savoy et de Clerkenwell. C'étaient évidemment tous 
ces g-ens-là qui montraient le chemin aux bandes, voire même qui leur 
indiquaient les besog^nes à accomplir. Sans eux, qu'auraient fait ces 
provinciaux égarés dans la capitale? Froissart a eu sans doute raison 
de dire de ces derniers : « Les troi pars de ces gens ne savoient que il 
« se demandoient ne qu'il queroient. mais sieuoient l'un l'autre, enssi 
« que bestes ^ ». 

Richard II. ses ministres et ses conseillers passèrent dans l'angoisse 
et l'indécision la nuit du 13 au 14. De la Tour, où ils s'étaient enfermés, 
ils entendaient les rebelles, massés sur la place Sainte-Catherine, crier 
qu'ils voulaient savoir ce qu'on avait fait de l'argent payé parle peuple 
depuis cinq ans, et qu'ils ne s'en iraient point avant d'avoir le roi u à 
« leur volonté » ; et, de fait, un grand nombre restèrent là jusqu'au len- 
demain, dormant à la belle étoile, avec des rêves de triomphe et de 
souveraineté ''. 

Une autre bande campait à l'est de Londres, dans la prairie de Mile- Journée du li juin. 
End, près de Bethnall-Green. Elle se composait de paysans d'Essex, 
qui avaient pour principal article de leur programme l'abolition du 
servage ^. Dans la matinée du 14, ils réclamèrent une entrevue avec le 

1. Docum. n" 20. 

2. N» 44. 

3. N° 18. 

4. Froissart, X, 98. — La liste des relielles exclus de l'aninistie prouve à elle 
seule quelle part prépondéi-ante les habitants de la capitale prirent à l'insurrec- 
tion. Elle ne comprend pas en effet moins de 131 noms sous la rubrique Londres, 
et les sept huitièmes des insur^^cs désig-nés habitent la ville même: les autres sont 
venus des faubour^ïs ou des comtés environnants. Voy. aussi la liste des 2.3 rebelles 
du Middlesex e.vclus de l'amnistie. {Rot. Pari., III, 112-113.) — Dés le 13 juin, 
les vengeances privées commencent à Londres. Voy. les dépositions concernant 
William Gardiner. de ^^'estminster, accusé par exemple d'avoir détruit à Holborn 
les demeures de Roger Leget Docnm. n» 22). Ce Roger Leget, s'il faut en croire 
Stow [Annales, p. 286 h), était collecteur de dîmes et fut tué par les rebelles- 
— De nombreux pillages ont dû être commis le même jour dans les environs de 
Londres. A Clapham, le curé et un autre Iiabitant furent mis à rançon Docum. n" 49). 

3. Froissart, X, 108-109. 

6. « Alia[pars] juxta Londonias exspectavit in loco le Mile Ende vocato » 
[Uist. anglic, I, 458;. — A'oyez dans notre docum. n" 59 comment un mot d'ordre 
avait été donné en Essex, pour nue les insurgés se réimissent le 14 juin à 
Mile-End. 



LXXXVIII INTRODUCTION IIISTOKIOLE 

roi, comme on Tavail fait vingt-quatre heures auparavant àBlacklieath. 
Les rebelles de la place Sainte-Catherine appuyèrent leur demande, en 
criant que, si elle était repoussée, ils prendraient la Tour d"assaut. 
Richard II monta à cheval et se dirigea vers Mile-End, précédé de 
nombreux insurgés *. En route, il lut arrêté plusieurs fois. Sur la 
place de Tower-Hill, un des plus audacieux, Thomas Faringdon, lui 
réclama une tenure sise à Londres et que le trésorier Robert Haies lui 
avait injustement enlevée : si le l'oi ne lui faisait pas droit, ajoutait-il, 
il s'investirait lui-même de son bien, avec l'aide de sa bande ^. Un autre, 
\\'illiam Trcwman, accosta près d'Aldgate Nicholas Brembre, ancien 
maire de Londres, qui accompagnait le roi, et, saisissant sa monture 
par la bride, il le couvrit d'injures ^. 
Mile-En.l. Richard II était donc réellement le prisonnier du peuple quand il 

arriva à Mile-?]nd. Il promit tout ce qu'on voulut ''. Les serfs de tout 
le rovaume seraient affranchis, les services partout supprimés 5, et les 
seigneurs ne pourraient exiger de leurs tenanciers plus de 4 deniers 
de rente au maximum par acre de terre tenue jusqu'alors « en bondage 
ou en service ». Les insurgés de Mile-l'^nd obtinrent de plus, contrai- 
rement aux privilèges dont certaines villes se montraient si jalouses, 
le droit de vendre et d'acheter librement en tout lieu. Enfin une 
amnistie générale couvrirait les méfaits des insurgés ^. 

1. John Malverne, p. 2-3. — Vita Rie. p. 26-27. — Froissart, X, 110-111. 

2. Docum. n" 10. p. 195: n" 2j. 

3. Docum. n° 33. 

4. Voy. Vita liic, p. 27 : « Quasi agniis inter lupos apparuit, quippe qui de vita 

sua plurimum formidabat ». — John Malverne, p. 3. — I,a md-me note se 

retrouve, comme de Juste, dans les documents olliciels postérieurs à la révolte. 
Dans l'acte d'annulation du 2 juillet, les lettres promises à Mile-End sont quali- 
fiées de » ad ipsorum insur^entium insianllnin imijorliin.'tin facl;c » (Rymer, édit. 
de la liecord Commission. IV, 126 . — Cf. Put. 6 liic. II, part. 2, m. 6 : <- Omncs 
libertates et pardonaciones, quas ipsi nuper tempore insurreccionis antea perpe- 

trate apud la Milende... de nobis eiigerunt ». — « ....Ce fist-il pur le mieultz, 

pur cstoppcr et cesser lour elamour et malice, corne celluy qi n'estoit alors en 
son droit poair de roi. » (liot. P.irl.. III, 99, S «.) — Le tumulte fut évidemment 
très violent à Mile-End: un certain James French fut tué: je ne sais si ce fut 
en présence du roi {Ai'chwol. Cunt., III, 9j . 

5. « Uni versos lifj;cos nostros... manumisimus, et ipsos... ab omni bondagio et 
servitio exuimus ». Bomlayium signifie ici servage. 

6. D'après l'acte d'annulation : Rymer (Record Commission), IV, 126. — Cf. la 
charte accordée au.\ serfs du Ilerts, publiée dans : llist. anglic, I, 467. 



LA lŒVOLTE DE 1381 LXXXIX 

Une première débandade s'accomplit alors. Se fiant à la parole du 
roi, beaucoup d'Essexois se retirèrent, laissant quelques représentants 
de chaque village pour recevoir les chartes promises ; les habitants de 
Saint-Alban, venus le matin même du comté de Hertford, tinrent une 
conduite semblable. ". Les simples et les novisses et les boines gens », 
comme dit Froissarl, ne demandaient qu'à rentrer maintenant chez eux. 
Si l'on remarque qu'un grand nombre s'étaient laissé entraîner par 
quelques hardis meneurs, et que d'autres avaient même été enrôlés de 
force, cette bonhomie n'étonnera point. D'ailleurs les engagements 
pris par le roi avaient de quoi satisfaire les serfs, et la promptitude 
des clercs de la chancellerie, qui s'étaient mis immédiatement à rédi- 
ger et à sceller les chartes, calmait les méfiances *. 

Tout autres étaient les sentiments des insurjjés qui étaient restés Massacres à Lon- 

" ' ares. 

devant la Tour après le départ du roi. C'étaient pour la plupart des 
gens du Kent ou de Londres, que la question du servage n'intéressait 
pas directement, et qui rêvaient en revanche de modifier à leur gré le 
gouvernement du royaume. Les politiciens comme ^^'at Tyler, Jack 
Straw, John Bail, étaient avec eux. Nous lisons dans le rapport des 
sliériffs de Londres que Thomas Faringdon et d'autres chefs avaient 
passé la nuit précédente à dresser des listes de proscription^. Les 
rebelles l'ésolurent d'exterminer d'abord les conseillers réfugiés dans 
la Tour, principalement le chancelier et le trésorier^ qui leur avaient 
échappé jusqu'alors. Soit par affolement, soit par un calcul peu hono- 
rable, le jeune Richard et sa suite étaient partis vers Mile-End sans 
prendre aucune mesure pour protéger ces malheureux. Boucs émis- 
saires des fautes depuis longtemps commises par le gouvernement, 
ils étaient abandonnés à la fureur populaire •*. A onze heures du 

1. Froissart, X, 112-113. — ^^'aIsin^ham rappm'te l'octroi dos charles sans par- 
ler de l'entrevue de Mile-End [Ilist. unrjlic, I, 462-iG3). 

2. Docum. n" 10, p. 105. 

3. L'attitude ctranjre de Richard II et de ceux qui le suivirent à Mile-End, 
sacrifiant, pour se sauver eux-nièuies, les conseillers les plus impopulaires, est 
sij;nalée plus ou moins implicitement par tous les narrateurs : tous s'accordent à 
dire qu'on ne fit rien pour empèclier les rebelles d'en\ahir la Toiu", et qu'on laissa 
môme les [jortes (juvertes. (Certains allirment que le roi autorisa l'ormelh-ment 
l'entrée des rebelles, ce qui est d'ailleurs peu croyable, (^'oy. Ilisl. ançjUc., I, 158; 
— récit des Leller-Books, dans Riley, Memoriuls of London. p. i 19-450.) 



XC INTRODUCTION HISTORIQUE 

matin, les rebelles, hommes et femmes, pénétrèrent sans difficulté 
dans la Tour. Simon Sudbury, archevêque de Ganterbury et chancelier, 
Robert Haies, prieur des Hospitaliers et trésorier, le sergent John 
Lcf^-. qui avait pris une part importante à la levée de la Poil Tax \ 
un P'i'anciscain, chirurj^^ien du duc de Lancastre, et plusieurs autres 
furent saisis et traînés sur le ToAver-IIill ; c'était la place où Ion 
exécutait alors les criminels de haute trahison. Ils furent décapités 
devant la foule, au milieu de clameurs féroces. Les têtes sanglantes, 
fixées à des piques, furent promenées dans les rues, et enfin on les 
exposa sur le pont de Londres -. 

Les rebelles ne s'en tinrent pas là. Ils arrachèrent de sa demeure 
l'agioteur Richard Lyons. qui fut décapité sur le Cheap ^; un écuyer 
du duc de Lancastre eut la tête tranchée '. Reaucoup d'autres Anglais, 
dont les noms sont restés ignorés, périrent"'. Des bandes passèrent 
l'après-midi à rechercher les Flamands, même dans les églises où cer- 
tains s'étaient réfugiés ; on en fit surtout un grand massacre dans la 
A'intry. On décapitait méthodiquement, de préférence sur les places 
publiques, qui restèrent jonchées de cadavres^. 

1. Sur .John Lcf;-, vov. plus haut. p. i.vii. i.xxi. — On trouve lY-numération de 
ses biens dans le Cnlendarium inciuisUionum post mortem. III. p. 37 a, n° 35. 

2. Mandement déjà cité du prieur de Christ-Church : Concil. Brit., III, 153. — 
John Malverne. p. 3 récit bref, mais qui parait exact). — Hist. anglic. I. iJ8-S62 
(récit détaillé, sujet à caution . — Froissart, X, 111. — Vita Rie. p. 27. — Chron. 
Henrici Knicjhton. II. 133-134. — Conlin. Eulogii. p. 353. — Thorne, col. 2157. — 
Ad. de Usk. p. 1. — Le relig:ieux de Saint-Dcnys. qui était alors en Angleterre, 
assure que la tète de l'archevêque fut roulée à coups de pieds dans les carrefours 
{Chronique. I, 134\ Son court récit n'a pas du reste grande valeur. — Docum. 
n"' 10 p. 195 s 13 à 15, 25 à 26, 30, 31. — Docum. publiés dans Archœol. Cant., 
III. 86-S8. — Poème sur .lack Straw, et Versus de tempore Johannis Straïc, 
publiés dans Political Poems. I, 226. 227-230. — D'après le récit des Letter-Books 

Ililey. p. 450 , et d'après le rapport des shérills 'Docum. n° 10, p. 195), ces 
meurtres n'eurent lieu qu'après lentrevuc de Mile-End. Celte vei-sion est invrai- 
semblable, et elle est démentie par l'auteur de la Vita Ricardi, qui a eu de bons 
renseignements sur la journée du 14 juin, et par John Malverne, qui parait avoir 
connu très précisément la succession des faits. 

3. Récit des Letler-Books. dans Riley. p. 450. — Froissart. X. 108 à la date du 
13 juin . — Chronicon Henrici Kniyhlon. II. 136. —Sur Richard Lyons. voy. plus 
haut. p. i.i et note 5. 

4. Essex Archœol. Soc, vol. cit., p. 217. 

5. Récit des Letter-Books. p. 450. — Ilisl. anglic, I, 462. 

6. John Malverne, p. 3-4. — Récit des Letter-Books, p. 450. — Hist. Anglic, I, 
462.— Vita Rie., p. 25. — Contin. Eulog.. p. 353. — Froissart, X, 108 (à la date 



LA RÉVOLTE DE 1381 XCI 

On avait tué le trésorier; il était loj^ique de mettre la main sur le 
trésor. On lit peut-être une tentative pour s'emparer de la caisse royale 
à AVestminster *. Nous voyons par le procès dun brasseur de Londres, 
^^ aller atte Keye, que cet homme et d'autres rebelles envahirent le 
« comptoir du roi », c'est-à-dire un comptoir de shérilf, établi dans 
Milk-Street, et fracturèrent les colFres -. Les comptoirs des deux 
shérilTs servaient en même temps de prisons. Un chroniqueur nous dit 
que dans ces deux établissements les cachots furent ouverts et que les 
livres furent déchirés ^. ^^'alter atte Keye se rendit aussi au Gildhall, 
apportant avec lui une torche, dans lintention de détruire le Jiibyle 
ou livre des Constitutions de la Aille, et de brûler au besoin tout 
l'éditice ^. 

Bien entendu, les vengeances privées se mêlèrent aux vengeances 
politiques, et les méfaits de droit commun aux actes de rébellion. 
Beaucoup de meurtres furent commis pour assouvir des haines indi- 
viduelles ^. AA'illiam TreA\ man, qui blâmait si haut l'administration de 
l'ancien maire Nicholas Brembre, alla chez lui dans la journée, l'épou- 
vanta de ses menaces et lui arracha une rançon de cinq marcs ^. 
A\'alteratte Keye. qui voulait supprimer la vieille organisation muni- 
cipale, ne dédaig"nait pas non plus ses petits profits; il alla chez un de 



du 13 juin). — Le massacre des Flamands est le seul événement auquel Chauccr 

fasse allusion : 

Certes, lie Iakke StraAv, and his nieynee, 

Ne made never shoutes lialf so shrille, 

Whan that they wolden any Fleming kille 

[The nonne preestes taie, 458S-4586. Édit. Skeat, IV, 287 . 

1. Note marjiinale dans John Malverne, p. 4 de 1 édit. Luniby : " Attende quod 
isto die nitebantur ferarium regium spoliare apud Westmonasteriimi. » L'éditeur 
aurait dû dire à quelle époque a été écrite cette note. — Un écrivain de la Renais- 
sance, Polydore Vergil, prétend que les i-ebelles pénétrèrent à Westminster et 
dévastèrent les archives de l'Échiquier. {Anglic. Hist.. p. 40.3.) 

2. Docum. n" .32. 

3. Après avoir dit que les rebelles ont forcé la prison de Newgate et délivré les 
captifs, ce chroniqueur ajoute : « Similiter apud utrumque computatorium fece- 
runt, libros ibidem inventos dilacerantes ». Chronique inédite, dans le ms. 31i 
de Corpus- Christi Colle(je, fol. 87 h, et dans le ms. 72 de Caius Collège, fol. 46 a.) 

4. Docum. n" 32. — Le récit des Letter-Books ne mentionne pas ce fait. 

5. Hist. anglic, I, 462. — Adam de Usk, p. 2. — Chronicon Henrici Knighlon, 
II, 136. 

6. Docum. n" 33. 



XCII INTRODUCTION IIISTORIQLE 

ses concurrents, le brasseur Andrew ^'ernoun, et lui extorqua 3 s. 
4 cl. ^ Le boucher Adam atte ^^'elle, qui était allé, quinze jours aupa- 
ravant, préparer le soulèvement eu Essex, usa de menaces de mort 
pour arracher "20 s. à Nicholas AN'yght -. Un autre meneur, John 
Awedyn, venu de l'Essex, lit mieux encore ; il conduisit une troupe de 
rebelles, bannière au vent, chez Nicholas Hawtot, le délogea, lui et 
toute sa famille, et prit possession de ses biens ^. Un nommé Paul 
Salisbury « loua » une bande d'insurgés pour liquider avec leur con- 
cours ses all'aires d'intérêt; l'ien de plus curieux que les lettres de grâce 
dont il bénéficia plus tard et où ses méfaits sont énumérés : on y voit 
par exemple qu'il se rendit avec ses auxiliaires, armés d'épées et de 
bâtons, chez ^^'illiam Baret, alderman de Londres, qui avait prêté deux 
cents livres au père de Paul Salisbury, et avait reçu de lui, sans doute 
en gage de cette créance, l'hôtel où il demeurait. William Baret, menacé 
de mort, dut déguerpir avec toute sa famille, abandonner les deux 
endenlures où étaient consignés les engagements de son débiteur, 
demander pardon d'avoir si longuement habité cette maison, enfin prier 
humblement qu'on lui fit grâce de la vie. Paul Salisbury contraignit la 
femme de l'alderman de rester à genoux devant lui, au milieu de la rue, 
pendant un long moment ''. 

Nombre d'actes de violence furent commis le même jour dans les 
environs de la capitale, à Knightsbridge, à Eybury, à Tothill •' ; con- 
trairement à ce qu'assure le plus récent historien de Londres ^, le 
fameux manoir de Kennington, une des principales résidences royales, 
fut envahi par les insurgés : une bande d'habitants de Lambeth, recru- 

1. Docuin. n° 32. 

2. Docum. n' 10, p. 196, 198. 

3. Docum. n° 36. 

'i. Docum. n» 3i. — Voy. encore n° 2, n" 10 (p. 195), méfaits reproches à Thomas 
aile lîaven et à Tliomas Farin^^don. Voy. aussi les n" 53 à 55. Les actes de violence 
commis à Londres le 14 juin ou aux environs de cette date furent évidemment 
bien plus nombreux encore que ne le laissent \oir les documents judiciaires. Cf. le 
récit des Lelter-Books (p. 450. qui sifrnale des destructions de maisons et des 
incendies. Nous avons cité plus haut. p. lu, note 2, un texte de l'roissarl sur le pil- 
lage des maisons des Lombards. 

5. Incendie des manoirs de John Butterwyk : docum. n°' 40 à 46. — Selon 
Stow, qui a connu ce fait, mais Ta daté du 13 juin, John Butterwyk était sous- 
shérifT du Middlesex < Annales, p. 286 h). 

G. Loitie, llist. uf London, I, 279. 



LA UÉVOLTE DE 1381 XCIII 

lés de j^ré ou de force par quelques meneurs, vint soulever les tenan- 
ciers, brûler le coutumier et les titres '. 

Quel avait été le rôle de ^^'at Tvler pendant ce jour trajj^ique du Wat Tyiei « roi 

"^ . . . . . , , ''" peuple. " 

14 juin? Comme il fut tué le lendemain au lieu dètrc ju^^é légalement 
ainsi que ses complices, nous n'avons point de documents judi- 
ciaires qui le concernent spécialement, et nous en sommes réduits aux 
récits des chroniqueiu's, qui ne sij,'nalent pas toujours, bien loin de là, les 
faits les plus intéressants pour les historiens. Néanmoins, entre les lignes 
écrites par le dilfus moine de Saint-Alban, parmi ses exagérations, ses 
commérages et ses invectives, on peut facilement lire que Wat Tyler, 
durant cette journée, était devenu, pour les insurgés de Londres et de 
tous les comtés environnants, le véritable chef, le roi du peuple. I.a 
personnalité des plus fameux rebelles, de Jack Straw par exemple, 
s'efface devant la sienne. C'est à lui que s'adressent les gens de Saint- 
Alban accourus à Londres; il leur donne des instructions, auxquelles 
les paysans jurent de se soumettre -. 

Personne n'a su et ne saura jamais quelles idées bouillonnaient dans 
le cerveau obscur de ce pauvre tuilier de village, ignorant et brutal. 
Choisi comme capitaine pour son intrépidité et son instinct de com- 
mandement, il le fut évidemment aussi parce qu'il partageait les senti- 
ments tumultueux des rebelles, haine de l'inégalité sociale, haine des 
lois et des prisons, haine des étrangers et des agioteurs, haine des 
traîtres qui levaient tant d'impôts et gouvernaient si mal. On lui a 
prêté l'intention d'édicter des lois nouvelles, et aussi celle de massacrer 
les juristes, les nobles, enfin le roi lui-même, et de mettre le feu 
aux quatre coins de Londres ^. Il est bien possible que tous ces désirs 
furieux aient roulé dans sa tête. 

Toujours est-il que, le matin du lô juin, ^^'at Tyler était encore à Journée .lu 15 juin. 
Londres avec un grand nombre d'insurgés. Telle était son autorité que 
le roi et ses conseillers, réfugiés, depuis l'entrevue de Mile-End, à la 



1. Dncnm. n" 58, 49 avec la date du 1 » juin''., 50 (avec la date du 15\ 51, 52. — 
La desti'uctinn des chartes royales possédées par les habitants de Guildt'ord [Rot. 
l'uj-l., III, 16i, § 62) a peut-être eu lieu le même jour. 

2. Hisl. anrjlic, I, 568-569, 471. — Gesta abhatum, III, 299-300, 303. 

3. Hisl. aufjlic, I, 403-464. 



XCIV I.MKODLCTIO.N lllSTUKIQLE 

Garde-robe de la reine ', et très médiocrement rassures sur leur propre 
sort, s'étaient décidés à négocier avec lui, dans la conviction qu'il fal- 
lait avant tout se délivrer de cet audacieux démagogue, ^^'at Tyler 
trouvait insuffisantes les concessions faites aux paysans d'Essex : en 
effet, elles ne redressaient qu'une bien faible partie des griefs popu- 
laii^es, et les habitants du libre pays de Kent ne pouvaient se contenter 
d'une charte avantageuse surtout pour les serfs. Wat Tyler refusant les 
olfres de paix qu'on lui faisait, on lui proposa enfin de venir discuter 
avec le roi les termes d'une charte de conciliation et d'amnistie. L'en- 
trevue de Smithfield, où il allait trouver la mort, ne fut donc pas l'effet 
d'une rencontre fortuite -. 
SmitliiielJ. \'ers trois heures de l'après-midi, Richard II quitta la Garde-robe. 

Il avait avec lui une petite troupe de chevaliers et de bourgeois. II alla 
d'abord prier à l'abbaye de A\'estminster ; un moment auparavant, une 
bande de rebelles avait violé cet asile, et arraché du tombeau de saint 
Edward le maréchal Richard d'inworth, pour le traîner sur le Cheap 
et le décapiter •"'. Ainsi les massacres de traîtres continuaient. On 
peut croire que ce nouveau meurtre décida les compagnons de Richard, 
inquiets pour eux-mêmes, à agir enfin avec décision, et à rendre coup 
pour coup. Tout allait dépendre de l'attitude que prendrait \\'at Tyler. 
Smithlleld était une vaste place située en dehors des murs, au nord- 

1. Froissart, X. J li. 

2. Hial. anylic, I. 463-16 1. — Il ne faut i)as uiililier que. un mois après, Richard II 
se rendit au monastère de Saint-Alban. Le chroniqueur de cette maison, mal 
informé sur certains points, par exemple sur les intentions des rebelles et 
certains de leurs actes, a dû connaître de première main les ncjiociations 
du fTOUvcrnement avec "\\'at Tyler. Son récit est d'ailleurs confirmé par 
celui de John Malverne qui nous dit (p. 5) que l'entrevue de Smithfield était 
arran},'ée d'avance, et que Wat voulait y obtenir du roi des concessions plus 
étendues que celles de Mile-End. Cette version est bien plus vraisemblable que 
celle de Froissart. Comment croire que Richard II arriva à Smithfield « parce 
qu'il ne savoit nuls de vérité où il vouloit aler »? Froissart, X, 11" . Froissart 
ne peut évidemment admettre qu'un roi ait pu oITrir une entrevue à un tuilier. Le 
moine d'Evesham croit aussi à une rencontre fortuite {Vita Hic, p. 28;. Il est 
étrang^e que des historiens comme Pauli et Rogers aient reproduit une pareille 
version. 

3. John Malverne, p. 4-5. — Vita Rie, p. 28. — Froissart, X, 117. — Stow. 
p. 288. — Docum. n°= 46, 47. — D'après un acte du 24 octobre 1380 {Pat. 4 lîic. II, 
part. 1, m. 9 ; anal, dans le Calendar, p. 556), Richard dln-vvorth était alors gardien 
de la Maréchaussée. 



LA HÉVOLTli DE 1381 XCV 

ouest de la ville. L'ue mullilude considérable de rebelles y était ras- 
semblée. Quand le cortège royal arriva, \\'at Tyler s'avança seul vers 
Richard II, avec une bravoure et une audace qu'il allait payer de sa 
vie. Comme il parlait arrogamment au jeune prince et aposlroj)hait les 
nobles de Tescorte '. le maire ^^'illiam ^^'ahvorth se précipita sur lui, 
le fit, d'un coup d'épée, tomber de cheval, et les gens du roi l'ache- 
vèrent. Quand les rebelles comprirent ce qui s'était passé, ils pous- 
sèrent des cris de fureur : « On a tué notre chef! « Une bataille faillit 
s'engager. Les meilleurs chroniqueurs s'accordent à signaler le sang- 
froid de l'adolescent Richard II, Il se porta au devant des insurgés, et 
sema parmi eux l'hésitation, en prononçant la fameuse parole devenue 
un mot historique : « C'est moi qui suis votre chef! Qui m'aime me 
suive -. » Ce disant, comme il jugeait la place dangereuse, il entraîna 
son entourage et les rebelles vers la rase campagne. 

William Walworth partit pour Londres afin de ramener des renforts. 
Il fut précédé par un des aldermen traîtres, ^^'aUer Sybyle, que le roi, 
ignorant évidemment ses méfaits, avait admis dans son escorte. 
Walter Sybyle entra par Aldergate et ^^'est-Cheap, et cria que le roi et 
le maire avaient été tués à Smithfield ; qu il serait très dangereux de 
sortir, qu'il fallait fermer les portes et garder les remparts "'. Par 
bonheur pour Richard II, \\'ahvorth arriva presque immédiatement et 
son appel fut entendu non seulement par les nobles qui habitaient la 
ville, mais par beaucoup de bourgeois ; les excès des rebelles avaient 
exaspéré les habitants : ils avaient réuni des armes et n'attendaient 

1. Selon John Malverne p. 5), ^^'at aurait conféré avec le roi de la questinn 
du servage et, selon le continuateur de Cnitthon, il lui aurait demandé la liberté de 
la chasse et de la pèche {Chronicon Henrici Knic/hton, II, 137,. Il est probable 
que Wat n'eut pas le temps d'exposer les doléances populaires. 

2. « Ej^o sum dux vester. Sequimini me. » [Vita Rie, p. 29 ..:—<< Silcte, c^o sum 
vester rex, vester dux, vester primicerius, et si qui ex vobis mihi adhterent, 
exeant statim in campum. » Malverne, p. 6.) — » Quid est hoc, honiines mei? 
Quid agitis? Numquid sajrittare vultis regeni vestrum? Non causemini, nec sitis 
tristes de morte proditoris et ribaldi. Ej^o enim ero rex vester, ego capitaneus et 
ductor vester. Secpiimini me in campum, habituri omnia quecumque \ os petere 
delectabit. » Hist. anglic, I, 463.; — « Signeur, que vous fault? Vous na\és autre 
cappitainne que moi : je suis voslres rois : tenés vous en pais. » (Froissart, X, 
121.)Voilà une occasion de constater que les « mots historiques » varient sensible- 
ment, sui\ ant la loquacité plus ou moins grande de ceux qui les rapportent. 

3. Docuin. n" 10 p. 101. 197. 



XCVI IMlKtDlCTlON HISTOIUOL'E 

quuiio occasion '. Une dcmi-lieure après la niorl do ^^'at, ils accou- 
rurent et, commandés par le fameux routier Robert KnoUes, par ^^'al- 
■\vorth, John Philippot, Xicholas Brembre, ils cernèrent les insurgés. 
Richard II, avec un bon sens et une modération au-dessus de son âge, 
refusa de donner le signal du massacre. Les compagnons de Wat Tyler, 
de leur côté, renoncèrent à venger sa mort. Beaucoup d'entre eux, 
sans doute, s'estimèrent heureux de se tirer à si bon compte de ce 
mauvais pas. Que faire d'ailleurs? Le jeune roi avait pour lui une 
armée, le prestige de son titre et de sa hardiesse ; le chef qu'on lui oppo- 
sait avait péri et la plupart des rebelles auraient été incapables de dire 
précisément ce qu ils voulaient. Ils commencèrent donc à se déban- 
der 2. . 

Londrci iiégagi). Le roi fit uuc rentrée triomphale dans la Cité. On lut immédiatement 
dans les rues une proclamation interdisant aux gens des comtés, sous 
peine de mort, le séjour de Londres, et les portes furent soigneusement 
gardées •'. Désormais la capitale était dégagée, le gouvernement et la 
noblesse avaient secoué leur terreur et allaient réagir. 

Coniinuaiion .le? Lc moine de Saint-Alban assure pourtant que les clercs de la chan- 

tronbles dans les 

comté> enTiron- cellcrie rovale continuèrent à délivrer des chartes d'affranchissement et 

nanls. 

d'amnistie aux insurgés, avant qu'ils rentrassent dans leurs villages, et 
il en donne la raison: « les communs et paysans » delEssex et du Kent 
n'étaient pas encore définitivement soumis ; il était nécessaire de les 
amadouer '. Il y a de bons motifs pour admettre cette information. De 
nombreux documents montrent que, même autour de Londres, la 
situation restait critique. Les rebelles, en quittant Smithfield ou la 
capitale, ne retournèrent pas tous chez eux ; ainsi, le dimanche 16 juin, 
nous voyons au centre du Surroy, à Clandon, une bande de gens de 

1. Voy. .Fohn M{^Ivcl•nc, p. 5 ; Conlin. Eiilnffii. p. 3.)3 ; Froissart, X, 100. 122. 

2. Récits de la scène tie Sniitlifield : John Slalvernc, p. 3-G ; — Ilisl. auffiic, I, 
■'i6î-i66;- — Froissarl, X, 117-123; — relation des Aeiîer-TîooA.s, dans Riley, p. 550- 
'J51. — Récits moins iniporlants dans : Vita RIc, p. 29 ; — Adam de Usk. p. 2 ; — 
Clirnn.If. Kniçflilon, II, 137-138; — (lontin. Eutn([.. p. 3:)3-33l. — Xny. quelques 
détails accessoires dans : Journnl of Ihe arrh;vnlof/. Assnc, XXIX. 206; — Iteli- 
quarij, IX, 60; — Loflie, Uist. of London, I, 217, note. 

3. Jlisl. ,inr/lic., I. 166. — Froissart, X, 121. — Procès-vei'bal de la réunion du 
Gildhail, et ordres donnés par le maire, dans Riley, Mernorials of London, p. 151- 
452 (avec la date fausse du 20 juin 1380; lisez : 15 juin 1381. Les termes de lacté ne 
laissent aucun doute.; 

1. Hisl. itnfilir.. I, 166-167. 



LA UÉVOl/l'E D1-: 1381 XCVII 

TEssex moltrc à rançon un ccrlain ^^'illianl ^^'csL '. D'autres ne reya- 
f^nèrenl leur pays que pour y continuer leurs méfaits. <( Ceux qui 
« revinrent à Canterbury, nous dit le continuateur de VEuloginin Ilislo- 
« riarum, y firent proclamer leurs ordres et tuèrent un bourj^cois qui 
« protestait. Us brûlèrent les chartes, les titres et les écritures dans la 
« maison de justice ^. » J^es actes nous montrent que le principal auteur 
de ces exploits fut un armurier, Henry Bongay ; à la suite de la procla- 
mation qu'il fit à Canterl)ury, le jour même de la mort de ^^'at Tyler, 
un bourgeois de la ville, John Tece, fut mis à mort. Bongay venait évi- 
demment de Londres, car le même jour il avait rançonné un habitant 
d'Ospring-e, sur la route de Londres à Canterbury •*. 

Les pièces éditées par ^L Flaherty ou découvertes par André Révillc 
prouvent que la ville de Canterbury et presque tout le comté de Kent 
restèrent pendant longtemps encore fortement bouleversés ''. Dans la 
cité primatialc, et aux environs, à ^^'ye, àPetham, au centre du comté, 
à Willesborough, au sud, à Appledore, du 16 au 'M) jnin, des bandes 
d'hommes et de femmes volent, rançonnent, brûlent les titres de l'ar- 
chevêché '\ Le '2i, à Saint-John, dans l'île de Thanet, on publie de 
nouvelles instructions, interdisant aux pavsans de <i fcre servises ne 
« custumes a les seigneuries en Tcnt, come ils ount fet devaunt, sur 
« payne de forllaiture de lours biens, et copement de lours testes ^ ». Les 
enquêtes faites au commencement du mois de juillet sur l'ordre du roi 
signalent la continuation de la révolte '. Deux bandes redoutables, 



1. Esse.r Archveol. Soc, Transacl., New Séries, I, "215-210. 

2. Conlin. Euloff., p. .'551. 

3. Archœol. Gant., III, 7'i-7(), Kti-S", 9i. Ces pièces signalent d'aulres actes de 
violence commis le 15 juin à Canterbury. 

4. Il y eut naturellement, comme dans les autres comtés, des régions restées 
l)aisihles, où l'on ne semblait point se douter des agitations e.xtéricures. Tels 
les hundreds de t^elborough et de Gornilo {Archœol. Cani., III, 80). On ne \oit 
pas que les barons des Cinq Ports, d'ordinaire si turbulents, se soient soulevés. 
Ceux de Xew-Romney restèrent certainement fidèles au roi. (Voy. Edw. lîacheler 
^■\'alkep, The inwn nnd pnrt of New liomnei/, dans Archivai. Cunt., XIII, 211-212). 
C'est (jue les barons des Cinq Ports a\aient été exemptés de la Poil Tax, par lettres 
du 8 février 1381 iCl.ius. 4 Rie. II, m. 16 d.). 

5. Archœol. Cnnt., llf, 75, 79, 83, 84, 94-95. 

6. Ihid., p. 71-72. (Nous donnons le texte original, dont M. Flallerl^^■ a publié la 
traduction.) 

7. " Adliuc sunt in comiliva ad mala continuandum » Jbid., p. 70). 

Mèin. et (lue. (le VÉcolc des Cluaics. — II. K 



Xr.VllI IMRODLCTION IIISTOP.IQII:: 

menées par Henry Aleyn et John Uplon. ont poursuivi leurs pillayes 
jusqu'au 5 août '. 

En Essex. même spectacle, et John Malverne a raison de chre que la 
clémence du roi à Smit-hfield ne lit point cesser la rébellion dans ce 
comté -. Manningtree, le 16 et le 17 juin, devint le centre d'opérations 
des gens de la région ^. Le 17 aussi, on dévasta Crundon-Park, qui 
appartenait à lévèque de Londres '. Le 25, une bande entra à Pritlle- 
Avell pour forcer les habitants à se soule\"er "'. Le '21 . un certain 
nombre d insurgés, agissant au nom dun citoven de I>ondres nommé 
John Ilende, s'emparèrent du manoir de BradAvell. tombé en déshé- 
rence, et ils en perçurent les revenus pour lui jusqu au 29 septembre ''. 
La révolte en Sur- Telle fut, daus SCS trails les plus importants, la révolte qui agita les 

rej et en Susses. 

comtés du sud-est. Nous avons surtout parlé de lEssex, du Kent, de 
Londres et du Middlesex ", pour cette raison matérielle que nos ren- 
seignements sont très maigres sur le soulèvement du Surrey et du Sus- 
sex. On peut cependant affirmer que ces comtés furent profondément 
troublés. Ils sont associés aux trois autres dans les actes où les conseil- 
lers du roi. dès le 1.') juin, édictèrent des mesures de répression ^. 
En Surrey, aux actes de rébellion que nous avons déjà signalés, et dont 
la mort de A\at Tyler n'interrompit pas le cours, il faut ajouter les 
désordres commis à Kingston-on-Thames ^. Les bandes venues d'Essex 
dans ce comté lr(juvèrent certainement de nombreux appuis '". En 

1. Arthœol. Cant., III. 9i-9j ; cf. j). G7. 6s. 

2. Malvernc, p. 6-7. 

'.i. Dociim. n"' 59 cl GO. 

A. lisser Anlueol. Soc. vol. cit., p. 21>i. 

5. Docum. n" 6.3. 

6. U'autres actes du iiicinc ^enrc. ainsi (pie des pillaf;es de manoiis. dont 
plusieurs appartenaient à la princesse de (ialles (Docum. n" 06 à 70, 73), des 
attaques contre les abbayes de Sainte-Croix de ^^'altllam Docum. n° 62 et de 
Cofrfreshall (n" 71), le meurtre de j)lusieurs Flamands de Colchcster n" 61) et d'un 
échoiteur 'n" 74 , sont sij;nalcs sans date par les documents. De même nous ne 
saxons point à quel moment lut en\ahie l'abbaye de Grâce, en Middlesex 

Docum. n" 36 . 

7. Aux renseif.'nements ipie nous avons donnés sur le soulèvement dans le Mid- 
dlesex, joignez les listes de rebelles que fournissent les Rôles des parlements {lll. 
p. 112.1). et nos documents n"' 83 et >>(>. 

X. Docum. n" 110 ; voy. aussi n" 11 1. 

9. Docum. n"* 77 à 79: xoy. aussi n"- ]()6. 107. 

10. Le mandement du .30 juin édité dans Rymer Record Commission , IV. 126, 
et notre docum. n" 210 prouvent que certains tenanciers du Surrey, par exemple 
ceux de la prieure de Dartford, refusaient les anciens services. 



LA RÉVOLTE DE 1381 XCL\ 

Sussex, nous voyons que les serl's du comte d'AruiuIel refusaient les 
services \ et un chroniqueur nous assure que les meurtres lurent 
nombreux ^. Aussi ne faut-il pas s'étonner que, malgré la modération 
du châtiment, plusieurs rebelles du Sussex aient été décapités ^, et que 
huit aient été exclus de l'amnistie ''. 

Si nous quittons maintenant cette région du sud-est où naquit la 
révolte, c'est Aers le noixl et non vers l'ouest qu'il faut porter nos 
regards. Dans le Ilerts, le Cams, et les comtés riverains de la mer du 
Nord, en elîet, non seulement l'agitation fut consignée dans des docu- 
ments conservés en plus grand nombre, mais elle fut certainement 
beaucoup plus violente que dans le centre ou le sud-ouest du 
royaume. 

A l'aide des récits provenant du monastère de Saint-Alban, récits iiertfonUbire. 
fort intéressants et qui subissent à leur honneur le contrôle des docu- 
ments judiciaires, André Réville nous a raconté le soulèvement du 
Herts, soulèvement de paysans surtout, qui, soutenus par les pro- 
messes de Richard II et de l'autre roi du jour, ^^'at Tyler, luttent de 
ténacité avec l'énergique abbé Thomas de la Mare, pour obtenir, par des 
moyens relativement pacifiques et honnêtes, des garanties nouvelles 
de bien-être et d'indépendance. 

En Sulfolk et en Norfolk, le mouvement est plus autonome et a inll- sufloik et Norfolk 
niment plus ^de variété ; mais c'est principalement une frénétique 
attaque des pauvres contre les riches, un pillage désordonné, sans 
résultat possible. 

Le même caractère se retrouve dans le soulèvement du Cams ■'. Cambti.ige^iiiie. 
D'ailleurs les insurgés de ce comté eurent des relations évidentes avec 
ceux du Suffolk et du Norfolk : John \\'rawe leur envoya des instruc- 
tions pour l'attaque d'Ely, et Thomas Fourbishour, qui assista au meurtre 
de John de Cavendish. prit part aussi au sac de ILniversité de Cam- 

1. Docum. n" 210. 

2. Conlin. Eiilog., p. 35Î. 

3. Tout au moins les cnqucles des cclioiteurs en sij;nalcnt deux, l'un de Fening, 
l'autre de Maresficld Docum. w 108). 

4. Rot. Pari.. III. 113. 

5. M. Powell la raconté en détail, en se servant suitout d'une liasse des .[ssize 
Jlolls [Op. cit., p. 41 et suiv.). Voy. aussi notre Append. II, série B. 



C INlTiODUCTlON HlSToKInLE 

bridge. Cependant, au débul. le mot d'ordre paraît être \cnu surtout de 
la capitale : les principaux propagateurs de la rébellion turent un petit 
propriétaire nommé John Greyston, de Boltisham, qui était revenu dans 
son pays après avoir assisté aux massacres de la Tour, et un sellier de 
Londres, John Staunford, qui avait des terres dans le Cams '. Ils pré- 
tendaient être les délégués du roi. Le L5, la révolte fut générale dans le 
comté. De riches propriétaires, comme John Hanchach et GeofTrey 
Cobbe, dirigèrent le mouvement. Partout on se mit à piller les maisons. 
les manoirs, à brûleries archives seigneuriales et royales. Adam Clymme 
parcourut le comté pour défendre aux paysans de payer les rede- 
vances et daccomplir les corvées. Les fonctionnaires étaient aussi haïs 
que les lords : le même Adam Clymme proclamait qu il fallait couper la 
tête aux gens de loi. Le juge de paix Adam de ^^'alsingham fut mis à 
mort. La maison de John Blancpayn, collecteur de la Poil Tax, fut j)illée. 
]Ji aussi, comme en tant dautres comtés, les richesses et la puissance 
du haut clergé attirèrent sur lui la fureur populaire. On dévasta plu- 
sieurs établissements appartenant aux Hospitaliers. A Ely, du 15 au 
17, le monastère fut envahi. la prison de l'évêque ou^■erte. Le 
17, on attaqua et on saccagea le prieuré de Barnwell ; les murs du clos 
furent renversés, les arbres coupés, emportés et vendus, les poissons du 
vivier volés. Ce furent les habitants de Cambridge qui, ayant contraint 
leur maire, Edmund Redmedowe, de se mettre à leur tête, accomplirent 
cet exploit ; ils étaient en querelle avec le prieur de Barnwell à propos 
d'un pré, qu'ils prétendaient être une terre de commune pâture -. 

Pendant les deux journées précédentes, Cambridge avait été terro- 
risé par des bandes d'insurgés. L'Université surtout souffrit de leurs 
excès. Elle avait depuis longtemps maille à partir avec les habitants, 



1. y «y. aussi notre dorum. n" 1.3.3. concernant un tailleur d'Essex. 

2. Pour le sac du prieuré de Barnwell, M. Powcll ne iiaraît pas a\ uir connu 
notre ilocum. n" 128, ni un mandement d'exconinuinicalion lance par l'évcquc 
d'Ely, Thomas Arundel, contre les coupables. Ce mandement se trouve aux 
Arcliives èpiscopnles d'Ehf. G. 2 Rej^istre de Thomas Arundel), fol. 104, et a été 
re])roduit en partie et traduit dans le Mu. addit. 5S23 du lirilish Museunij fol. 9": 
il a été imprimé dans : Bihlioihecn tnpnfjrnphirn Jirilannica. t. ^^ llist. of Barn- 
well Ahheij, Append. n' \ ii. — Sur Ivlinund Rcdmedowe. \<)y. nos docum. 
n" 125 et 126. 




LA RÉVOLTK DE 1381 CI 

qui, au mois travril, l'avaient liltéralemeut mise à rançon *. Ici encore, 
comme en tant d'autres lieux, la révolte du mois de juin ne fit que 
réveiller violemment les vieilles querelles. Le 15, la maison du bedeau 
fut détruite, le coUèg-e et l'hôpital de Corpus-Christi furent mis à sac ; le 
16, une partie des archives de 1" Université fut brûlée, et elle dut pro- 
mettre de rester désormais soumise à la municipalité ^. 

La révolte dans ce comté fut aussi brève que violente. Dès le 
19 juin, selon M. Po\\'ell, elle était terminée. Cette assertion comporte 
cependant quelques restrictions. Un mandement du 3 juillet nous 
montre qu'à cette époque il y avait encore dans ce comté des tenan- 
ciers se liguant pour refuser les services •^. 

Les rebelles du Gams essayèrent, avec des alternatives de succès et Hantinsilonshire, 

.. - . . . Rutlaml. 

de revers, de propager l'insurrection dans le pays voisin, le comté de 
Iluntingdon. L'expédition que les bandes d Ely firent contre le monas- 
tère de Ramsey échoua '' ; l'agitation fut cependant assez vive dans 
ce comté parmi les tenanciers des abbés de Ramsey et de Thorney 
pour que, le '2 juillet, le roi adressât au shérifT, en faveur des deux pré- 
lats, un de ces mandements où il ordonnait le maintien des anciens ser- 
vices "\ Une rébellion éclata aussi dans la ville et la liberté de Hun' 
tingdon ; mais cette tentative, provoquée par une bande étrangère 
« qui voulait traverser tout le royaume » fut paralysée par les bour- 
geois de la ville ^. Le petit comté de Rutland, de toutes parts entouré 
par des pays que la révolte avait plus ou moins bouleversés, paraît 
n'avoir pas été non plus à l'abri de la secousse générale '. 

1. Sur ces querelles, voy. Ccîoper, Ann.ils of Cambridge, I, 110-120: et les 
cli\erses lettres royales analysées par H.-R. Luard : .1 list ofthe documents in the 
Universili/ registry. 1-266-1544, dans Cambridge Antiquarian Society, Ajiliq. com- 
munie, III, 3X9 et suiv. 

2. Voy. aussi la pétition adressée à Richard II par le collège de Corpus-Christi, • 
dans Ilistorical mss., Firat report, p. 65. Ce document n'est pas cité par 

M. Powell, qui daillciu-s résume très brièvement Tallaire du sac de l'Unixersité. 
Pour un récit plus complet de ces désordres, il faut se reporter aux histoires 
locales, par exemple à Fuller. Hist. ofthe Univ. of Cambridge, p. 11 j et suiv. 

3. Docam. n° 132. 

4. Powell, op. cit., p. 46. 

5. Docum. n" 210. — Cf. le mandement général du 30 juin dans Rymer Record 
Commission), IV, 126. 

6. Docum. n"' 145, 146. 
". Vov. Docum. n" 213. 



cil INTRODUCTION HISTORIQUE 

Lincolnshire. La révolte (lu Liiicolnshirc fut assez redoutable pour que Richard II, 

le 10 juillet, invitât tous les chevaliers et écuyers du comté à prendre 
les armes, et instituât une commission de vingt-huit personnes pour 
organiser la résistance et châtier les coupables '. Dans ce comté et dans 

i.cipe>ter>hire. le Leicestershire, les tenanciers des Hospitaliers refusèrent les rede- 
vances et les services traditionnels. Poussés par un curé de village, 
les paysans de Wartnaby, dans la paroisse de Rolhley, formèrent une 
bande pour enlever et brûler les dîmes qu'on avait apportées aux 
frères de l'Hôpital -. Néanmoins, les propriétaires du Leicestershire 
curent plus de peur que de mal ; c'est l'impression que donne le récit, 
certainement exact ici, du continuateur de Cnitthon. Le maire et 
labbé de Leicester craignirent l'arrivée des rebelles, mais on ne nous 
dit pas qu'ils les aient vu venir. Le duc de Lancastre, qui avait de 
grands domaines dans ce comté, y avait laissé sa femme. Elle s'enfuit 
précipitamment dans le comté d'York, sans essuyer de mésaventure ^. 

Vorksliiie. L'Yorkshire était peut-être encore tranquille quand elle y arriva. 

L'insurrection ne s'y propagea qu'assez tardivement et n'y fut d'ail- 
leurs point générale. Les renseignements réunis par André Réville 
ont ici encore le mérite de la plus complète nouveauté. 

A Scarborough, il est certain que l'agitation fut l'etFet direct du sou- 
lèvement des comtés méridionaux. Les jurés affirmèrent que ce fut la 
nouvelle des méfaits « accomplis dans les régions du sud par les 
« rebelles et les ennemis du roi » qui provoqua la révolte dans cette 
Aille, « bien que le mandement où le roi défendait toute insurrection 
« fût déjà arrivé... » Le serment que les séditieux imposèrent aux 
victimes de leurs violences, serment de fidélité au peuple 
d'Angleterre, prouve à lui seul qu'ils connaissaient fort bien les 
événements du Kent et de Londres. Il est probable qu'un ^^'at Tyler 
ou un John Wrawe leur avait envoyé cette formule; des mots d'ordre 

1. Uocum. n" 148. — ^'oy. plus loin, p. 6S, le cas d'un rebelle \cnu de Dunsby, 
villajîe du cnnitc de Lincoln, à S' Edmunds Bury. — Les rebelles du Lincoln- 
shirc sont compris dans la confirnialion de lamnistie en 1383 [Slatutes, II, 31. — 
^'oy. aussi docum. n"' 20", 210 à 213). 

2. Docum. n"" 150, 151. 

3. Cliron. Ilenrici Knujhton, II, 142-1 Si. — Cf. notre docum. n° 213. — Les 
comtés de Nottin^'ham, de Derby, de Stallord el de Salop subirent-ils la conta- 
^i(m!'Sos documents n°' 213-211 ne sulllsent pas. à eux seuls, pour le prouver. 



LA RÉVOLTE DE 1381 CIII 

durent circuler dans toute lAnglelerre orientale au mois de juin. 
Mais ils arrivèrent trop tard en ce lointain port de Scarborough. Ce 
fut seulement le "23 juin qu'une réunion insurrectionnelle eut lieu. 
Robert Galoun, qui paraît avoir été un propriétaire fort aisé ', un 
drapier nommé William Marche, un cordonnier et une quarantaine 
d'autres habitants, lormèrent une ligue et organisèrent une bande de 
500 hommes, pris dans la ville et les environs. Ils destituèrent les 
officiers royaux et en nommèrent de nouveaux. Ils jurèrent de « main- 
tenir » mutuellement leurs querelles particulières et, afin de se recon- 
naître et de se prêter main forte, ils prirent pour « livrées » des bon- 
nets blancs avec une queue rouge. Ce serment de maintenance indi- 
quait clairement quel serait le caractère du mouvement. La vengeance 
et le vol furent les principaux mobiles. Des riches furent assiégés dans 
leurs maisons, traînés dans les rues, emprisonnés, volés, mis à ran- 
çon. Des propriétaires furent dépouillés de leurs terres et de leurs 
revenus. Les frères mineurs, dont on a prétendu faire les com- 
plices et les amis des rebelles, avaient recueilli quelques personnes 
menacées; on brisa leurs portes et on viola l'asile. Pendant longtemps 
la terreur régna dans la ville; peut-être les troubles se prolongèrent-ils 
toute une année -. 

A Beverley et à York, l'état d'insurrection était endémique, et la 
révolte générale de 1381 ne fit qu'y aggraver une agitation déjà 
existante. Nos documents nous renseignent sur cette situation anté- 
rieure. Nulle part, sans doute, l'oppression de l'oligarchie municipale, 
si dure en Angleterre au xiv'' siècle, ne se présente dans un jour plus 
cru qu'à Beverley '^. Depuis vingt-cinq ans, le pouvoir était détenu par 
les mêmes jurés, qui profitaient de toutes les circonstances pour 
s'enrichir aux dépens des habitants, par des levées illégales et des 

1. Voy. dans le Calendur of the Patent rolls of the reiyn of Richard II, IS77- 
I3SI, p. 5'i3, un acte du 13 juillet 13S0 amortissant une fondation pieuse de lîobert 
(raloun de Scarborough. 

2. Dociim. n°' 152 à 158. — Scarborouf^h compta parmi les six villes que le par- 
lement voulait d'abord exclure de l'amnistie: de même Beverley. ^'oy. Rot. Pari., 
III. 103, § 32. 

3. Les faits ({ue nous allons citer viennent fortifier les jugements portés par 
M. Golby dans un article cité plus haut, et se joindre aux exemples de tyrannie 
oligarchique qu'il a cités jjour les Ailles de Gloucester, Stamforcl, Lynn, etc.. 
[Engl. histor. rev.. ann. 1S90, p. 6ii-615). 



CIV INTRODUCTION HISTORIQUE 

extorsions variées '. Si nous inlerprélons bien les copies et les ana- 
lyses de textes laites par André Réville -, la <( comniunitas » de la 
ville, les u médiocres viri », cest-à-dire peut-être des gens qui j)our 
la plupart n'avaient pas le droit de houpyeoisie ■*, s'étaient insurgés 
contre cette tyrannie. Parmi eux étaient deux tuiliers, nommés John 
A\'hyte et Thomas A\'hyte, et un peaussier, Thomas de Preston ''. Ils 
avaient commencé à se mutiner avant la révolte des comtés du sud '\ 
\'ers le milieu de l'été ^, ils formèrent uu(> conspiration et prirent des 
livrées, en signe de maintenance contre les « probi homines >\ les gros 
marchands qui les opprimaient, tels que John Erghom, Thomas de 
Beverley, Adam Coppendale et autres ; ils en\ ahirent les demeures de 
ces riches et les forcèrent à signer de lourdes obligations, sous menace 
de mort '' . Le juillet, John Erghom et ses amis commirent de leur 
côté un crime, attaquèrent de nuit^ dans la rue, un nommé William 
Jlaldenc, lui cassèrent la tète, et jetèrent son corps dans le ruisseau; 
puis ils conclurent avec la veuve de leur victime un arrangement, pour 
qu'elle accusât de ce meurtre leurs ennemis, entre autres John \\ hyte 
et Thomas de Preston. Ces derniers furent arrêtés, écroués dans la pri- 
son royale, et n'en sortirent qu'après avoir consenti à payer une ran- 
çon de cent livres à la veuve et aux A'éritables assassins ^. Le roi, 
informé de tous ces désordres, prit parti pour l'oligarchie bourgeoise, 

1. Docnm. n"' 161. I(i2. 

2. Nous devons dire ici que nous n'avons pas j)u, dans V Appendice II, présenter 
à notre entière satisfaction les documents relatifs à cette ré\'olte de Beverley, et 
nous souhaitons cpie (|ucl([ue sa\ant aniilais revoie les ori;;inaux et contrôle nos 
conclusions. André Ré\ille, estimant que ces textes navaient que des rapports 
indirects avec la révolte de 1.381, n'en- avait pris, par exception, qu'une analyse 
Ijrève et peut-être insullisanle pour reconstituer exactement l'histoire de ce mouve- 
ment. M. Paid Mever a eu l'oblijicance de copier in extenso, sur notre demande, 
le lonj;' dociimenl n" 1(51, mais, par suite d'un concours fâcheux de circonstances, 
nous n'avons pu nous ])rocui'er certaines autres transcri])tions c[ue nous désirions 
éj^alement. 

.'J. ^'oy. les ternies employés dans le docuni. n" 163, et dans le n° 160 (p. 239, 
note 3'. Il est évident qu'ici, en flépil des théories de M"^' Green sur le sens du 
mot commiinita.s, ce terme désif;ne le bas peuple, par opposition aux i-ichcs 
bourf;:eois. 

4. Voy. le dociim. n" 170. 

5. Voy. les docum. n°" l.)9 et 160. 

6. En tout cas, avant le 26 septembre 13S1. \'oy. n° 163 

7. Docum. n°* 163 à 166. 

8. Docum. n»161 (p. 261, 262, 26i-263.) 



LA HÉV0LT1-: DH 1381 CV 

sévit contre les ouvriers, et accorda à John Erghoni et à Thomas de 
Beverlev des lettres où il amnistiait leurs extorsions ', en se con- 
tentant d'interdir pour lavenir les levées ilUégales ^. C'est qu'à la 
rébellion des « médiocres viri » contre Foligarchie s'était jointe une 
rébellion contre ces statuts du travail que la royauté voulait maintenir 
intégralement. Les ouvriers, les petits marchands, les hôteliers de 
Beverley, violaient les lois réglementant les salaires et le commerce ■*. 
On ne pouvait le leur pardonner. 

A York, dès le "25 novembre 1380, la u conimunitas » avait fait une 
révolution. Le maire John de Gisburn, qu'à tort ou à raison l'on 
accusait d'être un faux-monnayeur et d'entretenir des relations avec 
des fdous, l'ut dépouillé de son oflice. Une bande pénétra de force 
dans le Gildhall, en brisant portes et fenêtres à coups de hache, choi- 
sit pour nouveau maire Simon Quixley, et força les « bones genlz », 
c'est-à-dire les riches bourgeois, à le reconnaître. Les coutumes de la 
ville furent changées. Les auteurs de cette révolution étaient des 
artisans et des marchands, qui sans aucun doute n'avaient point part 
jusque là au gouvernement de la cité. Quant à Simon Quixley lui- 
même, il semble que c'était un membre de l'ancienne oligarchie, 
qu'il hésita d'abord à donner franchement son adhésion, et qu'ensuite 
il prit le parti de soutenir l'aventure. Mais John de Gisburn n'accepta 
point sa disgrâce, et, eu dépit de l'intervention royale, les troubles ne 
cessèrent pas. Ils redoublèrent de violence lorsqu'on apprit « l'insur- 
rection diabolique des comtés de Kent et d'Essex ». Le l''"" juillet, 
John de Gisburn et ses partisans envahirent en armes la ville d'York 
et essayèrent de reconquérir le pouvoir. De son côté, le maire Simon 
Quixley fît saisir plusieurs de ses adversaires et leur extorqua 
dénormes rançons. Les deux partis n'étaient pas plus recommandables 
l'un que l'autre. Ces discordes se prolongèrent pendant au moins une 
année entière. Comme à Beverley, la révolte de 1.381 n'avait fait que 
les envenimer '. 



1. Docum. iv 101 p. 265-206 \ n"' 162 à 160, 160, 170. 

2. Docum. 11" lOS. 

3. Voy. le docum. n° 16i. 

4. Roi. Pari., III, 96-97, S JO. — Calenclur of Ihe l'nlenl rolls nf Ihe reiifn of 
Richard H, 1311-1381, p. 5S0, G21. -- liymcr (Record Commission, W . J27. — 
Docum. n"' 174 à ]81. 



CVI INTRODUCTION HISTORIQUE 

Comté? du nord. Il est clouleuxquc los agitations du comté clYork se soient propa- 
gées clans le Lancashire '. En tout cas, le Durham, le ^^'estmo^eland, 
le Cumberland et le Northumberland, ruinés et dépeuplés par les 
incursions des Ecossais, étaient hors d'état de remuer; tout au plus 
fournirent-ils quelques contingents de vagabonds aux bandes du 
^ orkshire -. Bref l'insurrection, croyons-nous, s"est éteinte avant 
d'arriver aux limites septentrionales de l'Angleterre. La pénurie de 
nos documents, à laquelle remédierait sans doute un dépouillement 
attentif des archives locales, nous interdit d'ailleurs de poser des con- 
clusions fermes. 

Conit.'s du cpnire. Il est évident que le mouvement s'est propagé dans les comtés du 
centre. Mais sur ce point encore nos renseignements sont bien 
maigres. 

Buekindiaoïsliire. Le comté de Buclvingliani confine à la fois au Middlesex et au Herts : 
ce fut, naturellement, sur la frontière de ces deux comtés si violem- 
ment troublés, que les désordres les plus graves eurent lieu, et c'est 
là qu'ils nous sont signalés : une bande venue du Herts vint opérer le 
IG juin dans le village d'Asheridge ^. A Langley-Marish et sans doute 
en beaucoup d'autres manoirs du Bucks, les tenanciers refusèrent 
les anciens services '. 

1. Un mandement du 3 juillet 1381, tel qu'il est publié dans Rymer (Record 
Commission, IV, 127 , atteste que la rébellion fut vive dans le comté de Lan- 
castre : « Cuni quidam ligeorum nostrorum comitatus Essexie et Lancastrie, qui 
nuper contra pacem nostram in conventiculis et congregationibus rebellice se 
habuerunt, et hostilitcr insurrexerunt, volentes alios ligeos fidèles nostros eorum 
protervie subdole attrahere. ad diversos comitatus rej^ni nostri Anglie se trahanl, 
ad excitandum et movcndum ipsos liji'eos fidèles nostros ad consimilia conventi- 

cula et con{;regaliones, contra pacem nostram, iacicndum et sustinendum ». 

Mais il est clair qu'il y a là ime erreur, commise soit par le scribe de la chancel- 
lei'ie l'oyale, soit par l'éditeur. Au lieu de Lancastrie, il faut lire Canlie, sans 
aucun doute. On n'associerait pas dans un même acte les menées de trens habitant 
deux comtés aussi éloijjnés l'un de l'autre que l'Essex et le Lancashire. Froissart 
assiu'c d'ailleurs cpi'il n'y eut pas de révolte dans le Lancashire, non plus ([ue dans 
le Derby. C/iro/iif/z/es. X. 127). 

2. \'oy. cejjcndanl les dociim. n°" 213 à 215, actes de nomination de Keepers of 
the peace. chai-gés d'empêcher ou de réprimer au besoin tout soulèvement dans le 
W'estmoreland, le Cumberland et le Xorthumberland. Voy. aussi n° 207. Ce ne 
sont là sans doute que des mesures préventives. 

3. ^'oy. plus loin. p. 39 et note 1. 

S. Dociim. n" 185. — Le Bucks figure parmi les douze comtés où fut envoyé le 
mandement du 30 juin 1381, ordonnant que les tenanciers continuassent à s'acquit- 



LA RÉVOLTE DE 1381 CVII 

Le Bedfordshire, qui louche par ses limites orientales au Ilerts et BedfonUhire, 
au Cams, ne pouvait échapper non plus au rayonnement de la sédi- 
tion. Froissart assure que les gens de ce comté se mêlèrent à l'armée 
des rebelles qui envahirent la capitale ^ ; et en effet, un des insurgés 
de Londres, exclu de l'amnistie, est désigné dans les Bôles des parle- 
ments comme habitant le Bedfordshire -. Un compte d'échoiteur nous 
fait savoir que plusieurs artisans de Luton. village voisin de la fron- 
tière du Herts, prirent la fuite quand la réaction commença ; leurs 
biens furent confisqués ■'. 

Les mesures de répression nous apprennent sommairement que Berkshire, Oxford 

. . . . , , s'''""« . Nort- 

l'agitation gagna le Berkshire et l'Oxfordshire ''. Dans le comté de hamptonsinre. 
Northampton, un certain AMlliam Xapton poussa les petites gens de 
la capitale à se i^évolter contre l'oligarchie municipale ^. Les tenan- 
ciers des environs refusèrent les services ^, et ceux de l'abbaye de 
Peterborough faillirent exterminer l'abbé ". Le comte de A\'arwick, Warwickflûre. 
qui avait été chargé d'une mission dans le Herts, au commencement 
du mois de juillet, dut revenir précipitamment dans ses domaines, à la 
nouvelle de troubles graves qui y avaient éclaté ^, et il fut plus tard 
désig'né avec d'autres personnes pour maintenir la paix dans le 
^^'ar^vickshire '\ Il est possible que quelques désordres soient survenus 



1er de leurs services comme auparavant (Rymer, édit. de la Rec. Comm., IV, 
126i. — Comme preuves de la révolte dans le Bucks, voy. aussi : docnm. n"' 1S6, 
211. 213 à 21 j : Stalutes, II, 31. 

1. Froissart. X. 114; voy. aussi p. 93. — Il faut noter cependant ipie le passade 
de Froissart. p. 111, est fort sujet à caution. Yny. plus juin ce ([uen dit André 
lléville. p. 100. 

2. Roi. Pari, III, 112 h. 

3. Dociim. n° 1S7. — Les documents n" 211. 213 à 213, semblent prouver que ce 
ne fut pas là un fait isolé. La confirmation de l'amnistie en 1383 concerna les 
rebelles de ce comté [Stalutes, II, 31). 

4. Docum. n"' 183, 184, 207, 211 à 213. 
3. Docum. n° 188. 

6. Mandement du 30 juin : Ryiner Record Commission!. IV. 120. — Docum. 
n" 210. 

7. Ct^ronicon Ilenrici Kniylilon. II, 140. — .\utre preuve de la rébellion dans 
ce comté : docum. n" 211. — Sur les lii^ues de pa\sans formées en 13S0 dans ce 
comté, voy. plus haut, p. xxxix. 

8. Hist.anffl'C., II, 28. 

9. Docum. n° 190. — Voy. aussi n°" 213, 213. — Peut-être le document n" 212 
prouve-t-il cjue des désordres avaient eu lieu àCoventry. 



CVIII INTRODUCTION HISTORHjlE 

dans les comlés de Gloucester ' el de Ilereford -. On ne trouve là-dessus 
aucun renseignement dans les comptes des échoiteurs, pourtant à peu 
près complets pour cette région en l'année 1881. Manifestement, la 
révolte perdit très vite son intensité à mesure que des comtés riverains 
de la mer du Nord elle se propagea vers les frontières du pays de Galles. 
Comtés du sud- Au Contraire, les comtés du sud-ouest semblent avoir tous subi , 

oue.-t. Hamp- 

siiire. plus OU moius tard, la contagion, depuis le Hampshire jusqu'à la Cor- 

nouailles. Froissart nous raconte que le comte de Cambridge et les 
barons anglais embarqués pour une expédition en Portugal, ii se 
u doubtèrcnt que leurs voiages n'en fust rompus ou que li communs 
« d'Engletierre, de Hantonne, de ^^'incestre et de le comté d'Aron- 
« diel ne les venist courir sus. Si desancrèrent leurs nefs et issirent 
(« hors dou havene a grand painne et a vent contraire, et se boutèrent 
u en le mer, et la ancrèrent, atendant vent •* ». La révolte fut certai- 
nement très violente à ^^'inchester. Les meneurs dont nous connais- 
sons la profession appartenaient presque tous aux industries du 
vêtement. Quelques-uns avaient une certaine aisance; en particulier 
un drapier nommé ^^ illiam Wigge, qui paraît avoir joué un rôle pré- 
pondérant. Quand la répression commença, sept au moins des insurgés 
de cette ville furent décapités, et une quinzaine d'autres prirent la 
fuite '. Huit furent exclus de l'amnistie par le parlement '\ 
Wili>iiire. Pour cc qui regarde le W'iltshire, les documents se contredisent. 

D après les comptes de l'échoiteur, il n'y eut pas de rebelles dans ce 
comté ^. Mais c'est là certainement une inexactitude, peut-être volon- 
taire, car les échoiteurs n'étaient pas toujours fidèles. Nous voyons en 
effet le gouvernement organiser la répression dans ce pays, et, dès le 
10 juillet, les commissaires nommés pour y punir les rebelles reçurent 
des lettres de blâme, parce qu'ils avaient mis un grand nombre d'ac- 
cusés en liberté sous caution ". D'autres actes prouvent que certains 

1. Doctiin. n'" 207, 211. 21 î. — Slatntes. II, 31 confirmation de l'amnistie en 
138.3. 

i. Dociim. n" 207. 210, 212. 21.3. 

3. Froissart, X, 105. 

'.. Dociiin. n»* 191, l<J2. Voy. aussi n" 213 à 2I,"j. 

3. Kot. Pari., III. 113 a. — \'oy. un intéressant exposé de la situation ]joli'ique à 
^^■incheste^ au moyen àjre, dans M" Green, Toilii lif'e, I, 321 et suiv. 

6. Docum. n° 200. 

-. Docum. \r lOs. Cf. n"- 100. 211. 



LA KÉVOLTE DK 1381 CIX 

tenanciers de ce comté refusaient les services '. I^e château royal de 
Mère fut dévalisé -. A Salisbury. comme en bien d'autres villes, il y 
avait lutte entre l'oligarchie bourgeoise et les habitants pauvres, qui 
ne jouissaient pas des droits municipaux. Des désordres graves avaient 
éclaté quelques mois avant le soulèvement général des tra\ailleurs. 
Ils recommencèrent de plus belle, sans que nous puissions préciser les 
méfaits commis. Nous savons seulement quune bande, conduite par 
un clerc, régla par la force au profit de son chef une querelle de pré- 
bende •^. 

Dans le Somerset, treize habitants furent exclus de l'amnistie '. Soiiier:^ei. 
A Bridgewater, comme à Salisbury, les habitants soutinrent la querelle 
d'un clerc qui avait reçu du pape une prébende, malgré le statut des 
Proviseurs, et qui en avait été dépossédé. Il sagissait d'une vicairie 
de la ville, que les Hospitaliers ne voulaient pas laisser au proviseur, 
un certain Nicholas Frompton. Le dilîérend avait été apaisé; mais 
quand la révolte de 1381 éclata, Xicholas Frompton et d'autres habi- 
tants allèrent à Londres, virent là comment on traitait les Hospitaliers, 
et quand ils revinrent, décidèrent une attaque contre ceux de Bridge- 
water. Le 19 juin, une bande commandée par un propriétaire aisé, 
nommé Thomas Engilby, pénétra de force dans l'établissement de 
l'Hôpital, s'empara du Maître et le força à abandonner à Xicholas 
Frompton la plupart des droits qu'il lui contestait. Le Maître dut, par 
la même occasion, payer une composition de 200 livres sterling, et 
remettre des créances qu'il avait sur la ville de Bridgewater. Ensuite, 
jusqu'au '21 juin, la même bande commit tous les excès habituels, 
meurtres, destructions de titres, incendies, effractions de prison, non 
seulement à Bridgewater et dans le ^'illage voisin de Chilton-Trinity. 
mais jusque dans le sud du comté, à Sutton et à Ilchester ''. 

J. Mandement du .30 juin : Rymer (Record Commission , IV. 126. — Dociim. 
n" 210. 

2. Dociim. n° 197. 

3. Voy. les docnm. n"^ 195, 190, et les notes. 

4. Rot. Pari., III. 113 b. — Voy. aussi les lettres du 20 novembre 1382, de non 
molesl.'indo. accordées en faveur de douze rebelles de Yeovil, en Somerset, non 
exclus de l'amnistie : Rymer (Record Commission ). IV. 156. 

5. Docnm. n"' 201 à 20i. — Accusations portées en parlement contre un certain 
"\^'illiam Cogan, chevalier, qui aurait aidé et conseille les rebelles : liol. Pari., III, 



ex INTRODUCTION HISTORIQUE 

Le moi? de juin 1381 a-t-il été aussi une époque de désordres 
pour les comtés de Dorset, de Devon et de Cornouailles? Les docu- 
ments se taisent sur ce point. Mais ils nous apprennent que Tannée 
suivante, dès le 18 février, il l'allut prendre des mesures sévères pour 
réprimer dans ces comtés et dans le Somerset, les « homicides, pillages, 
insurrections, ligues et réunions illicites » qui s "y produisaient « plus 
fréquemment que de coutume * >> ; et le 30 octobre 1382, Richard II 
dut protéger la comtesse de Devon contre ses tenanciers, et leur ordon- 
ner de fournir les mêmes coutumes et services qu'avant l'insurrection "-. 
Extension de la Ainsi Ics documeuts réuuis par André Réville, loin d'atténuer lim- 

rOvolte. ^ 

portance historique du soulèvement de 1381. prouvent qu il a été plus 
considérable, plus étendu dans l'espace et dans le temps qu'on ne 
1 admettait jusqu'ici. L'ébranlement commence dès le mois de mai sur 
les deux rives de la Tamise inférieure; il atteint son maximum d'in- 
tensité le 15 juin : à cette date, il a violemment secoué la capitale et 
toute l'Angleterre orientale, jusqu'au Norfolk et peut-être encore au- 
delà; à l'ouest, son fracas s'est fait entendre jusqu'à Bridgewater. 
Le même jour, à Londres, mais là seulement, il s'arrête tout d'un 
coup; ailleurs, il continue ses bouleversements; il se propage même 
plus loin, s'accroît souvent de mouvements antérieurs, et la résultante 
de ces forces dévastatrices agite plusieurs villes du comté d'York jus- 
qu'en plein mois de juillet. Nous verrons même que les effets du cata- 
clvsme se firent sentir bien plus tard encore. 

Il est vrai cependant qu'aux derniers jours du mois de juin on peut 
considérer le soulèvement général des travailleurs d'Angleterre comme 
à peu près terminé. Comment une révolution proAoquée par des causes 
si diverses a-t-elle pu ainsi avorter? 
Causes de lécliee. La variété même de ces causes a pu contribuer à l'échec. Malgré les 
relations visibles qui s'établirent entre les diverses bandes de rebelles, 

J05-106. — Acte du 15 juillet. 1380 : Pal. 4 Rie. II, pari. 1, m. 33 d. (Anal, dans : 
Calendar. p. 570,. — Les habitants de Bridgewater furent d'abord exclus en bloc 
de l'amnistie (Roi. Pari., III. 103, § 32 . 

1. Docitm. n" 20)5. — A'oy. aussi n"' 207, 213 à 215. — La nouvelle de la confir- 
mation de l'amnistie en 1383 fut envoyée aussi aux shcrill's de ces trois comtés 
(.S/a<ij/e.s. II, 31). 

2. Docum. n " 205. — Des 1380, il avait fallu prendre îles mesures contre le bri- 
gandage dans le Devonshire; voy. plus loin, p. 17, note 1. 



LA RÉVOLTE DE 1381 CXI 

malgré les messages et les mots d'ordre qui par exemple attirèrent 
à Londres des gens venus des extrémités du royaume, il n'y 
eut point de vraie cohérence dans l'action. Et puis beaucoup de 
révoltés songèrent uniquement à piller ou à vider des querelles de 
l'amille et de clocher; ce n'est pas ainsi qu'on change un état politique 
et social, ^■ieux de plusieurs siècles, dans un pays où la tradition a tant 
de force. Seuls, les rebelles du Kent semblent avoir eu des 
idées politiques générales. Dans la plupart des comtés, l'égoïsme le 
plus étroit, le plus grossier, fut le seul guide des insurgés; et comme 
les intérêts n'étaient pas les mêmes partout, il suflit à la noblesse 
de tirer l'épée et au gouvernement d'envoyer des juges en tournée, 
pour que la majorité du peuple courbât la tête ou applaudit, ^^'at Tyler 
mort, aucun meneur n'eut assez d autorité pour arrêter la réaction. Il 
est douteux d'ailleurs que le tuilier de Maidstone, en supposant qu il 
fût sorti vivant de Smilhlicld, eût prolongé longtemps le cours de ses 
succès. C'était une âme vaniteuse et médiocre. On peut croire que les 
révolutions, pour réussir pleinement, ont besoin de chefs qui soient des 
hommes supéi*ieurs. 



m 



REPRESSION 1;T SLITKS DE I.A RICVOLTE 



lii'presjion Unli- I,a résistance à rinsurrcclion ne s"orj,^anisa que tardivement. Peii- 

ve. 

dant deux semaines, les f^ouvernants et les riches ne se défendirent 
point. A la lin du mois de mai, les conseillers de Richard II avaient 
jiris quelques mesures pour réprimer les troubles survenus en Essex, 
mais quand les insurgés chassèrent les commissaires royaux, formèrent 
des bandes et envahirent les grandes villes, comme Canterbury et Londres, 
alors lalTolement paralysa tous ceux qui se voyaient attaqués. Sans 
parler des moines, peu préparés à repousser des assauts ', les bourgeois 
n'essayèrent presque nulle part dopposer la force à la force, et se lais- 
sèrent parfois dépouiller par des rebelles isolés, qui usaient de menaces 
ridicules -. Les nobles, atterrés, donnèrent lexemple de la couardise; 
le comte de Suffolk s'enfuit de sa demeure sous un déguisement, et à 
Londres les insurgés envahirent la Tour sans que la garnison bougeât •*. 

1. La (eiTi'iir (jne k'iir iiis])ii'a la i-cvoltesc marque dansleiirs clironi(iuos. A leiu's 
yeux. l)ien entendu, les ré\ultés sont des instruments du diable, voire même des 



démons venus de l'enfer : Ilisl. anglic, I, 559, SGO : — Vita Kic. p. 30. — On a au 
<|ue dans le clerfi'é séculier l'insurrection recruta au contraire de nombreux 
fauteurs. 

'1. Les bovn'j;eois de IIunfinj;don, ])our a\dir fermé leui- ville aux rebelles, 
obtinrent jilus tard des fa\eurs spéciales, ^'oy. n" 156. — ^'oy. les hyperboles 
employées dans la relation des I.eller-Bnohs : liiley. .}[emorials nf Lnndon. p. 440- 
451. ' 

3. L'inaction de la noblesse est constatée i)ar plusieurs clu-oniquciu-s anglais : 
llist. aiifflic, I, 455, 458-450, 475: — (ieala abhaiiim, III, 310; — Vita Kic. p. 26; — 
Tlioine, col. 2156; — Chron. Ilenrici Knii/hton. II. 133; — Conlin. Eiiloijii. p. 353. 
— ^'oy. aussi PoUtical jtneins and sojiçfs. I. 227. — Froissai't ;i recueilli 1 écho des 
cris de terreur de la noblesse : (Chroniques, X, 01. 00. 



RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE CXIII 

Le conseil de Richard II ne sut l'ien prévenir, rien empêcher '. Ce fut 
un accident, la mort de ^^'at Tyler à Smithfield, qui moditia la situation 
et fit surgir la résistance. 

Enhardis par la disparition d'un des principaux meneurs, éclairés premières meau- 
sur l'irrésolution et la faible cohésion des révoltés, les gouvernants et 
les nobles ne pouvaient manquer de reprendre courage. A son retour 
de Smithfield, Richard II, de concert avec la municipalité de Londres, 
dégagea d'abord la capitale. Le séjour en fut interdit, comme on l'a vu, 
aux provinciaux. Un pouvoir discrétionnaire fut donné au maire ^^'il- 
liam ^^'ahvorth, à Robert Knolles, à John Philippot, à Nicholas 
Brembre et à Robert Launde pour maintenir Tordre dans la Cité et 
dans les faubourgs, et pour assurer l'arrivée des approvisionnements -. 
Les mêmes personnes, avec Robert Bealknap et ^^'illiam Cheyne, 
furent chargées de poursuivre et de juger les rebelles, principalement 
dans l'Essex, le Kent, le Surrey, le Sussex et le Middlesex ■^ et les tenan- 
ciers de l'abbé de Saint-Alban reçurent défense de molester leur sei- 
gneur ^. On avait si peu confiance dans la fidélité et le courage desshé- 
riffs et des autres agents ordinaires du pouvoir, qu'on ne leur donna ce 
jour-là aucune mission *', et ce fut seulement, à notre connaissance, le 
18, le 20 et le 23 juin, que furent rédigés les premiers mandements aux 
officiers royaux et municipaux, ordonnant de faire proclamer et de 
maintenir dans les comtés la paix du roi ^. Une phrase de U'alsingham 



1. Cf. les termes employés dans les actes royaux : « In turbatione detestabili... 
horribililer facta... ». (Rymer, édit. delà Record Commission, IV, 126.) « ...inaudi- 
tas et horribiles commoliones... ». (Ihid.. 123.) «... inista diabolica insurreccione » 
iDocum. n° 137.1 « ...in islo tempore furioso... ». (Docum. n° 34.) « ...tempère 
grandis rumoris... ». (Pat. 6 Rie. Il, p- 3, m. 10.) Cette dernière expression fit for- 
lune. L'année 1381 resta pour les Anglais l'année du tumulte : « IIoc anno fuit 
communitas popularis contra nobiles regni Anglie. et vocalur le Hui-li/nj ». 
{Annales de Berniondseia. p. 480.) « (It) was called Ihe ryflyng or hurling time ». 
(Blomeficld, III, 106.) 

2. Docum. n" 109. 

3. Docum. n° 110. 

4. Voy. plus loin, p. 26-27. 

5. Voy. les termes du docum. n» 110. — Sur les terreurs éprouAces par les 
shérifTs, voy. aussi Rot. Pari.. III, 115, n^vi. 

6. << Commissio pro resistendo pacis pertubatoribus », datée du J S juin, connue 
seulement parla transcription qu'en donnent les chroniques de Saint-Alban {Hist. 
anglic, II, 16-17', mais évidemment authentique. — Lettres du 20 juin, docum. 

ilém, et doc, de l'École des Chartes. — IL li 



CXIV INTRODUCTION HISTORIQUE 

a pu faire croire que le désarroi régnait même à la cour *. On a supposé 
que Richard II inclinait secrètement à favoriser les insurf];;és -. Tout 
au plus peut-on constater que le i^oyal adolescent éprouva du plaisir à 
« se mettre en a^■ant », comme le prouvent ses voyages à Blackheath, 
à Mile-End. à Smithfield et son attitude crâne après le meurtre de Wat 
Tyler, et qu'il ne fit rien pour prévenir le meurtre de son chancelier 
et de son trésorier, tout comme s'il n'avait pas été mécontent d'être 
débarrassé deux ■'. Bref, le jeune Richard II aurait, avec 1 ardeur 
vaniteuse de son âge, saisi cette bonne occasion de montrer quil était 
le maître et qu'il n'avait pas grande gratitude pour ceux qui le tenaient 
en tutelle. Les documents ne permettent de supposer rien de plus '. 
Aussi bien n"est-il pas nécessaire de recourir à une hypothèse hasar- 
deuse pour expliquer l'impunité laissée pendant quelques jours aux 
rebelles, après la mort de leur principal chef. Les officiers royaux 
avaient montré jusque là une si complète inertie qu'on pouvait croire 
inutile d'en appeler à leur énergie. Enfin la révolte, le 15 juin, était 
déjà si étendue, si violente, elle avait trouvé si peu d'obstacles, qu'il 

n° 111. — Lettres à la municipalité d'York. 23 juin, clans Rymer (Record Commis- 
sion). IV, 125. 

1. <■ Hcx erjro interea. modo Londoniis. modo at "NA'altham, morabatur. cum 
lurba plurima. cojiilans quid ajicndum pro comrauni rcjrni commodo et quiele. 
Placuit tandem repris consilio luijusccmodi litleras per patrias deslinare... » 
Suivent les lettres du 18 juin. JIIsl. anf/lic, II, 16. Ce passage manque dans le 
Chron. Anglin' . 

2. \o\. PoAvell, op. cit., p. 58-59. 

3. Le chroniqueur de Saint-Alban Ilist. ajnjlic. I. 456 rapjjorte que le chance- 
lier et le trésorier avaient voulu empêcher le roi de se rendre à Blackheath. Ils 
n'y réussirent pas. Peut-être fut-ce l'origine d'un dissentiment fatal àSudbury et 
à Robert Ilales. 

4. Dans ses lettres du 18 et du 23 juin, citées plus haut, Richard II se défend 
vivement d'avoir favorisé les rebelles et d'avoir consenti au meurtre du chance- 
lier, du trésorier et du chief-juxlive. Il est vrai que ces démentis ofliciels ne 
])rouvent rien. Mais les affirmations auxquelles ils s'opposent méritent-elles plus 
de créance? Souvent les insurgés, moitié par calcul, nujitié \ydv limimlsion d'un 
loyalisme grossier, ont prétendu, en volant et en pillant, agir au nom du roi. Faut- 
il donc les croire? D'après les teimes d'un nouveau démenti inyal publié le 3 juil- 

et (Rymcr, édit. t'e la Record Commission. IV. 126 , les rebelles, p(iur justifier 
euis e.xcts. préttnc'aicnt rue leur but était de protéger le roi centre son oncle, le 
traître Jean de Gand: on a seulement le droit d'en conclure que le duc de Lan- 
castre. comme beaucoup d'autres grands personnages, avait des ennemis acharnés. 
La haine des traîtres, le désir d'en débarrasser Richard II. la croyance que le 
prince les détestait aussi, étaient des sentiments connexes, qui suffisent à expli- 
quer le bruit de la complicité royale et l'illusion sincère de la feule. 



REPRESSION DE LA REVOLTE CXV 

fallait, pour la réprimer sûrement, réunir des forces imposantes et 
suivre un plan réfléchi. 

Les chroniqueurs nous disent que tous les nobles (entendons par là Kiuiiard n en E,- 

sex. 

les nobles des comtés du sud-est i furent convoqués par Richard II, et 
formèrent bientôt à Londres une armée considérable '. Le jeune roi, 
qui était encore le 20 juin à Londres -, partit bientôt après avec une 
partie de ses forces, et TEssex fut le premier théâtre de ses opéra- 
lions ^. Dès le "23 juin, il était à A\'altham, et le 7 juillet encore, sa 
présence nous est signalée à Havering-atte-Bower ''. L'arrivée du roi 
ne brisa pas toutes les audaces; les paysans de Billericay et des envi- 
rons ne déposèrent pas les armes, et envoyèrent des délégués à Walt- 
ham. Ils désiraient la confirmation formelle de la charte octroyée à 
Mile-End; ils voulaient être « libres comme leurs seigneurs >■> et être 
dispensés dassister aux séances de la cour manoriale, sauf deux fois 
par an pour linspection des francs-pièges. Les messagers furent débou- 
tés avec rudesse, et ce fut sans doute à la suite de cette entrevue que, 
parles actes du 30 juin et du 2 juillet, les promesses d'affranchisse- 
ment faites à Mile-End furent annulées. D'après le chroniqueur de 
Saint-Alban. les paysans de Billericay avaient résolu de ne point céder; 
les uns se cachèrent provisoirement dans les bois, les autres élevèrent 
des barricades. Le comte de Buckingham et Thomas Percy marchèrent 
contre eux et en exterminèrent un grand nombre '\ Les Assize Rolls 
confirment cette relation; on voit en effet qu'un certain John Gelfrey, 
bailli dEast-Hanningfield^ organisa la résistance dans la région de Bil- 
lericay. Le 26 juin, il fit prévenir un certain nombre d'habitants de 

1. John Malverne. p. G. —Hisl. anglic, II, 14; Gesla ahbaliitn. III. 3.32. — Vila 
Rie, p. 32. — Froissait. X, 130. 

2. Voy. dociini. n° 111. 

3. Nous if^norons si de grands massacres eurent lieu à Londres et dans les envi- 
rons immédiats. Notons cependant ce passage de John Malverne. chroniqueur 
bien informé et ^■é^idique : « Aniicis quoque Flandrensium, qui secus Tamenses 
ripas lares fovebant, qui etiam campestris turbe manibus neci tradebantur. pro 
eorum voto interfectores suorum carorum animadverli concessum est, in tantum 
quod uxoribus interfectorum occisores maritorum largitaest decoUandi poteslas. » 
(Malverne. p. 8.) 

4. Rymer Record Commission , IV, 125. — Docum. n"' 20". 210. — Le ii juillet. 
le roi était de retour à Londres Mêmes documents^ — Cf. John Malverne. p. 6; 
— llist. anglic. II, 19; — Vila Rie. p. 32; — Conlin. Eulogii. p. 354. 

ô. Uist. anglic, II, 17-19. — Cf. John Malverne, p. 6-7. 



CXV£ INTRODUCTION HISTORIQUE 

Hanningfielcl que, s'ils ne se réunissaient pas le lendemain, au lever du 
soleil, dans l'église de G^eat-Baddo^^•, pour aller combattre le comte de 
Buckingham et les autres hommes liges du roi, ils seraient mis à mort 
et leurs maisons seraient incendiées; le '27 juin, le même réunit dans 
les bois de Rettendon les habitants de Hanningfield, de AN'oodham- 
Ferris et de Rettendon, et leur tit jurer de se lever contre le roi au 
premier avertissement ^ . 

Pourchassés par les chevaliers, les derniers rebelles de l'Essex méri- 
dional essayèrent en vain de rallumer linsurrection à Colchester et 
dans les comtés limitrophes. Un certain nombre furent massacrés à 
Sudburv par les troupes de lord Fitz-^^'alte^ et de sir John Harleston -. 
La répression dans La lîacillcation du comté de Kent fut difficile. La révolte v a^'ait 

le Kent. , 

été d'une extrême violence. Soit que Richard II craignît de perdre son 
prestige en se heurtant à une résistance plus vigoureuse qu'ailleurs, 
soit que les passions politiques, particulièrement excitées dans le Kent, 
parussent exiger des ménagements ^, le roi et son entourage ne se 
montrèrent pas, croyons-nous, au sud de la Tamise, et passèrent la fin 
du mois de juillet à Saint-Alban et dans les environs '*. Dans le Kent, 
la répression fut l'œuvre de la noblesse locale; dès le '20 juin, la 
mission d'y rétablir l'ordre avait été donnée par le roi à Robert 



1. Essex Arch. Soc. Transact., Xew Séries. I. 218. 

2. Ilisl. Anglic, II, 19. — Blomefield, Hist. of Xorfolk, III. 111. — Cf. des 
lettres du 3 juillet au shériff du Kent, ordonnant de faire immcdiatcnient arrêter 
les frens d'Essex qui viennent provoquer des troubles dans son comté : mêmes 
lettres à tous les autres shérifl's d'Angleterre (Rynier, cdit. de la Record Commis- 
sion, IV, 127;. 

3. Walsing'ham Ilisl. anfjlic, II. 11 donne de l'abstention du roi une explica- 
tion difiérente, dont il n'y a pas lieu de tenir compte, car il parait très mal ren- 
scifrné sur la situation dans le Kent à ce moment-là et même pendant toute la 
rébellion. 

5. Voy. plus loin, p. 146 et suiv. — Le 23 août seulement, Richard II apparaît 
à Eltham Docum. n" s). Froissart nous parle d'un voyajre de Richard II à 
Osprinjre, Canterbury, Sandwich, Yarmouth, Orwell « et ailleurs )>,mais on ne sau- 
rait se fier à lui. C/ironif/oes. X. 130-131 .Sonnouvel éditeur, M.Gaston Raynaud 
{ihi(l..p. .\xxvi, note 6 , assure que " aussitôt l'émeute apaisée à Londres, le roi était 
parti pour le Kent » et que de là il se rendit en Essex où on constate sa présence 
des le 23 juin ; mais M. Raynaud ne se réfère qu'à Johnes, autorité insuffisante. 
On a vu que les actes royaux du 18 et du 20 juin sont datés de Londres. Cf. la 
Conlin. Eulogii : <• Rex transivit in Estsex et Hertfordshyram, cornes Cancie in 
Canciara » (p. 354). 



REPRESSION DE LA REVOLTE CXVII 

d'Ashton, connétable de Douvres, à John de Glynton, à Thomas Try- 
vet, à Stephen de ^\llence et au shériff du comté '. La rébellion ne 
cessant pas -, un certain nombre de chevaliers prirent Tinitiative de 
réunir des troupes et de s'établir dans des places fortifiées pour aller 
de là poursuivre les séditieux ; avec la permission du roi, on leva des 
cotisations dans le pays afin d'acquitter les frais de cette prise 
d'armes •'. Au mois d'août, on put croire que l'œuvre de soumission 
était finie. Nous verrons d'ailleurs bientôt que pareille confiance était 
excessive. 

L'insurrection avait été très redoutable aussi dans le Sulfolk, le Nor- La répression dans 

les autres com- 

folk et le Cams. Le comte de Suffolk, cherchant la revanche de ses ter- té?, 
reurs passées, se chargea de pacifier le comté dont il était le titulaire. 
Lévèque de Xorwich, Henry Spencer, étouffa la révolte dans les com- 
tés de Northampton, de Huntingdon, de Cambridge et de Norfolk, et 
ce prélat semble même avoir seul livré aux insurgés une véritable 
bataille ''. 

Il est probable que clans les autres comtés nulle prise darmes géné- 
rale ne fut nécessaire, et que les menaces suffirent pour rétablir un 
ordre relatif "'. Si la répression n'y avait pas eu un caractère purement 
judiciaire, on peut supposer que les chroniqueurs nous auraient 
raconté les beaux faits de guerre accomplis aux dépens des rebelles. 

Même dans les comtés les plus violemment agités, l'action des tribu- Action parallèle 

,,,,.. des tribunaux. 

naux fut parallèle à l'action des armées, fait peu fréquent dans 1 histoire 
du moyen âge ^. Dès le retour de Smithfield, dans un acte du 15 juin, 
le roi ordonnait de faire le procès des coupables selon les formes ordi- 
naires de la justice ^. Dans d'autres lettres, il est vrai, il recommandait 
à William Walworth et aux autres commissaires de châtier les 



1. Docum. n" 111. — Cf. n" 112. 

2. Voy. un exemple de résistance : Archseol. Cant., III, "7. 

3. Docum. n° 113, acte du 10 juillet. 

4. Pour plus de détails, voy. plus loin, p. 134 et suiv. ; et Powell, op. cit., 
p. 25, 55 et suiv. — Pour le secours qu'il apporta à l'abbé de Peterboroug^h, 
voy. Chronicon H. Knighton, II, 1 iO-141. 

5. Lettres du roi adressées le JO juillet aux nobles du Lincolnshire {docum. 
n" 148) et le 16 aux nobles du Hants et du Wilts [docum. n° 199). 

6. Voy. plus loin, p. 159. Ic^; réflexions d'André Réville. 
". Docum. n" 110, p. 236. note 3. 



CXVIII INTRODUCTION HISTOUTQUE 

rebelles « selon la loi du royaume au pur d'/nilres voies el moyens * ». 
Il laissait donc une certaine latitude à ses délégués. Ceux-ci en profi- 
lèrent pour faire immédiatement exécuter Jack. Straw, dont la culpa- 
bilité n'était pas douteuse, et quelques autres chefs de bande. 
Mais un passante des Rôles des parlements nous montre que cette 
justice expéditive ne frappa que certains meneurs particulièrement 
dangereux et pris en flagrant délit de félonie -. Les documents 
qu'André Réville a réunis prouvent également que les condamnations 
irrégulières furent exceptionnelles. 

Les enquêtes et les procès, en effet, nous ont été, comme on l'a vu, 
conservés en grand nombre. Les Placitn coram rege. en particulier, 
permettent de suivre dans le détail l'action des tribunaux et suggèrent 
maintes remarques intéressantes. Mais André Réville, dans la troisième 
partie de sa thèse, a étudié longuement la fin de la sédition dans les 
comtés de Hertford, de Sulfolk. et de Norfolk ; les cas des tenanciers de 
Saint-Alban et de Burv sont des exemples typiques. Nous serons donc 
brefs. 
Les enquêtes. Lcs cnquêtcs furcut nombrcuscs et commencèrent dès le mois de 

juin ^; la plupart de celles qui sont datées eurent lieu en juillet. Elles 
furent dirigées soit parlenouveauc/j/e/"-y»sf/ce, sir Robert Tresilian, qui 
dépensa en cette affaire beaucoup d'activité personnelle, soit par les 
shéritfs ou les juges de la couronne, soit par des officiers municipaux 
comme le maire de Londres, soit par des personnages connus pour leur 
lovalisme ou considérables par leur qualité, comme Robert Knolles, 
comme les comtes de Buckingham, de Kent, d'Oxford, ou comme le 
duc de Lancastre. qui le 18 août reçut mission de faire des enquêtes 
partout où il se trouverait '. Ces enquêtes eurent lieu au criminel et au 

1. Docum. n° 109. p. 2.34. 

2. Les capitaines cites dans ce passage {Rot. P<ir/.. III. 175, n" i , comme «' has- 
tiement décollez •>. sans « processe de ley », sont des gens >< corne A\'auter Tylere 
del countée de Kent. Jakke Strawe en Esscx, John Ilanchach en le counlé de 
Cantcbriggc. Robert Pliip])e en le countée de Ilunlyngdon ». Sur l'exécution de 

lra\v. voy. Ilist. .mf/Zic, II. 9-10. 

3. Voy. par exemple une enquête faite le 2.3 juin à Ilavering-atle-Bower. dans 
Ester Arch. Soc, Transactions. Xew Séries, I, 216. 

4. Rymer Record Commission. IV, 1.30. — \'oy. dans notre Append. II, 
Série G. et à la fin de chacune des séries précédentes, le texte ou l'analyse des 
mesures édictées par le gouvernement. 



REPRESSION DE LA ItÉVOLTE CXIX 

civil. II ne s'ag-issait pas seulement, en effet, de découvrir les cou- 
pables ; il fallait donner satisfaction aux victimes des dévastations et 
des vols. Certaines persnimes restèrent dépouillées de leurs immeubles 
jusqu'au mois d'octobre ' . Partout où Richard II passa, il fut visiblement 
harcelé par les plaintes des propriétaires lésés et à maintes reprises il 
ordonna sur leur demande des enquêtes spéciales "-. 

Les mêmes personnages qui avaient reçu cette mission d'instruire Les procès. 
les procès, eurent généralement aussi celle de juger les accusés ^. 
Ainsi William Wahvorth cita devant lui tous les malfaiteurs arrêtés 
à Londres et dans les environs, quel que fût d'ailleurs leur pays d'ori- 
gine ^. Tresilian siégea dans plusieurs comtés, et d'abord en Essex et 
en Herts ^. 

La tâche des juges était lourde. Bien que maints coupables se fussent 
enfuis ^, les procès furent extrêmement nombreux. Ajoutez qu il 
n'était pas toujours facile de distinguer les vrais coupables de leurs 
complices involontaires '. La pratique du jury, que, fait notable, on Auitu.le Jes jurés 
ne délaissa pas en ce « hurlyng time », dégageait, il est vrai, la res- 
ponsabilité formelle des juges. Mais les abus qu'elle entraîna étaient 
propres à inquiéter leur conscience. Les jurés étaient des hommes, 
et dont les passions, les haines et les craintes, étaient excitées plus 
vivement que jamais. Certains témoins accusaient des innocents» 



1. Cas de John Lepeiiden. en Essex : docum. n° 73. — ^'oy. aussi n" "i. 

2. Docum. n"' 6" à 71, 73, 76, etc.. — Cf. les lettres permettant aux intéressés 
de chercher et de récupérer eux-mêmes par la force les biens volés [docum. 
n° 66); ordonnant la reconstitution des titres brûlés [docum. n° 6) et la reprise 
des services et corvées {docum. n"' 150, 210, etc...'. 

3. Par exception, le roi confie à l'abbé de "\^'altham le droit de décider de la 
peine à infliger aux rebelles qui ont brûlé les litres du monastère, et lui accorde 
d'avance le produit des amendes. {Docum. n" 62). 

■5. Voy. les termes, très vag^ues à dessein, des mandements du 15 juin : docum. 
n"' 109 et 110. — Cf. llisl. aiuflic. II. li. — Stow, p. 292 b. — Blomefield. III, 
111. 

5. Hist. anylic. II. 19-20. 35 et suiv. 

6. Voy. docum. n" 78 et la note. — Ordre aux gardiens des ports de retenir les 
sujets du roi qui prétendent passer sur le continent sans autorisation spéciale ; 
beaucoup de rebelles cherchent à fuir par mer. (Lettres du 5 juillet : Rymer, 
édit. de la Record Commission, IV, 127). 

7. Comme il est dit dans une pétition présentée au parlement d'octobre 1382, 
« les traitours firent diverses boues gentz aler avec eulx encontre leur volentée ». 
{Rot. Pari.. III, 1 40, n° xxv). Xos documents en offrent maints exemples. 



vernement. 



CXX INTRODUCTION HISTORIQUE 

pour les faire « chanter » ou pour satisfaire de vieilles rancunes ^ 
D'autres, par peur de puissantes inimitiés, n'osaient point dire la 
vérité -. Beaucoup s'y refusèrent par esprit de camaraderie et ne 
cédèrent qu'à des menaces ^. L'impartialité des jurés qui dictaient les 
sentences était également sujette à caution. On prétend que ceux du 
comté d'Essex ne se laissèrent arracher la condamnation des chefs de 
la révolte que par la crainte d'être eux-mêmes punis de mort ■*. 
Modération du gou- Si Cette dernière assertion est fondée, il ne faudrait pas en conclure 
que les gouvernants aient cherché à rendre la répression judiciaire 
très rigoureuse ni qu'ils aient poussé les juges à user d'une barbarie 
aveugle. Si des excès de pouvoir se commirent, les conseillers du roi 
n'en furent pas les auteurs, et ils cherchèrent à en prévenir le retour. 
Non seulement certaines sentences furent révisées ^, non seulement 
des grâces individuelles furent accordées ®, mais les commissaires 



1. John Malverne, p. 0. - Cas de paysans du Ilerts, fuyant pour éviter les 
dénonciations calomnieuses: voy. plus loin, p. 151, note 2. — Cas, d'ailleurs équi- 
voque, de John Spayne, de Lynn. qui aurait été accusé faussement de meurtre et 
de pillag:es, « per inimicitiam j;encium hundredorum de Galhowe et Brothercross ». 
{Pat. 6 Rie. II. part. 3, m. 10). — Autre cas dans : Archœol. Cant.. III. 85. 

2. Au parlement de novembre 1.381, Richard de Clevedon accusa un chevalier 
de Brid^ewater, sir ^^'illiam Co}j:an, de s'être associé aux rebelles de la ville pour 
piller les étaljlissements de l'Hôpital. Il offrit de prouver son dire par le duel judi- 
ciaire, et refusa le « verdit des jurrours », parce que » ledit Monseijrneur William 
cstoit riche home, et il povre », et qu'une enquête ne saurait être défavorable 
audit William, » coment que la cause feust auxi verroi come ce est que Dieu est 
en ciel ». William Cof,^an réclama au contraire <' le verdit du pays » {Rot. Pari.. 
III, 105-106, §§ 43 et 4 J). 

3. Cas des paysans du Herts : voy. plus loin, p. 152. 

4. Green, llisi. du peuple anglais, I, 288. Cette assertion est probablement 
empruntée à M. S. Bayly. qui a lui-même oublié de donner ses preuves [Essex 
Arch. Soc, Transactions. New Séries, I, 210-211). 

5 Cas de GeotTrey Cobbe : clocum. n° 141. 

6 . Elles le furent même, il faut le dire, à des gens convaincus de délits très 
graves. Paul Salisbury, de Londres, fut gracié dès le 22 juillet idocum. n" 34). — 
William Pecche, accusé de complicité dans le meurtre de Richard d'Inworth, 
reçut, le 12 janvier 1382, des lettres de même type [docum. n" 46). Ces lettres de 
grâce portaient que l'accusé n'était pas coupable du meurtre du chancelier ou du 
trésorier. Cependant on en accorda, parées de cette même formule, à Ralph 
Wardale et à Thomas Tyler, qui étaient justement accusés desdits crimes (c/ocujn. 
n° 30,. — Ces actes, dont le formulaire était antérieur aux décisions prises par le 
parlement de novembre 1381-février 1382, furent encore distribués en février et 
en mars 1382 (Voy. docum. n"' 27, 91 ; — Coram reçje 5 Rie. II, m. 21, lettres du 
12 mars 1382 pour un accusé du comté de Ilcrtford). 



REPRESSION DE LA REVOLTE CXXI 

chargés spécialement de s'occuper des vols de biens meubles furent 
révoqués le 12 septembre pour abus de pouvoir, et les personnes 
qu'ils avaient fait an^êter furent remises en liberté. ' Enfin, par 
une série de lettres de dateg diverses, expédiées pour la plupart 
à la fin du mois d'août, le roi interrompit les poursuites et évoqua 
à son Banc les causes des accusés ^. 

On pourra supposer, il est vrai, qu'avant l'adoption de cette mesure 
la répression avait été implacable et que, pendant plus de deux mois, 
les jugées primitivement désignés s'étaient appliqués à terroriser le 
peuple. John Malverne, A^'alsingham et d'autres encore l'affirment. 
Ils nous disent que les bourreaux ne chômèrent pas : à Londres, un 
billot resta en permanence sur le Cheap, et dans les comtés il fallut 
augmenter le nombre des gibets ^. Mais nous croyons que les chroni- 
queurs, ravis d'avoir à relater la déconfiture des rebelles, ont outré 
plutôt qu'atténué la cruauté des vainqueurs. Le chilTre de quinze cents 
exécutions, donné par Froissart, nous semble exagéré \ Si nous 
additionnons les noms des insurgés pendus ou décapités, fournis par 
les pièces d'archives, nous en comptons cent dix environ. Le chilTre est 
celte fois trop faible ■', mais peut-être approche-t-il de la vérité. 
Remarquons qu'un grand nombre de rebelles, reconnus coupables de 
crimes très graves, ont été exclus de l'amnistie par les parlements de 
novembre 1381 et d'octobre 1382 ; le bourreau les avait donc épargnés ". 

Cette modération est d'autant plus notable que la paix ne fut pas La situation reste 

critique. 

1. Rymer Record Coniniission\ I"\', 133. 

2. Voy. ci-dessous, p. 158 et note 4; — docum. n° 211. 

3. John Malverne, p. 7-8. — Hist. anglic, II, 14-15, 20. — Vita Rie, p. 29, 32- 
33. — Chronicon H. Knighton, II, 150. — Adam de Usk, p. 2. — Sur les divers 
g;enres de supplices, voy. John Malverne, p. 8 ; Hist. anglic, II, 20. — Voy. plus 
loin, p. 130-151, le récit de la condamnation et de la mort de John Bail. — 
A\'alsingham cite parmi les chefs décapités à Londres John Kyrkeby, Alan 
ïredere ou Treder, John Starlyng d'Essex Hist. anglic, II, 14-15). 

4. Froissart, X, 131. 

5. Les séries de documents ne sont pas complètes: il y a par e.xemple de 
grosses lacunes dans les Escheators' accounts et les Escheators' inquisitions, qui 
seraient particulièrement propres à établir cette statistique. 

6. Certains d'entre eux, il est vrai, avaient échappe aux dénonciations jusqu'à 
l'époque où ces parlements furent convoqués : mais on en pourrait citer d'autres 
qui, arrêtés et emprisonnés, avaient profité de la lente régularité de la justice 
pour éviter la peine capitale; par exemple Thomas Faringdon (.Voy. docum. n° 
10, p. 195 ; docum. n"' 27-28). 



CXXII INTRODLCTIOX IIISTOIUQUE 

aisée à rétablir. Presque paiioul. la révolte eut des prolongements 
pendant plusieurs mois. A la lin de Tannée, les inquiétudes du gouver- 
nement n'étaient nullement calmées; dans des lettres du l'2 novembre, 
Richard II défendait à un noble de passer sur le continent, « à cause 
« des périls qui menacent le royaume, en ce temps de troubles qui, 
« dit-on, se propagent partout ' ». On craignait surtout la turbulence 
des gens du Kent. Dans les derniers jours de septembre et la première 
semaine d'octobre, ils avaient failli soulcA'er une nouvelle rébellion. 
Les auteurs du projet étaient un maçon de Linton, nommé Thomas 
Hardyng, un foulon, un boulanger, un charpentier et d'autres petites 
gens, habitant la région de Maidstone. Ils avaient tout dabord songé à 
obtenir le renouvellement et rexécution des promesses que le roi 
avait faites dans la prairie de Mile-End. Si Richard II refusait, on le 
tuerait, lui et ses conseillers, et Ton anéantirait les lois du royaume. 
Puis, ayant ouï dire par des pèlerins que Jean de Gand avait 
affranchi tous les serfs de ses domaines, ils formèrent le projet 
de lui transférer la couronne. La trahison de quelques conjurés permit 
d'arrêter rapidement ce mouvement, qui menaçait déjà de s'étendre 
dans les comtés voisins -. 
Le parlement de G'est 60 ces circonstances critiques que le parlement se réunit à 
^^^estminster. Convoqué pour le 3 novembre 1381, il ne commença en 
réalité ses délibérations que le 13 ; prorogé au bout d'un mois, à l'occa- 
sion des fêtes de Noël, il tint sa seconde session du 27 janvier au 
25 février 1382 ^. Les lords et les communes furent unanimes à con- 
damner la rébellion, et le statut rédigé le 17 mai 1382, qui est le reflet 
de leurs opinions, fut destiné surtout à effacer les traces de la révolte 
et à en prévenir le retour. On verra plus loin comment fut résolue la 
question du vilainage. Signalons ici Taninistie accordée aux nobles 
qui « firent diverses punissementz sur les ditz villeins et autres trai- 
« tours sanz due procès de love », et l'article défendant « estroitement 
« a toutes manères des gentz, sur peine de quanque ils purront forfaire 

1. Claus. 5 Rie. II. m. .30. 

2. Yoy. les documents publiés (en traduction par ^^'. E. Flaherty : Se(iuel (n 
the (frent rébellion in Kent of I3SI, dans VArclueologia Cnntian.t. IV. ann. 18G1, 
p. 67-S6. — AppemL II, docum. n- 72. 118 à 120. 

.3. Rot. P.'irl., III. 98 et suiv. 



KEPRESSION DE LA KEVOLÏE CXXIII 

« en corps et en bien, que nully desore face ne recomence par 

« voie quelconque celles riot et rumour n'autres semblables ' ». Dès le 
14 décembre, de concert avec le parlement, le roi nomma dans trente- 
trois comtés des keepers of the peace, avec mission de réprimer par la 
force tout nouveau soulèvement -. 

11 parut cependant que le meilleur moyen de pacifier le royaume L'amnistie. 
était la clémence; les communes, après entente avec les lords, deman- 
dèrent au roi une amnistie, en spécifiant toutefois un certain nombre 
d'exclusions. Les ministres de Richard II profitèrent de l'occasion 
pour obtenir le renouvellement du subside des laines ; moyennant quoi 
l'amnistie fut accordée ^. 

La liste des exclusions individuelles, telle qu'elle existait à la fin de 
la session, comprenait deux cent quatre-vin^4-sept noms '. La mesure 
prise par la chambre des communes avait en somme le double résultat 
d'amnistier la plupart des accusés, et d'attirer les rigueurs des tribu- 
naux sur une minorité de meneurs, dont les noms furent rappelés ou 
même révélés au conseil royal par les députés "'. Après avoir demandé 
aussi l'exclusion « en bloc » des habitants de Canlerbury, de Cam- 
bridge, de Bridgewater, de Bury, de Beverley et de Scarborough, les 
communes avaient renoncé à ce système de punition générale; l'appli- 
cation en fut maintenue par le roi pour la ville de Bury ^ . 

Au parlement du mois d'octobre ', les communes obtinrent que le 
roi renonçât à exiger de chaque personne amnistiée l'achat d'une 
lettre de rémission **. En revanche elles continuèrent leur campagne 
contre les meneurs qui avaient échappé à la répression. Deux enquêtes, 
faites sur leur demande par les shériffs de Londres, au mois de 

1. Slatutes, II, 20. 

2. Dociim. n» 213. — Cf. Thoi-ne, col. 21N0-2181. 

.3. Rot. Pari., III, JOO, § 15; 103, g 32 ; 101. — Pour plus de ck-tails, voy. ci-des- 
sous, p. 160-163. 

5. Sur les erreurs commises, voy. plus loin, p. 162. 

5. Rot. Pari.. III. 111 .1, § 63. — Voy. en particulier le cas de William ^^'igrge, 
dénoncé par trois chevaliers de la chambre des communes : docum. n" 192. 

6. Rot. Pari, III, 103, § 32 ; 118, g 95. 

7. Ce parlement, convoqué pour le 6 octobre 13S2, commença le 8. iRof. Pari., 
III, 132). — Au parlement du mois de mai 1382, il n'avait j^uère été question de la 
révolte [Rot. Pari., III, 122 et suiv.) 

8. Rot. Pari.. III. 139. n"xx. — Voy. ci-dessous, p. 163. 



CXXIV IMRODLCTION HISTORIQUE 

novembre, amenèrent des révélations d'une gravité exceptionnelle; 
plusieurs aldermen furent formellement accusés de complicité avec les 
rebelles et cités en justice '.Les communes obtinrent également des 
poursuites contre Richard Mory, Richard Dell et Thomas Faringdon -. 
Ce dernier avait cependant obtenu quelques mois auparavant des 
lettres de pardon ^. 

Les parlements suivants eurent la même politique. L'amnistie fut 
confirmée '', mais ceux qui en avaient été exclus n'obtinrent aucun 
avantage, et l'on demanda que les meneurs comme ^^'at Tyler, tués 
sans forme de procès, fussent considérés tout de même comme « félons 
convictes » et que leurs biens restassent confisqués, malgré les récla- 
mations de leurs héritiers '. 
Application de Comment les mesures réclamées ou décidées en parlement furent-elles 

l'amnistie. ,• , c, ,-.. ,11 1 1 ' 1 

appliquées? C est ce que nous apprennent les documents découverts 
par André Réville. Beaucoup de gens compromis, qui n'avaient pas 
été exclus de l'amnistie, vinrent solliciter des lettres de rémission, 
moyennant finance, avant le terme extrême fixé par le parlement de 
1381, c'est-à-dire avant le 25 mai 1382. Mais ils durent ensuite présenter 
ces lettres aux tribunaux, et souvent ils ne reçurent leur congé définitif 
qu'après de longues vérifications ^. Certains durent se procurer en 
outre à la chancellerie des lettres de non molesfando, pour échapper 
aux'shériffs et aux échoiteurs ". D'autres ne furent relâchés qu'en pro- 
duisant des garants **. Enfin les juges ne se crurent pas interdit d'écou- 
ter de nouvelles dénonciations et d'ordonner de nouvelles poursuites ^. 
Aussi les intéressés ne se fièrent-ils guère aux concessions obtenues 
par les communes. Bien que le roi eût promis, à deux reprises, pen- 
dant les parlements du mois d'octobre 1382, et du mois de février 

1. Rot. Pari, III, 139, n° xx. — Docum. n° 10. 

2. Rot. Pari.. III, 134, g 16. — Docum. n° 28. 

3. Docum. n" 27. 

4. Pour le parlement de février 1383, voy. ci-dessous p. 163. 

5. Roi. Pari., III, 175, n" i. 

6. Voy. par c.v. les docum. w' 63, 91. 

7. Docum. n"' 79, 83, 96, etc.. — Voy. des lettres de ce prenre dans Rymer 
(Record Commission'!, IV, 156. 

«. Docum. n°' 79. 80. 122. etc... 

9. Cas de Richard Nev^lle : docum. n" 41. 



RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE CXXV 

1383, de ne plus exiger l'achat de lettres de pardon, les rebelles qui 
n'en avaient pas encore demandé n'étaient point sans inquiétudes, et 
un certain nombre allèrent chercher en 1383 et en 1384 des chartes 
spécifiant qu ils devaient jouir du bénéfice de la rémission '. 

Si quelques tribulations attendaient les rebelles admis à la grâce du 
roi, en revanche ceux que le parlemeut en avait écartés furent mieux 
traités qu'on ne pourrait le croire. En elTet, parmi les insurgés exclus 
de l'amnistie, ceux dont nous connaissons le sort reçurent presque tous, 
tôt ou tard, des lettres de pardon, qu'ils eussent été acquittés par le jury, 
comme Robert Gave, un des chefs de bandes du Kent "-, ou bien con- 
damnés à mort, comme Thomas Sampson, un des principaux rebelles 
du SulTolk ■*. La sentence du jury ne semble donc pas avoir eu d'impor- 
tance pour cette catégorie de rebelles. Elle ne servit même pas à 
rendre leur libération plus ou moins prompte, car Thomas Sampson 
reçut son pardon dès le 14 janvier 1383; Robert Cave, au contraire, 
acquitté au terme de la Trinité de la même année, fut réintégré en 
prison comme ayant été exclu de l'amnistie en parlement, et ne fut 
libéré qu'en 1392. 

Ainsi les conseillers et les officiers du roi, si disposés qu'ils parussent 
à s'entendre avec le parlement, et à respecter la pratique du jury, 
agirent souvent à leur guise. Mais, tout bien considéré, ils ne se mon- 
trèrent point rigoureux, et la répression de la révolte de 1381 n'eut 
pas le caractère d'une vengeance, non plus de la part des gouvernants 
que de la part des hautes classes. 

L'indulgence des seijrneurs terriens et des bourgeois paraît moins Annulation des ef- 

. , , . . . feu de la rcTol- 

étonnante, si l'on songe que d'après leur accord unanime l'insurrection te. 
ne devait avoir aucune portée, aucun résultat quelconque, hormis les 
malheurs irréparables. En elfet. toutes les conséquences qui pouvaient 
être effacées le furent avec soin par les parlements de 1381 et de 1382. 
Les rebelles avaient brûlé quantité de pièces d'archives, obligations et 
créances, registres et rôles de manoirs, actes judiciaires, chartes 

1. Docum. n"» 81. 189. — Autres exemples : lettres du 26 févr. 1383, dans Put. 6 
Rie. II. part. 2, m. 18 : lettres du 8 nov. 1384, dans Pat. 8 Rie. II. part. 1, m. 10. 

2. Voy. docum. n" 3. 

3. Voy^ plus loin, p. 158 et 162. 



CXXVI INTRODUCTION HISTORKJLE 

royales, etc.; on décida que les litres détruits seraient autant que 
possible reconstitués, et que les nouveaux auraient la valeur des 
anciens '. Des sommes dargent ou des obligations avaient été extor- 
quées, des propriétaires avaient été dépossédés de leurs maisons et de 
leurs terres; les coupables furent contraints à la restitution ^. 
La question du Sur la qucstiou la plus importante, celle du servage, le parlement 
avait ete devance, non pomt à vrai dire par la royauté, mais plutôt 
par l'initiative privée. 

La nouvelle de lartranchissement des serfs octroyé par Richard II le 
14 juin s'était répandue dans le pays comme le feu qui suit une traî- 
née de poudre. Dans un grand nombre de manoirs, les vilains s'étaient 
mis à refuser les services •'. Immédiatement les propriétaires récla- 
mèrent l'appui du roi, comme si la charte du 14 juin n'existait pas. Et 
en eiïet elle n'existait pas légalement : le souverain, comme il le recon- 
nut lui-même, n'avait point le droit d'abréger les revenus des proprié- 
taires '. Aussi, dès le 30 juin et le l*""" juillet, sur la demande de divers 
seigneurs de l'Essex, du SutTolk, du Norfolk, du Lincolnshire, 
Richard II faisait-il proclamer dans ces comtés que les tenanciers, 
libres ou serfs, devaient s'acquitter des mêmes u travaux, coutumes et 
services » qu'avant la révolte, qu'ils ne devaient revendiquer aucun pri- 
vilège nouveau, et que les récalcitrants seraient arrêtés et emprisonnés ■'. 
Le '2 juillet, des lettres patentes annulaient explicitement la charte de 
manumission, accordée « sur l'instance importune des rebelles », et 
rédigée « sans mûre délibération, indûment, pour le plus grand pré- 
« judice du roi, des prélats et des grands du royaume '' ». Pendant 
les semaines suivantes, plusieurs mandements furent expédiés pour 



1. Roi. Pari., III, lli, S '2; 116, n" xiii : 138, n" xi ; 10 i, § 62. — SLilnles, II, 21, 
c. VIII ; 27, c. IV. — Docum. n" 6. 

2. Rot. Pari., III, 111, § 71 ; 110, n" xxv. — Slaliites, II, 20. c. vi et vn. — Cf. 
Gesla nbbnlum. III, .356-.3Ô9. 

3. Vila Rie, p. 32. — Gesla abbalum. III. 352. 

4. C'est ce que déclara roratcur du j;uuverncmenl, dans le « discoiws du trône >> 
du 13 novembre 13S1 : « Ce ne i)oait il faire de Ijone i'oy et la loy de sa terre.. 
...Les dilz j;ranlz... encontre reson, loy et honc foy furent faitz et grantez, en 
desheritance des prelatz et seij^neurs de son roialmc ». [Rot. Pari., III, 99, § 8.) 

ô. Rynier Recuid Connnission;, IV, 126. — Docum. n" 210. 
6. Rymer, loc. cil. 



SUITES DE LA RÉVOLTE CXXVII 

obliger les tenanciers de divers manoirs à abandonner leurs préten- 
tions nouvelles * . 

Les conseillers du roi ne voulaient cependant pas endosser la res- 
ponsabilité de la lutte avec les paysans. La persistance des troubles les 
inquiétait sans doute. Sans être sincèrement favorables à la cause 
des vilains -, ils désiraient rejeter sur le parlement l'impopularité d'un 
refus définitif d'émancipation. Le 13 novembre, au début de la session, 
le trésorier Hugh Segrave posa donc la question en ces termes : u Si 
« vous desirez d'enfranchiser et manumettre les ditz neifs de vostre 
« comune assent, come ce luy ad esté reportez qe aucuns de vous le 
« desiront, le roi assentera ovesqe vous a vostre prièi^e ». La réponse 
fut celle quon pouvait attendre, vu les intérêts des membres du par- 
lement et des classes qu'ils représentaient. Pi-élats, seigneurs laïques, 
chevaliers et bourgeois déclarèrent c a une voice », que le roi avait 
bien fait de révoquer cette charte de manumission, u a quoy ils n'assen- 
(( tèrent unqes de leur bone grée, n'autrement, ne jamais ne ferroient, 
« pur vivre et murrir touz en un jour » ; ils demandèrent que la révoca- 
tion fût confirmée, et que les actes d'affranchissement extorqués fussent 
annulés, anéantis ^. 

L'altitude des lords et des communes, dans les parlements posté- 
rieurs, resta la même. C'est ainsi qu'en 1385 les communes récla- 
maient et obtenaient l'extradition des vilains qui abandonnaient la cam- 
pagne pour les villes '. En 1388, le roi leur accorda que les enfants 
des paysans ne pourraient plus quitter le manoir après l'âge de douze 
ans"'. En 1391, elles demandèrent qu'il fût interdit aux vilains d'en- 
voyer leurs enfants à l'école, car ils essayaient par ce moyen de les 
pousser dans la carrière ecclésiastique ". Qu'on ne croie point que les 

1. Docum. n" 210. — Lettres du 15 juillet « pro nativis nionasterii Sancli Albani 
ad opéra débita compellendis », dans : Gesta abbniiim, III, 353. 

2. Yoy. le docum. n" 185, relatif au manoir royal de Lanj;ley-Mansh ; les docum. 
W' 57 et 75, concernant les manoirs de Harrow-on-tlie-Hill et d'Otlbrd, tombés 
entre les mains du roi pendant la vacance du siège de Canterbury. 

3. Rot. Pari., III, 99. § 8; 100, S 13. 

4. Rot. Pari.. III, 212. §27. —Statutes, II, 38, c. ii. — ^'oy. aussi même demande 
en 1391 : Rot. Pari., III, 296, § 51. 

5. Slalules, II, 57, c. v. 

6. Rot. Pari.. III, 291, g 39. — Cette mesure fut rcjclce par le roi, évidemment 
parce qu'elle aurait entravé le recrutement du clergé. 



CXXVIII INTRODUCTION HISTORIQUE 

bourgeois fissent preuve envers les vilains de moins de défiance et de 
dureté que les propriétaires ruraux. Après la révolte, les citoyens de 
plusieurs villes, par exemple Londi'es \ York-, Bridgenorth •*, refu- 
sèrent aux personnes nées dans le servage Taccès de la bourgeoisie. 

Quelle est cependant l'opinion courante sur les résultats qu'eurent 
les événements de 1381 pour la condition des classes agricoles? 

Opinion de Ro- Daprès dcs historicus autorisés, comme Rogers, Stubbs, Denton, 
ces résultats furent considérables et bienfaisants. Rogers, qui est 
l'auteur responsable de la théorie, déclare que la victoire, en apparence 
aux mains du roi et des nobles, appartint en réalité aux paysans. « La 
« guerre de 1381 eut pour eJF^t l'extinction pratique du vilainage ». 
Dès le règne de Richard II, les corvées ne furent décidément plus 
i^eprésentées que par des taxes pécuniaires. « Il est évident, » dit le 
même historien, « que le roi s'efforça de faire droit aux demandes des 
« serfs. Il consulta le parlement pour savoir s'il devait donner suite 
« aux chartes d'alfranchissement qu'il avait accordées. Quand le par- 
« lement eut refusé avec indignation, les juges, cédant, j'en suis con- 
« vaincu, aux instances du roi, interprétèrent les tenures serviles 
« dans un sens favorable aux serfs, qu'ils protégèrent contre toute 
« mesure arbitraire ». Les paysans, qu'ils eussent des tenures libres 
ou vilaines, devinrent des personnages dans l'ordre social et politique. 
Si l'on parle encore du servage au xv*^ siècle, ce n'est plus qu'une 

Oi.inion de stubbs. fictiou légale '*. w Lcs vilains, dit M. Stubbs, avaient porté le coup 
« mortel au vilainage. Les landlords cessèrent de demander les services 
« de catégorie inférieure; ils laissèrent leurs terres en bail aux tenan- 
« ciers, acceptèrent des taxes pécuniaires à la place de corvées; ils 
« cessèrent de rappeler à la sei'vitude les travailleurs émancipés, et de 

1. « Mémorandum quod, xviii die mensis julii. anno ve>^m régis Ricardi secundi 
undecimo, pro vitando dcdecore et scandalo civitati Londoniarum, per \icho- 
laum Exlone, majorem, et aldermannos, cuni assensu communis consilii dicte 
civilatis. extilit ordinalum ut amodo nullus forinsecus irrotulelur apprcnticius, 
nec recipiatur in libertatcm dicte civilatis pcr viam apprenticiatus, nisi prius 
juret quod est liber homo et non nativus ». [Liber alhus, p. 452.) 

2. Ilislor. mss., First report, p. 109. 

3. D'après M" Green, Town life, I, 196. 

4. Rogers, Jlist. of agric, I, 8, 26, 89-90, 476-477; IV, 4-5, 71, 92; — Interprét. 
écon. de Vllist., trad. Castelot, p. 40-41. 



SUITES DE LA RÉVOLtE CXXii 

« s'opposera leurs réclamalions clans les cours de manoir et de comté. 
« Sortis du vilainage, les nouveaux hommes libres augmentèi'ent la 
« classe des yeonien, et fortifièrent la cause des communes dans le 
« pays et le parlement. A partir de 1381, la société rurale en Angle- 
ce terre commença à prendre sa forme moderne, etc. ' ». Denton a encore Opinion de Den- 

ton. 

renchéri sur cette description, et c'est un véritable tableau de l'âge d'or 

qu'il nous trace : indépendance des paysans, douceur des tribunaux, 

bonhomie conciliante des grands propriétaires, rien n'y manque'^. 

Malheureusement ces historiens ont oublié de prouver ce qu'ils 

avançaient, et leur théorie est en désaccord non seulement avec les 

textes législatifs dont quelques-uns ont été cités plus haut, mais, ce 

qui est plus grave, avec des faits concrets et précis. 

Des nombreux documents recueillis par André Réville sur tout le Persistance du ser- 
in- i i it • n ■ I 1- 1 • • "^*s^ **■ '^^ *®* 
règne de Kichard II (et 1 on ne peut etabhr de raisonnements sérieux charges. 

que sur les documents de cette époque-là), on reçoit l'impression que 

les événements de 1381 n'apportèrent aucun changement ni dans la 

condition des paysans ni dans leurs rapports avec les lords. Le serf 

continue à être considéré comme un objet de propriété ^, et l'on voit 

comme par le passé des paysans qui se prétendent libres et qu'on veut 

ramener à la servitude '. Les manoirs se concèdent. « avec les services 

1. Const. Ilisl.. II, 1S5. 

2. England in the f'ifteenlh centuri/, p. J1.3 et suiv. 

•3. Exemples : Clans. 5 Rie. II, m. 8 d.. acte du 21 octobre 13S1, par lequel Elizabeth 
Breton cède à Ralph Chircheman un certain nombre de serfs du manoir de Sparham, 
avec leur descendance et leurs tenures, » cum tota sequela eorum procreata seu 
procreanda, cum omnibusterris et tenementis suis ". — Pat. 1 Rie. Il, part. 1 , %. 8 </., 
acte du 16 novembre 1383, ordonnant de poursui\re des malfaiteurs qui ont volé 
1 abbé de Groyland, et, entre autres biens, lui ont pris un serf : « Robertum Phi- 
lip nativum suum in servicio suo ibidem existentem ceperunt et abduxerunl <>. 

A. Exemples : Pat. 1 Rie. Il, part. 1, m. 20 r/., acte du 18 octobre 1383, ordonnant de 
faire uneen([ucte sur le fait suivant: le prieur d"Oj;bourne revendique Thomas Beck 
et John Beck comme ses serfs, et veut saisir leurs terres et leurs biens meubles; 
ils prétendent être de condition libre, et assurent que leurs ancêtres l'étaient 
depuis un temps immémorial. — Pat. 6 Rie. Il, part. 1, m. 15, acte du 7 octobre 1382, 
par lequel le roi, étant entré en possession du manoir de Burstwyk, promet à 
John, clerc, fils de William Spcnser, de ne jamais le réclamer comme son serf : 
« Cum quidam antecessnrum suorum ccrta terras et tenementa... de manerio de 
Bui'stwyk tenuerint in bonda^io..., dictusque Johannes, quanquam ipse hber et 
libère condicionis existât ac antecessores sui predicti liberi et libère condicionis 
fuerint, metuat tamen se posse, occasione hujusmudi tenure antecessorum suo- 
rum, impetiri et calunq)niari nalivun: nostrum in l'uUirum... » 

Além. et doc. ,1e rtCrote M-s Charles. — U. i 



CXXX INTRODUCTION IlISTORIQUE 

habituels * ». Ainsi qu'auparavant, les vilains demandent l'affranchis- 
sement, ce qui prouve que le servage a g^ardé sa sig'nification et ses 
inconvénients; et il ne semble pas que ces manumissions deviennent 
plus nombreuses -. 

Les vilains n'ont rien obtenu ni rien oublié de leurs revendications. 
La résistance locale, isolée, impuissante, telle quelle existait avant 
la révolte de 1381, recommence aussitôt après, avec cette différence 
que maintenant les chartes arrachées pendant linsurrection au roi et 
aux propriétaires servent de prétexte aux rebelles, malgré les annu- 
lations prononcées. En 1382, l'abbé de Sainl-Alban se plaint de la 
malice de ses paysans : « Coment que ils ont puis susrenduz les dites 
« Chartres, ils ont lait plusours copies dez ditez Chartres pour évidence 
« d'avoir les ditez fraunchises et libertez en temps avenir ^. » Vers la 
même époque, plusieurs de ses tenanciers, encouragés par tous leurs 
voisins, refusent de porter leur grain au moulin banal. Le roi, 
sans se soucier de « rendre moins oppressive l'étreinte du seigneur 
« féodal "* », prend fait et cause pour l'abbé, et les récalcitrants sont 
obligés de se soumettre au droit immémorial de mouture ^. La 
même année, la comtesse de Devon demande la protection royale 
contre ses tenanciers, et le gouvernement, loin de « faire droit aux 
« demandes des serfs » intervient à leur détriment'^. En 1383, Richard II 
s'inquiète des services qu'on dérobe dans les hundreds de Blything 
et de ^^'angford en Suffolk ', et il ordonne d'informer contre les 
serfs qui se liguent pour refuser les « coutumes et services » à l'abbé 
de Croyland et au prieur de Newstead. En 1384, le prieur de 
Newstead invoque de nouveau la justice royale ^. En 1385, les 

1. Exemples: Clans. 5 Rie. II. m. 13 d.. 10 d.. 9 d.. 8 c/., 7 c/.; — 6 Rie. II. part. 1, 
m. 32, 31, 18. 

2. Exemples : Fat. ' Rie. II. purt. 2. m. 13: — Calendar of the episcopal Records 
at Ely. p. 392 et siiiv. 

3. Rot. Pari., III, 129 a. n° 10. 

4. Ro^ers, Interprél. écon., trad. Caslelot. p. 12. 

5. Gesta ahhatuni, III, 3fJO-:56I. 

6. Docuin. n" 203. 

7. Pal. 6 /{/V-. II, part. 2, m. 5 d. (Lettres du 28 mars 13s3). 

8. Pat.l Rie. II, part. 1, m. 8 d. [Lettres du 15 novembre 13H3 pour l'abbé de 
Croyland;. — Pat. 6 Rie. Il, part. 2, m. 2 d: 8 Rie. II, part. 1. m. S3 d. ; Claus. 8 
Rie. II, m. 34. (Lettres du 14 avril 1383, du 1" juillet 1384 et du 6 novembre 1384, 



SUITES DE LA RÉVOLTE CXXXI 

tenanciers de lévèque de Lincoln, à Lincoln, refusent le service de 
cour, se liguent par serment, et menacent de mort les dissidents ' ; 
les serfs de maître Thomas Soulham, dans le comté de Huntingdon, 
s'unissent par serment pour lui refuser les « coutumes et services ^ », 
En 1386, un chevalier du comté de Salop reproche le même méfait 
à ses serfs •^. En 1389, les tenanciers de Tréma ton-Gastle, en Gor- 
nouailles, refusent de travailler aux murs et aux clôtures du parc, de 
nettoyer les fossés, de réparer les tourelles, les créneaux et les 
guérites du château '. Les prédications de John Bail sur les dîmes '^ 
continuent à porter leurs effets : en 1386, l'évêque d'Ely constate que 
ses tenanciers le fraudent ^; en 1391, les paysans de l'abbé d'Osney 
prennent les armes pour l'empêcher d'enlever les dîmes ". 

Des recherches plus étendues ne feraient qu'infirmer plus radica- 
lement les suppositions hasardées de Rogers. Nous en sommes d'au- 
tant plus convaincu que les récents travaux des érudits anglais 
viennent à l'appui de notre réfutation. Dans son étude sur « Un 
manoir dans le comté de Cambridge ». ^L Maitland nous montre 
qu'à AA'ilburton. après comme avant la révolte, à la fin du règne de 
Richard II comme au temps d'Edward II, la plupart des corvées 
sont faites en nature, et le vilain paie comme jadis pour marier sa 
fille ; c'est seulement vers 1423 que les corvées réelles tombent en 
désuétude ; une autre grave modification, la mise en ferme du hord- 
land, n'a lieu que vers 14'26 ^. M. Powell a examiné les court rolls 
du manoir de Little-Barton, qui appartenait au cellerier de Bury. Il 

pour le prieur de Newslead.) — La teneur de ces divers actes est presque exacte- 
ment semblable. La chancellerie en expédiait depuis quelques années un si grand 
nombre qu'on avait adopté un formulaire. 

1. Pal. 8 Rie. II, part. 2, m. 2.3 d. Acte du 20 mars 1385^. 

2. Pat. ORic. Il, part. 1. m. 13 d. Acte du 29 novembre 1385). 

3. Ihid., part. 2. m. 26 d. et 8 d. (Actes du 12 mars et du 29 mai 1386). 

4. Pat. 13 Rie. II. part. 1, m. 24 Acte du JS août J389 . 

5. Voy. Ilist. anglic., II. 32. 

6. Archives d'Ely. Rec/istre dWrundel. G. 2. fol. 57 h. i Acte du 27 juillet 13X6 . 

7. «...Quidam iniquitatis lilii. sue salutis immemores. prefatum abbatcm quo- 
minus ipse décimas predictas per se vel per servientes suos colligere et pcrcipere 
et usque manerium cjusdem abbatis de Slowe cariarc possit. vi armata temere 
impedire et perturbare macliinantur. » [Brit. Mus., Addit. 32.100, fol. 166 v- 
167 ; lettres de Richard II. 5 juillet 1391 . 

8. Engl. histor. rev., 1894, p. 423, 431-432. 437. 



CXXXII INTRODUCTION IIISTOKloUE 

y a vu qu'après la révolte de 1381, ou fit déuergiques efforts pour 
fortifier les droits des propriétaires : ainsi un tenancier qui devait 
fournir quinze journées de travail en automne, et qui s'était depuis 
long^temps dérobé à cette charge, sans payer aucune indemnité, se vit 
réclamer en 1384 vingt-huit années d'arriéré, et on pratiqua contre 
lui la saisie *. D'après le même historien, les vilains et les tenants 
en vilainage de Littlehawe, près Bury, poussés par certains agitateurs, 
entre autres un curé et un chapelain, refusèrent, de 1382 à 1385, tout 
service et toute redevance, sauf une rente de 4 pence par acre ^ ; ils 
avaient formé une association, payaient des cotisations ; ils avaient 
même obtenu des extraits du Domesday-Book sous le grand sceau ; 
mais ils furent déboutés de leurs prétentions, condamnés à des amendes, 
et les serfs rentrèrent en servage ^. 

Que les charges caractéristiques du vilainage anglais aient disparu 
ensuite, dans le courant du xv*" siècle, c'est une opinion qu on a 
soutenue, peut-être avec raison. Encore faudra-t-il, pour l'établir 
solidement, de nombreuses études de détail qui font jusqu'ici défaut. 
Mais c'est une tout autre question , et qui ne nous intéresse pas 
dii'ectement. Si le vilainage s'est dès lors transformé ou évanoui, ce 
n'est point une conséquence de la révolte de 1381, mais une suite 
de la révolution agricole du xv® siècle : les lords préfèrent de plus en 
plus les pâturages aux terres à blé, et ont de moins en moins intérêt à 
maintenir les charges serviles ''. 
Persistance de 1» Quant aux artisans et aux marchands, il est à peine besoin de dire 

crise de j salaires . 

et des prix. que la révoltc ne changea ni leur condition, ni leurs sentiments. Après 
1381 et pendant tout le xv^ siècle, les lois sur le travail et les prix 
se succèdent comme auparavant, et se ressemblent. Les ligues con- 
tinuent pour hausser les salaires ; les plaintes contre la concurrence 
étrangère, les lamentations des patrons et des consommateurs se 
reproduisent en formules monotones. La dépopulation des campagnes, 

J. Powell. up. cit., p. 64. 

2. C'était le taux spécifie dans la charte de Mile-End. 

3. Powell, op. cit.. p. 64-66. d'après l'^ss/cc Roll n" S61. — Un acte du 26 
novembre 1385 Pat. 9 Etc. II. part. J. m. 14 d.j se rapporte à la même affaire. 

4. Voy. les très justes réflexions de M. Cunningham : Growth of enrjUsh 
industry, I, 360 et suiv. 



SUITES DE LA REVOLTE CXXXIII 

l'accroissement du prolétariat errant, la formation de « larmée des 
pauvres » sont les phénomènes inévitables d'une évolution qui, nous 
l'avons constaté, a ses débuts bien visibles dès le milieu du xiv^ siècle '. 

L'insurrection de 1381 ne mit donc terme ni à la crise économique, Persistance des 

haines populaires 

ni aux prétentions des travailleurs. On peut croire seulement qu'elle 
eut pour résultat de déchaîner plus violemment, et pour longtemps, 
les passions populaires. Nous venons de voir quels sentiments provoqua 
dans les campagnes le maintien strict des droits seigneuriaux. En 1382, 
en 1393, la royauté et le parlement craignirent le retour de la révolte "-. 
La criminalité augmenta ^. On continua à résister aux collecteurs de 
taxes ^ ; en 1392, les citoyens de Londres refusèrent d'accorder au roi 
un prêt de mille livres et. apprenant qu'un banquier lombard avait 
fourni la somme, ils pensèrent le tuer ^. On continua à menacer les 
jurés et les juges ^ et à forcer les portes des prisons pour délivrer les 

1. Slatutes, II. 56-5S. 63. 1.37, 153-154. 157-158, 177, 225, 227, 233-235, 248. 337- 
339, 585-587. — Ro^ers, Interprétation, trad. Casteiot. p. 42 et suiv. — M"^' Green, 
7'ou'n lif'e, II, chap. iv. — ^'oy. aussi l'art. Labour Statute.i. dans le Dictionary 
of political eco7i07)ii/ dirigé par R. H. Injilis Palgrave, II. 528. 

2. Clans. 5 Rie. Il, m. 13 d. Acte du 3 mars 1382 . — Statutes, II. 89 parlement 
de 1393). etRymer (édition de la Haye, 1740 , III, part. iv.p. 86 (acte du 6 mai 1393). 

3. Rot. Pari., III, 118. n° xxiv. — Voy. le cas d'un chef de bande en Cams : 
doeum. n° 133. 

4. En 1382, les collecteurs charfrés de percevoir dans le diocèse de Londres le 
dernier subside accordé par le clergé, se plaignent au parlement du mois de mai 
que « par cause dyceste rumour plusours de les persones en dit diocèse, quels 
sont a derère de lour paiement, ne ont voluz paier le residue de les deniers avant 
ditz:... lesditz cojllours nosent mye leur pursute par brief de Significavit. n'autre- 
ment, pur paour du mort. » Rot. Pari., III. 128, n" 8.) — Voici maintenant un acte 
du 6 janvier 1383, dénonçant des résistances en Essex : « Sciatis quod.. quidam 
^^'alterus Savare. de Kirkeby. in hundredo de Tendryng, ... eisdem collectoribus 
in coUeccione et levacione hujusmodi décime et quinte décime rebellando. probos 
homincs parcium predictarum luijusmodi decimam et quintam decimam. ipsos 
juxta l'acultates suas contingentes, solvere volentes, per excitaciones varias ac 
minas sibi impositas ad resistendum dictis collectoribus in hac parte in tantum 
compulit, quod iidcm collcctores decimam et quintam decimam predictas 
...levare et coUigere non ])otuerunt. >> I Pat. 6 Rie. II, part. 2, m. 25 d. — 
En 1383. à Penrith, une bande de « perturbateurs » attaque et menace de mort 
le collecteur désigné par lévcque de Carliste pour lever le subside accordé par le 
clergé. {Pat. 7 Rie. II, part. 1, m. 13 d.) 

5. Hisl. anfflic., II, 207-208. — Londres fut maintes fois en révolte pendant le 
règne de Richard II. 

6. Pour ne citer qu'un exemple, le 28 janvier 1385. le roi mande aux juges du 
comté d'York de punir sévèrement certains malfaiteurs et perturbateurs, qui 
profèrent de telles menaces contre les jurés et forment des bandes si redoutées 



CXXXIV INTRODUCTION HISTORIQUE 

captifs ' , ci brûler les archives et à piller les châteaux -, Les grands pro- 
priétaires ecclésiastiques ne virent pas cesser leurs tribulations ^. Le 
Norfolk, si violemment agité en 1381, faillit être le théâtre de nouvelles 
guerres sociales : en 1382, un complot s'ourdit pour mettre à mort 
Tévèque Spencer et les lords ; on devait s'emparer de l'abbaye de Saint- 
Bennet-atte-Holme, afin d'en faire une forteresse ; une dénonciation 
perdit les conjurés ''. Une bande insurrectionnelle se reforma en 1384 ^. 
Il n'est pas inutile de rappeler que dans ce même comté les Pauvres 
prélres trouvèrent maints adeptes. En général, on le sait, l'ex- 
pansion de l'hérésie lollarde fut puissamment aidée par l'accord 
qui régnait entre ses propagateurs et le peuple, sur certaines questions 
sociales, par exemple les richesses foncières de l'Eglise ". Les idées 



que les jures nosent plus venir aux trilninnux pour prononcer leur verdict. 
(Pat. 8 Rie. II, m. 23.) C'était un des principaux abus issus du système de la 
« maintenance ». 

1. Actes du 26 janvier et du 20 mars 1383. (Pal. 6 Rie. II, part. 2, m. 19 d., 5 d.) 

2. Acte du 20 févr. 1383 : <- ...Malcfactores et pacis nostre perturbatores, nuper 
adinvicem contra pacem nostrani et ligcanciam suam in comitatu Sussexic 
insurjrentes. cum non modica multitudine hujusmodi insurjïencium apud Lewes vi 
et armis accesserunt. et clausa ac portas, hostia. seruras et fenestras castri. 
domorum et celariorum ipsius comitis ibidem fre^^erunt. et domos predictas ad 
terram prostrarunt, et deccm dolia sua ibidem vini plena precii centum libraruni 
perforaverunt... et rotulos, rentalia. menioranda et alia munimenta... ibidem 
inventa combusserunt. » [Pat. 6 Rie. II. part. 2, m. 11 d.) Le château en question 
appartenait au comte d'Arundel, qui avait déjà eu maille à partir avec ses tenan- 
ciei-sen 1381. 

3. Sur les incendies dans les manoirs de Saint-AIban en 1382 et en 1394, voy. 
Gcsla nbhatum, III. 361-364, et Edw. Levicn. art. cit., dans Journal of Ihe hrilish 
arehspol. Assoc., XXVI. 42. — Révolte des habitants de Lincoln contre l'évéque, 
en 1389-1390 : Stalntcs. II. 66-67; — Clans. 13 Rie. II. part. 2. m. 10. 

4. Hiat.anglie., II. 70. — Docum. n» 133. 

5. " Inquisitio capta apud Norwicum. die martis proximo post festum sancti 
Jacobi apostoli. anno rejrni rcfris Ricardi secundi post conquestum octavo [26 
juillet 1384]. coram .... justiciariis domini re^is ad pacem suam in comitatu 
Nortl'olchie observandam. necnon ad inquirendimi de serviloribus. laboratoribus 
et eorum excessibus. ac ad felonias. transjjressiones quascumque audiendum et 
terminandum assig^nalis. » Il sajrit de meurtres commis par une bande de malfai- 
teurs qui se sont réunis pour tenter une nouvelle insurrection. « ad propositum 
proditorum et malcfactorum qui. in anno domini rej;is nunc quarto [1381], felonice 
insurrexerunt contra lij;eanciam suam. adimplcndum. » Coram recje. Mieh. S Rie. II. 
m. 12 et 12 d. — Voy. aussi Coram rege. Ililar. 10 Rie. II. m. 21 : Trin. 10 Rie. II. 
m. 8 d.) 

6. Voy. la pétition lollarde au parlement de 1390 ; Fascie. Zizati.. p. 360etsuiv., 
pap. I et MI. 



SUITES DE LA RÉVOLTE CXXXV 

des lollards étaient réputées subversives, et leur succès est un nouvel 
indice de l'état des esprits pendant le demi-siècle qui suivit le soulève- 
ment. 

Quels furent les effets politiques de la révolte de 1381, dans quelle Effet» politiques 
mesure elle influa sur la conduite du roi, de ses conseillers, du par- 
lement, c'est ce qu'on ne saurait déterminer dans le détail. Peut-être, 
sans la peur de voir les désordres recommencer, les dépenses et les 
exigences financières de la cour, les exactions et les abus d'autorité 
des fonctionnaires, auraient-ils été plus lourds encore qu'ils ne le 
furent *. Ce qui apparaît plus clairement, c'est que la crainte inspira à 
ceux qui se sentaient menacés dans leur pouvoir et leurs privilèges, 
quelque énergie pour les défendre. L'on a vu plus haut qu'après la 
révolte les décisions prises par le roi et le parlement eurent un 
caractère non pas conciliateur, mais étroitement réactionnaire. L'ha- 
bile clémence dont usèrent les tribunaux ne doit pas faire illusion : 
on épargna le sang du peuple, mais on était résolu maintenant à 
étouffer ses plaintes et à resserrer ses entraves. Le souci d'arrêter le 
courant révolutionnaire se marqua même dans les poursuites ordon- 
nées contre les hérétiques : si les lollards causaient tant de craintes, 
c'est qu'ils prêchaient « diverses matires desclaundre pur discord 
« et dissention faire entre diverses eslatz du dit roialme, si bien tempo- 
ce relx come'espiritelx, en commocion du poeplee, et a grant péril de 
« tout le roialme - ». Les gouvernants et les propriétaires, qui 
s'étaient si mal défendus pendant l'insurrection, avaient compris le 
daniîer de l'inertie ^. 



1. Le parlement de 1381 ne voulut pas « granter taillage », en considération 
« al mal coer que la commune porte encores en rancour par tout le roialme. » 
{Rot. Pari., III, 104, § 36). Il exigea des réformes [Ibid., p. 100-101, §§ 17 à 22). En 
1389. le roi, après avoir songé à lever un subside, y renonça, « pour assurer le calme 
et la tranquillité dans le royaume. » (Rymer, édit. de la Haye, III, iv, 38.) 

2. Rot. Pari, III, 125. 

3. On a dit aussi que la révolte avait eu pour résultat de « changer comme par 
miracle » Jean de Gand, qui se contenta désormais d'un rôle bien plus modeste 
(Stubbs, Consiit. Hist., II, 485) ; et qu'un autre de ses elTets avait été d'assurer 
l'union de toutes les classes privilégiées. (M" Green, Town life, II, 264-265 ; — 
S. R. Gardiner, Student's History of England, p. 269.) Il est vrai que le duc de 
Lancdstre abandonna Wj'cliffe ; mais les hardiesses nouxelles de l'hérésiarque 
suflisenl à expliquer le revirement c'.e son ancien protecteiu'. Quand on voit le 



CXXXVl INTRODUCTION IIlSTORlQtE 

Conclusion. Plus vif désir de changement parmi les classes populaires, volonté 

nouvelle de réaction chez les privilégiés , esprit de défiance et de 
résistance des deux parts, voilà quels sentiments la rébellion laissait 
dans l'âme de ses fauteurs et de ses victimes, f^es événements de 
1381 n'avaient pas produit dans l'évolution historique du peuple 
anglais un mouvement en avant, mais une simple oscillation, assez 
ample cependant pour contribuer à détruire l'ancienne harmonie de 
ce corps social. 

La révolte de 1381 naurait-elle eu aucun résultat, elle garderait 
pour l'historien une valeur exceptionnelle, parce que, pour employer 
les expressions d'André Réville, elle est « un fait révélateur, l'expres- 
w sion spontanée de l'état moral et des besoins sociaux du peuple 
« anglais à la lin du xiv<^ siècle >)". Il y a bien des gestes humains qui 
n'ont eu que peu ou prou de conséquences, et que le savant ne doit 
cependant pas négliger, parce qu'ils sont significatifs. L'insurrection 
de 1381 a été un de ces éclairs qui illuminent subitement la vie obscure 
des masses populaires. 

Lille. 1897. 

Ch. Petit-Dltaillis. 



duc de Lancastre réclamer, au parlement qui s'assembla tout juste après la 
révolte, une armée pour aller conquérir son royaume de Castille (Rot. Pari.. III, 
114, § 66), on se demande si vraiment son ambition et sf)n afiitation étaient 
calmées « comme par miracle ». \'oy. d'ailleurs ce que dit Stubbs lui-mcrae sur 
l'attitude de Jean de Gand pendant les années suivantes : Constil. HisL, II, 189- 
490. — Au parlement d'octobre 1.3S2. les communes protestèrent qu'elles n'avaient 
pas demandé de poursuites contre les hérétiques, et déclarèrent qu'elles ne vou- 
laient point «•obliger lour ne lour successours as prélats pluisqe lours auncestres 
n'ont esté en temps passez. « Roi. Pari., III. 141. § 53.j \'oy. aussi, pour les par- 
lements suivants, les détails donnés par Stubbs {op. cit., II, 489-491, 309), qui 
prouvent que la défiaiice et l'hostilité continuaient à régner entre l'Église et la 
classe mo^ennc. 



PREMIERE PARTIE 

LE 
SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE HERTFORD 



iièm. cl doc. de l'Ecole des Chartes. — II. 



PREMIERE PARTIE 

LE 

SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE HEUTFOUD 



AVANT-PROPOS 

L'insiirreclion du Ilrrfn, provoquée dri^ le 13 Juin pur l'exemple des eomtés 
du sud-est, h continué ;) se propager du sud au nord, même après la mort 
de Wat Tyler à S?nith/îeld. 

La mort de Wat Tyler, tué b Smithfield, le 15 juin 1381 , ne 
marqua nullement, quoi qu'on en ait dit, le terme du soulève- 
ment des travailleurs d'Angleterre. L'insurrection, née de 
causes qui n'avaient rien de personnel , devait survivre à cet 
homme qui ne l'avait pas provoquée, mais qui, l'ayant suivie, 
sut un moment la contenir et la diriger. Cependant cet assassi- 
nat — ou ce châtiment, de quelque nom qu'on veuille l'appeler, 
— ne fut pas sans conséquences graves : non seulement il priva 
les rebelles de Londres d'un chef énergique, redouté, joignant 
certains talents, et presque du prestige, à beaucoup d'ambition, 
mais il eut surtout pour etfet de dégager la capitale, et par là de 
permettre au gouvernement royal et aux seigneurs, un moment 
terrifiés , de se ressaisir et d'agir. Voilà dans quelle mesure il 
précipita la fin de la révolte. En revanche, il n'eut pas d'influence 
directe sur le soulèvement des comtés, dont il n'entrava point le 
développement. Les paysans de l'Essex et du Kent retournèrent 
dans leurs villages où l'incendie se ralluma : dans le Herts, il 
continua de se propager, et dans les comtés plus éloignés du 
Sull'olk et du Noi'folk, il prit, mais plus tard seulement, des pro- 
portions inconnues aux régions méridionales. 



i I.E SOILEVKMKNT DANS LE COMITE DE IlERTFORD 

Dans le Herts. la révolte fut moins spontanée que clans les 
comtés du sud. En Essex, en Kent, si elle ne jaillit pas en 
quelques heures, à la suite d une affaire d honneur, comme le 
veut ime légende puérile accréditée encore dans beaucoup de 
livres d'histoire , du moins les paysans se soulevèrent d'eux- 
mêmes ; le mouvement se propag-ea d'abord dans le silence, puis, 
au bout d une quinzaine de jours, tous, debout, marchaient sur 
Londres : ils s étaient le^és seuls, sans avoir de modèles à imiter, et 
furent leurs propres maîtres. Les villag-eoisdes comtés deHertford, 
deCambridg^e, de Norfolk. deSuiîolk, se soulevèrent comme eux, 
mais ce ne fut qu'à leur exemple : ils admirèrent la hardiesse de 
leurs frères insurgés, et. souffrant des mêmes maux, tentèrent de 
1 imiter. Walsing-ham. ou lauteur. quel qu'il soit pour cette 
période, du Chronicon Angli^ et de ÏHisforia an(/licana. nous 
apprend que les habitants de ces divers comtés reçurent 
immédiatement la nouvelle de la révolte en Essex et en Kent ^ et 
1 annaliste de Dunstable, plus précis encore, dit que les gens de 
Saint- Alban et de Barnet. apprenant que le peuple du Kent, de 
l'Essex et de Londres s'était levé contre le roi et lui avait imposé 
ses volontés, s'insurgèrent pareillement, simili modo, contre 
leur seigneur, l'abbé de Saint-Alban -. 

Dans le comté de Hertford, qui est au nord de Londres, l'in- 
surrection se répandit naturellement du sud au nord. Le 13 juin, 
jour de la Fête-Dieu, au moment où les compagnons de Jack 
Straw, de John Bail et de Wat Tyler pénétraient à Londres par 
les portes de Aldgate et de Londonbridge. leurs cris tumultueux 
trouvèrent un écho près de la frontière méridionale du Herts, 
dans la ville de Barnet, et de la, dans la soirée, la révolte se 
propageait à Saint-Alban : sur cette terre classique des rébellions, 
la graine du soulèvement, une fois semée, devait aisément germer. 

1. Chronicon Anfjli:i>, aucfore monncho quodani S. Albani, p. 280. — Même 
texte clans Thomfv Walsinr/hain Hisloria anylicana, I, 4oo. 

2. Annales de Dunstaplia, p. 410-417. 



CHAPITRE I 



RÉVOLTE DES HABITANTS DE SALNT-AL15AN 



Relations tendues de l'abbai/e de Saint-Alhan avec ses tenanciers, ncvolles 
antérieures. L'abbé Thomas de La Mare. — - Soirée du 13 Juin 1381 et 
journée du 14. Voyage des sujets de l'abbé à Londres, sous la direction de 
William Grindecob. Dès leur retour ils commencent à ravager les biens 
de l'abbaye. — Journée du 16 juin. Ravages. Délivrance des prisonniers. 
Destruction de rôles judiciaires. Les rebelles, forts d'avoir obtenu en leur 
faveur un mandement royal, réclament une ancienne charte de liber- 
tés, qui reste introuvable. — Journée du 16 juin. Malgré la mort de 
Wat Tyler et la proclamation royale, les rebelles exigent et obtiennent 
une charte et une aiiinistie. 

L'abbave de Saint-Alban. de fondation royale', était une des 
plus puissantes congréo^ations, peut-être la plus considérable, de 
toute l'Angleterre. Elle jouissait d'un pouvoir seigneurial fort 
étendu, d'abord sur toute la liberté de Saint-Alban ou hundred 
de Cashio, puis sur une multitude de manoirs, disséminés dans 
toutes les parties du Herts, et même dans les comtés voisins de 
Buckingham. de Bedford. de Middlesex et d'Essex. Le chef de ce 
monastère était un très haut personnage. 

Mais cette incontestable puissance rencontrait des obstacles. 
L'abbé, qui était un souverain au petit pied, avait quelque peine 
à s'entendre avec ses sujets, et leurs rapports manquaient de cor- 
dialité. Il exerçait ses droits seigneuriaux avec une extrême 
rigueur, interdisait à ses tenanciers libres d'acheter des terres 
serviles et aux serfs d'acheter des biens libres, réclamait sans 
relâche les rentes et les services qu on lui devait, recherchait, 

1. L'abbé le rappellera avec orgueil daus sa supplique au roi, à la suite 
de l'Insurrection ; voy. Rofuli Parliamentorum, III. 129 n, u" 10. 



(> LK SOLLKVH.MK.NT DA.NS LK COMIK l)i: li Klî I l'OHD 

pour les punir, ceux qui tâchaient de s'y soustraire, eniin châ- 
tiait avec hi dernière sévérité quiconque chassait (L'ins les 
immenses «garennes réservées pour l'usage du monastère K 
Aussi la pppulation de Saint-Alban vivait-elle dans un état de 
surexcitation chronique, et les émeutes contre les relig-ieux 
étaient-elles continuelles. 

Dès 127i, contestant les droits de lalibé, les o^ens de la ville 
résolurent de ne plus se soumettre aux obligations d'ordre ser- 
vile, de ne plus moudre leur blé au moulin du monastère et 
d'établir dans leurs maisons des meules à la main pour cet usage. 
L'abbé Roger de Norton fit saisir les meules. Alors les révoltés 
levèrent une contribution générale sur tous, pauvres et riches, 
pour constituer un fonds de résistance. Des troubles sérieux 
éclatèrent. Mais la force, suprême argument en temps d'anarchie, 
linit par avoir le dernier mot. L'abbaye fut rétablie dans tous ses 
droits. 

En 131 i, la ville s'agita de nouveau, et dui-ant plusieurs années 
la souveraineté du monastère fut illusoire : en 1326, les gens de 
Saint-Alban construisirent un échafaud sur la place du marché, 
pour décapiter ceux qui s'opposeraient à leurs desseins , sou- 
mirent à deux reprises l'abbaye à de véritables sièges, et même 
se firent un moment reconnaître le titre de bourgeois libres. Mais 
quand Edward III fut en possession définitive du trône, il 
ordonna au shérilf d'intervenir en faveur de l'abbé, qui recon- 
stitua son ancien pouvoir •'. 

Sous le long règne de ce prince, les habitants de Saint-Alban 
eurent encore, plusieurs fois, des velléités de se soulever; mais 
ils furent bientôt contenus par la main de fer de leur nouvel 
abbé, Thomas de La Marc. 

i. De (livcrsis ordinuliintihus pnvdirti aLJ^.ilis, m;ui<'ri;i cl lenijiurulin 
monaslerii S. Alhnni concernen/ihus (Ordonnances de Roger de S'orton, 
24<^ abbé de Sainl-AUjan, 1200-1290^, dans : Gesfn nhhnlmn, I, 453 et 
suiv. 

2. Gesln aLhaliini, III, Inlroduction de II. T. Hik'y, p. xxxvii-xx,\ix,L-i.n. 
[Cf. p. xL-xi.i, curieuse anecdote sur une tentative faite par les habitants, 
au temps d'Edward II, pour jeter le discrédit sur les mœurs des moines.] 



UEVOLTK DKS IIAIUTAMS DH SAL\T-ALI! \.\ 1 

Esprit vif et distingué, respecté pour ses vertus, en relations 
intimes avec le roi qui le lit membre de son conseil privé, tenu 
en égale estime par le Prince Noir et par Jean le Bon, qui char- 
mait les longueurs de sa captivité en recevant l'hospitalité à 
Saint- Alban i, Thomas de La Mare consacra les nombreuses 
années de sa prélature à rétablir, à défendre, à accroître l'autorité 
et les droits de l'abbaye, à étendre ses domaines, à empiéter 
pour le profit de sa maison en résistant aux empiétements des 
autres, à plaider, îi batailler et à vaincre. « Aucun adversaire, 
dit M. Riley dans son Introduction aux Gcsfa ahhatum inonas- 
terii Sancti AlLani, n'était d une condition trop élevée ou d'un 
état trop humble pour que Thomas perdît une occasion d'entrer 
en lutte juridique avec lui, depuis les rois, les princes et les 
archevêques, jusqu'aux serfs et aux domestiques, depuis les com- 
tesses et les g'randes dames jusqu'aux petites prieures et aux 
marchandes au détail de Londres. A peu d'hommes de cette 
époque on pourrait mieux appllcpier cette citation de la Genèse : 
sa main était sur chacun et la main de c/iacun était sur /hj ' ». 
Quant à ses tenanciers, il usait envers eux d'une sévérité impla- 
cable, parfois excessive : à la suite d'un dilTérend avec un certain 
John Chilterne, il saisit, pour se venger, cinquante bêtes de ses 
troupeaux et les laissa mourir de faini'^ 

De pareils actes n'étaient pas de nature à lui assurer les sym- 
pathies de la population : les haines c[ui avaient fait explosion en 
1274, en 1314, en 1320, persistaient et, sous la compression, 
s'exaspéraient davantage. « Ce qui manquait aux g-ens de Saint- 
Alban, dit le chroniqueur, au temps où ils restaient tranquilles, 
ce n'était pas les mauvais sentiments envers leurs seigneurs. 



1. Geala ahhafiiDi, III, p. lxiii-lxiv. 

2. Ihid., p. X. — Cf. ibid., p. lxviu, et Edward Levien, On popiilni- 
tiimtilts al S( Alban's in t/ic reiijn of Bir/tard II, dans Journal of the Bri- 
lisJi arcli.Tolof/ical Assoriafion, XXVI, p. 37, 30. [M. Levien a étudié dans ce 
mémoire les troubles de liiSI, mais il n'a pas connu certains documents 
très miportants, et son esquisse mancjue d'ailleurs d'ordre et de netteté. "| 

3. Gesta ahhatum, III, Inlrod., p. i.xiv-i.xv. 



8 LE SOULÈVEMKM DANS LE COMTÉ DE IIERÏFORD 

mais 1 audace de mal faire '. » Cette audace, l'exemple des pay- 
sans de l'Essex et du Kent la leur donna : ils saisirent l'occasion au 
passage. 

La crise éclata le soir de la Fête-Dieu. Dans la nuit du 13 au 
14- juin, vers minuit, on avertit l'abbé que des gens de Barnet 
étaient venus en hâte à Saint-Alban, apportant un message des 
rebelles de Londres : ceux-ci mandaient au peuple de ces deux 
localités de se soulever sans retard, de s armer et de les rejoindre, 
les menaçant, en cas de refus, de venir au nombre de vingt mille 
hommes incendier leurs villes et les contraindre k la révolte par 
la force. Ce message impératif était-il réellement arrivé de Londres, 
et les gens de Saint-Alban ne lauraient-ils pas inventé pour les 
besoins de leur cause, afin de justifier aux yeux d'un seigneur 
oml>rageux et implacable leur départ pour la capitale? L'abbé, 
plus tard, sembla l'insinuer dans une requête au roi : « Ils vinrent, 
dit-il, en apparence avec de bonnes intentions, mais au vrai avec 
méchanceté et fausseté^. » Si ce fut seulement une tactique, elle 
fut habile, car l'abbé, redoutant l'arrivée des rebelles et leur 
cortège de maraudeurs, recommanda à ses sujets de se rendre à 
Londres, « pour savoir et épier leur dessein, pour traiter avec 
eux et les empêcher de venir à Saint-Alban ou dans le pays 
environnant » ^ ; il leur adjoignit même des domestiques du mona- 
stère et quelques écuyers de sa maison. C'était leur octroyer un 
brevet de tolérance et d'impunité. 

Rassurés de cette façon sur l'avenir, ils partirent dès la pre- 
mière heure, en grand nombre ^. Ils passèrent par Barnet, où 

1. (' Itatjue demonslraverunt palam tcmpore tranquillitatis non eis mali- 
tiam adversus domiaos suos, sed audaciam operandi nequitiam, dcfuisso. » 
{Ilisforia ançjlicann, II, appcnd. B, p. 39o. — Mémo texte dans Gef<t,i nljbn- 
tum, III, 329.) 

2. << Com il sembloil, Ijonement, la ou il fuit verrai malvesté et i'ausiue » 
[Gestn ahhaivm, III, 289). Cette requête, insérée dans les Gesia sous le 
titre de « Gravamina per tenentes monasterii Saneti Albani eidem abbati 
violenter illata », fut adressée au roi et à son conseil peu de jours après la 
révolte; c'est un document des plus précieux. 

:?. IJjicl. 

4. « Bien entour cynk centz ->. [Ihid., p. 290.) 



RÉVOLTE DES IIA MITANTS DE SAINT-ALBAN 9 

leur bande se g-rossit de recrues nouvelles, puis ils marchèrent 
droit sur Londres. Ceci se passait le vendredi li juin au matin, 
non le 13, comme l'a dit par erreur Froissart '. 

Le chef reconnu de cette troupe fut un certain ^^'illiam Grin- 
decob, ou Gryndecobbe. Il avait été « élevé et nourri » au mona- 
stère, qui n'avait pas su, paraît-il, lui inspirer de vifs sentiments 
de piété filiale; il semble qu'il n'avait pas non plus à un très 
haut degré l'esprit de famille, car plusieurs de ses parents étaient 
religieux à l'abbaye ~. Antérieurement déjà, il avait eu quelques 
difficultés avec ses anciens maîtres : deux moines ayant été 
envoyés en ville pour relever les mesures de certaines tenures 
abbatiales, William Grindecob se précipita sur eux, les frappa, 
les empêcha d'exécuter leur œuvre. Il encourut en public la sen- 
tence d'excommunication, et peu après il dut Avenir, dépouillé de 
tout vêtement, faire pénitence devant le couvent. Cette humilia- 
tion n'était ^^as faite pour le réconcilier avec l'abbaye : aussi, dès 
le début de la révolte, on le trouve à la tête des mécontents, et 
il resta leur chef jusqu'à la fin, jusqu'aux jours d'angoisse de la 
répression, sans reg;rets, sans défaillance, avec une obstination 
réHéchie qui ne fut pas dépourvue d'une certaine g;randeur 3. 

En approchant de Londres, à Hig-hbury, ils rencontrèrent une 
bande de rebelles de TEssex : ceux-ci, sous la conduite de Jack 
Straw, pillaient et brûlaient le manoir que le prieur des Hospi- 



1. « En le comensement del vendredi »> (Requête de l'abbé : Ges/a ahba- 
Inm, III, 290). Froissart (Édition Luce et Raynaud, X, 100, 101, 114), place 
ces faits dans le comté de Stn forci; il confond évidemment Stafford et 
Hertford. Il n'y a pas eu de révolte dans le comté de Stafford. 

2. (^hronic. Angl., p. 300; même texte dans ///s/, anglic, I, 468, et Gcsia 
ahhatnm, III, 300. [Je trouve parmi les documents recueillis par André 
Réville une lettre patente de Richard II qu'il a ainsi analysée : » 1384, 
19 mars. — Le roi accorde à Roger Cokerell, valet de sa chapelle, sept 
sous de rente annuelle à percevoir à Saint-Alhan, ayant appartenu autrefois 
à William Grindecob, condamné à mort à la suite de l'insurrection, et en 
outre la réversibilité de deux petits mesuages avec leurs dépendances, 
que possède- Joan, veuve dudit William. » Paient 7 Bic. II, part. 
2, meinhr. 1 .] 

3. Gesta ahhatnm, III, 369. 



lu i.H s(>ri,Èvi:Mi:.\T dans li-: comté di: iikutfokd 

taliers de Saint-Jean s'était fait construire en ce lieu. Sans tarder, 
les gens de Saint-Alban se mirent en rapport avec Jack Straw, 
qui, suivant Tusag-e adopté par lesinsurg-és du Kent et de Londres, 
leur fit prêter serment d'obéissance au roi et au peuple ^ . 

Sous le bénéfice de ce serment, devenu la consigne générale 
des rebelles, ils entrèrent à Londres -, puis ils pénétrèrent dans 
une église oii ils tinrent conseil. L'occasion était venue de réaliser 
les vœux qu'ils avaient toujours caressés en secret , d'étendre 
leurs droits de pâture, de pèche et de chasse, de se construire 
des moulins à main, d'affranchir leur ville de la tutelle monas- 
ticfue. Mais comment imposer leurs volontés à l'abbaye? Sur ce 
point, les avis furent partagés : les uns proposèrent de solliciter 
l'assistance de Wat Tyler, qu'ils estimaient le plus puissant 
homme du royaume . afin de revenir en force à Saint-Alban ; 
d autres croyaient plus sûr de s'adresser au roi et de lui deman- 
der une lettre scellée qui intimerait à l'abbé l'ordre de leur 
donner satisfaction. 

(Chacun de ces avis fut trouvé bon et on s'apprêta à les suivre 
tous les deux. On se rendit d'abord auprès de Richard. En quel 
lieu et à la faveur de quelles circonstances les rebelles de Saint- 
Alban purent-ils approcher du roi? Les chroniqueurs ne le 
disent pas. Il est probable que ce fut dans la prairie de Mile-End, 
où les serfs de TEssex, vers la même heure, imposaient à Richard 
l'obligation de les affranchir. William Grindecob porta la parole 
au nom de ses compagnons : il exposa leurs griefs, supplia le roi 
de vouloir bien les redresser, et, pour obtenir la lettre qu'il solli- 
citait, fléchit juscju'à six fois le genou devant le jeune monarque. 

Après le roi de la nation, on s'adressa au roi des révoltés : la 
démarche était moins délicate et moins intimidante. Ce fut 



1. Et non pas au roi et aux communes, suivant le contresens universel- 
lement adopté. Le mot latin communes, en eflet, ne signifie pas les com- 
munes, mais les non nobles, la masse. — Chron. Angl., p. 20U. /(/. dans 
Hist. arif/lic, I, 458, et dans Gesta abhatum, lil, 298. 

2. M. Stuhhb {Conslil. hititory, i" édit., Il, 479) dit par erreur que les 
rebelles du Ilerts bivouaquèrent le soir du 1^ h Iliqhljurv. 



UÉVOLïI-: Di;s IIAKITAMS DK SA1M-ALUA.\ 1 1 

encore Grindecoh qui dut exposer à Wat les doléances communes. 
Le pauvre tuilier de Maidstone répondit magnifiquement qu'il 
irait avec vingt mille hommes, s'il le fallait, raser la barbe de 
Tabbé et des moines, ce qui veut dire, ajoute naïvement un de 
ces religieux, leur trancher la tète. C'était une réponse de déma- 
gogue vantard, ébloui de son éclatante fortune, et ayant perdu 
toute notion de la réalité. Mais ce qu'il ajouta mérite d'être 
relevé : il leur promit son alliance, à la condition expresse qu'ils 
lui voueraient une obéissance sans réserve ; puis il leur traça 
tout un plan de conduite, leur prescrivit de s'y conformer à leur 
retour, et leur fit jurer de ne rien omettre de ses ordres ni de son 
système, quod nihil prxterirent intactum de ejus Jussionibiis et 
doctrina. Ici se révèle une fois de plus le trait dominant du 
caractère politique de Wat Tyler : le sens de la discipline au sein 
de la révolte. Ses instructions elles-mêmes sont dépourvues 
d'intérêt, mais ce qu'il faut relever, c'est qu'il donnait partout 
des instructions : il organisait les troubles '. 

Il n'y avait plus aucune illusion à conserver sur les intentions 
des insurgés de Saint-Alban. S'ils étaient allés à Londres, ce 
n'était pas pour empêcher les bandes dévastatrices d'arriver à 
Saint-Alban, mais pour s'assurer une double alliance dans la 
lutte qu'ils allaient soutenir contre l'ennemi de la veille et du 
lendemain, le monastère. Mais alors qu'étaient devenues les gens 
de confiance de l'abbaye, serviteurs ou écuvers que Thomas de 
La Mare leur avait adjoints au départ? Renseignés bientôt sur 
les sentiments de leurs compagnons de route, et craignant d'être 
accusés de complicité, dès leur arrivée k Barnet, ils étaient allés 
trouver le comte de Warwick, alors de passage dans cette ville; 
ils lui avaient fait part de leurs craintes, et avaient obtenu la 
promesse qu'il se porterait garant de leur fidélité '-. Ils accompa- 
gnèrent la bande jusqu'à Londres, mais là ils se séparèrent d'elle 



1. Chroit. Atighœ, 29<»-;j()0. — Id. dans Ilisl. uikjUc, 1,407-409, el dans 
Gesla ahhnlum, III, 298-300. 

2. Gesta nJjhntiim, III, 297-298. 



\'2 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIEKTFORD 

et, après la journée sanglante du 1 4 Jurn, ils revinrent précijsi- 
tamment à Saint-Alban. 

Un d'entre eux, arrivé le premier au monastère grâce à l'al- 
lure rapide de son cheval, annonça aux religieux que le chan- 
celier, le trésorier et plusieurs autres avaient été massacrés, que 
les révoltés égorgeaient sans pitié quiconque leur était odieux, 
que le prieur serait mis k mort et que les autres moines cour- 
raient de grands dangers, s'ils attendaient le retour des rebelles. 
Cet avertissement parut salutaire et il ne fut j^as nécessaire de le 
répéter. Le prieur prit aussitôt la fuite, suivi par trois religieux, 
deu.x frères convers, quelques serviteurs de la maison et un cer- 
tain nombre de conseillers et de juristes, désireux sans doute de 
ne point partager le sort des hommes de loi dans le Kent et à 
Londres. Ces pauvres gens, épouvantés, partirent comme ils 
purent, les uns à cheval, les autres à pied, et crurent si long- 
temps leurs jours en danger, qu'ils ne s'arrêtèrent qu'à Tyne- 
mouth, en comté de Northumberland '. C'était peut-être un excès 
de prudence, car il faut rendre cette justice aux rebelles de Saint- 
Alban que, si la passion les aveugla et les rendit violents, ils 
conservèrent toujours trop de scrupules — ou de timidité — pour 
verser le sang des religieux. 

Le prieur et les autres fuyards venaient de se sauver, quand 
les premiers insurgés rentrèrent en ville. Leur troupe s'était 
scindée à Londres : les uns attendaient dans la capitale la lettre 
promise par le roi; les autres, plus pressés de satisfaire leurs 
rancunes et de réaliser leurs souhaits, avaient repris immédiate- 
ment le chemin du monastère '. 

William Grindecob, et l'un de ses principaux compagnons, 
^^'illiam Cadingdone, devancèrent même cette première bande 
pour préparer la révolte à Saint-AUjan. Quand le gros de la 
troupe rentra après eux, ils annoncèrent que l'œuA^re d'affran- 
chissement était prête. Sans perdre une minute, on décida de 

1. (Ihron. Anr/lifr. p. 300-301 ; /(/. dans Ilist. anglic, I, 409 et Gesta abba- 
tum, m, 301 ; voy. aussi Gesta, III, 287. 

2. Re([uète de l'abbé, dans Gesta, III, 290, 



HÉYÔLTE DES IIAIÎITAM'S DE SAINT-ALBAN 13 

briser les clôtures et les portes des bois que l'abbave se réservait 
pour son usag-e, et de renverser une maison de la ville qui appar- 
tenait au monastère, la maison du sous-cellerier. 

Ce qui fut dit fut fait : les révoltés se rendirent en corps aux 
lieux indiqués, précédés d'un drapeau aux armes du roi, qu'un 
peintre, appelé Thomas, avait préparé pour la circonstance et que 
portait un certain John Dene K Les clôtures volèrent en éclats, 
les portes sautèrent et la maison fut démolie. Mais le soir était 
venu ; alors seulement le silence se ht dans la terre de Saint- 
Alban -. 

Telle avait été la première journée du soulèvement dans cette 
ville : partis avant l'aube pour Londres, les rebelles s'y étaient 
concertés, ils avaient vu le roi et Wat Tyler, ils étaient revenus 
et s'étaient attaqués aux biens de l'abbave. Si l'on songe que 
Saint-Alban est à ving-t-deux milles de la capitale à vol d'oiseau, 
on reste confondu et presque émerveillé de la vitesse et de l'éner- 
gie qu'ils déployèrent. Cette première journée avait été bien 
remplie : les autres menaçaient aussi de n'être pas perdues, et 
l'abbé avait quelque raison de redouter des ennemis aussi résolus. 
Certains rebelles, en elFet, avaient annoncé des prétentions 
inquiétantes : un d'eux, Gilbert Taillor, avait déclaré que « si 
l'on punissait de mort un seul des insurgés, ils brûleraient les 
manoirs de l'abbaye et renverseraient le monastère lui-même », 



1. ('... Thomas Paynlor de Sancto Albano, die veueris proximo post 
festiim Corporis Cliristi, aiino régis nuac Anglie cjuarto, depixit quoddam 
vexillum de armis domini régis, et tradidit illud Jolianni Dene ad portan- 
duin... » [doram regc, Mich. o Bic. II, m. 26.) 

2. CJironicon Anglise, 301. — Ilist. anf/Iic, I, 409-470; id. dans Ges(;i 
nhbaturn, III, 301-302. — « ... Johannes Tyler et alii simul cum aliis male- 
factoriljus et pacis domini régis perturhatoribus, die veneris proximo anto 

festum Nativitatis sancti Johannis Baptiste quandam domum abbatis de 

Sancto Albano vocatam Le Thwethonerhous, apud villam de Sancto Albano 
proditorie fregerunt et prosternarunt. » [(loram reçji', Mich. 5 Rie. II, 
m. 27 d.) — Cf. Cornm reryo, Trinify 5 Rie. II, m. 33 et 33 dorso. — La 
date donnée par le document ci-dessus partiellement édité (vendredi 
21 juin) est manifestement fausse. Il ne peut sagir que du vendredi précé- 
dent, 14 juin. Les autres textes sont d'accord sur ce point. 



14 LR SOULÈVRMENT DANS I,K COMTÉ DE IIEUITORD 

et un autre, John Wayt, plus viorent encore, aAait dit « qu'il ne 
serait satisfait que lorsqu'on aurait détruit tous les manoirs de 
labbé et la moitié de l'abbaye '. » 

Le samedi lo, Grindecob et les siens reprirent leur œuvre. 
Dès l'aube, ces « allumeurs d'iniquité », suivant le mot indigné 
du chroniqueur, faisaient proclamer dans la ville que tout habi- 
tant valide et en état de porteries armes, devait se rendre en un 
lieu dit FalcouAvood ; les récalcitrants seraient punis de la peine 
capitale et leurs demeures rasées. Tous, de g-ré ou de force, 
vinrent au rendez-vous et une grande foule tint conseil. On décida 
de continuer la guerre aux clôtures et aux portes et de les 
détruire dans tous les domaines de l'abbé, dans ses forêts, dans 
ses bois, dans ses garennes. 

Les rebelles parcoururent aussitôt les environs de la ville, 
portant de tous côtés leurs ravages, brisant partout ces clôtures 
et ces portes, signes manifestes et odieux des privilèges abba- 
tiaux. Ils comptaient sans doute, non sans naïveté, que supprimer 
les barrières, c'était s'assurer un droit d'usage sur les biens 
qu'elles servaient à enclore. Non contents de s'attaquer aux choses, 
ils s'en prirent aussi aux personnes et se mirent à la poursuite de 
Robert atte Chamlier, garde forestier de l'abbé : ne pouvant s'em- 
parer de sa personne, ils renversèrent plus tard sa maison "-. 

Quand ils se furent donné ces faciles satisfactions, ils ren- 

i. «... Gilbertiis Taillor, de Sanclo Albano, die vencris proximo post 
festum Corporis Christi, surexit proditorie apud Sanclum Albanum, cum 
coniitate ini({iia, ut inimicus domini l'cgfis, contia dictum domiiium rcgem, 
contra leg-ianciam suam, et dixit ({iiod si ([uis liomo mortuus fuerit pro 
sureccione predicta, quod tune raaneria abbatis de Sancto Albano conibu- 
rarcntur et al)batia predicta esset pioslernata ». — <■ ... Jobannes Wayt de 
Sancto Albano surexit die veneris proximo i)Ost festum Corporis Cbristi, 
anno regni régis nunc Anglie (juarto, apud villam de Sancto Albano, jjrodi- 
ciose cum comitate cjusdcm ville (jui surexerunt contra dominum regeni 
ibidem, in projudicium domini régis et corone sue, contra legianciam suam, 
et dixit quod nuncjuam habcrcut jjropositum suum, quouscjuc prosternas- 
sent omnia mancria abbafi Sancti Albani circa abbatiam existencia, et 
medietatem dicte abbatic. » {(loram re(je, Mich. 5 Rie. II, m. 27.) 

2. Hisl. HnfjUc, I, 470; ici. dans Gesfa ahhat.. III, 302. — Gesla abbat., 
III, 288, 370. 



RÉVOLTE DES HABITANTS DE SAINT-AIJÎAN \o 

trèrent à Saint-Alban. Ils y trouvèrent de nouvelles recrues : sur 
leur appel une foule de paysans des Alliages A'oisins étaient accou- 
rus à leur aide. Alors (( se jugeant grands, ils ne furent pas 
médiocrement fortifiés, et leur cœur s'exalta », dit le chroni- 
queur 1. Ils échangèrent des serments de foi et se mirent les uns 
les autres en saisine, c'est-à-dire en possession légale, de champs, 
de garennes et de bois qui appartenaient à 1 abbaye. Puis, ayant 
rapporté de la campagne im lapin, qui, très effrayé sans doute de 
cette foule inaccoutumée, s'était laissé prendre \iA^ant, ils le 
suspendirent au haut dune lance . le firent porter en pompe 
deA'ant eux et le fixèrent sur le pilori de Saint-AIban, comme le 
symbole de leur nouvelle conquête, la liberté des garennes et de 
la chasse •'. 

Cela fait, ils marchèrent sur ralîlîa^e. 11 semble qu ils auraient 
dû commencer par là ; mais quelles concessions pouA-aient-ils 
espérer de l'abljé, tant que la lettre patente promise par Richard II 
n'était pas arrivée? En attendant, ils se donnaient un passe-temps 
qui n'était pas sans certains agréments. 

Ils approchèrent de l'abbaye « oa'c graunt noyse et cry, et ove 
baners displaiez et pennuz. » 

Thomas de La Mare, parfaitement renseigné sur les intentions 
des insurgés par quelques-uns de ses tenanciers « dont Dieu 
aA^ait touché les cœurs », avait jugé nécessaire de céder et aAait 
fait ouvrir les portes. Ils entrent, ordonnent au. portier de leur 
donner accès dans la prison et déchaînent les cajjtifs ; ils les 
mettent tous en liberté, sauf un qu'ils soumettent à une nouA^elle 
enquête; ils le trouAcnt coupable, le condamnent à mort et l'exé- 
cutent; puis, en cortège, « avec ces clameurs diaboliques qu'ils 
aA^aient appris à j^ousser à Londres, au meurtre de l'archevêque, » 
ils vont fixer la tète de leur A'ictime au haut du pilori '^ 

1. Ilisl. nnglic, I, 471; id. clans Gesta, III, 303. Le chroniqueur, avec son 
exagération habituelle, évalue à deux mille le nombre de ces nouveau 
venus. 

2. Gesln HbLulum, III, 303. 

3. Requête de labiée, dans Geda nhhalum, III, 290-291. — Ilisl. anfjlic, 
I, 471 ; id. dans Gesta, III, 303-304. — "... Quidam Johannes liaron, die 



16 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE HEHTFOUD 

Il n'est pas superflu de remarquer ici que dans tous les comtés 
où sévit la révolte, les rebelles s'attaquèrent aux prisons, dans 
le Kent, à Londres, en Norfolk, aussi bien que dans le Herts, et 
c'est assurément un des caractères généraux de ce soulèvement. 
Il s'explique sans peine : d'abord la prison était le lieu maudit 
où l'on expiait long-uement les infractions aux règlements ; 
peut-être même certains rebelles, dont la mémoire était longue, 
comme Grindecob, par exemple, avaient-ils des raisons per- 
sonnelles d'en vouloir aux cachots seigneuriaux. Mais il y 
avait plus que cela : vider les prisons, ce n'était pas seulement 
délivrer quelc|ues pauvres captifs et venger les injures passées, 
c'était annoncer un régime nouveau où les lois seraient plus 
équitables, où l'on jugerait sur d'autres principes : c'était pour les 
rebelles s'instituer souverains. Et c est bien dans cette pensée 
qu'ils soumirent les prisonniers à un jugement nouveau, ei que, 
dans cet état d'esprit commun aux révolutionnaires et aux 
enfants, qui oscille toujours dune extrémité à l'autre, ils condam- 
nèrent un d'entre eux à la peine capitale, tandis qu'ils acquit- 
taient ses comjDagnons. 

Cependant les rebelles, restés la veille à Londres, revenaient 
par groupes à Saint-Alban, et à mesure qu'ils rentraient, grossis- 
saient le nomljre des insurgés de la ville K Vers neuf heures du 
matin, comme les prisonniers de l'abbaye venaient d'être mis en 
liberté, une bande arriva, précédée d'un étendard aux armes de 
Saint-Georges, « selon l'usage des meurtriers de Londres », dit 
le chroniqueur. Le chef de cette troupe était Richard deWalling- 
ford, un des principaux rebelles de Saint-Alban, qui rapportait 
le mandement du roi. A la nouvelle de son approche, les insurgés 
se portent dans les champs au devant de lui. 11 descend de che- 
val, fixe l'étendard dans le sol et ordonne au peuple entier de 

sabati proximo jjosI festum Corporis Christi , quendam hominoni cujus 
nomen incognitum est ois, qui in prisona abbatis de Sancto Albano in 

Sancto Albano detinel)alui' , extra prisonam illam cepit et decapitavit. » 

[Cornm reçje^ Knsler 5 Ilic. II, m. 18.) — Cf. Coram rege, Mich. 5 Rie. II, 
m. 27 (lorso. 

1. Recjuête de l'abbé : loc. cit., p. 290. 



KÉVOLTI-; Di:S ILAHITANTS DE SAIM-ALUAN 17 

venir se gTouper autour comme en temps de guerre. Après 
quelques instants d'entretien, il leur ordonne de Tattendre là, 
jusqu'à ce qu'il connaisse les intentions de l'abbé. Il entre dans 
l'église avec plusieurs des principaux rebelles, et fait demander 
à Thomas de la Mare de se rendre en ce même endroit aiin de 
répondre au peuple ' . 

Le choix de ce lieu de rendez-vous peut étonner aujourd'hui. 
Il était dans les mcpurs du moyen âge. L'église ne servait pas 
seulement à la célébration du culte : c'était souvent la seule mai- 
son de pierre du village, toujours la mieux cliaulïée et la mieux 
éclairée ; beaucoup s'y arrêtaient et y traitaient leurs affaires ; on 
y tenait même des marchandises ^. Rien de plus naturel que d'y 
avoir mandé Thomas de la Mare pour ne pas discuter en plein air 
et dans la foule des insurg-és. 

(c L'abbé, nous dit le chroniqueur, était résolu à périr pour 
la défense des privilèges du monastère, plutôt que d'accorder quoi 
que ce fût de préjudiciable à sa maison. Mais ému par les prières, 
les avertissements et les assurances de ses religieux, qui lui fai- 
saient observer combien sa mort serait inutile au monastère, quoi- 
qu'il eût tout à fait décidé de mourir, vaincu, il descendit auprès 
des rebelles. » Ce trait n'est guère conforme au caractère énergi- 
cpie et batailleur de Thomas de la Mare, mais en admettant qu il 
soit vrai, c'était agir en homme sage que de changer d'attitude. 

Quand l'abbé entra dans l'église, Richard de Wallingford lui fit 
un court salut, et lui tendit la lettre qu'il avait, dit le chroniqueur, 
« extorquée » au roi. Cette lettre portait ce c|ui suit : 

« Très cher en Dieux, 

A la pétition de nous amez liges de la ville de Seynt Alban, 
nous volons et mandoms que certaines Chartres esteantz en vostre 

1. Ilist. anglic, I, 472; i(L dans Gestn ahhatiim, III, 304-305. — 
«... Johannes Garlek et alii..., die sabbati proximo post feslum predictum, 
eodem anno, venerunt de Londoniis cum uno vexillo usqiie villam de Sancto 
Alhano contra dominum etc. et contra ligeanciam suam. » [iloram rege. 
Midi, a Rie. II, m. 28 ; cf. m. 26 d.) ^ 

2. Rogers, History of agriculture a/ul p/'ici's in England, I, 59. 

il/em. et dnc, de l'École des Charles. — II. 2 



18 LK SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE lîERTFOKD 

g^arcle, faitz par nostre prog'enitour. le roy Henri, a les burgeis 
et bones j^entz de la dite ville, de comune et de pasture et de 
pescherie et de certaines autres commodités expresses en mesmes 
les Chartres, à ceo qils diont. facetez liverer as dites burg-eis et 
bones o^entz, ceo que lei et reson le requeront ; par ensi qu ils 
n'eient matière de pleindre desore a nous pur celé cause. 

Donez souz nostre sig-net a Londres, le quinze jour de juyn. 
l'an de nostre règne quarte ' . » 

L al)bé reçut et lut ce mandement <' avec la révérence qu'il 
devait au roi ». ce qui ne 1 empêcha pas de refuser toute con- 
cession, disant que ces afl'aires avaient été réglées une fois 
pour toutes et que les pièces relatives à cet accord étaient con- 
servées dans les rôles royaux, à ^^'estminster : en conséquence, 
selon les lois du royaume, universellement respectées, les habitants 
n avaient aucun droit à ce qu'ils réclamaient. 

Richard de ^^'allingford, s'inspirantdes mêmes idées qui avaient 
jeté les révoltés sur la prison de l'abbaye, répondit que les lois 
anciennes étaient périmées, qu'ils n'en avaient cure et qu ils 
n'entendaient pas de pareilles raisons : il exhorta l'abbé à ne pas 
exaspérer la foule, qui ne s'apaiserait qu en recevant pleine satis- 
faction. 

Thomas de la Mare ne se tenait pas pour battu et chercha 
d autres ar<?uments. Mais Richard le menaça des fureurs de ses 
compagnons, décidés, si la réponse se faisait attendre, à demander 
vingt mille hommes à A\'at Tyler povir raser le monastère. 

L'abbé essaye alors d'invoquer des raisons de sentiment : il 
leur rappelle qu il est abbé depuis de longues années et que 
jamais il ne leur a nui ; chaque fois qu'ils soutiraient, il s'est elForcé 
de les secourir ; ils attaquent en lui un ami et le plus doux des 
maîtres. On lui répond qu'on reconnaît tous ses mérites, mais 
qu'à l'heure actuelle il ne lui reste plus qu'à céder -. 

Il n'y avait, en eiîet, qu'à se soumettre : 1 a])bé leur accorda 

1. Jlhl. uiKjlic, I, 472-473; id. dans Gcstn , III, :J0b-30G. Le texte des 
lettres royales esl édité ainsi dans l'IIisL anglicanu. 

2. Ilist. anf/lic, I, 473-474; id. dans Gesia ahbatum, III, 30(3-308. 



RÉVOr>TE DES If A l!l lA.NTS DE SA[.M - Al.lî A.N 19 

tout ce qu ils voulaient, ainsi qu il l'expliqua plus tard dans sa 
requête au roi, « pur pour (["il avoit de mort de seins, et pvir 
eschuere lour g-raunt malice q eux compasserount al dit abbeye '.» 

Aussitôt les vilains précisent leurs demandes : ils veulent des 
chartes de libertés ; Thomas de la Mare les leur promet. Leurs 
pères ayant contracté divers engagements envers l'abbaye sous 
peine d'avoir à lui payer trois mille marcs, ils veulent qu'on leur 
rende les oblig^ations où cet accord est consig'né. Enfin, s'en pre- 
nant à la justice de l'abbaye comme à sa prison, ils réclament 
les rôles judiciaires. On leur donne tous les actes et tous les livres 
qu ils demandent, ils les emportent, en font un tas sur la place, 
près du Crucifix, et y mettent le feu -. 

Il fallut même que Thomas de la Mare s'humiliât devant eux : 
« De tut cecy, » disait-il plus tard, dans sa requête au roi, (( ne 
sei tiendrent paietez, si l'abbé mesmez ne venseit hors de la dite 
esglise. et illeoqs sei excusast apertement devant tut le route. 
Lequel il fit et parformy ^. >» Mais cet homme énergique et plein 
de ressources était prêt à tirer parti de toutes les circonstances : 
ne pouvant persuader les chefs, il essaya de convaincre la foule. 
Profitant de cette cérémonie humiliante qui le mettait en rapports 
forcés avec elle, il lui montra une charte de libertés que les 
ancêtres des rebelles avaient arrachée à un de .ses prédécesseurs 
et qui, peu après, avait été, de leur propre consentement, annulée 
devant la cour du roi. Il espérait que le souvenir de cette ten- 
tative malheureuse les ferait réfléchir et les calmerait; mais les 
révoltés sont rarement sensibles aux leçons de l'histoire; ils pen- 
saient être plus heureux que leurs pères ; ce qu'ils sauraient arra- 
cher, ils espéraient bien le g^arder ^. 

Ils réclamaient avec insistance une ancienne charte de Saint- 
Alban, portant affranchissement des serfs, et ornée, disaient-ils. 

1. Reiiuète de labl)é : Ccshi, IH. 2'.il. 

2. Rcfjuête de lahljé : lue. ri/., 2".t|--2'.l2. — • Ilisf. nn;/lir., I, 474; id. dans 
GoHtn, III, 308. 

■i, Heijuète de l'alihé, 292. Nous it'jnoduisons telle i(iielle rc'-dilu)!! Hiley. 
'i. IhùL, 202-293. 



20 I.K SMULKVEMKM DANS I.K COMTÉ DK IIERTFOUD 

de deux majuscides en couleur, 1 une d or. 1 autre d azur '. Qu'était- 
ce que ce fameux acte? 

Etait-ce la lettre du roi Henrv. dont parlait le mandement du 
roi? Etait-ce la prétendue charte de l'antique Oll'a? Les insurg-és 
de tous les temps à Saint-Alban nourrissaient une prédilection 
particulière pour la mémoire de ce vieux souverain : d'après une 
lég-ende accréditée, il aurait jadis assemblé en ce lieu des gens de 
métiers, artisans, forg-erons. menuisiers, maçons, pour construire 
le monastère, et les aurait dotés d'une série de libertés et de 
privilèges, supprimés ensuite par les abbés et les religieux. En de 
précédentes révoltes, les gens de Saint-Alban invoquaient déjà 
son autorité et voulaient revenir au temps du bon roi Offa -. 

Cet acte, dont les rebelles décrivaient jusqu'à la forme et 
l'aspect, 1 abbé ne l'avait jamais vu, n'en avait jamais entendu 
parler. Mais refuser satisfaction aux rebelles était dangereux. 
Thomas de la Mare, fort eml^arrassé. demanda une trêve aux 
insurgés, sous prétexte précisément de rechercher cette charte 
introuvable, promettant, s'il la découvrait, de la remettre sans 
faute à trois heures : qu'ils vinssent alors et ils seraient satis- 
faits ■^. C'était quelques moments de répit. 

L'auteur de l'Historia anglicana. représente les religieux essayant 
en vain de restaurer leurs forces par la nourriture (( Elle ne leur 
profitait pas, car ils mangeaient le pain de la douleur, et leur 
])oisson se mêlait de leurs larmes, la vie et la mort étant entre 
les mains de pa\-sans c^ui ne savent pas dominer, qui ne veulent 
pas pardonner * ». Ce n'était en effet qu'une trêve, et la guerre 
allait être bientôt reprise, sans merci de la part des vainqueurs, 
sans espoir ^lour les battus. 

Déjà les rebelles s'étaient attaqués aux bâtiments de 1 abbaye : 
le parloir du monastère ^ était pavé de pierres dont la provenance 

1. Requête de Tabbé, Joe. cil., ■2'JI. 

2. Gesln abhadnn, III, 'MY.i. 

3. Gesla ahhnlum, III, ;j08-:30'.). —Ilisl. ;iii;jlic.,\, 47 4-i7^. 

4. Ilisl. unglic, I, il'6; id. dans Gesla, III, 300. 

5. Et non pas le cloitre, comme le dit Green, dciaz la dilc nbljeye, en 
une meason appelle parleur, bien près le cloistre;. Cl'. Green, Ilisl. du 
jteujtle anglais, l, 287. 



HÉVOJ/IE Di;s IIAItlTA.NTS DK SAI.M-ALHA.N 21 

tenait à cœur aux g^ens de Saint-Alban; C'étaient les pierres 
meulières dont ils se servaient jadis, quand ils s'étaient permis, 
en dépit des privilèges de l'abbaye, d'établir des moulins k main 
dans leurs demeures; après un long procès, les religieux avaient 
obtenu de pouvoir les confisquer et les avaient placées en ce lieu, 
" en ensample de lour tort et malfet q'ilz avoyent fet a dit 
abbeye ». Aussi, à la suite de l'entrevue avec Thomas de la 
Mare, une bande pénétra dans ce parloir, déchaussa les pierres, 
les emporta, les brisa et distribua les morceaux aux rebelles, en 
mémoire cette fois de la défaite du monastère '. 

Cependant le délai allait expirer : à l'heure fixée, une foule 
immense, dit le chroniqueur, se trouvait massée devant 
l'abbaye, et tous les insurgés, d'une seule voix, criaient que si 
on ne leur remettait pas les chartes qu'ils voulaient, ils démoli- 
raient la grand'porte. 

L'abbé, toujours actif, n'avait pas perdu ce temps de répit, et 
avait fait rédiger une charte d'émancipation; il la leur envoya, 
promettant d'y ajouter les signes de validation, s'ils l'approu- 
vaient. Il va sans dire qu'ils ne furent pas satisfaits. Aussi lirent- 
ils demander à Thomas de la Mare de leur envoyer un clerc armé 
de parchemin et d'encre, qui écrirait sous leur dictée; l'abbé 
n'aurait plus qu'à sceller la pièce ainsi composée. Force lui fut 
d'accepter toutes leurs conditions : aux ordres de ses sujets, il 
envoya l'encre, le parchemin et le secrétaire. Qu'on se représente 
ce malheureux clerc rédigeant une charte de liberté sous la dictée 
d'une multitude d'individus surexcités, en désordre, gesticulant, 
criant des avis contradictoires; selon toute vraisemblance ils 
eurent quelque peine à s'entendre et quand l'acte ainsi composé 
fut rédigé et scellé, ils ne se jugèrent pas contents : aussi se 
reprirent-ils de plus belle à réclamer k grands cris la vieille 
charte aux majuscules d'or et d'azur -. 

L'abbé, si délié que fût son esprit, ne pouvait leur donner cette 

1. Requête de labbé, loc. rif., 2113. — Ilisf. niH/lic, J, 47.j; id. dans 
Gesia, III, :J09. 

2. Ilisf. iinr/lic, I, 47(3; id. dans Gesta, III, 310-311. 



22 I.K SOL I.KVKMK.M DA.NS l.K CnMlK lil-; 11 i:ii I l-f »i!l» 

satisfaction suprême, et désespérait de les convaincre de sa 
bonne loi. Il leur envoya des écuyers « honnêtes et estimés », 
pour leur promettre que le lendemain dimanche, il célébrerait la 
messe en leur présence et jurerait sur le Saint-Sacrement, ainsi 
que tous ses moines, qu'ils ne retenaient pas sciemment la charte 
réclamée. Mais les révoltés sont de nature déliante, les serments 
les plus solennels ne leur imposent pas. Pour toute réponse, ils 
dirent aux écuyers qu'ils auraient cette pièce ou qu'ils mettraient 
le feu au monastère. L'abbé, qui ne se tenait jamais pour 
battu, leur renvoya les écuyers pour leur expliquer qu'ils deman- 
daient l'inqiossible, et leur proposer la transaction suivante : ils 
referaient eux-mêmes l'ancienne charte de leurs rêves, la compo- 
seraient suivant leurs souvenirs ou comme ils l'entendraient; 
pour lui il s'engageait d'avance à la souscrire et à la sceller du 
sceau de l'abbaye. On ne pouvait être de meilleure composition. 

Cette longanimité ne fut pas sans effet. Certains des révoltés, 
plus modérés ou plus las, furent d'avis d'accorder une nouvelle 
trêve aux religieux, jusqu'au lendemain à neuf heures. Mais la 
majorité, plus acharnée, était d'avis de persister. Alors l'abbé, 
sachant que la faim et la soif sont mauvaises conseillères et que 
des rebelles rassasiés sont moins dangereux que des rebelles à 
jeun, fait distribuer du pain et verser de la bière aux portes de 
l'abbaye, (tétait la plus persuasive des réponses, la plus facile à 
entendre : elle les calma. Il ne fut plus impossible de les ama- 
douer : ce fut l'œuvre d'un des principaux habitants de la ville. 
Remarquant (ju'il y avait ])armi les rebelles (|ui assiégeaient le 
monastère un ])on nombre de villageois des environs, il vint à eux 
et leur reprocha, non sans adresse, de déro])er aux ])ourgeois de 
Sainl-Alban le périlleux honneur de vaincre ra])l)aye: et il leur 
proposa de se retirer et de rejoindre les rebelles qui opéraient en 
ville 1. 

L'avis, ([uisendjlait venir d'un allié, parut bon ; ils s'éloignèrent, 
rentrèrent en ville et consacrèrent le reste d'une journée si bien 

1. Hist. anylic, I, 470-477; id. dans Geslu, III, A\\-M2. 



RÉVOLTK DKS IIAIUIA.NTS DE SAINT-AIJÎA.N 23 

commencée à se vencrer des serviteurs du monastère. Labbé 
avait promis cependant de réparer les méfaits de ces derniers 
s'ils en avaient commis et de ne plus les t^arder à son ser- 
vice : mais les révoltés n'avaient pas, semble-t-il, grande 
confiance dans les eng-agements de Thomas de la Mare et ils se 
firent justice eux-mêmes. Ils allèrent aux demeures de Richard 
Scryvein, de Robert atte Chamber ou de la Chambre, de John 
Clerk, de Simon Lymbrennere, les jetèrent bas et brûlèrent ce 
qu'elles contenaient. Mais pourquoi choisirent-ils entre tous, ces 
quatre officiers de l'abbaye et en firent-ils les boucs émissaires 
des haines pu])liques? Sans doute parce que leur profession était 
particulièrement odieuse : Rol^ert de la Chambre était le garde 
forestier du monastère chargé de défendre les droits de garenne 
des religieux ; Richard Scryvein et John Clerk étaient — leur 
nom l'indique avec toute vraisemblance — , deux de ces affreux 
secrétaires, dont les actes faisaient autorité, qui rédigeaient les 
titres et tenaient les registres seigneuriaux, et sur la foi desquels 
l'abbé pressurait ses tenanciers et châtiait les récalcitrants ; 
c'était sous une autre forme la haine de Vencriei\ qui avait sévi 
aussi dans le Kent et à Londres. Seul le métier de Simon Lym- 
brennere est resté inconnu ' . 

Ici comme dans les comtés du sud, les rebelles imaginaient 
que le roi était leur allié contre leurs seigneurs-: John Eccleshale, 
que les rôles judiciaires accusent de s'être soulevé le ^^remier à 
Saint-Alban. mena une bande au sac de ces maisons, et ordonna 
à ces malfaiteurs de les démolir au nom du roi "•'. Ce loyalisme 

1. Coram reç/e, Michaelm. o Hir. II, m. 20, 27 dorso, 28 dnrao; Eaa- 
ter Rie. II, m. 18; Triii. '6 Bic. II, m. 23 dorso, Xi. — Ces ravages 
sont datés du samedi 22 juin dans Michaelm., etc., ni. 27 dorso, et dans 
Trin., etc., m. 33 ; il y confusion évidente avec le samedi I 3 juin : les autres 
documents diplomatiques et les chroniques sont d'accord sur ce point. — 
Cf. requête de Taljbé : Gesta, III, 29i-29o; — Ilisf. anrjlic., I, 478; /(/. dans 
Gnsta, III, 312-313. 

2. « Predictus Johannes Eccleshale fuit primus surrector in villa de 

Sanclo Albano... et fecit quasdam proclamaciones in eadem villa, quod 
homines ejusdem ville sur^'-erent cum ipso, et fuit ductor quorumdam ini- 
micorum et malefactorum ad domos Johannis Clerke, Ricardi Scryveyn et 



21- ],|-; SOULEVEMENT DANS LE COMTE DE llEHTFOliD 

naïf peut ètro considéré comme un des traits les plus g-énéraux 
et les plus intéressants de la révolte de 1381. 

Ce nétaient là que des satisfactions passagères : le véritable 
objet du soulèvement, c'était de vaincre, non les serviteurs ou 
les employés du monastère, mais labbaye elle-même. Thomas 
de la Mare, en somme, n avait payé les insurgés que de pro- 
messes; il fallait, par un grand déploiement de forces, le con- 
traindre à sanctionner sans réserve et sans arrière-pensée les 
concessions arrachées. Aussi, à l'approche du soir, les rebelles 
se rendirent sur la place du marché, et là, sous l'étendard, ils 
tirent proclamer que tous les hommes des environs vinssent les 
rejoindre en armes, pour les aider à soutenir les droits du roi et 
du peuple, « pur les aforcer en mayntenaunce de les droiturez le 
roy et de la commune ». Quiconque, dirent-ils encore, avait une 
créance sur l'abbaye, devait venir le lendemain réclamer son dû; 
les bourgeois de Saint- Alban s'efforceraient de leur donner 
satisfaction sur les biens du monastère, dans la mesure où ces 
biens y sufTiraient '. 

Cette proclamation était habile et flatteuse : en s'adressant 
aux instincts cupides des paysans, ils rendaient la révolte plus 
attrayante et pouvaient espérer grossir le nomjjre des insurgés; 
en disposant en maitres des biens du monastère, ils étalaient 
leur jeune souveraineté. 

L'appel fut entendu : on peut même dire qu'il fut prévenu. A 
1 heure même où il était lancé, un homme entrait dans l'abbave. 
armé de pied en cap, une épée d une main et un bouclier de 
1 autre, réclamait bruyamment cent marcs et menaçait, en cas de 
refus, de mettre le feu à la grange de Saint-Peter et au manoir de 
Kingsburv. situés près de la ville. C'était l'ancien fermier de ce 



Hol)Oiti atle Cliainl)re prostcrnandum proditorie, et niandavit illis malefac- 
toiilnis ex parte dicti domini régis prosternandum, die dominica post fes- 
tiini Cori)oiis Christi ... {Cornm rege, Trin. o Bic. II, m. i'-i et :i3 Jor.so.) 
La date donnée par ce document est également fausse. 

I. Requête de ral)bé : loc. cil., p. 295. — Ilist. aiif/lic, I. 478; id. dans 
Gcsfa, III, 313. 



UÉVOLTE DES IIAlîITAMS DK SALM-ALliAN 25 

manoir, qui s était ainsi déguisé en homme d'armes : endetté 
envers le monastère et inspiré par une crainte salutaire de la 
rigueur des lois, il avait jugé prudent de s'enfuir. Mais au cours 
de cette absence forcée, consacrée, disait-il, à rassembler la 
somme qu'on lui réclamait, il avait longuement réfléchi : tout 
bien compté, il ne devait rien à Tabbé; au contraire, il avait droit 
k une indemnité de cent marcs pour compenser la perte qu'on 
lui avait causée, en le réduisant à quitter son manoir ; le temps 
de la justice était enfin venu. Mais il n'était pas dans la nature 
de Thomas de la Mare de se rendre sans lutter : on discuta. 
Ému, dit le chroniqueur, des prières qu'on lui adressait, le manant 
se contenta de vingt livres, c'est-à-dire de trente marcs, et partit 
satisfait '. 

Il y eut ce même jour d'autres scènes du même genre et le 
drame de la révolte fut égayé ainsi de quelques intermèdes 
comiques. Mais la plupart des insurgés, qui étaient des convaincus 
et croyaient proche l'heure de la régénération publique, prenaient 
leur rôle au sérieux, sinon au tragique. 

Sans illusion sur les sentiments de l'al^bé, ils savaient que cet 
homme courageux et obstiné épuiserait tous les moyens pour se 
soustraire aux prétentions de ses ennemis. Ils craignirent donc 
qu'il ne profitât de la nuit pour s'assurer des secours armés, se 
souvenant qu'en des crises analogues la force avait eu raison des 
revendications de leurs pères. Aussi, dans la proclamation qu'ils 
venaient de faire sur la place du marché, ils avaient mandé d'en- 
tourer le monastère d'une ceinture de sentinelles, chargées de 
surveiller les routes, de façon qu'aucun moine ne pût sortir de 
l'abbaye ni y rentrer; si un religieux leur tombait entre les mains, 
il fallait soit lui trancher la tète, soit le retenir sous bonne garde 
jusqu'au lendemain. Plus de cent personnes, prétend le chroni- 
queur, répondirent à l'appel et prirent part toute la nuit au 
blocus du monastère -'. 

Ainsi se termina la seconde journée de la révolte de Saint- 

1. Ilisl. nnifUc., I, 478-479; uL dans (iesta, III, 3i;î-:tl4. 

2. Ilist. HiH/lic, I, 478. 



20 l-K SOULÈVKMEM DANS L?: COMTÉ JJi: IICUTFOHD 

Alban. lui quelques heures, les rebelles avaient brisé les clôtures 
des bois et des garennes, assiégé la prison, vaincu 1 abbé dans 
un duel acharné des deux parts, dépavé le parloir du monastère, 
saccai^é des maisons, assuré par leurs proclamations 1 exten- 
sion du soulèvement. Il était certain que rinsurrection se pour- 
suivrait et que le lendemain les rebelles agiraient avec une égale 
vigueur : ils n'avaient pas dit leur dernier mot. 

Les moines, qui le prévoyaient, passèrent xine nuit terrible ; 
que pourraient-ils de plus que la veille pour satisfaire les rebelles? 
Ils ne devaient pas songer sans frémir aux massacres du Kent et 
de Londres, dont l'écho sinistre était parvenu jusqu'à eux. Déses- 
pérés, dit Walsingham. la plupart étaient d'avis de fuir. 

Cette journée du dimanche, qui semblait devoir achever leur 
ruine. leur apporta le salut. Dès le matin, on sut à Saint- Alban 
que Wat Tyler venait d'être tué, que les bourgeois de Londres 
s'étaient levés pour donner la chasse aux insurgés, et l'on vit 
arriver un chevalier du roi. qui proclama la paix au nom du 
souverain, ordonnant à tous de la respecter, sous peine de forfai- 
ture de la vie et des membres. Enfin ce chevalier apportait à 
l'abbé une lettre de protection ainsi conçue : 

« Richard, par la grâce Dieux roy d'Engleterre et France 
et seigneur d'Irlond. a touz nos liges et communes del countée 
de Hertford et de touz autres countées adjoinantz etprocheins. 

« Nous vous prions, chargeons et mandons le plus estreite- 
ment que nous peons. et sur la foi et ligeance que vous nous 
devetz. que a nostre treschier en Dieu, labbé de Seynt Auban. 
ne a nostre meson et monastier de dit lieu, qu'est de nostre patro- 
nage, ne a nulle de gentz, moignes ne autres, ne a nulle dez 
biens, deinzle dit monastier et l'enclos d'icelle, et en quelconques 
autres places de dite abbeye esteianz, ou a li et a les siens apor- 
tenantz, vous ne facez ne soefîrez estre fait, en tant come en vous 
est. asqun gref, damage, ne moleste quelcomque. en cors ne 
biens, en quelconque menere : kar si \v dit u])hé ou ascun de 
siens, eit mespris dever vous, nous mesmes de li ferrons le 
redresser et amender, si come reson vodra. Et ceste nostre man- 



liKVnLTI-: IJKS HABITANTS DK SAI.\T-A1JÎA.\ 27 

dément peraez si a coer, que nous vous en doions saver grée sur 
tôt l'amour et loialté que vous portez a nous '. 

(( Donc souts nostre o-raunt seal a nostre Cvté de Londres, le 
quinze jour de juin, l'an de nostre règne quarte -. » 

Ainsi ce mandement porte la même date que l'autre, celui que 
les rebelles avaient arraché au roi pour leur usage, (^uel change- 
ment inattendu en quelques heures ! 

Le chroniqueur, en rappelant cette bienheureuse nouvelle, ne 
peut s'empêcher d'entonner un chant d'allégresse. (( Alors, dit-il, 
s'illumina ce jour du dimanche, où la consolation divine com- 
mença à sourire aux terrifiés et aux accablés. L'elïronterie des 
vilains s'humilia et la superbe d'hier tomba aujourd'hui d'une 
manière inespérée -^ ». 

Cette mort de ^^'at Tyler était sinon une perte matérielle, du 
moins une défaite morale pour les rebelles de Saint-Alban. 
AN'at Tyler, c'était le grand chef des insurgés, dont ils invo- 
quaient hèrement l'alliance, dont ils annonçaient à courte échéance 
l'arrivée vengeresse; c'était l'appui moral, inspirant d'autant 
plus de confiance qu'il était plus inconnu et plus mystérieux. 

Toutefois, si gros de conséquences que fût cet événement, il 
n'eut pas à Saint-Alban d'effet immédiat. Les décisions des 
insurgés résistèrent d'abord à cette nouvelle. C'est que, depuis la 
veille, leur nombre s'était grossi d'une foule de rebelles nou- 
veaux, accourus sur leur appel des localités voisines. Ils se 
jugèrent sans doute très forts, et malgré les ordres du roi, à 
l'heure convenue, ils allèrent chercher au monastère les actes 
qu'ils avaient réclamés la veille. 

Le chroniqueur assure pourtant qu'ils se montrèrent plus 
modérés, « affectant des airs paisibles ». Ils demandèrent seule- 
ment les chartes de libertés, promettant, s'ils les obtenaient, de 
conclure une paix perpétuelle entre la ville et le monastère. 

1. L'éditeur de l'IIisl. an(/lii\, auquel nous empruntons cette transcrip- 
tion, a lu : a vous. 

2. ///s/, angllc, I, 479-481 ; id dans Geftfa, III, 314-3t(3. 

3. Hist. anf/lic, I, 479; /(/. dans Gesla, III, 31a. 



28 LE SOLLÈVE.Mi:.\T DANS LE CCOITÉ DE IIEKTFORD 

L'abbé et ses religieux , enchantés de ces dispositions , n'es- 
sayèrent même plus de lutter : ils étaient maintenant rassurés 
sur l'avenir et attendaient la fin prochaine de l'insurrection ; deux 
chevaliers, Thomas Percy et Hug-h Segrave, sénéchal du roi, 
conseillèrent à Thomas de la Mare de consentir k tout, lui certi- 
fiant que le monastère n'aurait jamais k en pâtir. L'abbé accueillit 
donc les principaux rebelles, les installa auprès d'un clerc et leur 
permit de rédiger la charte tant désirée : il la sanctionna et la 
valida sans restriction. 

Cet acte, daté du 16 juin, est fort long, mais peut s'analyser 
brièvement : \° l'abbé reconnaissait k tous les bourgeois de 
Saint- Alban un droit absolu de passag-e, de pâture et de chasse 
sur de A'astes espaces nettement limités ; 2*^ un droit de pèche 
dans certaines eaux ; 8" il permettait k chacun d'établir un moulin 
k main dans sa maison ou ailleurs ; 4° enfin il reconnaissait k la 
ville le droit de se gouverner elle-même, sans l'intervention du 
bailli de l'abbaye '. 

On peut se faire une idée, k l'aide de cette charte et d'autres 
documents, de l'état d'esprit des insurgés. Il n'est pas sans inté- 
rêt, k ce propos, de remarquer selon quel ordre les concessions 
fixées par les rebelles eux-mêmes sont énumérées. La dernière, 
d'ordre politique, qui serait aujourd'hui la plus importante, est 
mentionnée en trois lignes k la fin de l'acte ; la clause précédente, 
relative aux moulins et qui est plutôt d'ordre social, est un peu 
plus détaillée ; mais tous les honneurs de la charte, tous les déve- 
loppements sont prodigués pour les premières. D'ordre pure- 
ment matériel, elles nous paraissent insignifiantes et nous avons 
quelque peine k comprendre qu'on se soulève pour arracher un 
droit de chasse ou de pêche. Les gens du moyen âge en jugeaient 
autrement et pour cause. Aujourd'hui, pour les paysans, lâchasse 
et la pêche ne sont guère qu'un plaisir, un passe-temps ; au con- 

1. Gesta ahhaturn, III, 317-320. {L'Hist. ançjlic, I, 481-483, présente ici 
un texte souvent difTérent; on n'y trouve même pas l'analyse de cette 
charte, qui est transcrite intégralement dans les (ir:<fn.\ Cf. Annales de 
Dinislaplia, p. 417; Kni^hton, II, 141. 



KKVOLTE DES IIAlilTANTS DK S A INT-A LIÎAN 29 

traire c'était une ressource inestimable en un temps où Ton ne 
mangeait en hiver que des viandes séchées ou salées, les éle- 
veurs tuant à l'automne, faute de fourrai^es. la grande majorité 
de leurs bêtes. xVussi le braconnage était-il un mal endémique au 
moyen âge ; ce délit, qui est de tous les temps, exerçait alors un 
attrait particulier, les chasses étant impitoyablement réservées 
aux seigneurs. De là vient qu'il ait été soumis à des pénalités si 
rigoureuses et que le droit de garenne soit resté imjDopulaire 
entre tous les droits dits féodaux. Cette charte d'émancipation, 
écrite sous la dictée des rebelles, comme ils l'entendaient, sans 
la moindre moditication , est à cet égard particulièrement sug- 
gestive : la première liberté qu'ils revendiquent est de pouvoir 
chasser ou pêcher à leur guise. En même temps ils étendent leur 
droit de pâture, pour pouvoir nourrir plus de bétail. Quant à se 
gouverner soi-même, c'est un droit qu'ils apprécient aussi, mais 
c'est un droit secondaire. 

Il ne manquait plus, pour leur donner entière satisfaction, que 
de leur délivrer la vieille charte aux fameuses majuscules. Mais, 
introuvable le samedi, elle l'était encore le dimanche. Heureuse- 
ment pour les religieux, l'audace des rebelles était moindre que 
la veille : on put s'entendre. L'abbé s'engagea, s'il trouvait l'acte 
requis, à le remettre aux gens de Saint-Alban avant le 23 mars 
1382. S'il n'arrivait pas à le découvrir, un serment ^^l'êté sur les 
Evangiles par lui et par les douze religieux les plus âgés du mona- 
stère devait attester sa sincérité. Entin, à la place de cette charte, 
les bourgeois pouvaient, jusqu au même terme, exiger soit un 
autre acte confirmant leurs anciennes libertés, soit l'insertion de 
clauses nouvelles dans l'acte concédé le i G juin. Pour sanctionner 
ces engagements, l'abbé se reconnaissait à l'avance, au cas où il 
les violerait, redevable à ses sujets de mille livres, payables le 
23 mars 1382'. 

Il restait aux rebelles une dernière mais indispensable précau- 
tion à prendre : il fallait s'assurer de l'impunité par l'amnistie. 

1. Geslu abbatum, III, 32U-322. 



30 LI-: SOI i,kvi:mi:.nt dans lk co.mté di-; iikktfohd 

Aussi iniposa-t-on à Thomas de la Mare de sanctionner un troi- 
sième acte, dit de quiet daim ou de remise générale : par cet 
acte, l'abbé renonyait à toute action, personnelle ou réelle, à 
intenter aux g-ens de Saint-Alban « depuis le commencement du 
monde jusqu'au jour présent ». Seuls les procès pour dettes 
étaient réservés ^. 

Ces trois pièces furent rédigées sous la dictée des rebelles, qui 
circulaient par tout le monastère, dit ^^'alsing•ham, a non comme 
des sujets, mais comme des maîtres. » Elles furent également vali- 
dées en leur présence. « Alors, dit le chroniqueur, se produisit ce 
fait merveilleux : comme la charte de liberté des vilains devait 
être scellée et qu'avec toute l'adresse et la diligence A'oulues on 
avait appliqué sur la cire le sceau commun, très vieux cachet sur 
lequel est figurée l'image d'Alban, le glorieux protomartjr des 
Bretons, on ne put par trois fois l'en détacher ni l'en arracher, 
signe manifeste que le martyr ne voulait pas d'eux comme sei- 
gneurs, mais voulait les dominer comme auparavant "-. » Les pauvres 
clercs du sceau, très effrayés de cette besogne inaccoutumée, 
en une compagnie qui ne laissait pas d'être inquiétante, avaient 
négligé sans doute quelque précaution indi.spen sable pour empê- 
cher la cire d'adhérer au cachet. 

En possession de leurs chartes, les délégués des rebelles se 
retirèrent joyeux. Ils se réunirent au pied du Crucifix et là, devant 
la foule assemblée, donnèrent lecture des actes qu'ils venaient 
d'arracher à l'abbé. Après les concessions de Thomas de la Mare, 
ils leur firent connaître celles de Richard II : le roi, à la demande 
des insurgés de l'Essex et à la suite de l'entrevue de Mile-End. avait 
affranchi l'avant-veille tous les serfs de son royaume et accordé 
aux révoltés un pardon sans réserves, par lettres patentes déli- 
vrées en chancellerie ■^. Certains rebelles en avaient rapporté un 
exemplaire à Saint-Alban, pour les habitants du comté de Ilert- 
ford : on le lut devant la foule. On conqjrend sans peine les sen- 

1. CiPsIn ;ilj/,;ilinn, III, M}. Cf. ihi<L, p. 288, cl Ilisl. .iiKjlir., I, 482. 

2. Ilist. nn{/Jir.. I, W.i ; id. dans r>.sV;(, III, ;}2:{. 

:{. Hymer (Édition de la Record Commissionj, IV, I2(). 



RÉA'OLTE DES IIAHITANTS DK SAINT-ALBAN 31 

timents d'eirusion avec lesquels cette lecture fut accueillie ; non 
que la question du servage eût dominé dans cette région : les 
habitants de la ville ne l'avaient même j)as soulevée ; mais c'était 
l'amnistie royale ajDrès le pardon de l'abbé , c'était la suprême 
garantie pour l'avenir. 11 est vrai que la rémission s'appliquait 
seulement aux faits accomplis avant le 1 i juin : mais les chefs de 
la révolte avaient dissimulé avec soin les lettres royales jusqu'à 
l'entier acquiescement de l'abbé, espérant qu'à la faveur de cette 
ruse on admettrait au bénéfice du pardon toutes les fautes 
commises avant qu'il fût connu •. 

Ainsi l'insurrection à Saint-Alban avait abouti : pour bien 
montrer qu ils la jugeaient finie et pour donner une preuve écla- 
tante de leur modération, les rebelles firent proclamer en leur nom 
la charte de protection accordée aux moines par le roi. Ils étaient 
en vérité bons princes : pour un peu ils eussent pardonné à l'ab- 
baye le mal qu'ils lui avaient fait -, 

Alors, le cœur en joie, ils se dispersèrent et se répandirent 
autour de la ville, poussant des cris tumultueux, suivis de char- 
rettes chargées de pain et de cervoise : à la hauteur de chaque 
borne, dit le chroniqueur, ils en offraient et en versaient en 
abondance ^. Et ainsi cette révolte, poursuivie trois jours durant 
par la violence, se termina en réjouissances publiques. 

1. Hisf. anrjlic, I, 481-483; id. dans Gestn, III, ;M7-318, 323-324. 

2. Ilisf. aiifjlic., I, 483; id. clans Gcsdi, 111, 323-324. 

3. Gesta abhatum, III, 320. 



CHAPITRE II 



HÉSOLTE DES ALTKES TENA.NCIERS DL MONASTÈHE 



Ils accourent ;'i Saiiil-Alb.in dèsle samedi 1 ii juin ; mais le plus grand nombre 
se présente à l'ahhaije du dimanche i(i au jeudi 20. Beaucoup demandent 
à l'abhé de vidinier en leur faveur la charte royale d'affranchissement . 
Plusieurs réclament des concessions j)lus étendues. 



Les habitants de Saint-Alban ne furent pas les seuls acteurs du 
drame qui venait de se dérouler dans leur ville : la révolte, en se 
propageant, leur avait suscité dans toutes les parties du Herts 
de nombreux et actifs auxiliaires qui vinrent les rejoindre chez 
eux. Le rôle de ces derniers fut loin d'être insignifiant. 

Au début même du mouvement, les habitants de Saint-Alban 
s'étaient associés aux gens du sud. de Watford, de Barnet, et ils 
en racolèrent le plus qu'ils purent dans leur marche sur Londres. 
Dès le vendredi, à leur retour, le bruit de leurs exploits rayon- 
nait dans les campagnes et gagnait à leur cause les sympathies 
des villageois. Le samedi matin, ils ordonnaient, par proclama- 
tion publique, à tout homme valide de se joindre à eux et le soir 
ils renouvelaient cet appel, cette fois spécialement à l'adresse des 
habitants du comté. L'invitation ne fut pas seulement entendue, 
elle fut en partie prévenue : les paysans des localités voisines 
accoururent les premiers et quand, dès le matin, les rebelles 
de Saint-Alban rentrèrent en ville, ayant dévasté les bois et 
les garennes du monastère, ils trouvèrent une multitude de cam- 
pagnards venus des environs, multitude si imposante que le 



RÉVOLTE DES AUTRES TENANCIERS DU MONASTÈRE 33 

chroniqueur, dont on connaît crailleurs l'exagération habituelle, 
l'évalue au nombre de deux mille hommes '. 

Peu après, au moment où la prison de labbaye venait d'être 
forcée, il arriva à Saint-Alban une bande fraîche d'insurgés, qui 
avaient eu le temps de venir de l'extrémité méridionale du comté, 
et même d'au delà, puisqu'ils s'étaient soulevés à Barnet, et que 
cette localité est déjà située en Middlesex -. 

Ensuite ce fut le tour des gens de Redbourn, puis de Berkhamp- 
stead, lieux situés tous deux à l'ouest de Saint-Alban, le der- 
nier à plus de dix milles, à proximité du comté de Buckingham, 
et c'est sous leurs yeux et avec leur aide que la maison de Robert 
atte Chamber fut renversée. Edmund Cook et d'autres, au 
nombre d'une quarantaine, disent les actes, accoururent de 
Berkhampstead à cheval et se tinrent là, devant cette demeure 
qu'on détruisait, jusqu'à ce qu'on l'eût entièrement démolie ^. 

Le lendemain dimanche, d'autres nouveau venus arrivés de 
Watford , de liickmansworth , village voisin de Watford , de 
Tring, localité située sur la limite occidentale du Herts, prenaient 
part aux bruyantes manifestations de Saint-Alban ^. 

Mais c'est alors seulement que le grand défilé commença : 
pendant cinq jours, du dimanche 16 juin au jeudi 20, les repré- 
sentants d'une série de villages se succédèrent à l'abbaye : ceux 
de Northa^ve, de Sandrid^-e, de Tittenhanjyer, dans la réjcion de 
Saint-Alban ; de Cashiobury à proximité de Watford ; de Abbott's 
Langley, dans le pays de Berkhampstead; de Walden, de 
Norton, de Hexton, de Caldecote, de Shephall. de Newnham, 

1. Hisf. ançjUc, I, 471 ; id. dans Gesta, III, 303. 

2. Hist. aiigUc, I, 471-472; id. dans Gesta, III. 304. 

3. « Edmundus Cook, de Berk namj)stede, cum aliis de dicta villa, 

voluntarie venerunt ad villam de Sancto Albano die sabbati proximo post 
festum Corporis Christi...., et equitaverunt usque domum Roberti atte 
Chambre, et permanserunt ibidem super equos sucs qiiousque illa domus 
coram eis prosternaretur, et dicunt (jucd (non) nesciunt nomina illorum de 
Berkhampstede, set erat (sic) quasi numéro quadraginta. [Coram reçje, Mich. 
ij Rie. II, m. 28.) — Hisl. anylic, II, App. B, 394; id. dans Gesta, III, 
328. 

4. Ilisl. anylic, I, 481 ; id. dans Gesia, III, 317. 

ifem. et doc. de l'Ecole des Chartes. — H. 3 



34 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFORD 

de Aston, clans la zone comprise entre Saint-Alban et Hitchin, 
C'était en somme toute la moitié occidentale du comté '. Les 
rebelles de Saint-Alban avaient pu se vanter auprès de leurs 
compagnons de Redbourn d'avoir trente-deux localités dans leur 
alliance et plus tard, au parlement, on devait attribuer les maux 
dont l'abbé avait été victime à tous ses tenanciers, « g-entz de la 
ville de Seint-Alban com autres - ». 

Ils vinrent tous au monastère, non pas seulement pour soute- 
nir la cause de leurs compagnons les bourgeois, mais pour soigner 
aussi leurs propres intérêts : se glissant par la trouée, à la suite 
des violents de la ville, ils réclamèrent, eux aussi, des chartes de 
libertés. Le plus souvent ils demandaient seulement à Thomas 
de la Mare de confirmer à leur usage les lettres d'émancipation 
octroyées par le roi ajîrès l'entrevue de Mile-End. Alors l'abbé 
leur faisait délivrer un vidimus scellé de son sceau et de celui du 
chapitre. 

Il accorda trois chartes de ce genre le 16 juin, onze le lende- 
main, une le mardi 18 et cinq le jeudi 20. Après cette date il 
semble qu'il n'en fut plus délivré 3. 

Mais tous les tenanciers de l'abbaye ne furent pas d'aussi 
facile composition, et beaucoup élevèrent d'autres prétentions. 
Ainsi, dès le samedi, les gens de Redbourn avaient revendiqué, 
outre l'affranchissement des serfs et la sujjpression des corvées 
de tout ordre, des droits étendus de chasse et de pèche ; tramant 
avec eux, selon l'expression du chroniqueur, jjlusieurs nobles, 
Edmund Crescy, William Eyle, Thomas Norton et d'autres 
encore, ils les avaient contraints, sous peine de mort, de porter 
la parole en leur nom. Thomas de la Mare répondit qu'il était 
disposé à les faire libres, suivant la teneur de la charte accordée 

1. Liste des villes (jui ont ol)teiiu des chartes de l'abbé de Saint-Alban, 
dans Gesia, III, 330. 

2. Ilisl. anfjlic, II, .!/</>. B, 300; id. dans GesIa, III, 329-330. — Rofuli 
P.irli.im., m', 121» .'I, n" 10. — Cf. Coram rec/e, Mkh. 5 Rie. II, m. 31 
(lorso. 

3. GeslanJjIjaluni, 111,330-331 (avec le texte du vidinuisj ; — IIis(. anglic, 
I, 483-4«4. 



RÉVOLTE DES AUTRES TENANCIERS DU .MONASTÈRE 35 

par le roi; quant aux autres concessions réclamées, il devait, 
disait-il, en délibérer avec son conseil, et il promit seulement de 
leur rendre, le jeudi suivant, une réponse qui les satisferait. Mais 
à cette date, les gens de Redhourn étaient déjà repartis, empor- 
tant simplement un de ces vidimus de l'abbé '. 

Les rebelles de Barnet émirent des réclamations d'un autre 
genre. Les maisons qu'ils habitaient appartenaient à l'abbaye et, 
s'ils les occupaient, c'était, cela va sans dire, moyennant des 
redevances. Ils se présentèrent le 15 juin au monastère et deman- 
dèrent c[u'on leur remît le volume des Court Rolls^ ou Rôles de 
la cour seigneuriale, où ces redevances se trouvaient consignées, 
annonçant audacieusement l'intention de le brûler. L'abbé, ainsi 
averti, parvint à les payer de paroles, et s'engagea seulement 
à leur délivrer le volume avant trois semaines. Henry Frowik et 
d'autres de ses amis s'étant ^sortes garants de la promesse, les gens 
de Barnet se retirèrent, emportant du moins un acte par lequel 
Thomas de la Mare confirmait en leur faveur la lettre royale 
d'affranchissement et leur reconnaissait le droit de vendre à leur 
gré leurs terres et toutes leurs tenures -'. 

Les insurgés de Rickmansworth obtinrent aussi le 15 juin une 
charte, plus avantageuse encore : l'abbé les tenait pour libres, 
comme les précédents, et leur permettait également de disposer 
comme ils l'entendaient de leurs terres, n'exigeant d'eux que les 
redevances habituelles, non les services ; en outre, il leur accor- 
dait le droit de pèche dans certaines eaux, le droit de chasse et de 
pâture sur certaines terres ^. 

Les rebelles de Tring se contentèrent de se faire exempter, le 
16 juin, de tout tonlieu dans la liberté de Saint-Alban ^. 

Mais de toutes ces chartes, les plus larges furent accordées aux 



1. llist. anfjlic, II, App. B, 394-395; i<I. dans Gesfa, III, 328-329. 

2. Hist. anglic, II, App. B, 394; «/. dans Gesta, III, 324-328. La charte de 
Thomas de la Mare est insérée dans Gcsln, III, 324. 

3. L'auteur des Gcata (III, 325-327) a transcrit deux rédactions dillércntes 
de cette charte. 

4. Te.\le de la charte : Ihid., p. 327 



36 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFOUD 

villes de Watford et de Cashioburv ; toutes deux du reste étaient 
rédigées sur le même modèle. L'abbé reconnaissait aux habitants 
de ces deux localités un droit absolu de chasse à l'oiseau sur 
toutes les terres de l'endroit, même les terres seig-neuriales, les 
dispensait de venir à la cour du monastère, les exemptait d'un 
impôt spécial appelé Y aie penny, des droits de passage et de 
tonlieu, des corvées pour l'entretien des ponts et des routes, enfin 
les autorisait k établir chez eux des moulins à main ^ Cet acte 
ne fut concédé que le 18 juin : aux tard-venus les bons morceaux. 
Ainsi pendant cinq jours, du dimanche 16 au jeudi 20 juin, la 
chancellerie abbatiale délivra une série de lettres d'émancipation 
et de privilèges aux paysans du comté, accourus à la nouvelle de 
l'insurrection. Il y eut donc comme deux révoltes à Saint-Alban, 
l'une menée par les habitants de la ville, l'autre soutenue au nom 
d'intérêts parallèles par les autres tenanciers du monastère, 
révoltes un instant communes, inégalement bruyantes, mais éga- 
lement favorisées par le succès. 

1. Texte de la charte : Gesta, III, 323. 



CHAPITRE III 



LA REVOLTE DANS LE RESTE DU COMTE 



La région du nord est à peu près exempte de troubles. — Il y a plusieurs 
foyers d'insurrection au sud et surfout dans la moitié occidentale du comté. 
Révolte contre les prieurés de Redhourn et de Dunstable. 

L'abbaye de Saint- Alban eut-elle seule, dans le Herts, à subir 
les assauts de la révolte, et l'insuiTectio)! se réduisit-elle dans ce 
comté à un duel entre Thomas de la Mare et ses tenanciers irres- 
pectueux? N'y eut-il pas dans ce comté d'autres rebelles que les 
sujets de l'abbaye, d'autres foyers de soulèvement que la ville de 
Saint-Alban ? 

II semble que la rég-ion du nord-est, comprise d'une manière 
approximative entre Baldock, Royston et Bishop-Stortford, n ait 
pas cessé de jouir dune paix relative, même au plus gros de la 
tourmente, et c'est à peine si l'insurrection s'étendit de ce côté. 
A la vérité, les Rôles des Parlements semblent démentir cette asser- 
tion, car sur les quatre rebelles du comté de Hertford qui furent 
exclus de l'amnistie, il y en eut un, William Bilche, qui était de 
Aldbury, localité sise à 9 milles environ au nord-est de Hertford, 
et un autre , John Coltman , était d'un villag^e voisin appelé 
Glaverincf •. Mais d'abord Clavering- est situé non dans le comté 
de Hertford, mais en Essex, à proximité, il est vrai, du Herts 
septentrional, ce qui explique l'innocente erreur géographique 
commise par les rédacteurs des Rotuli Parliamentorum. Reste le 
cas de William Bilche, dont il est juste de tenir compte. En 

1. Boluli Parlianu,Ul, 1 1 1 />. 



38 I.K SOLLRVKMK.NT DANS LE COMTÉ DK II EUTI- OUD 

revanche et k part cette exception, ni les chroniques, ni les 
sources diplomatiques ne disent que l'insurrection ait ravonné de 
ce côté; les documents judiciaires, assez abondants pour le comté 
de Hertford, ne mentionnent aucun fait qui permette de le sup- 
poser. Il n'y eut certainement pas de foyer de rébellion dans cette 
région. 

Au contraire il s'en forma plusieurs dans la partie méridionale 
du comté. A Cheshunt, localité sise à quelques milles au sud de 
Hertford, William Fyppe força, le \ i juin, l'entrée d'une maison 
et emporta ce quelle contenait '. Le ITi, à \\'altham-Cross. vil- 
lage situé plus au sud encore, Walter Parshemener blessa à 
mort ^^'illiam Patrik, et un autre rebelle l'acheva -. A Barnet, à 
Watford, la révolte fit de nombreuses recrues, qui promenèrent 
leurs exploits dans plusieurs parties du comté : un de ces insur- 
gés, Thomas Longe, vint le 1o juin à Digswell, au nord de Saint- 
Alban, et pénétra de force dans la maison du juge de paix, John 
Lodewyk; il fit main basse sur toutes les pièces judiciaires, tous 
les dossiers, tous les rôles et les emporta. Le lendemain il en fit 
autant chez le juge de paix John Kymperle ■\ 

Mais c'est au long de la frontière occidentale que les foyers 

1. (loram rcge, TrinUy o Rie. II, m. 21. 

2. (loram roge, Easter S lîic. II, m. 23; Michaelin. '6 Rie. II, m. 43 dorso. 

3. '■ Thomas Longe, de Watford, fuit voluntarie cum comitiva iniqua 

que surrexit adversus dominum regem circa festum Corporis Christi, et 

...mine [venit] ad doniuni Johannis Lodewyk, jusliciarii domini régis ad 
pacem lu comitatu Horlfordie conservandam assignati, apud Dikeswell, et 
ibidem clausa et domos ipsius Johannis Lodewyk ibidem proditorie et felo- 
nice fregit, et recordum, processus, et indictamenta dicti domini régis in 
custodia ipsius Johannis ibidem existencia cepit et asportavit, die sabati 

proximo post festum Corporis Christi Et... icUmi Thomas Longe, die 

dominica proxima post predictum festum Corporis Christi... venit prodito- 
rie ad domum Johannis Kymperle in villa predicta, et fecit eidem Johanni 
deliberari sibi recordum et processus ac alios libros domini régis, ac com- 
missionem pacis domini régis per quam idem Johannes et alii ad pacem 
predictam conservandam assignati fuerant de comitatu; iidem {sie) Thomas 
recordum, processus, libros ac commissionem predictam extra custodiam 
dicti Johannis felonice et proditorie asportavit, et eos arseri (sic) voluissetex 
auctoritate sua propria, ac eciam plures libros ejusdem domini régis ad 
domum Johannis Lodewyk quesivit. » [Coram rerje, Trin. '6 Rie. II, /n. 33.) 



LA RÉVOLTE DANS. LE RESTE DU COMTÉ 39 

d'insurrection furent les plus nombreux et les plus ardents. A 
Cashiobury, à Lan^ley, à Hemel-Hempstead, à Berkhampstead, 
les rebelles furent légion. Les uns coururent le lo à Saint-Alban, 
les autres opérèrent pour leur compte dans les environs immé- 
diats. William Wytton, par exemple, se souleva, suivi d'une 
bande, le dimanche IG juin : il alla à Asheridge dans le comté de 
Buckingham et brûla les titres et les livres du curé de l'endroit ; 
puis il rentra dans le Herts et se rendit à King-'s-Langley, où il 
dépouilla un certain John Marlere d'une tenure libre qu'il y pos- 
sédait '. Un fait semblable se produisit un peu plus au nord : 
Percival Simeon, le 23 juin, recourut à la force pour déposséder 
une veuve, Agnès Holwell, dun bien que son mari lui avait 
laissé "-. Dans la même région, un certain Richard Horsman se 
souleva le 17 juin et se fit chef de bande ; il se fabriqua un éten- 
dard aux armes de saint Georges, le fît porter devant lui en 
diverses parties du comté et excita à la révolte dans une série de 
proclamations; à Tring il brûla les livres, les titres et les rôles 
d'un manoir appartenant à rarchevèque de Canterbury •^. 

1. « Willelmus Wytton primus, simul cum aliis proditoribus qui surrexe- 
ruat contra etc. et contra ligeanciam suam, surreserunt apud Berkhampstede 
ut inimici régis, die dominica proxima post festum Corporis Christi, anno 
etc., et abinde usque Assherugg iverunt, et ibidem libres, munimenta 
rectoris de Assherugge felonice et proditorie comljusserunt, et abinde 
usque Kyngeslangele iverunt manu forti, et contra ligeanciam suam ibidem 
Johannem Marlere de libero tenemento suo in eadem villa [dissaisiverunt]. » 
{Coram rege, Mich. 5 Rie. II, m. 34.) — Cf. Annales de Dunslaplia, 
p. 417, mention de la révolte à Aslioridge. 

2. " Persevallus Symyon simul cum aliis malefactorilms, die dominica 

proxima ante festum Nativitatis sancti Joliannis Baptiste , proditorie, 

armata potencia et modo guerrino, et per minas societatum contra legem 
insurgencium, disseisivit Agnetem Ilohvellede tenemento quondam Michae- 
lis Hohvell, viri ipsius Agnetis,cum pcrtinenciis suis, in Ilatfeld Episcopi. » 
{Coram recfe, Trin. 5 Rie. II, m. 24 dorso.) Cf. Rot. lift, elaiis, 3 Rie. II, 
m. 40, pièce prouvant que Percival Siméon était un propriétaire. 

3. « Fecit quoddam vexillum de armis sancti Georgii, et ivit cum 

predicto vexillo in diversis partibus comitatus Hertfordie, et fecit quasdam 

proclamaciones ut homines de comitatu predicto surgerent , ac eciam 

libres, munimenta et rotules archiepiscepi Cantuariensis de Trenge, apud 
Trenge, prodiciose et felonice arcit. » {Coram 7-ege, Mieh. Rie. II, 7?i.27.) 



40 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFOUD 

Mais dans cette zone occidentale, c'est à Redbourn et à Duns- 
table que l'insurrection fut le plus sérieuse. 

Les rebelles de Redbourn, venus à l'abbaye le samedi, avaient 
assisté et même participé aux violences des ^ens de Saint-Alban. 
Instruits à cette école, ils font en rentrant cliez eux une procla- 
mation pulîlique, bien que le crépuscule soit venu : ils ordonnent 
à tous les habitants sans exception, qu'ils soient déjà couchés ou 
qu'ils soient éveillés, de se réunir en un lieu qu'ils fixent. 

Comme les insurgées de Saint-Alban s'en étaient pris à l'ab- 
baye, ils vont s'attaquer au prieuré de Redbourn : ils reprochent 
aux religieux de leur avoir ravi par la force un pré qui appartenait 
à la communauté; qu'on coure donc à ce pré et qu'on rase le 
talus c[ui l'entoure. Aussitôt dit, aussitôt fait : tous sont venus 
au rendez-vous, tous marchent à la dévastation projetée ; en peu 
de temps le talus est défoncé, puis aplani, et quant aux arbres 
plantés au-dessus, ils les coupent et les emportent '. 

La révolte se poursuivit aux environs les jours suivants. A 
proximité de Redbourn se trouve le villag-e de Puttenham. Le 
curé de ce villag-e se souleva avec d'autres le mardi 18 juin, 
cherchant pour le tuer un certain William Brag, domestique 
dlulmund de Stonore. Ne pouvant le découvrir, ils brûlèrent du 
moins les titres et les rôles seigneuriaux de son maître. 

Quelques jours après, ils trouvèrent William Brag dans un 
village voisin et l'assommèrent à coujds de bâtons -. 

1. Hist. anglic, II, App. B, 393; id. clans Gesfa, III, 329. — [Arrestation 
d'un habitant de Redbourn « pro suspecione insurrecciouis proditorie ver- 
sus dominum regeni » : Coram t^ege, Mich. '6 Rie. II, m. 27 dorso.] 

2. « Rex dilectis et fidelibus suis Johanni de Aylesbury, Thome Sake- 
vyll, Thome atte Lude et Rogero Colyn, salutem. Ad vestram satis sufïïcien- 
ter pervenit noticiam qualiter Hugo the personespriest of Puttenham, 
Willelmus Ffordham , SValterus Ffroraan, Ricardus Merston , Ricardus 
Baldok, Thomas Baldok et Ricardus Ffordham, ac nonnuUi alii male- 

factores cartas, literas, rentallia et alia munimienta {aie) dilecti 

nobis Edmundi de Stonore et aliorum ligeorum nostrorum proditorie 

et felonice combusserunt ; apud Cublecote accesserunt et Willelmum 

Brag, servientem ipsius Edmundi, iljidem nequiter interfecerunt, et aUa 
dampna quaniplurima ibidem perpetrarunt, et eidem Edmundo ac aliis ligeis 



LA RÉVOLTE DANS LE RESTE DU COMTÉ 41 

A Dunstable, comme k Redbourn. il v avait un prieuré. Aussi 
ne faut-il pas s'étonner que « le diable ait distillé jusque-là le 
venin de sa méchanceté, » comme dit l'annaliste. Plusieurs 
marchands de cette ville s'étaient rendus au marché de Saint- 
Alban, le samedi où tant de violences furent commises contre 
l'abbaye, tant de mauvais exemples donnés au reste du comté. 
Ces marchands furent de ceux qui , en ayant été témoins , les 
imitèrent. Ils rentrèrent à Dunstable et se présentèrent au 
prieuré peu avant l'heure des vêpres. Le chef de la bande, Thomas 
Hobbes, qui fut le principal rebelle de l'endroit, aborda le prieur, 
appelé Thomas Marchai, et le salua au nom du roi. Aussitôt le 
religieux baisse son capuchon, incline respectueusement la tête 
et s'informe des volontés de Richard II. « 11 te mande et il t'or- 
donne, répond Thomas Hobbes d'un air menaçant, de rédiger 
une charte pour les bourgeois de Dunstable, semblable à celle 
qu'ils avaient au temps du roi Henry P'". » 

Le prieur commence par refuser, mais il réfléchit, songe aux 
malheurs qui ont fondu sur Londres et Saint-Alban et il cède : la 
pièce est composée, validée et remise aux rebelles. Par cet acte, 
les habitants reconnaissaient toujours le prieur comme leur légi- 
time seigneur, mais ils obtenaient divers privilèges : en particulier 
il était interdit aux bouchers et aux pêcheurs des environs de 
vendre à Dunstable leur viande et leur poisson K 

Cette clause mérite d'être relevée, car elle révèle combien la 
révolte eut d'aspects variés et même contradictoires dans les 
divers comtés. A Mile-End les insurgés d'Essex avaient contraint 
le roi d'autoriser la plus entière liberté des échanges dans les 
villes comme dans le plat pays, et à la suite de cette entrevue 
Richard II avait ordonné, par lettres patentes, que chacun eût 



nostrlSjSi ({uicquam versus eos ox hac causa prosequi presumpserint, interfi- 
ciendi ac domos suas comburendi manifeste sunt conimiiiati. » [Pal. 5 Rie. 
II, pnrl. \, m. 1 clorso.) Enquête sur les méfaits de « Hugh the persones- 
priest de Putenham » et de ses complices : Coram rege, Mich. 6 Rie. II, 
m. 5. 

\. Annales rie Diinstaplin, p. 417-418. 



42 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFORD 

dorénavant le droit de vendre en tous lieux ses marchandises et 
aussi d'en acheter partout, en dépit de tous les privilèges. A 
Dunstable, les habitants arrachaient au prieur des concessions 
opposées. Et cependant c'était le même mouvement; à Londres 
et en Herts on s'était soulevé à quelques heures seulement d'in- 
tervalle et tous les rebelles se considéraient comme alliés. La 
révolte, effet de mécontentements très divers, fut le syndicat d'in- 
térêts souvent contradictoires. 



CHAPITRE IV 



CARACTERES DE LA REVOLTE DANS LE COMTE DE HERTFORD 



Extension et durée du soulèvement. — Le but de la révolte est purement 
social. — Modération, énergie et adresse montrées par les révoltés ; respect 
des vieilles traditions et du parchemin. 

En résumé, l'incendie embrasa graduellement la plus grande 
partie du Herts : les premières étincelles jaillirent à Barnet, puis 
à Saint-Alban où elles allumèrent un feu de paille, qui rayonna 
et s'étendit sur le sud et sur l'ouest du comté, de Cheshunt à 
Tring et de Walden à Rickmansworth ; seule la zone du nord-est 
ne subit que des ravages sans importance. 

Il ne dura guère qu'une dizaine de jours : il éclata le 13, prit 
de violentes proportions à Saint-Alban du 14 au 16 juin et se 
poursuivit dans cette ville jusqu'au jeudi 20, déjà plus modéré, 
mais non encore éteint. A l'ouest, où il s'était propagé quelques 
heures plus tard, il persista aussi quelques jours de plus '. 

Tels sont les renseignements positifs que les sources diploma- 
tiques et narratives fournissent sur l'histoire du soulèvement de 
1381 dans le comté de Hertford. Ce serait négliger la partie capi- 
tale de cette étude que de ne pas aller plus loin : ces renseigne- 
ments ne nous ont fait connaître que les actes des rebelles ; sous 
les actes et par le moyen de ces actes, il faut parvenir aux per- 
sonnes et si c'est possible jusqu'aux âmes : c'est la fin et la justi- 
fication de l'histoire. 

Cherchons donc à déterminer dans quel état d'esprit les 

I. VoY. Assize Rolls, N. 2. 29, 4, m. 47 et 47 dorso; — Coram ref/e, 
Trin. S Rie. II, jn. 24 dorso. 



44 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFORD 

rebelles du Ilerts se sont soulevés, quel fut leur but, à quels 
moyens ils recoururent pour l'atteindre. 

Ce ne furent assurément pas des idées politiques qui les pous- 
sèrent à l'insurrection, comme leurs frères et alliés du Kent et de 
Londres : on ne trouve pas dans leurs revendications la moindre 
allusion à la fameuse Poll-Tax de 1381. qui eut d'ailleurs tant 
d'influence sur le début du soulèvement : ils ne s'en prennent pas 
à Jean de Gand et, bien qu'ils soient à Londres le vendredi 14 juin, 
ils ne s'associent probablement pas aux meurtriers du chancelier 
et du trésorier. La rébellion du Kent produisit un Jack Straw, 
qui rêvait la reconstruction des pouvoirs publics sur des plans 
nouveaux ; la rébellion du Herts ne produisit qu'un Grinde- 
cob, capable de rechercher l'alliance des utopistes de Londres, 
mais qui ne songea pas à les soutenir parce que son horizon était 
borné et ses ambitions toutes locales. 

L'insurrection ici n'eut donc rien de politique. Elle n'eut pas 
non plus le moindre caractère religieux et cette constatation 
n'est pas sans intérêt, car on a souvent rattaché le soulèvement 
de 1381 à l'influence des idées de Wycliffe. Sans entamer de 
discussion générale sur ce point, il est permis d'aflirmer que la 
conduite des rebelles dans le comté de Hertford ne justifie pas 
cette idée : il n'y avait pas de lollards parmi eux, sans quoi le 
chroniqueur de Saint- Alban, qu'anime une sainte horreur de l'hé- 
résie, n'eût pas manqué de leur adresser ce nouveau reproche et 
d'en faire le plus gros de leurs crimes. 

La révolte, dans ce comté, ne fut pas non plus une vaste entre- 
prise de pillage, comme dans certaines parties du Norfolk, Il y 
eut sans doute quelques vols commis à la faveur des troubles, à 
Cheshunt, à King's- Langley, mais ces cas furent rares ; à Saint- 
Alban où le soulèvement fut général , on n'en trouve qu'un 
exem^Dle : un certain Richard Lokyere força le vicaire de l'église 
Saint-Peter à lui donner dix shillings, le menaçant, s'il refusait, 
de détruire sa maison '. Ce sont les seules exceptions que l'on 

1. Cornm rccjp, Tr'in. 5 Bic. II, m. 33. 



CAHACTÈRES DE LA lŒYOLTE DANS CE COMTÉ 45 

puisse citer. Les révoltés de tous les temps traînent derrière eux 
une arrière-garde de g-ens sans aveu qui ne fomentent les troubles 
que pour faire leur profit, et il est remarquable que dans le Herts 
il n'y en ait pas eu davantage. Les chroniqueurs assurent que les 
insurg-és du Kent avaient établi dans leurs rangs une rig-oureuse 
discipline et que le vol y était sévèrement puni ; on ne sait si les 
mêmes dispositions furent prises dans le comté de Hertford, mais 
le résultat fut le même : il est à l'honneur des rebelles. 

Ainsi les révoltés du Herts n'étaient ni des lollards, ni des 
politiciens d'occasion comme ceux du Kent, ni des pillards comme 
les insurgés du Norfolk. Leur rébellion eut avant tout un objet 
social : ce fut un soulèvement de tenanciers contre leurs seigneurs 
féodaux. Ceux-ci jouissaient exclusivement de certains droits de 
pâture , de chasse , de pèche , de meunerie ; les g-ens de Saint- 
Alban, de Redbourn, de Dunstable et d'ailleurs résolurent d'en 
ravir une partie pour leur usage '. Et ce but fut si net que les 
rebelles se le fixèrent dès le commencement de la révolte, le 
poursuivirent, l'atteig-nirent et ne tentèrent pas de le dépasser. 
Ils auraient pu, grisés par le succès, essayer de secouer la tutelle 
seigneuriale, dénoncer leur contrat d'allégeance; ils ne le firent 
nulle part. A Saint- Alban, il est vrai, ils obtinrent que 
l'abbé n'intervînt pas dans le gouvernement de la ville; mais ils 
ne répudiaient pas sa supériorité et dans la charte qu'ils dictèrent 
aux clercs de Thomas de la Mare ils se qualifiaient eux-mêmes 

de bourgeois de lahhc. « Abbas burgensibus suis, salutem. » 

A Dunstable ils firent mieux encore et dans l'acte qu'ils arra- 
chèrent au prieur, ils spécifièrent qu'ils le reconnaissaient jjour 

1 . [C'est exactement le même })ut que s'étaient proposé, à la fin du x" siècle, 
les paysans normands révoltés contre leurs seigneurs, s'il faut en croire le 
Roman de liou (cité par M. Delisle, Classe agricole en Xornia/iclie, p. 124) : 

Einsi porum aler as bois, 

Abres trenchier e prendre a chois ; 

Es vivers prendre li peissuns, 

Et as forez li veneisuns : 

De tut ferum nos volentez, 

De boiz, de ewes e de prez.] 



46 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFOKD 

leur lég-itime seigneur. L'annaliste le remarque, non sans stu- 
péfaction : « Et nota », dit-il, « quod in charta illa, quani a nobis ita 
pertinaciter exigebant, continetur quod fidelitatem domino priori 
facere debent ' . » Cette netteté de conception et cette modération 
dans le succès méritent d'être relevées, car l'une et l'autre sont 
rares en temps de révolte. 

A un autre point de vue. 1 insurrection des paysans du Herts 
eut encore un caractère social : un grand nombre de tenanciers 
serfs se réclamèrent de la charte royale d'affranchissement, 
octro^'ée à la suite de l'entrevue de Mile-End, et demandèrent à 
l'abbé de Saint-Alban de la vidimer à leur usage. Toutefois la 
question des serfs ne fut jîas dominante dans ce comté : elle ne 
tint aucune place dans les revendications des bourgeois et elle 
se greffa sur l'arbre déjà grand de la révolte, sans en être aucu- 
nement la racine. Elle surgit par occasion, mais fut absente dans 
le principe '. 

Ainsi l'insurrection dans le comté de Ilerlford fut d'ordre social, 
mais au sens le plus positif et le plus pratique du mot : elle eut 
pour fin d'améliorer la condition des tenanciers aux dépens de 
leur seigneur, qu'il s'appelât l'abbé de Saint-Alban. le prieur de 
Redbourn ou le prieur de Dunstable. 

Pour atteindre ce l)ut, comment agirent les rebelles? 

Ils montrèrent une extrême énergie. Le premier jour de la 
révolte, les habitants de Saint-Alban faisaient plus de soixante- 

1. Annales de Btinslupli.i, p. 418. 

2. [La rareté des documents diplomati(|ues concernant la révolte du 
Herts n'a pas permis à André Réville de donner des détails sur la condi- 
tion des insurgées. Mais il est évident qu'ils comptaient parmi eux des gens 
de toute catégorie, et non pas seulement des misérables. Une lettre patente 
de r<86 nous parle d'un des insurgés les premiers désignés à la vindicte 
rovale, John Wilkyn; il possédait un mesuage, trois masures, cent 
soixante-quatre acres de terre arable (Paient 'd Rie. II, part. 2, m. 24)." 

— Thomas Skol, (jui fui jugé à Saint-Alban, le 18 juillet 1381, <■ pro felonia 
et prodicionibus (pias fecit », possédait une maison el un jardin, cinquante 
acres de terre, (juatre acres de pré, huit acres de pâturage et deux acres de 
bois; il avait acheté le tout en 1373. iC.liius. iS Rie. II, part. 1, m. 17.) 

— D'autre part on a vu que William Grindecob jwssédait quelque bien]. 



CARACTERES DE LA REVOLTE DANS CE COMTE 4/ 

dix kilomètres, et, dès leur retour, sans prendre une heure de 
repos, ils entamaient la lutte avant que l'abbaye eût trouvé le 
temps de se mettre en état de défense. Cette énergie ne recula 
pas devant la violence : les bris de clôtures et les dévastations 
de garennes sont là pour en témoigner. Si cette violence révèle 
une intelligence peu développée, du moins elle fut rarement san- 
guinaire ; et c'est chose très remarquable quand on se rappelle 
combien les meurtres furent fréquents ailleurs, et surtout quand 
on songe aux mœurs de ce temps, où les coups de mains étaient 
journaliers, où des bandes innombrables parcouraient le pays, 
occupaient les manoirs, mutilant, tuant, rançonnant les gens 
jusque dans les maisons , en si grande force que les officiers 
publics n'osaient faire justice, où chacun vivait armé, la main 
sur la garde de son épée K Si énergiques et si violents qu'ils 
fussent, il semble que les rebelles du Herts aient hésité à verser 
le sang. 

Ils manœuvrèrent aussi avec une certaine adresse : ils partirent 
au milieu de la nuit, trompèrent Thomas de la Mare sur leurs 

1. Pour se convaincre que cette peinture n'est nullement noircie, il suffît 
de parcourir les Patent Rolls de 1380 et du début de 1381. [Par exemple, le 
2o juin 1380, mandement de Richard II au shérifT de Worcester pour qu'il 
fasse arrêter une bande de brigands [Patent 4 Rie. Il, pai't. 1, m. 43 dorso). 
Le 12 juillet suivant, mandement « de audiendo et terminando » au sujet 
d'une compagnie de malfaiteurs" in magno numéro, sacramento confederati 
et modo guerrino arraiati » en Devonsliire. [Ihid., m. 36 dorso). Mande- 
ments identi([ues au sujet de bandes organisées dans divers comtés ; ces 
malfaiteurs envahissent les maisons, les fermes, les monastères, assomment 
les habitants, enlèvent le bétail et les meubles [Ibid., m. 34 do?^so, 33 dorso, 
26 dorso, 23 d., 18 J., 13 d., 6 d., 4 d., 2 d. ; part. 2, m. 26 d., 19 d., 3 d., 
1 (/. — Patent 3 Rie. II, part. 1, m. 11 d., 7 d.; part. 2, i7i. 33 (/., 27 d., 
23 d.). — Voy. aussi Rotul. Parliam., III, 71 n" 3, 81 et suiv., 96 n" xxiv, 
102 n° 24. — Statutes of the Realm, 1, 6-11, 27. — Cf. Jusserand, £'/i(7//s/t 
wayfaring life, chap. III, Seeuriti/ of the roads. Même auteur, Le Théâtre 
en Angleterre, p. 17-18. — Fait caractéristique de la violence des mœurs, 
il se trouve souvent des femmes dans les bandes de pillards et d'assassins 
dont il est question ci-dessus. Enfin les gens d'église ne craignent pas de 
se mêler aux malfaiteurs: mandement de 1384, au sujet d'une bande 
armée, où l'on rencontre un abbé, deux vicaires et un clerc; voy. Pat. 
8 Rie. Il, part. 1, m. 36 d.] 



48 LE SOULÈVEMENT DANS LE COMTÉ DE IIERTFORD 

intentions, ne s'arrêtèrent à Londres que pour s'assurer des 
secours et réussirent en quelques heures à se ménager deux 
alliances, même deux alliances opposées, celle de Wat Tyler et 
celle du roi, certains ainsi — ou croyant l'être — d'être soutenus 
en toute éventualité. A leur retour, l'abbé, qui avait été la dupe 
de ces paysans rusés, n'avait plus qu'à se soumettre. 

Ils fondèrent leurs revendications, non sur un droit naturel ou 
sur des raisons abstraites, mais sur les traditions historiques, 
demandant à revenir au bon vieux temps de Henry I'^ C'étaient 
bien les mêmes esprits qui dans de précédentes révoltes se récla- 
maient du roi Ofl'a , et qui en 1377 demandaient au parlement 
une copie du Domesday-book pour établir leurs réclamations sur 
ce texte vénérable ^ 

Mais les droits des religieux leurs rivaux étaient fondés sur 
des actes non moins dig-nes de respect, sur des chartes anciennes, 
sur des titres dont personne, même les rebelles, ne contestait 
l'authenticité. Cette réflexion naturelle ne les arrêta pas un ins- 
tant : avec une résolution qui témoigne d'une simplicité naïve, 
ils les brûlèrent, convaincus que, ces pièces une fois consumées, 
les dispositions qu'elles contenaient étaient aussi anéanties. Puis 
ils se firent rédiger des chartes de privilèges, sans se douter que 
leurs seigneurs, redevenus puissants, pourraient supprimer ces 
paperasses, comme ils venaient eux-mêmes de détruire les autres. 
Ils étaient animés d'un superstitieux respect du parchemin, mais 
seulement à leur profit : conception enfantine, mais qui, à des 
degrés divers, et sous une forme plus ou moins grossière, paraît 
être de tous les temps ; partout les révoltés détruisent, puis sur 
la table rase édifient de nouvelles constructions, persuadés 
qu'elles défieront le temps, quand même ce ne sont que des châ- 
teaux de cartes. 

Le rebelle dans le comté de Hertford était en somme un tenan- 
cier comme nous en présente la Vision de Piers Ploughman, 
« travaillant et s'agitant — comme le veut le monde — labourant 

1. Stubbs, Constitulional history, 4* éd., II, 477, note 1. 



CARACTÈRES DE LA ftÉVOLTE DANS CE COMTÉ 49 

avec un g^rand effort — et peinant durement. » La vie en plein air 
sous un climat rude, l'habitude du travail physique, des exer- 
cices du corps et du coup de poin<i^ avaient fait ses muscles résis- 
tants et son caractère énergique : il était capable de vouloir sans 
relâche et d'ag-ir sans fatigue. De sens obtus, sans conceptions 
générales, sans notions personnelles en politique et en religion, 
il rêvait peu et ne songeait pas à réformer la société ; il n'avait 
que des idées positives et pratiques et, comme son horizon était 
borné, toutes ces idées concernaient sa personne ou ses biens ; 
aussi avait-il la perception très nette de ce qui lui manquait : 
assez attentif pour saisir l'occasion, assez malin pour réussir, 
assez maître de lui pour ne pas perdre un instant de vue le but 
qu'il poursuivait et pour s'arrêter dès qu'il l'aurait atteint, il était 
assez défiant pour ne pas croire à la parole des autres et pour 
leur arracher des actes écrits , assez naïf pour croire à la durée 
de son œuvre, parce qu'il était incapable de voir de haut et de 
loin. Passionné sous cette froide enveloppe, il ne craignait pas 
de ravager les biens de son seigneur, de renverser ses maisons, 
de briser ses clôtures ; mais sa culture morale était assez déve- 
loppée , et il était trop probe pour le voler ou pour le tuer. En 
somme, corps athlétique, intelligence bornée mais pratique, âme 
relativement honnête, c'était essentiellement une nature de 
paysan du nord. 



Uém et doc. de l'Ecole des Chartes. 



DEUXIÈME PARTIE 

LE 

SOULÈVEMENT DANS LES COMTÉS DE NOUEOLK 
ET DE SUEFOLK 



DEUXIÈME PARTIE 

LE 

SOULÈVEMENT DANS LES COMTÉS DE NORFOLK 
ET DE SUFFOLK 



AVANT-PROPOS 

Dans les comtés de Norfolk et de Suffolk, le soulèvement est autonome, géné- 
ral et violent. Situation économique de cette région. La richesse publique 
stimule les appétits. 

Dans les comtés du sud, la révolte s'était en peu de jours 
concentrée dans la ville de Londres : les serfs d'Essex s'y étaient 
portés pour prier le roi de les alTranchir ; les rebelles du Kent 
s'y étaient rendus pour lui imposer leurs volontés et pour réali- 
ser peut-être leurs rêves politiques ; ceux du Middlesex et du 
Surrey, d'esprit moins ambitieux et plus pratique, pour prendre 
seulement leur part du pillage de la cité. Les insurgés de Saint- 
Alban s'y présentèrent à leur tour, mais dans une pensée ditTé- 
rente : ils venaient y préparer leur soulèvement et non l'y accom- 
plir, s'assurer des sentiments du roi, faire acte d'alliance avec 
Wat Tyler, et leur passage dans la capitale en émeute ne fut 
qu'une apparition : c'est chez eux surtout qu'ils s'acquittèrent de 
leur besogne. Dans les comtés plus septentrionaux du Suffolk et 
du Norfolk , la révolte fut encore plus autonome : les rebelles 
n'allèrent pas à Londres, et la plupart d'entre eux ignorèrent 
sans doute jusqu'au nom du tuilier de Maidstone, oubliant ainsi 
dans une impardonnable distraction de justifier les futures 
assertions des historiens, qui ont fait de ce petit grand homme 
l'initiateur et le capitaine général de l'insurrection. Ils se sou- 



Oi LK SOU LE V KM K. NT DANS LE NOKFOLK KT LK SU F FOLK 

levèrent après les paysans du sud. persistèrent dans la révolte 
quand ceux-ci s'étaient dès long^temps dispersés, et succonilîèrent 
sous les coups de vainqueurs autochtones, les nobles du pays 
coalisés contre eux. Il est donc légitime de consacrer à un mou- 
vement aussi indépendant une étude spéciale. 

Il convient également de ^^résenter dans une même description 
la révolte des deux comtés. Le Sutlolk et le Norfolk sont limi- 
trophes : le soulèvement en se propageant de lun dans l'autre n'a 
pas changé de caractère ; il s'étendit graduellement , passa la 
frontière sans arrêt brusque ni saut et resta au delà ce qu'il était 
en-deçà, car les mêmes bandes opérèrent souvent de part et 
d'autre '. Aussi un tableau d'ensemble s'impose. 

Personne ne la encore esquissé et il n'y a pas lieu de s en 
étonner -. Les chroniques, source presque unique où les historiens 
ont puisé leurs renseignements, sont sur ce point d'une insuffi- 
sance notoire : ^^'alsingham seul a consacré à l'insurrection dans 
les villes de Bury et de Norwich quelques lignes qui ne sont pas 
sans erreurs; d'autres, comme l'annaliste de Dunstable. ne se 
doutent même pas que 1 émeute se soit étendue jusqu'à ces comtés 
éloignés. Fort heureusement les archives judiciaires, très riches 
en Angleterre, permettent de combler cette lacune, et la réalité 
se révèle dans les innombrables poursuites intentées après le 
soulèvement. La vérité, c est que la révolte se propagea dans ces 
comtés avec une extrême rapidité, qu'elle trouva de l'écho dans 
les moindres villages, enfin qu'elle ne sévit nulle part, même à 
Londres, avec plus d'intensité et de violence. 

Ce fait s'explique sans peine. D abord cette région, qui parait 
aujourd'hui vide dhabitants, quand on la compare aux fourmi- 
lières humaines des comtés d'York et de Lancastre, était alors la 
plus peuplée d'Angleterre. Le sol en était fertile et produisait 
d'excellentes moissons ; mais surtout l'industrie textile, que les 



1. Assizc Bolls, X. 2, 29, 6, mcmhr. 43 à 39, 3a, 30, 29, 26, 4. 

2. [Rappelons que M. Edgar Powell vient seulement de publier son livre : 
The risinff in East Anglia in 1381. Cambridge, 1896, in-8.1 



AVANT-PUOPOS OO 

Flamands y avaient introduite, avait pris une rapide extension et 
les manufactures étaient nombreuses et florissantes '. II serait 
oiseux de faire remarquer qu'une population dense, surtout une 
population manufacturière, est mieux préparée que d'autres à 
accueillir les révoltes et même k les provoquer, que l'émeute y 
trouve des recrues et des cadres tout prêts, et qu'une fois déchaî- 
née elle y est plus sauvage qu'ailleurs. 

Ajoutez que dans chacun de ces comtés, le régime seigneurial 
florissait dans toute son impopularité : comme on n'avait cessé 
depuis la conquête d'y élever des châteaux, les manoirs y abon- 
daient. Les fondations monastiques étaient aussi fort nombreuses : 
il n'y en avait pas moins de cent cinquante-trois en Norfolk et de 
quatre-vingt-quatorze dans le Suffolk-; plusieurs étaient de 
puissantes abbayes, richement dotées et armées contre leurs 
tenanciers de droits seigneuriaux étendus ■^' ; maîtres et sujets 
avaient peine à s'entendre et de ces mésintelligences sortaient 
souvent des conflits. A Saint-Alban la révolte n'avait pas eu 
d'autre origine. Ici les mêmes causes devaient produire les 
mêmes effets ^. 

i, Rogers, Hisi. of agric. atid priées, I, 14G,.o09, 370. ; — Ashley, //j/rorf. 
/o english econ. hist., vol. I, part. II, 20o et suiv.] 

2. Walter Rye, Ilistory of Norfolk, p. 33-iD, passim. 

3. ^Sur la condition des vilains dans les manoirs de Saint-Edmund, voyez 
notre Introduction.] 

4. [Nous croyons qu'André Réville aurait modifié, après plus ample 
informé, l'appréciation qu'on vient de lire sur le régime agraire et seigneu- 
rial de cette région. Il y avait assurément dans les deux comtés des lords 
riches et puissants, mais le régime manorial n'y florissait pas partout, loin 
de là. Si la domination seigneuriale paraissait insupportable à certains 
groupes de tenanciers, par exemple aux gens de Bury, c'est justement parce 
qu'ils pouvaient, en regardant autour d'eux, comparer leur destinée à celle 
de voisins plus libres et plus heureux, bien que paysans comme eux. 
M. VinogradofT, dans sa belle élude sur le Vilainage en Angleterre, est 
arrivé à cette conclusion qu'en Norfolk et en Suffolk la population libre 
avait gardé la haute main sur la terre, et que le pouvoir du lord était plus 
souvent politique qu'économique; on y pouvait trouver des villages qui 
n'avaient point de domaine manorial ou qui ne dépendaient pas de ce 
domaine {Villainage in England , p. 316). D'ailleurs, parmi les textes 
recueillis par Réville dans les archives anglaises en 1891, après la rédaction 



S6 LE SOULÈVILME.NT DANS J.E >()11F0LK ET LE SLFFOLK 

Enfin ces deux comtés étaient les plus riches du royaume. 
Cette opulence peut se mesurer au nombre des égalises qui s'y 
construisirent. On en comptait sept cent trente en Norfolk, tandis 
que le Yorkshire, près de trois fois plus g^rand, n'en contenait 
que six cent treize. Il dut même y avoir, dans cette région, de 
grosses fortunes pour l'époque , à voir la facilité avec laquelle 
l'argent s'y dépensait : à Antingham, petit village situé au nord- 
est du Norfolk, près de North-Walsham, deux sœurs se querel- 
laient souvent et ne voulaient point aller ensemble à l'église ; 
l'une d'elles, pour ne plus être troublée, dans ses heures de 
recueillement, par la vue de sa sœur ennemie, se fit bâtir une 
église spéciale pour son usage. Et ce cas ne fut pas le seul : à 
Ran%vorth, devix grandes dames discutaient pour savoir laquelle 
aurait sur l'autre le droit de préséance aux offices; la question fut 
tranchée et celle qui fut vaincue, ne pouvant supporter cette humi- 
liation, se fit également construire un temple nouveau dans le 
voisinage, à Panxworth '. A l'époque de Richard II surtout, s'il 
faut en croire les chroniqueurs et les écrivains du temps, le luxe 
et l'ostentation prirent un extrême développement : la vue n'en 
était pas faite pour réfréner les appétits populaires. Il semble, il 
est vrai, que la foule, dans ces régions, ait également joui d'une 
aisance relative : mais on a remarqué souvent que la cupidité ne 
diminue pas sous l'eil'et du bien-être ; les habitants de ces comtés, 
qui n'avaient peut-être pas à souffrir de la misère, mais qui 

de sa thèse, nous avons trouvé des documents extraits des Xorfolk dhartera 
(Oxford, Bodl. lihi\, Charters and Rolls), qui Fauraient conduit à la même 
conclusion, comme le prouve la note suivante écrite de sa main : « La mise 
en ferme des manoirs était fréquente en Norfolk au xiv"^ siècle, beaucoup 
plus fréquente que dans le Kent et le Middlesex ».] 

1. Walter Rye, loc. cit. [Le chifTre des sacs de laine fournis par un comté 
quand on levait une Wool Tax est un des indices les plus sûrs que nous 
possédions de sa richesse, si nous prenons soin, bien entendu, de considé- 
rer sa superficie. Toutes proportions gardées, le Norfolk arrive au premier 
rang au xiv" siècle ; le Suffolk figure dans le premier ({uart de la liste des 
comtés. Voy. pour la Wool Tax de I3il, Hogers, Ilislor;/ of agric, I, 110- 
111. — Voy. aussi pour limpôt de 1371, VAssessment copié dans un ms. du 
xvn* siècle : Oxford, Bodl. libr., Rawlinson D 155, p. 20 à22.| 



AVANT-PKOPOS 57 

côtoyaient sans cesse l'opulence, devaient trouver et saisir dans 
la révolte une occasion inespérée de satisfaire leurs convoitises. 
Et c'est ainsi que la richesse publique, loin de prévenir l'insur- 
rection, n'eut d'autre effet que de la stimuler. 



CHAPITRE I 



LINSIRRECTION DANS L OIEST DU SLFFOLK 



L'insurrection esl propagée d'abord au sud du Su/folk par des rebelles d'Es- 
sex. — John Wraice, capitaine des révoltés. — (Commencement des pillages 
le 12, et le 43 juin 1381 . — Affaire de Burij. Puissance de l'abbaye de 
Saint-Edmund. Conpits antérieurs. Journées des 14-1 S Juin I3S I .Meurtre 
désir John de Carendish, du prieur et d'un moine. Engagements imposés 
aux religieux. — Puissance de ^yrawe; il Iraver.^se tout le comté d'ouest en 
est ; ses lieutenants; il laisse le titre de roi à Robert Westbroun. 

Comme dans le comté de Hertford , le soulèvement se pro- 
pagea du sud au nord. Il éclata d'abord à Sudbury. à Textrémité 
méridionale du Sufîolk, où il fut fomenté, — le fait est presque 
certain, — par des rebelles venus d'Essex, « par des démons, par 
quelques-uns de ces perfides Essexois , des plus dangereux , 
anges du mal qui poussèrent au tumulte un peuple paisible , 
un peuple innocent, et qui tournèrent les cœurs des serfs 
contre leurs maîtres '. » S'il fallait admettre ce fait sur la seule 
foi du chroniqueur, il pourrait à juste titre sembler douteux, 
l'autorité de Walsingham étant suspecte partout ailleurs qu'à 
Saint-Alban ; mais nombre de documents confirment cette infor- 
mation : ainsi, au cours des enquêtes judiciaires c{ui suivirent la 
répression de la révolte, le maire de Sudbury, John de Rivenhall, 
accusa un certain Adam Worthe d'être venu d'Essex dans cette 
ville : « Là, dit-il, il menaça diverses personnes de mort, si elles 
ne consentaient à se soulever et à accomplir avec lui ce qu'il leur 

1. (Ihronicon Angl'ue, p. 302; id. d&usllist. anglic, II, 1. — Cf. Stow, 
Annales of England, p. 290 b. 



l'insurrection dans l'oikst du suffolk 59 

ordonnerait de la part du roi et du peuple *. » Et d'autre part, au 
nombre des premiers insurg-és de SutTolk, il y eut un certain Thomas 
Sweyn, de Gogg-eshall "', et un nommé William Bening-ton, de 
Burstead, village situé à quelques milles au sud de Billericav^. 
Or Goggeshall et Billericay sont deux villes d'Essex. Tous ces 
témoignages concordent et le fait paraît indéniable : aussi bien il 
n'a rien qui doive surprendre, les premières agitations dans ce 
comté ayant précédé de quinze jours le soulèvement du Sutrolk^. 

C'est le 12 juin et non le lo, comme le veut Walsingham et 
comme beaucoup d'auteurs l'ont répété sur sa foi ^, que l'émeute 
atteignit la ville de Sudbury ; elle y trouva un chef dans la per- 
sonne d'un certain John Wrawe. 

Ce capitaine de bande, qu'il ne faut pas confondre avec Jack 
Straw '', ne nous est guère connu. C'était un prêtre, un prêtre très 
scélérat, sceleratissimus presbi/tcr, sans aucune ressource, car on 
trouve au dossier de son procès qu'il ne possédait rien nulle part. 
Il était ou avait été curé de Rini<-sfîeld ~. Voilà les seuls renseigne- 
ments positifs que nous ayons sur lui. Quant à ses actes, ils ne 
furent pas de nature à inspirer une haute idée du personnag-e. Entre- 
prenant, sans scrupules, prêt à toutes les besognes, il dut sans 
doute à cet esprit de décision l'ascendant très réel qu'il exerça sur 



1. "... Ibidem minavit diversos hominos de vita et membris, nisi cum eo 
surgere voluerint et cum eo ire ad proficiscendum circa negotia que ois ex 
parte domini régis et fidelium communium injuiig'ere[ii]tur. » [As^izc linlls, 
N. 2, 29, 6, m. 25 dorso). 

2. Coram refje, Easter 5 Rie. II, m 26 dorso. 

3. Patent 7 Rie. Il, part. 1, m. 38. 

4. Les documents diplomatiques prouvent que dès le 30 mai la révolte 
était générale au sud de TEssex. 

b. Chronieon Angliœ, p. 301 ; iil. dans IIi>it. anr/Iie., 11, I. — Stow, p. 290 
h ; Blomefield, op. eit., III, 106. 

6. Comme Font fait certains éditeurs; voy. à ce sujet Ilist. anglie., édit. 
Riley, Introd. du tome 11, p. xviii, note 2. [Ce qui est singulier, c'est que 
M. Riley a commis lui-même, ihid., p. 2, note 2,1a confusion qu'il reproche 
aux autres éditeurs dans son Introductiou.] 

7. Chron. Angliœ, p. 302; id. dans Ilist. anglie.,ll, 1-2. — « Nulla liabuit 
catalla infra libertatem civitatis Londonie, ncc extra, ut dicit per sacramen- 
lum suum. » {Coram rege, Easter o Rie. II, m. 26 bis). — Voy. p. 75, note 1. 



60 LE SOLLÈVEMK.M" DANS LE NOUFOLK ET LE SLFFOLK 

ses compag'nons de rencontre ; peut-être fut-il aussi redevable dune 
partie de cette autorité à son caractère ecclésiastique, à une cultux'e 
intellectuelle qui, si mince qu'on la suppose, était assurémentexcep- 
tionnelle dans sa ti'oupe. Il se souleva sans motifs avouables, 
sans autre but que de satisfaire sa cupidité, et plus tard, quand 
approcha le jour de l'expiation, il n'eut même pas, comme 
d'autres, le courage de ses mauvaises actions : il se soumit, 
avoua toutes ses fautes, et par une suprême lâcheté, tenta seu- 
lement de sauver ses jours en dénonçant ses complices, et même 
des innocents, à la vindicte royale. Ce ne fut qu'un aventurier 
vulgaire, sans idées, sans conscience et sans courage. 

Ses aveux, qui furent consignés en détail sur les rôles judi- 
ciaires du temps et qui sont parvenus jusqu'à nous •, forment le 
document le plus précieux pour cette partie de l'insurrection. Il 
reconnut qu'il s'était soulevé le 12 juin. Avec d'autres émeutiers 
il se rendit à Liston, sur la frontière de l'Essex, et là fît acte de 
rébellion : il envoya des délégués dans la ville de Sudbury, 
pour ordonner à tous les habitants de venir le rejoindre. Cette 
invitation impérative fut sans doute bien accueillie, car il y eut 
à Sudbury un grand nombre d'insurgés : trois prêtres, John Nor- 
mand, curé, Geoffrey Parfey, vicaire de l'église Ail-Saints, et 
Thomas son desservant ; un drapier, un boulanger, un teinturier, 
plusieurs domestiques, et bien d'autres-. La révolte se propagea 
rapidement aux environs. Les uns vinrent grossir la bande de 
John Wrawo , comme Thomas Munchesy, de Echvardston , 
William Uessheye de Twinstead, Robert Tavell de Lavenham ; 
d'autres, moins pressés de s'enrégimenter, travaillèrent pour leur 
propre compte, comme Thomas Fullere. de Bures-Saint-Mary, 
qui poussa diverses personnes à l'insurrection et se fit leur 
capitaine '. 



1. Voy. ci-dessous Appendice I. 

2. Déclarations de John Wrawe, Appendice I. — Asiiize Rolls, X. 2, 29, 
6, memhr. 2, part. 2; meinhr. 2o d. 

3. Déclarations de John Wrawe, Appendice I. — Assize Rolls, X. 2, 29, 6, 
m. 25 d. 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 61 

Dès le mercredi 12. John ^^'ra^ve et les siens commencèrent 
lem's exploits : à Liston, où ils se trouvaient réunis, s'élevait un 
manoir appartenant à Richard Lvons de Londres ; ils s'y ren- 
dirent, firent sauter portes et fenêtres, brisèrent les tuiles de la 
toiture et défoncèrent les murailles ^. 

Le lendemain, ils portèrent leurs ravagées dans un village voi- 
sin, à Cavendish, et marchèrent sur l'église paroissiale, non pour 
y célébrer la solennité de la Fête-Dieu, mais pour piller. Un cer- 
tain Ralph de Somerton, s'emparant des clefs, pén-étra le premier 
et tous entrèrent à sa suite : dans le clocher ils trouvèrent divers 
objets de valeur appartenant à sir John de Cavendish. deux 
vases d'argent, un candélabre de même métal qui, dit-on. valait 
sept livres, deux paires de couteaux, im mantelet de velovu\s et 
autres pièces précieuses. Ils saisirent le tout, l'emportèrent et 
confièrent à leur capitaine le soin de répartir le butin. Alors ils 
se rendirent à Melford, entrèrent chez un aubergiste, lui ache- 
tèrent une pipe de vin rouge , et en gage du paiement , lui 
remirent les objets de prix qu'ils venaient de voler; puis ils 
allèrent sur la prairie et y dégustèrent le vin du tavernier -. 

Le même jour, ils marchèrent sur la ville de Bury, où John 
^^'ra^ve lança, dès son arrivée, une proclamation : il ordon- 
nait à tous les habitants de se réunir sans tarder à l'une des 
portes de la ville et de s'associer à tout ce qu'il ferait, menaçant 
les récalcitrants de la décapitation \ 

D'après un chroniqueur, John ^^"ra^ve serait allé la veille à 
Londres, se serait mis en rapports avec Wat Tyler et lui aurait 
demandé des instructions, ^^'alsingham l'assure, et d'autres, 
comme le vieux Stow, celui que l'on surnomme le père des 
Antiquaires, et comme Blomefield, l'historien du Norfolk, 1 ont 

1. Déclarations de John NVrawc, Appendice 1. [Sur Richard Lyouns ou 
Lyons, fermier des subsides, mis en accusation par le parlement de 1376, 
voy. les détails donnés par Powell, op. cit., p. 10, et par ^liss Law, The 
english Xouveaiix i-iches in the XIV'l< centuri/, dans Transucl. of tlie voy. 
hist. soc, IX, 181)5, p. GO.] 

2. Déclar. de John WrA\\e,Append. 1. — Assize Rolls, N. 2, 29,0, m. 24 (/. 

3. Déclarations de John Wrawe, Appendice!. 



G2 L1-: SOLI.ÈVEMIiNT DANS LK .NORFOLK ET LE SLFFOLK 

répété après lui '. Le chroniqueur de Saint-Alban. en accueillant 
avec complaisance cette légende, cédait à la tentation naturelle 
de faire du tuilier de Maidstone l'inspirateur et Fauteur indirect 
de toute la révolte. En réalité, John WraNve n'aurait pu rencon- 
trer WatTyler qu'entre le 12 juin, date de l'arrivée de ce dernier 
à Blackheath, près de Londres, et le 4o juin, date de sa mort. 
Or le 12, le curé de Ring-sfield se soulevait, réunissait une bande 
à Liston et pillait le manoir de Richard Lyons ; le 13 il dévas- 
tait l'ég'lise de Cavendish et marchait sur Bury ; le 14 et le 13 il 
présidait à l'émeute dans cette ville. Sudbury étant à plus de 
cinquante milles de Londres, on peut être assuré que John Wrawe 
ne reçut pas les leçons de Wat Tyler. 

A Bury comme à Saint-Alban, et pour des raisons analogues, 
la révolte allait prendre une rapide et violente extension. Dans 
cette ville s'élevait, sous l'invocation de Saint-Edmund , un des 
plus célèbres monastères de la Grande-Bretagne. De fondation 
royale, il avait été doté de possessions étendues et de privilèges 
précieux par les souverains, par les grands seigneurs, par les 
papes, qui ne lui avaient pas consacré moins de soixante bulles. 

Le personnel de la maison, c{ui était fort nombreux, se compo- 
sait, outre l'abbé, dun prieur, d'un sous-prieur, d'un doyen, 
d'un archidiacre sacriste, dune centaine de moines, de quinze 
chapelains, de (juarante clercs; une école assez grande pour con- 
tenir quarante enfants était annexée k l'aljbaye. Ses richesses 
étaient immenses : ses domaines équivalaient, au xv*" siècle, à 
cinquante-deux liefs de chevaliers et l'on a calculé qu'ils rappor- 
teraient aujourd'hui deux cent mille livres, c'est-à-dire cinq mil- 
lions de francs par an. Aussi l'alîbé faisait-il grande figure au 
milieu des seigneurs d'Angleterre, et le roi le convoquait au 
grand conseil et au parlement, avec les prélats et les pairs 
séculiers. Il n'était pas rare du reste qu'il reçût à loger le sou- 
verain lui-même : Edward le Confesseur, Henry L"', Richard Cœur 

I. C/iroii. AngUsv, .Mi ; i<l. dans ///.s/, aru/lic, II, 2. — Stow, p. -''H) h ; 
Blomcfiold, oj). cit., III, 100. M. Powell, op. cit., p. 9, a également admis 
rassertion de Walsingham.] 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 63 

de Lion, Jean sans Terre, Henry III. les trois Edvrard, Richard II 
lui-même acceptèrent son hospitalité et certains à maintes reprises. 
A Bury, il exerçait un pouvoir presque souverain : il était sei- 
gneur de la franchise ou liberté de Bûry, qui comprenait, outre 
la ville, toutes les terres comprises à un mille à la ronde. Dans 
cette zone il avait le droit de jug^er toutes les causes et de recueil- 
lir les amendes, pouvait inflig-er la peine capitale, et l'alderman 
qu'élisaient les bourgeois n'avait aucun pouvoir tant que sa nomi- 
nation n'avait pi\s été confirmée au monastère. La monnaie en 
circulation dans la franchise était frappée à l'abbaye , privilège 
très rare en Angleterre, et les oiliciers du roi lui-même ne pou- 
vaient, sans la permission de l'abbé, tenir une cour ou rem- 
plir un office dans la ville ^. 

1. Su/J'olk Insliluli^ ofArcIneolog;/, Proceedings, IV, 376-.'^80. — Biiri/ and 
Wesl-Su/folk archwologicnl Instiftile,Proceediiigs,\, 161-162. [On peut con- 
sulter sur cette question : Docteur Yales, Ilislonj of S. Edjntind's Bui-ij ; — 
Monasficon anfjlicaninn, nouv. édit., III, 08 et suiv. ; — Meinorials <>f S. 
Edmund's Ahbey, édit. Tli. Arnold, Introduction du tome I. — André 
Héville a recueilli dans plusieurs manuscrits de Londres et de Cambrid<;e 
des informations très précieuses sur l'abbaye de Saint-Edniund ; dans notre 
Introduction nous en avons reproduit (juelques-unes qui concernent la con- 
dition des vilains au xn*" siècle. D'autres confirment les vues générales sur 
les pouvoirs de l'abbé de Bury qui ont été exposées ci-dessus. Voici l'indi- 
cation de ces manuscrits. Le plus important est le Reyistrum vesliarii ou 
Refjistruni \Valteri Pincheheck, commencé en 1.333, par Walter Pinchebeck, 
moine de Saint-Edmund {Camhridi/e Universiti/ librarj/, ms. E. e. III. 60, 
parchemin, in-i", 329 folios). Les 22 premiers folios contiennent les bulles 
des papes. Du folio 133 au folio 138 est une liste, faite i)ar ordre du roi 
d'après les comptes de l'Échiquier, des " fines, amerciamonta, catalla felo- 
num et fugitivorum, annus, dies et vastus » levés par l'abbé sur ses tenan- 
ciers jusqu'en 1333, en vertu de ses droits régaliens, « jura regalia ■>. Du 
folio 173 au folio 176 sont énumérés les services et les rentes dus à 
l'abbé par un certain nombre de manoirs. Le Registrum sacrisle 
de Bury { Ibidem, F. f. II. 33), outi'e une copie des privilèges ponti- 
ficaux (folios 11-19) contient des textes intéressants, par exemple un acte 
d'Edward I relatif aux droits de justice de l'abbé (f° 70j. — Le Registrum 
ceUarii, écrit à la fin du xiv" siècle (Ibidem, G. g. IV. 4) reproduit souvent le 
Regisfrum Walferi Pinchebeck ; mais il nous a fourni, comme on le verra, 
le texte d'une précieuse pétition des moines de Bury. — Les manuscrits 
F. f. IL 29 et F. f. IV. 3.5 de la même bil)liothèque contiennent des actes qui 
mettent en pleine lumière les privilèges judiciaires de l'i^bbé. Enfin le 



6i LE SOULÈVOIK.XT DANS LE NOHFOLK ET LE SUFFOLK 

Mais, comme à Saint-Alban. les luttes intestines étaient fré- 
quentes, et une lettre patente de Richard II. consacrée à cette 
maison, rappelle qu'elle fut souvent molestée par les g-ens de la 
ville '. Les habitants de Burv étaient presque tous tenanciers de 
l'abbaye - : de là d'inévitables conllils déii^énérant parfois en 
déchirements violents. [Ainsi, au mois de janvier 1327, alors que 
la chute d"Ed^vard II avait plong-é momentanément l'Angleterre 
dans une anarchie profonde . les gens de Bury envahirent le 
monastère, le saccagèi^nt et emprisonnèrent le prieur et plu- 
sieurs moines. Puis ils remplacèrent leur alderman Richard de 
Berton par son frère John, qui prit la direction du soulèvement. 
Le 21) janvier, l'abbé de Burv, qui siégeait alors au parlement, 
revint de Londres pour rétablir l'ordre. Mal lui en prit. Les 
rebelles le maltraitèrent et le forcèrent à leur accorder une charte 
contenant des privilèges civils, politiques et commerciaux de 
toutes sortes ; Bury devenait ville libre, obtenait une gilde. etc.. 
L'abbé retourna alors à Londres pour demander du secours ; 
les insurgés furieux recommencèrent leurs ravages. Ils incen- 
dièrent une partie de l'abbaye, et vingt-deux manoirs cjui en 
dépendaient subirent des dommages évalués à la somme de 
i.H8 livres 6 s. 9 d. Enfin le shériff de Norfolk, au bout d'un 
an de troubles et de pillages, reçut l'ordre de réprimer l'insur- 

Brilish Muséum possède un manuscrit, cote' Ilarl. 743, qui est une compila- 
tion faite par le moine Jolin de Lakenheath ; ce religieux indique ainsi le 
motif de son travail : c Quoniam, monasterio nostro predonibus et igné 
destructo, registrisque abbalum ac aliis munimentis sine restitucione fur- 
tive sublatis, ex tam habundanti segete evidenciarum ecclesie vix remanse- 
rant spice tenues post terga metencium, ego, frater Johannes de Lakynghetli, 
ex registris diversis kalendarium quoddam utcumque composui. » Ce 
recueil contient les privilèges royaux, rénumération des terres appartenant 
à l'abbaye, les noms de ceux qui ont tenu les flefs, divers actes relatifs aux 
droits de labbé et la liste des abbés jusqu'à la mort de John Brynkele 
(30 déc. 1378; voy. Powell, op. cil., p. 14). Comme John de Lakenheath fut 
tué par les insurgés le Ib juin 1381, il s'ensuit que ce recueil a été terminé 
entre le 30 déc. 1378 et le 13 juin 1381." 

1. « Que per homines dicte ville multimodis dampnis, gravaminibus et 
jacturis... sepius molestata extitit et depressa. - [Paient 6 Bic. Il, p. 3, m. 8.) 

2. Bofuli Parliam., 111, 172 a. 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 65 

rection. Il fallut trente chariots pour transporter les prisonniers 
à Norwich. De nombreuses condamnations à mort furent pronon- 
cées et la ville fut frappée d'une amende écrasante de liO.OOO 
livres. Ce ne fut pas tout. John de Berton s'échappa de son cachot 
et les troubles recommencèrent en 1328. Cette fois les rebelles 
firent prisonnier l'abbé lui-même et parvinrent à l'emmener 
secrètement jusqu'en Brabant. Ses amis ne purent le retrouver 
et le faire revenir cpi'en avril 1329. En 1331, la paix fut enfin 
rétablie; au lieu de 1 40.000 livres, les gens de Burv consen- 
tirent à payer l'amende plus raisonnable de 2.000 marcs, et ils 
renoncèrent aux privilèges arrachés à l'abbé en 1327 '. 

En 1379, de nouveaux troubles se produisirent. A la suite de 
la mort de l'abbé John BrA'nkele, les religieux se mirent d'accord 
pour élire à sa place le sous-prieur John Tymworth. Mais pen- 
dant ce temps le pape conférait lui-même, malgré le statut des 
Proviseurs, le titre envié d'abbé de Bury à Edmund Brounfeld, 
procureur général des Bénédictins d'Angleterre à Rome. Un 
conHit violent éclata au monastère quand on apprit la nomina- 
tion et l'arrivée prochaine de Brounfeld. Les moines du parti des 
Proviseurs, ne réussissant point à faire admettre le protégé 
d'Urbain VI, se répandirent en ville et gagnèrent facilement à 
leur cause les habitants de Burv. qui se gaudissaient de ces dis- 
sensions : avec l'aide d'un certain nombre de bourgeois (parmi 
lesquels Thomas Halesworth et Robert Westbroun, que nous 
retrouverons en 1381), Edmund Brounfeld fut intronisé de force. 

1. [Nous avons cru devoir, à la place du récit qu'André Réville avait fait 
d'après des articles du Suffolk Instilute et du Bury Institute (loc. cit. supra), 
résumer un document qu'il n'avait pas connu et qui a été publié en 1892 : il 
s' eigil du Deprsedatio abhatise Sancti E(h7iuncU,navraiion très circonstanciée, 
éditée dans le tome II des Memorials of S. Edmands Ahhei/, p. 327-.3Di. 
L'accord de 1331 a été publié ibidem, p. 357 à 301. — Nous nous sommes 
servis aussi des notes qu'André Réville avait prises en 1891 dans le Reçjis- 
trum vesUarii (Cambridge Universilij lihranj, ms. E. e. III. 00, fol. 128 et 
suiv. pour Taffaire de 1327). On trou\e dans le même recueil des détails 
fort intéressants sur les démêlés survenus antérieurement entre l'abbé et 
ses tenanciers. — Sur ces démêles voy. aussi les textes réunis par Gross, 
The Gild Merchant, II, 29-30.] 

ilèm. et doc. de l'Ecole des Cluiries. — H. ■J 



6(î LE SOULÈVEMKNT DANS LE NORFOLK ET LE SIFFOLK 

Mais le gouvernement le fit arrêter et jeter en prison pour avoir 
violé le statut des Proviseurs, et ses partisans laïques payèrent 
de fortes amendes K 

En 1381, au mois de février, un nouveau scandale éclata à 
Bury, une nommée Alice de Hilberworth ayant refusé de laisser 
les agents de l'abbé percevoir les droits d'usage sur l'étal qu'elle 

1. [Toute cette affaire est racontée dans le procès intenté à Thomas 
Halesworth, complice d'Edmund Brounfeld. Voici le passage relatif à l'in- 
tronisation de Brounfeld : 

t( Medioque tempore quidam Edmundus Brounfeld, ligeus liomo ipsius 
régis et monachus ejusdem domus, noticiam habens de jure domini régis 
in patronatu predicto, quandam provisionem sibi de abliatia predicta, per 
suggeslionem minus veram, in curia Homana a summo pontifice adcptus 
fuit, et bullas provisionis sue in hac parte infra regnum Anglie secum detulit 
executioni demandandas, contra ligeanciam suam ipsi régi debitam et jus 
regni in hac parte ; ipseque Edmundus postea, colore provisionis prcdicte, 
die martis proxima post festum sancti Dionysii, anno regni régis nunc ter- 
tio, per vim, auxilium, manutenentiam et potestatcm Thome Halysworth et 
aliorum fautorum et manutentorum ipsius Edmundi Brounfeld ac procura- 
torum et executorum provisionis sibi facte in hac parte, abbatiam predictam 
ingressus fuit, et portas, oslia, clausa et domos ejusdem abbatie fregit, et 
ipsum tanquam abbatem ejusdem loci, cum non fuit, per hujusmodi poten- 
tiam, vim et auxilium predicti Thome et aliorum supradictorum fautorum et 
manutentorum ipsius Edmundi, colore provisionis supradicte, ibidem induc-i 
et installari fecit, et, die jovis tune proxime sequenti, missam ad summum 
altare in eadem abbatia, ut abbas loci predicti, cum mitra et baculo pasto- 
rali celebravit, in juris ipsius régis in patronatu predicto ac corone sue 
régie exheredacionem manifestam, accoutra formam statutorum in hujusmodi 
casu provisorum , et contra liberam electionem ejusdem domus in jure 
ipsius régis factam. » 

Cette pièce, qu'André Réville a recueillie après la rédaction de sa thèse 
dans les Corani regc [Easter 10 Rie. Il, ni. 4 et 4 d), n'a pas été connue, ce 
semble, de M. Powell, qui, en revanche, a utilisé (p. 14-16) une narration 
plus détaillée, et dont le document publié ci-dessus confirme la véracité. 
Cette narration relate aussi les troubles de 1381. Elle a été faite par 
John Gosford, à tette époque aumônier de l'abbaye : « Electio domini 
Johannis Tymworth in abbatem, cum actibus provisoris et insurrectione 
comunitatis cum dampnis horribilibus et malefactis perpetratis priori, 
conventui et monasterio Sancti Edmundi per insurrectores de Bury, 
prout scribitur per J. Gosford. » M. Powell fvoy. son Introduction, 
p. 7-8j a trouvé cet intéressant récit dans un ms. du British Muséum, Cot- 
tonian Claudias A. XII, fol. 126 et suiv. 11 a publié (p. 138-143) un court 
fragment relatif à la rixe entre les moines en 1379, et les pages concernant 
l'insurrection de 1381.1 



l/lNSI RKKC.TInN DANS l.'fUKST DU SIFFOLK 67 

avait au marché '. Des lettres royales du 4 avril suivant nous 
apprennent que les religieux de Bury étaient encore si « dépri- 
més » à cette époque qu'il fallut surseoir à la levée de la Poil Tax 
sur leurs biens -. 

Telle était la situation lorsque éclata la révolte des travailleurs 
d'Angleterre, Quelle que fût la turbulence des bourgeois de 
Bury. la répression sévère qui avait suivi l'aiTaire de 1379 comme 
celle de 1327, les fît sans doute réfléchir. Ils observèrent en 
1381 une conduite prudente. 

Le chroniqueur nous les montre évitant de se mêler à la bande 
de John ^^'ra^ve et même, à la vue des excès commis dans leur 
ville, affectant des airs contrits. Mais ils ne firent rien pour pré- 
venir l'arrivée des rebelles, ni pour les chasser, et il parait même 
qu'ils leur prodiguèrent de secrets encouragements et qu'ils leur 
donnèrent les indications les plus précises sur le mal à faire et 
sur les revendications à exercer. Walsingham l'assure et donne 
des raisons assez proljantes : pourquoi, dit-il, ces insurgés venus 
de loin se seraient-ils attaqués à des religieux c[u ils ne connais- 
saient même pas, pourquoi auraient-ils imposé à l'abbaye des 
concessions dont les bourgeois seuls étaient appelés à jouir, pour- 
quoi les habitants de la ville n'auraient-ils pas restitué aux 
moines les libertés arrachées, si ces violences avaient été commises 
contre leur s^ré '? Du reste John ^^'ra^ve, dans la suite, accusa 
nettement plusieurs habitants de la ville et même des habitants 
de marque, comme Thomas Hales^vorth et Geoffrey Denham, 
tous deux écuyers, de l'avoir poussé aux meurtres dont il se 
rendit coupalîle ^. Ainsi le fait parait bien établi : les bourgeois 
de Bury furent les alliés secrets de John ^Vra^ve. 

1. [Refjislrupi sacrifie de Ban/ [Camhr. Univ. lihr., F. f. II. 33i, f° 2'kh.] 

2. [Clnus. 4 Bic. II, m. 13 dor^o. — Sur les dommages suIhs par l'abbaye 
avant la révolte de 1381, voy. aussi plus haut, p. 63, note 1.^ 

3. C/ironicon Angliœ, 303, 30i;id. dans ///s/. an;/lic., II, 3, 4. 

4. Déclarations de John Wrawe, Appendice I. A'oy. aussi pour Thomas 
Halesworth, Coram reç/e, Easfer 10 Bic. II, m. 4; et pour GeofTrey 
Denham, Coram rege, Easter 11 Bic. II, m. 0. Ces deux pièces repro- 
duisent les accusations de John ^Vra^ve.J 



68 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

D'ailleurs plusieurs d'entre eux s'unirent ouvertement à lui, et 
l'un de ceux-là, nommé Robert Westbroun, prit même une 
place d'honneur — s'il est permis d'employer une image aussi 
impropre — dans la bande des insurg^és. D'autres portèrent la 
révolte aux environs, comme un certain John Wryghte qui, par 
ses proclamations, poussa plusieurs villages à l'émeute '. 

Aussi le soulèvement se propagea-t-il dans toutes les direc- 
tions, et la ville de Bury devint-elle pour les rebelles un centre 
d'attraction : durant les jours qui suivirent, il en vint de Moulton, 
village situé sur les confins du Cams, des environs de Norwich 
et même du comté de Lincoln. Un certain George, de Dunsby, 
localité située au sud de ce dernier comté, se présenta à Bury le 
14 juin et oixlonna à diverses personnes, sous peine de mort, de 
se soulever ; il se déclara aussi délégué par une grande troupe 
pour pousser à la révolte le peuple de la ville -, 

Ce même jour 3 l'émeute commença à gronder dans la cité de 
Saint-Edmund. John Wrawe et sa bande donnèrent d'abord satis- 
faction à leurs instincts cupides : ils ravagèrent une tenure qui 
relevait du prieur, renversèrent les maisons attenantes et s'em- 
parèrent des objets de valeur qu'ils purent y trouver. Puis ils 
pénétrèrent de force dans une maison appartenant à sir John de 
Cavendish, la dépouillèrent de tout ce qu elle contenait de pré- 
cieux, et s'il faut en croire les dépositions de John Wrawe, un 
d'eux, John Talmache, écuyer, obtint pour sa part un glaive en 
argent, un harnachement doré et des pièces estimées à cent 
marcs ^. 



1. Chronicon Anglix, 310; id. dans Ilist. ar^glic, II, H. — Déclarations de 
John Wrawe, Appendice I. — Dans Assize Bolls N. 2, 29, 6, m. 2o, John 
Wryghte de Bury est accusé « per totam communitatem ejusdem ville » 
d'avoir été « capitalis surrector per totam libertatem Sancti Edmundi. » 

2. Assize Rolls, N. 2, 29, 6, m. 2, part. 2 ; m. 1, part. 3 dorso. — [Déposi- 
tion contre George de Dunsby, publ. par Powell, p. 127.] 

3. Et non le li), comme le prétend Stubbs {Constit. history, II, 481). 

4. Déclarations de John Wrawe, Appendice I. — Voy. aussi Corani rege, 
Trin. 9 Rie. II, m. 2, acte concernant William Benington, un des prin- 
cipaux insurgés de Bury : c Ipse domos Johannis Cavendissh, chivaler, in 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 69 

Sir John de Cavendish était un puissant personnage : c'était le 
capitalis justiciarius ou chief justice, le président du Banc du 
Roi, c'est-à-dire de la plus haute des trois cours souveraines 
d'Angleterre. 'Il avait été établi chief justice pour faire observer 
le statut des travailleurs dans les comtés de Suffolk et d'Essex. 
L'impopularité que lui valaient ses fonctions lui coûta la vie. Le 
samedi 15 juin, une bande de rebelles commandée par John 
Poter, de Somerton, le surprit à Lakenheath. Il essaya de s'en- 
fuir par la rivière; mais une femme de la localité, nommée 
Catherine Gamen. détacha et poussa loin de la rive le bateau 
dans lequel il allait se jeter.] Les insurgés s'emparèrent de lui, 
le décapitèrent et portèrent sa tète sur le pilori de la ville '. Ainsi 
partout, au midi comme au nord, dans le Kent et à Londres, à 
Saint-Alban et à Bury, les insurgés de 1381 nourrissaient une 
haine également implacable envers la loi et ses représentants. 
N'étaient-ce pas les juges qui faisaient respecter par leurs sentences 
les privilèges seigneuriaux, qui jetaient en prison les tenanciers 
récalcitrants ou insolvables, leur seule présence n'était-elle pas 
une menace perpétuelle pour les faibles, une suprême garantie 
pour les grands? Les scribes, qui rédigeaient les chartes de pos- 
session et les titres de privilèges, les juristes qui en imposaient 
le respect et l'observance, les prisons où l'on en méditait longue- 
ment, cruellement 1 horreur, tels furent les trois objets de la 
haine populaire. 

dicta villa de Bury fregit, et bona et catalla sua ad valenciam quadraginta 
librarum ibidem inventa eodeni anno quarto felonice cepit et asportavit. » 
1. lVo}-. le récit de M. Po\vell,o/j. c//.,p. 13-14, et les documents publiés 
par lui, p. 126 et p. 141. Le texte qu'il édite, p. 126, sans donner de réfé- 
rence précise, a été trouvé par André Réville dans Assize Rolls, X. 2, 29, 6, 
memhr. 2d. Ibidem, memhr. 2, part. 2, liste de 41 personnes arrêtées pour 
avoir pris part au meurtre de John de Cavendish ou au pillage de sa mai- 
son.] — Chronicon Anfjlix, 302; ici. dans Ilistor. anglic, II, 2. — Vita 
nicardi, p. 30. —Knighton, II, 140. — Cf. Stow, p. 290 h. — Blomefield, op. 
cil., III, 106 et Pauli, op. cit., IV, 333, mentionnent très rapidement ce fait 
important. Ajoutons qu'il est raconté d'une manière inexacte dans une his- 
toire locale du soulèvement restée manuscrite au Brilish Miisnirn (Jiaiincci/ 
and Salmon's Ilislorij and Anliquities of Ilcrlfordshire, by Thomas Basker- 
field : Addil. 3Ass., 9062-9064, vol. III, 74. — Cf. Journal of the archa-ologi- 
cal Association, XXVI, art. cité de M. Levien, p 38'. 



70 LE SOl'LÈVKMr-LNT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

Il restait à tirer vengeance des relig-ieux et à faire justice de 
leurs privilèges. Depuis plus de deux ans la place de l'abbé était 
vacante, et le monastère se trouvait alors sous la direction du 
prieur John de Cambridge; selon Walsingham, c'était « im 
homme intelligent, adroit, un Orphée de Thrace, un Néron 
romain, un Belgabred breton, également supérieur par la dou- 
ceur de la voix et par la science du chant. » Mais les rebelles, 
peu sensiJjles à ces mérites artistiques, ne voyaient en lui que le 
chef et le représentant responsa])le du monastère, qui avait con- 
stamment fait prévaloir les droits a])ljatiaux contre les bourgeois 
de Bury '. Il se trouvait à Alildenhall, localité située au nord- 
ouest du Sull'olk, et relevant de Fabbaye. Les insurgés de Bury 
y coururent, le prieur prit la fuite en les voyant venir, mais ils lui 
donnèrent la chasse, le rattrapèrent et le jugèrent en pleins 
champs. En pareil cas, la sentence est assurée d'avance : il fut 
déclaré coupalîle et condamné à la peine capitale. Aussitôt ses 
juges, parmi lesquels se trouvait un de ses anciens chambriers. 
John Poter, et beaucoup de serfs de l'abbaye, se transfor- 
mèrent en bourreaux. Ils étaient mieux qualifiés pour cette 
seconde besogne. Quelques instants après l'œuvre suprême était 
accomplie. 

Ce fut une bonne fortune pour Edmund Brounfeld d'être alors 
en prison. Quant au pauvre prieur, son corps à demi-nu resta 
longtamps étendu sur le sol, privé de sépulture, et nul n'osait lui 
rendre les derniers devoirs, car les rebelles avaient la main lourde 
et on évitait de leur déplaire '•'. 



1. C.hronicnn Aii(//i:i\ 302; id. dans Ilisf. miijlic, II, 2. 

2. Chruniron An(/li;v, p. 302 ; id. dans Jlist. anylic, II, 2. — Viln Bicnnli, 
p. 30. — Conlinimtlo Eiilogii, 3o4. — Allusions à ces faits dans les déclara- 
tions de John WraNve, Appendice I, et dans Assize Itolls, N. 2, 29, 6, 
m. 23. — [Mais la principale source est le récit de Gosford découvert par 
M. Powell et pulilié par lui (p. 139 et suiv.) En voici le résumé : John de 
Cambridge, à la première nouvelle de linsurrection, s'enfuit chez un servi- 
teur fidèle du monastère, à Mildenhall. Voyant les re])elles affluer dans le 
pays, il résolut de chercher un autre refuge ; après nombre de péripéties, il 
parvint à se cacher dans une forêt du comté de Cambridge, près de New- 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 71 

Cependant John ^V^a^ve et les siens avaient repris le chemin 
de Bm-y; ils y entrèrent sans aucune résistance, portant au haut 
d'une lance la tète du prieur, la promenèrent autour de la ville 
« comme en procession » et la fixèrent enfin au sommet du pilori. 
Là. en dérision des liens d'amitié qui unissaient John de Cam- 
bridg'e et John de Cavendish, ils rapprochèrent les deux tètes 
dans une position telle quelles avaient l'air de se parler à l'oreille, 
et presque de vouloir s'end^rasser '. 

Quand ils furent rassasiés de ces plaisanteries d'écorcheurs, ils 
revinrent à l'alîbaye : leurs haines n étaient pas satisfaites, ils 
avaient encore soif de sang. Ils entrèrent dans le monastère et 
demandèrent impérieusement qu'on leur livrât un des religieux, 
nommé John de Lakenheath : c'était le g-ardien de la baronnie de 
Saint-Edmund, c'est-à-dire le rég'isseur de la maison, le moine 
qui réclamait les fermages et les redevances, les services et les 
corvées, par suite l'ennemi personnel des tenanciers et des serfs -. 
Alors se produisit une scène qu'on pourrait qualifier de comique, 
si elle n'avait eu le plus lugubre des dénouements. Les rebelles, 
gens de la campagne, étrangers à la ville de Bury, réclamaient à 
grands cris ce pauvre religieux, l'injuriant, l'appelant traître. Or 
il se trouvait justement devant eux , mais ils ne pouvaient le 
distinguer des autres moines, parce qu'ils ne le connaissaient 
même jjas. C'est qu'ils n'étaient que les porte-paroles, les exécu- 
teurs des hautes œuvres des bourgeois, qui se tenaient à l'écart, 
suivant leur ingénieuse méthode, afin de paraître étrangers à ces 
crimes. Alors John de Lakenheath s'avance, se nomme, demande 
ce qu'on lui veut. On lui répond qu'on veut le tuer : on le prend, 
on le traîne dehors avec des clameurs tumultueuses et on le 

market, mais, trahi par son guide, il fut découvert par une bande de 
rebelles de Bury, qui le ramenèrent à Mildenhall. Là on le condamna à mort 
et, après Ta voir laissé se confesser « longuement et tristement » à un prêtre 
de la ville, on le décapita. Son corps resta sans sépulture pendant cinq 
jours.] — Cf. Stow, p. 200 A; — Pauli, op. cit., IV, 533. 

1. Chron. Anjluv, 302-303 ; /(/. dans IlisL aiiglic, II, 2-3. — [Même récit 
dans Gosford, ap. Powell, op. cit., 140-141. ^ 

2. |Voy. plus haut, p. ()3, note 1. 



72 LE SOULÈYKMEM- DANS LE NOKFOLK ET LE SUFFOLK 

décapite en place publique. Il ne fallut pas moins de huit coups, 
dit-on, pour séparer la tète du tronc. Puis ils la fixent sur le 
jDilori, à côté de celle du prieur. Ce jeu leur plaisait sans aucun 
doute, car ils rentrèrent à labbaye, et réclamèrent un autre 
moine nommé Walter Tod yngtone ; mais plus habile — ou plus 
heureux — que son frère, il parvint à se cacher et à éviter 
ainsi une mort certaine '. 

Justice était faite, et le passé veng-é. Il restait à assurer l'avenir 
par des concessions, des promesses et des g'aranties. .Vinsi les 
rebelles accusent les religieux d'opprimer la ville de Bury, et leur 
mandent de rendre sans retard toutes les obligations qui engagent 
les bourgeois à l'égard du roi et du monastère. Comme les révol- 
tés de Saint-Alban, ils se réclament, eux aussi, des souvenirs 
historiques et revendiquent les chartes de libertés que Knut. le 
fondateur du monastère, et les souverains ses successeurs ont 
accordées à la ville. Les moines, qui craignent pour leur vie, 
apportent sur la place publique tout ce qu'on leur demande, 
jurant qu'il leur est impossible d'en découvrir davantage. Les 
insurgés refusent de les croire sur parole, et dans l'emportement 
de leur passion, ils trahissent naïvement les gens de la ville, qui 



1. Chron. An<jliœ, 303; /(/. dans Ilis/. aiif/Iic., II, 3. — Déclaiations de 
John Wrawe, Append. I. [Même récit dans Gosford, ap. Powell, o/>. cit., 
p. 141. — André Réville a trouvé, en 1891, dans le Registriim cellarii do 
Bury une pétition adressée au roi par Tabbé et le couvent de Saint-Edmund 
pour lui demander réparation des dommages que les reijelles leur avaient 
fait subir. Cette pétition, non datée, se rapporte sans aucun doute aux évé- 
nements de 1381, car elle confirme les relations de Walsingham et de 
Gosford. Les mentions quelle contient permettent détablir qu'elle a été 
rédigée entre le 20 janvier 1382 et le 5 juin suivant. Nous la publions dans 
V Appendice I. D'ajjrès ce document, le 13 juin, Richard Sade et une bande 
(1 "insurgés vinrent à l'aumônerie et cherchèrent John Gosford pour le tuer. 
Ils firent beaucoup de ravages dans raumônerie, ainsi (ju'une autre bande 
commandée par John Cely. Le rédacteur, qui écrit en un latin affreux, ajoute, 
en parlant de John Cely et de ses compagnons : « Quantum in eis erat pro- 
curaverunt mortem dicti domini Johannis Gosford. » Cette phrase signifie 
qu'ils firent tout ce qu'ils purent pour perdre John Gosford, mais elle ne 
signifie pas que l'aumonier périt, car c'est justement lui qui nous a transmis 
un des meilleurs récits de la révolte et il devint ensuite prieur de l'abbaye.] 



l'insurrection dans l'ouest du suffolk 73 

prenaient des mines contrites, les appellent, leur disent de vérifier 
attentivement ces engagements et ces pièces, et, s'ils ne 
retrouvent pas dans ces actes les antiques libertés de la ville, de 
le dire. Ils ordonnent en outre aux religieux de composer en faveur 
des bourgeois une charte de franchises et leur font promettre 
que l'abbé, Edmund Brounfeld, une fois sorti de jDrison, la scel- 
lera du sceau de la communauté et du sien. Les moines, qui 
redoutaient toutes les extrémités, se réjouirent en voyant la 
nature de ces prétentions, et donnèrent aux rebelles, en gage de 
leurs promesses, les principaux jo^^aux de la maison, une croix 
d'or, un calice précieux de métal fauve, et d'autres objets de 
valeur, pour une somme dépassant trois mille livres, à la condi- 
tion que si Edmund Brounfeld, remis en liberté et jouissant de 
la dignité abbatiale, validait l'acte demandé dans le délai fixé, 
les gages seraient restitués ; sinon les rebelles devaient les gar- 
der en leur possession '. 

1. Chron. Angl., 303-304; id. dans Ilisf. ,inrjlic.,U, 3. 4. [Cf. Gosford, 
ap. PoAvell, 142-143. Selon lui les moines n'avaient pas hésité à livrer ces 
gages précieux, parce qu'ils croyaient au prochain retour d'Edniund Broun- 
feld, Richard 11 ayant promis aux rebelles d'Essex de le remettre en liberté 
et de lui confirmer son titre d'abbé. — La narration faite par les moines de 
Bury (Appendice 1) est beaucoup plus détaillée et plus précise que celle de 
Gosford et même que celle du moine de Saint-Alban, résumée ci-dessus 
par André Réville. Nous avons cru devoir laisser subsister la page écrite par 
Réville, non seulement parce que nous avons respecté le plus possible sa 
rédaction, mais parce que le récit du moine de Saint-Alban, à nos yeux, 
nest pas dépourvu de valeur, et qu'il est intéressant de le comparer avec la 
pétition des moines. Les religieux de Saint-Alban avaient subi des dom- 
mages identiques et éprouvé les mêmes transes ; il est clair qu'ils se sont 
curieusement informés des troubles de Bury, et que leur chroniqueur n"a 
fait que reproduire une lettre ou un récit oral de quelque moine de Saint- 
Edmund. Voici d'ailleurs, en résumé, les faits allégués par les moines de 
Saint-Edmund dans leur pétition. On verra qu'ils attribuent une attitude 
franchement hostile aux bourgeois de Bury, que le chroniqueur de Saint- 
Alban nous représente, au contraire, avec plus de vérité peut-être, comme 
de prudents hypocrites : 

Le dimanche 16 juin, dès l'aube, l'alderman et les notables de Bury 
envahirent, avec uue grande foule de rebelles, l'église du couvent, disant 
que, grâces à Dieu, des temps meilleurs étaient venus, qu'ils ne supporte- 
raient plus les extorsions des moines, et (|u'il fallait leur rendre les antiques 



li LE SOILEVKMKNT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

Ainsi John Wrawe avait bien mérité des bourgeois de Burv. 
Il avait vengé leurs injures comme les siennes, allégé leurs 
charges , accru leurs libertés , avec un dévouement qui avait 
toutes les apparences du désintéressement. Il se faisait le redres- 
seur des torts, et trouvait certainement dans ce rôle, qui ne lui 
convenait guère, une vive satisfaction damour-propre. 11 y trou- 
vait même quelque chose de plus, car il avoua plus tard qu'il 
profita de son passage à l'abbaye pour s'approprier un cheval bai 
de 20 marcs '. 

Il soutint ce rôle lucratif pendant plusieurs journées et parcou- 
rut tout le comté d'ouest en est, en triomphateur pillard '. En 

chartes de privilèges qu"on leur avait volées et qu'on gardait depuis si 
longtemps; sinon la population viendrait tout entière, pillerait le couvent, 
et la vie des religieux serait peut-être en danger. Les moines effarés 
obtinrent quelques heures de répit. Les bourgeois se réunirent dans le Gild- 
Ilall pour se concerter; puis, après déjeuner, ils retournèrent à labbaj'e et 
forcèrent le couvent à leur livrer une charte qui reçut le sceau du sacriste 
et celui de Talderman. Par cet acte, les religieux s'engageaient à rendre aux 
bourgeois toutes leurs anciennes chartes de privilèges abolies par jugement 
ai)rès l'incendie de l'abbaye (« post coml)ustionem abbatie per judicium 
forisfacta et forisjudicata. » Sur cet incendie, voy. plus haut, p. 63, note i). 
Us leur livraient en gage des joyaux que les bourgeois garderaient si les 
conventions n'étaient pas respectées. Ces chartes si précieuses ne devaient 
être restituées que dans les quarante jours qui suivraient le retour d'Ed- 
niund Brounfeld. Mais dès le i7 et le 18 juin les rebelles vinrent les récla- 
mer, en même temps que les joyaux. Le sous-prieur, épouvanté par leurs 
menaces, vint apporter sur la place publi([ue les joyaux désignés et les 
chartes de l'abbaye, et, devant la foule, les livra à l'alderninn et aux 
notables. Les joyaux ne furent rendus qu'au mois d'octobre, et les chartes 
seulement le 20 janvier 1382. I^e plus, le nommé Geoffrey Uenhani, après 
le meurtre du prieur à Mildenhall, s'était emparé du papier où John de 
Cambridge inscrivait ses dettes et ses créances ; il ne le rendit que mutilé. 
Le même, prétendant exécuter les dernières volontés de John de Cam- 
Ijridge, donna à un individu de Mildenhall un très beau bréviaire de l'église 
du lieu, et s'a])propria le cheval du prieur, sans compter un autre cheval 
appartenant à l'aumônier.] 

1. Déclarations de John Wrawe, Appendice 1. [Si André Hévillc avait 
connu, en rédigeant ces pages, les documents que nous avons analysés plus 
haut, il aurait sans aucun doute attribué moins d'importance à l'action per- 
sonnelle de John Wrawe dans les événements de Bury.] 

■2. As^size /?o//.s, \. 2, 29, 6, memhr. 6; m. 9, part. 2. [Publ. par Powell, 
'>/). rit., p. 129.: 



L INSUHUKCTION DANS L OUKST DU SLFFOLK Ib 

effet, le mardi 18 juin, on le retrouve au nord-est du Suffolk, dans 
la région de Beccles et de Ring-sfield. A la tète d'une armée de cinq 
cents hommes, il marche sur le château royal de Metting^ham, 
inféodé à deux chevaliers, sir John de Plays et sir Roger de Boys : 
il en force l'entrée, saisit les titres et les rôles de la cour seigneu- 
riale, les déchire et les jette à l'eau. Voilà pour le triomphateur. 
Et voici pour le pillard : il vole à ces chevaliers ime somme de 
quarante livres en argent, et des biens meubles pour la valeur de 
vingt livres '. Le lendemain il se rend à Beccles et sa 
bande se transforme en aréopage : divers rebelles , Robert 
Fetele, Roger de Bradwell, Edmund Barbour, traînent devant 
elle un certain Geoffrey de Southgate, qui leur oppose en vain 
une lettre de protection du roi ; on lui tranche la tète '. 

John Wrawe dirigea pendant quelques jours une véritable 
entreprise de pillage. Ne pouvant être partout présent de sa per- 
sonne, il eut en plusieurs lieux des représentants. Ainsi 
le J4 juin, s il faut en croire ses propres dépositions, tandis 

1. <i Joliannes Wrawe, nuper persona ecclesie de Ryngesfeld, principalis 
ductoi" et congregator de quodam exercitu liominum, videlicet de d per 
estimacioneni, in diversis partibvis, die martis proximo ante festum Nativi- 
tatis sancti Johannis Baptiste, cuni quo quideni Johanne venerunt Petrus 
Bray et Robortus Clerk, de Ilyndrykle, in eodem exercitu, et sic j)ariter 
processerunt ad oastrum de Melyngham, et illiic intraverunt, et bona et 
catalla ibidem inventa, videlicet aurum et argentuni, ad summam xl libra- 
rum, et alia l)ona et catalla, ut in jocalibus et armaturis, ad valenciam xx 
librarum, expoliaverunt, depredaverunt et abstulei-unt. » yAssize /îo//.s, N. 2, 
29, 6, m. 9, part. 1 •,ihid., jn. 19). Ibidem, déposition concernant Peter Bray et 
autres : << Felonice intraverunt castrum Johannis de Plays, cliivaler, Rogeri 

de Boys, chivaler, et sociorum suorum feofTatorum de Metyngham ac 

cartas, munimenta, extenta maneriorum, rotulos curie, in dicto castre 
existencia, submersi (sic) fecerunt et succiderunt. » Voy. aussi m. 24. 

2. c< Robertus Ffetele, de Becclys, felonice, die mercurii proximo post 
festum sancti Bothulfi, apud Becclys, tractavit Galfredum de Southgate 
extra domum suam in eadem villa, simul cum Rogero de Bradewell, de 
Becclys, et Edmundo Barbour manente in Becclys, et ipsum Galfredum cum 
proteccione domini régis in manu sua existencia (corr. existente) abduxit 
coram Johanne Wrawe, clerico, et aliis levatis contra dominum regem, coro- 
nam et dignitatem suam, usque orientem capud [sic] ville de Becclys, et ibi- 
dem predictus Edmundus dictum Galfredum felonice decoUavit. » [Assize 
liolls, N. 2, 29, 0, m. 9, part. 1 ; ihid., m. 20. Voy. aussi memhr. 19 et m. 21). 



76 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

qu'il opérait lui-même à Saint-Edmund's-Burv, quelques 
membres autorisés de sa bande, GeofTrev Parfey, vicaire de 
Téglise Ail-Saints de Sudbury, Thomas son desservant, Adam 
Brav, et Thomas Munchesy, de Edwardston, marchèrent sur la 
ville de Thetford, au nord-ouest du Suffolk, sur les confins des 
deux comtés et extorquèrent vingt marcs d'or nombre au maire 
Simon Barbour et aux principaux bourgeois, en les menaçant de 
l'arrivée de Wrawe et de sa troupe. Sur cette somme, Geoffrev 
Parfey donna vingt shillings à Thomas Munchesy, autant à Adam 
Brav et prit deux livres pour son desservant et pour lui ; quant 
au reste, soit quatorze marcs, il les remit plus tard k John 
^Vra^ve ' . 

Mais tous ses subordonnés n'agissaient pas avec la même 
honnêteté. Tel fut, par exemple, un certain Thomas de Cornuerde, 
chevalier : on l'accusa plus tard d'être allé, le 14 juin, chez John 
Rokwode, à Stansfield, et de l'avoir menacé de le faire périr et 
d'incendier sa maison, si bien que le brave homme, pour sauver 
sa vie et ses biens, lui offrit dix marcs d'argent monnayé. Or le 
même jour, se trouvant en présence de John ^^'ra^ve, il déclara 
n'en avoir reçu que huit, gardant ainsi deux marcs k la dérobée ; 
en outre il demanda encore ce c[u'il aurait pour sa peine, et 
^Vra^ve lui octroya une gratification de deux livres : c'était le 
digne ministre d'un tel prince '-. 

L'autorité de Wrawe rayonnait au loin ; on l'invoquait jusqu'à 
l'extrémité septentrionale du Norfolk : le jeudi 20 juin, John Ikes- 
Avorth entra de force dans le presbytère de Wickmere, village situé 

1. Déclarations de John Wrawe, Appendice I. — « Jurati ville de Thet- 
ford presentaverunl quod Galfredus, vicarius ecclesie Omnium Sanctorum 
de Sudbiirv, venit cum sexdecim aliis ignotis hominibus in villa de Thetford, 
quarto docimo die junii, et ibidem fecit ([uandam proclamacionem et leva- 
cionem populi, et pro timoré cujus proclamacionis, levacionis et rumoris 
populi, Simon Barbour, tune major cjusdem ville, pro predicta villa de 
incendio domorum salvanda, finem de xxviii marcis in pecunia fecit, quas 
quidem xxvni niarcas in prejudicium et contra coronam domini régis cepit 
et asportavit, et fuit ductor et communis levator. » (.Issî^e Rolls, N. 2. 29, 6, 
m. 1, part. 2 d. ; iijid., m. 27). 

2. Déclarations de John Wrawe, Appendire I, 



l'insurrection dans l'ouest du SUFFOLK 77 

entre les villes de Holt et North-Walsham, et agissant sur l ordre 
et avec la garantie de John M^rawe, il emporta tout ce qu'il 
trouva de précieux, pour une valeur de dix livres '. 

Il exjjédia même des mandements. John de Long-ham et deux 
autres reçurent à East-Dereham, au comté de Norfolk, une lettre 
de la part de John Wrawe, leur ordonnant de rendre à un certain 
Martin Mannyng, de Sudbury,une tenure qui lui appartenait '^. 

Ainsi la fortune, par un de ses jeux inattendus et passag-ers, fit 
de ce misérable qui n'avait de dispositions qu'au vol et à l'assas- 
sinat, un souverain de quelques jours. Lui-même se considérait 
comme tel et se prenait au sérieux. Seulement, il abdiqua son 
titre de roi du peuple, rex conimiiniuni, et le laissa à son second 
Robert Westbroun. Il était prêtre, disait-il ; or la tonsure ecclé- 
siastique, ditTérente alors de ce qu'elle est aujourd'hui, donnait 
sensiblement aux cheveux la forme d'une couronne. Il ne voulait 
donc pas entasser les couronnes sur sa tête, et se contentait de la 
sienne, qui, suivant la naïve remarque du chroniqueur, lui seyait 
cependant assez mal ^. Pour riiistorien, et sans s'attarder à ces 
puérilités, John Wrawe reste le type le plus accompli et le plus 
curieux du chef de bande, ambitieux sans idées, et cupide sans 
scrupules, tel que le soulèvement des travailleurs en produisit 
quelques-uns. 

1. «... Rectoriani de Wykkemere per preceptum et warantum Johannis 
Wrawe fregit... » [Ass. Rolls, X. 2, 29, 6, m. l, pari. 2 dorso, supplém.; 
ibid., m. 26, part, i.) 

2. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 3 dorso; ibid., m. 30, pari. 2. [Publ. 
par Powell, op. cit., p. 133.] 

3. Chron. Angl., 310; id. dans //js/. anrjlic, II, 11. 



CHAPITRE II 



L INSIRP.ECT[0N DANS L EST ET AU CENTRE DF SIFFOLK 



L'insurrection éclate aux environs d'Ipswic/i le li juin. John de Battisford 
et Thomas Sampson, chefs des reljelles dans celle ri'ijion. Ravages à 
Ipswich et dans les environs, 16 el 17 juin. — L'insurrection se propage 
vers le nord du Stiffolk, le long de la côte marilinie. — Elle est moins 
intense au centre du comté. 

Tandis que John A\'rawe se taillait ainsi son royaume à la 
faveur de l'émeute, celle-ci se propageait dans toutes les direc- 
tions : au nord, dans le comté de Norfolk ; à l'est, dans le SulTolk 
oriental. A l'heure même où il présidait au pillage de Burv, la 
révolte éclatait dans la région d'Ipswich. A Barliam, deux 
rebelles, nommés Richard de Denardiston et John Bengle, dévali- 
saient, le vendredi 14 juin, la maison d'un certain Thomas atte 
Ook et y volaient pour une somme équivalant à cent marcs '. Le 
même jour, John Reinold, John Northerne et plusieurs autres se 
soulevaient à IloUesley et à Alderton, villages situés à lest 
d'Ipswich et à proximité de la mer "-. Enfin le lendemain, un 
clerc attaché à l'église de Bucklesham et nommé John de Battis- 
ford, venait planter dans la ville même d'Ipswich le drapeau de 
la révolte : dans une proclamation publique, il ordonna à tous les 
habitants de la ville et des environs, sous peine de mort, de se 
tenir prêts, le lendemain dimanche, à midi, à partir avec lui. Le 

1. Assize Rolls, N. 2,29, 6, m. 8 ; m. 0, j)art. 2. Ihidem, jn. 9, p. 1 et p. 2, 
on trouve encore d'autres noms pour le pillage de la maison de Thomas atte 
Ook. 

2. Ihid.j m. 0, jiirt. I ; //;. 11. 



L'INSURRECTION DANS l'kST ET \V CENTRE DU SIFFOLK 79 

soir même, il se rendit avec les siens au village voisin de Ilark- 
stead, où il s'assura l'appui d'un certain Thomas Sampson •. 

John de Battisford et Thomas Sampson furent les deux princi- 
paux rebelles de la région. D'où venaient-ils? Quel avait été leur 
passé? Quelle leur condition? Sur chacun de ces points, les 
textes restent presque muets : on sait que John de Battisford 
était clerc, et voilà tout. Seulement, comme ils furent ensuite 
condamnés à mort et que leurs biens furent confisqués, la valeur 
et la nature de ces biens furent consignées sur les registres des 
échoiteiirs ou trésoriers de comtés. On y voit qu'à la différence 
de John Wrawe, ce n'étaient pas des va-nu-pieds, des misérables 
sans ressources. John de Battisford laissa une fortune de cinq 
livres, ce qui, d'après les évaluations de Thorold Rogers, équi- 
vaudrait aujourd'hui environ à soixante livres ou à quinze cents 
francs -. Quant à Thomas Sampson, c'était un tenancier aisé : le 
matériel d'exploitation rurale qu'il possédait à sa mort ne valait 
pas moins de soixante-cinq livres douze shillings, ce qui repré- 
senterait maintenant près de vingt mille francs. Cette opulence 
relative devait à coup sûr lui donner une certaine importance au 
milieu de ses compagnons de révolte et elle explique pourquoi 
John de Battisford chercha tout de suite à se l'associer '•^. 

Leur bande se grossit bientôt de recrues faites à Ipswich et 



1. « Johannes de Batisford, persona ecclesie de Bokeleshani, et Thomas 
Sampson, die sabbali proximo post festum Corporis Christi, felonice et 
produciose (s/c) veneruntapud Gippewicum, ciim aliis sibi associatis, et fece- 
riinl ibidem proclamacionemsuam manifestam in villa, precipiendofirmiter et 
injungendo omnibus et singulis ville Gippewyci, hundi-edorum de Saunford, 
Colneyse, Bosemere et Cleydon, quod ipsi essent promti et parati ad profi- 
ciscendum cum prefatis Johanne et Thoma et sociis suis, super negotia 
eorum, prout eisdem injungeretur, et hoc cii-ca horam medie prime diei 
dominice sequentis, sub pona amifsi)cionis capitum suorum [Assize Rolh, 
N. 2. 29, 6, m. 9, p. 1). [Selon m. 9, p. 2, et m. 11, Thomas Sampson ne s'est 
associé à John de Battisford qu'à la suite de la proclamation d'Ipswich.J 

2. Eschcators' Inquisitions, Norfolk and Su/folk, 4-5 Rie. II, m. 11. 

3. Ihid., m. 8 et 9 [publ. par Powell, op. cit., 143-143. Dans rénumération 
assez longue des biens confisqués de Thomas Sampson, on trouve un trou- 
peau de 3UU moutons, des meul^les précieux, etc...]. 



80 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

dans tous les environs. Les documents les représentent comme 
les principaux « ligueurs du peuple », capitales congregatores^ 
interligatores populi, dans les centaines de Samford, de Colneis, 
d'Ipswich, de Bosmere, de Glaydon, de Carlford, de Wilford et 
de Loes, toutes situées autour d'Ipswich et au sud-est du SufToîk, 
dans le triangle compris entre Hadleigh, \\"oodbridg;e et Harwich K 

Dès le lendemain, qui était le dimanche 10 juin, cette troupe, 
sous la conduite de ses chefs, entreprit le pillage de la ville 
d'I])swich : elle entra par la force dans la demeure d'un notaire 
nommé John Gérard, dans celles de l'archidiacre de Sufïolk, d'un 
autre habitant appelé John Cobat et commit dans cqs trois mai- 
sons des déprédations pour une valeur d'environ deux cents 
livres ~. Elle s'attaqua aussi aux localités avoisinantes : à Wes- 
terfield, à deux milles au nord d'Ipswich, elle vola pour une 
somme de dix livres chez Ghristiana atte Ook ; à Gulpho pour 
cent marcs chez Roger de Wolfreston; à Melton, pour dix livres 
chez un certain William Fraunce^'s ^. Elle se donna même le 
luxe d un meurtre, car un de ses membres, nommé Richard 
Talmache, de Bentley, arrêta, le jour suivant, ce même William 
Fraunceys, à Ipswich, et à la suite de cette arrestation, le mal- 
heureux fut mis à mort ^. 

Mais il j eut encore, dans cette région, d'autres rebelles que la 
bande de Battisford et de Sampson. Ainsi à Aldham, petite loca- 

1. Assize Rolls, X. 2, 29, 6, m. 7; m. 8; m. 9, part. I [cf. la pièce puljl. 
par Powell, op. cil., p. 127-128]; 9 part. 2. 

2. Ihid., m. 9, p. 1; m. 9,/>. 2; //i. 10, 11. [Ces divers documents donnent des 
chiffres assez différents. — Powell, op. cil., p. 22-23, remarque que l'office 
d'archidiacre de Suffolk était alors occupé, malgré le statut des Proviseurs, 
par un prélat romain, le cardinal de Saint-Ange, et que John Cobat avait été 
collecteur de la Poil ïax.] 

3. Ihid., m. 9, p. 2; m. 11 ; m. 9, p. 1 ; m. 3 ; m. 9, p. 1 [cf. la pièce publ. 
par Powell, lac. cit.], m. 13, 14, 18. 

4. « Ricardus Talmache, de Bendeleye, die lune proxime sequenti , 

felonicc apud Gippewicum arestavit Willolmum Ffraunceys de sua propria 
auctoritate, virlute cujus arestacionis predictus Willelmus eodem die per 
quemdam felonem ignotum interfectus fuit per abettamentum dictiRicardi. » 
{Assize Rolls, N. 2, 29. 6, m. 3). [Selon ihid., m. 8, m. 9 part, i, m. 11, 
12, 16, le meurtrier s'appelait John ou William Dcne ou Le Dene.l 



l'iNSIURECTION dans l'est et au centre Dr SUFFOLK 81 

lité des environs, rinsurrection trouva un adhérent dans le bailli 
du manoir, Adam Rog-ges : il vint, le 15 juin, chez Robert 
Usshefeld et lui vola pour cent marcs de bétail et de laine ^. 
— Le lendemain, à Ipswich, John Genour et William Coupere 
s'introduisirent dans le presbytère de l'église Saint-Stephen et 
pillèrent les biens du curé. — Le même jour, à Stratford-Saint- 
Mary, sur les confins de l'Essex, Thomas Flecchere pénétra ég-a- 
lement dans le presbytère et menaça de mort un clerc, s'il refusait 
de lui donner de l'or et de l'argent ; alors le curé, nommé John atte 
Bircok, paya pour lui vingt- six shillings et huit pence. — Plus au 
nord, à Marlesford, sous la latitude de AWborough, un rebelle, 
appelé John Gaperoun, s'empara le 17 juin de la personne d'un 
certain Henry de Desenyng-, le retint prisonnier, et ne lui rendit 
la liberté que moyennant trois shillings et quatre pence '-. 

Dans la région d'Ipswich, comme ailleurs, les révoltés profes- 
saient la haine des manoirs, des registres et des titres seigneu- 
riaux. A Eyke, à proximité de Woodbridge , William Bernard 
entra le 16 juin dans la maison de John Staverton, se saisit de 
ses chartes et les emporta ■^. Le jour suivant, Thomas Flecchere et 
d'autres forçaient l'entrée du manoir de Bergholt et assuraient au 
bailli, William atte Hethe, qu'ils le tueraient, s'il ne leur délivrait 
les parchemins de son maître, sir John de Sutton : quand ils les 
eurent en leur possession, ils les brûlèrent près de l'église. Le 
mercredi 19 juin, divers rebelles de Harwich et des environs s'in- 
troduisirent dans le manoir de Wallon, s'emparèrent des rôles et 
des titres de la comtesse de Norfolk et les lacérèrent ou les incen- 
dièrent ^. 

Ainsi le soulèvement fut général dans cette partie du Sufîolk. 
comme il l'avait été à l'ouest, sous l'impulsion de John Wrawe. 
D'autre part, il continuait de se propager le long de la côte 
orientale : le 1(3 juin, John Genour et Simon Bullok chevauchaient 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, G, m. 7 ; m. 9, p. 2. 

2. Ihkl., m. 9, p. 2; m. 11, 12, 18. 

3. IhicL, m. 9, p. 1 ; [puhl. par Powell, op. cit., p. 128. | 

4. Ibid., m. 9, /). 1 ; m. 18, 12, lu. 

il/e'm. et duc. de VEioU des Chartes. — II. 6 



8â LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SL'FFOLK 

vers le nord, de village en village, dlpsvsich à Rendham, jusqu'à 
la hauteur de Framling-ham, et partout excitaient à la révolte '. 

A cette date, le comté tout entier se trouvait donc entouré 
comme d'une ceinture de feu. Aussi la zone centrale, environnée 
de tous côtés par l'incendie, ne pouvait manquer de s enflammer. 
Dès le lo juin, John Barbour, de lluntingdon, John atte Croos, 
de Shelland, GeotTrey Tayllour, de Drinkstone, arrivèrent de la 
région de Bury, se portèrent en armes de localité en localité 
autour de Stow-Market et le même jour la révolte gagna les 
hundreds de Hartismere, de Blything, de Wangford, c'est-à-dire 
la partie septentrionale du comté , de Eve à Halesworth ; là 
Robert Priour, de Mendlesham. et William Ash, de Hoxne, 
imposèrent aux habitants le serment de se soulever '. D'autres 
conçurent même une idée plus ingénieuse encore , et que les 
rebelles n'avaient eue nulle part avant eux : ne se fiant pas à 
leurs forces, et ne se jugeant pas, sans doute, en assez grand 
nombre, ils imaginèrent de lever des hommes d'armes comme en 
temps de guerre et aux frais du roi, mais contre lui. En consé- 
quence, ils se rendirent auprès de William Rous, chief constable^ 
ou gardien en chef de la centaine de Hoxne, et l'un d'eux, nommé 
James de Bedingfield 2, « lui intima Tordre, sous peine, en cas 
de refus, d'être décapité, de lui remettre, à ses compagnons et à 
lui, dix archers de ce hundred. Et ledit William leur accorda ces 
dix archers, jjar crainte de la mort, chacun d'eux devant recevoir 
six pence par jour, par l'ordre de ce même James *. » 

C'était une idée supérieurement originale que de lever la force 
armée pour rendre le pillage et le vol plus aisés et moins dan- 
gereux. Les rebelles, en effet, n'eurent en cette région d'autre 
souci que de s enrichir. John Barbour et ses compagnons entrèrent 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 0, 7?!. 9, p. 2. 

2. Ibicl., m. 4, 5, 6 ; m. 9, p. 2. [La pièce de la membrane 5, relative à 
William Ash, a été publiée par Powell, op. cit., p. 130.] 

3. [Ce rebelle avait une haute situation sociale : il était le fils de sir Peter 
de Bedingfield; voy. Powell, op. cit., p. 21, d'après la généalogie de la 
famille, Br<7. Mus.,\\cl(l. mss. 19117.1 

4. [Pièce publ. par Powell, op. cit., p. 130-131.] 



l'insurrection dans l'est et au centre du suffolk 83 

chez un certain William Berard et lui volèrent une vache, des 
moutons, de la laine, au total pour une somme de dix livres. ;^ 
James de Beding-field et les siens se portèrent à Stoke-Ash, à 
quelques milles de Eve, dévalisèrent la maison d'Edmund de 
Lakenheath, s'emparèrent de Robert Durant, son bailli, et le 
retinrent jusqu'à ce qu'il eût promis de payer sa délivrance au 
prix de deux livres. Ce même Edmund de Lakenheath possédait 
d'autres biens non loin de là, à Gislingham : ils y allèrent, les 
pillèrent aussi et lui volèrent dix vaches, un taureau, du drap et 
du linge K Certains cependant protîtèrent de la réAolte, moins 
pour s'enrichir que pour se venger. Tel fut un certain John atte 
House de Finningham, qui menaça John Edmund et Nicholas 
Blome de mettre le feu à leurs maisons, sans autre motif que de 
satisfaire une vieille rancune, pro antiquo odio ^. 

En résumé, si l'on rapproche ces détails disséminés, on voit 
qu'à la date du 15 et du 16 juin, l'émeute avait g"agné et couvert 
tout le comté de SutTolk, même le centre, où elle fut toutefois 
moins intense et moins violente que dans la région occidentale, 
sous l'impulsion de John Wrawe, et aux environs d'IpsAvich, sous 
la direction de John de Battisford et de Thomas Sampson. 

1. Ass. Rolls, X. 2, 29, 6, m. 4, 3, 6 ; m. 9, /). 2. [D'après Escheafors 
Inquisitions, Norf. et Suff., 4-o Rie. II, il y avait un échoiteur du Suffolk 
nommé William Berard. — Pièce de la memhr. a relative au pillage de 
Gislingham, publ. par Powell, op. cit., p. 130. Pièce de la m. 6 relative aux 
méfaits de John Barbour, ?7;;V/., p. 128-129. — Edmund de Lakenheath était 
juge, d'où l'acharnement des reljelles contre lui ; il leur échappa en s'em- 
barquant et en gagnant la haute mer. Voy. Powell, op. cit., p. 21-22.] 

2. Ihid., m. 4; ni. 9, /j. 2. 



CHAPITRE III 



L INSURRECTION DANS LA PARTIE OCCIDENTALE DU NORFOLK 



La révolte gagne Thetford dès le li Juin; le 17, elle est générale dans le 
Norfolk. Cent cinquante-trois localités sont atteintes par la rébellion. — • 
Régime de terreur ; les résistances sont très rares. — Dans la moitié occi- 
dentale du Norfolk, les rebelles se bornent presque partout à piller et à 
ran<;onner. — Par exception, à Southreij, ils brûlent les rôles d'un manoir; 
à Lynn, ils s'attaquent aux gens de Flandre; sur la côte septentrionale ils 
poursuivent Jusqu'en mer deux Juges. 

A la même date que dans le SulTolk, linsurrection se propageait 
aussi dans le comté de Norfolk. Déjà, le 14 juin, GeofFrey Parfey 
et d'autres de Sudbury, membres détachés de la bande de Wrawe, 
s'étaient présentés aux portes de Thetford et avaient pressuré le 
maire et les bourgeois en les menaçant de l'incendie et delà peine 
capitale ' ; c'est ainsi que John Crane^vys, clerc de la chancel- 
lerie royale, ne sauvait sa vie qu'en payant deux livres à 
John Buntyng ~. Le même jour encore, la rébellion s'étendait 
vers le nord, jusqu'à Watton : il y avait en ce lieu une fondation 
hospitalière de l'ordre de Saint-Jean ; le maître, nommé Richard 
de Moulton, reçut dès le 1 i juin la visite d'un certain Thomas 
Smyth, de Letton, son débiteur, qui le menaça des ravages d'une 
bande, s'il ne lui remettait sa créance. 11 n'eut qu'à se soumettre, 
et même deux religieux, Richard de Kysle et Thomas atte 
Ghaumbre, durent en outre promettre vingt marcs ^. 

1. V. plus haut, p. 76. 

2. Claus. b Rie. II, m. 16. 

3. Assize Rolls, N. 2, 29, 6, m. \, part. 4 d., et m. 33,/). 1. 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 8o 

Durant les deux journées qui suivirent, 1 insurrection devint 
générale au sud-ouest du Norfolk, dans les centaines deGrimshoe, 
de South-Greenhoe, de Clack-Close; entre Thetford et Lynn, 
à Brandon, à Methwold, à Didlington. à Weeting-all-Saints, à 
Hilgay, à Wretton '. Elle gagna même dès le 16 juin la ville 
d'East-Dereham, qui est au centre du comté : John Skynnere, 
de Swaffham, et Stephen ^yaryn entrèrent dans cette localité 
et déclarèrent à Nicliolas Maupas, à Robert Sprot et à beau- 
coup d'autres qu'ils les tueraient s'ils ne consentaient à leur 
prêter serment, et ils chevauchèrent ainsi de village en village, 
poussant le jDcuple au soulèvement ~. 

Depuis ce moment, la révolte se propagea dans toutes les 
directions et le lundi 17 juin, deux jours après la mort de Wat 
Tvler, elle sévit partout à la fois, au nord comme au sud, à l'est 
comme à l'ouest, autant à King's-Lynn qu'à Norwich, aussi bien 
à Holt qu'à ^^"'ymondham. Froissart se trompe quand il dit 
qu'elle ne dé^îassa pas la ligne de Yarmouth et de Lynn ^ : nulle 
part, au contraire, elle ne fut aussi générale et aussi intense, et 
Walsingham remarque, non sans raison, qu'elle fut universelle 
dans ce comté : « Nullus pêne locus tutus ab his esse poterat ^. » 
Les centres de soulèvement furent innombrables, il n'y eut pas 
moins de cent cinquante-trois localités agitées par les émeutiers, 
et comme la révolte fut partout simultanée, il est presque impos- 
sible de tracer une peinture fidèle de l'insurrection en cette 
région : rapide, elle serait forcément incomplète; détaillée, elle 
sera facilement confuse et aura peine à donner cette impression 
d'ensemble dont Walsingham s'est fait l'interprète et que les 
documents accumulés provoquent avec tant de puissance. 

Les agitateurs furent innombrables ^ : un d'eux, nommé John 
Bokelerman, traversa tout le comté d'ouest en est, de Rougham 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 0, m. \,part. 2 cl. ; 3, 4, 4 cl., o d. 

2. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, pa/i. 4. ; 7?;. 39, part. 1. 

3. Froissart, X, 101. 

4. Chron. Angl., 30b; ici. dans Ilisl. ancjlic, II, 5. 

5. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, par-f. 2 (/. suppl., part. 3 (/., part. 4 (/. ; 
m. 33, part. 3, etc.. 



86 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

à Winterton, et partout sur son passage il propagea la révolte *. 
D'autres usèrent de menaces, et de menaces singulièrement 
hvperboliques : tels furent Thomas Drew et William Stoyk, de 
Shelfhanger. Ils vinrent à AVymondham et dirent que « si la 
ville... ne vodroit assenter a eux et a lour companye d'estre 
ovesque eux, ils deverount mesner ovesqe eux a Wymondham 
mil hommes de lever encountre la pees le roi '. » 

Il V eut de la part des officiers royaux certaines tentatives de 
résistance, mais elles furent vaines, car les rebelles surgissaient 
de tous côtés. John Bray, sous-constable de Rougham, requit un 
certain Walter Aleyn de prêter le serment de paix, mais celui-ci 
refusa net et continua de propager l'émeute 3. A Xorwich, un 
rebelle, nommé Adam Wegge. menaça si rudement le gardien de 
la centaine, que celui-ci nosa opérer aucune arrestation ^. Non 
loin de là, un gouverneur plus hardi, John atte Hill, résolut de 
s'emparer d'un certain John Quyntevoye, mais ce dernier se pré- 
cipita sur lui, sa lance au poing, et le pauvre homme n'eut qu'à 
s'enfuir •'. 

Dans la plus grande partie du Norfolk, dans toute la moitié 
occidentale du comté et même au-delà vers l'est, sauf dans la 
ville de Lvnn et sur un ou deux points isolés, le soulèvement 
affecta un caractère général et exclusif, celui d'un immense pil- 
lage, et les rebelles dans ce pays furent seulement des voleurs. 
D'un bout à l'autre de cette vaste région, de Holt à Thetford, du 
Wash à Wymondham, les besogneux virent dans l'insurrection 
une occasion inespérée de s'enrichir sans peine ; ils s'associèrent 
dans cette pensée et la révolte fut comme le syndicat des 
pauvres, courant les chemins, dévastant les villages, dépouillant 
et pressurant les riches, sans autre mobile que leur cupidité. 

Ils volaient tantôt par troupes nombreuses, tantôt par petits 

1. Ass. Holla, X. 2, 29, fi, tn. l, pfirf. 3 et p.irf. 4; /?!. 39, part. 2. 

2. Ihid., m. 1, pnrf. 1, et m. oo. 

3. IhùL, m. ), });iii. 2 d. auppl., cl m. 26, part. 4. 

4. Ihid., m. l, part. 2. (/., et m. 29 : « Minavit capitalem constaljularium ita 
quod non potuit arestare aliquem in patria ». 

0. Ibifl., m. 1, ])art. 1, et m. 34. 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 87 

groupes. La zone du sud-ouest, entre Thetford et Stoke-Ferry, 
fut victime d'une bande conduite par William Metfeld, de 
Brandon, et John Geldere, de Feltwell, et dont John Philip, 
bailli de Brandon, faisait lui-même partie. Ils s'emparèrent de 
deux personnages de marque, sans doute puissants et bien nés, 
Osbert de Mundford et Bennet de Ockham, et les mirent de 
force à leur tète. Puis, du lo au 17, ils se livrèrent à une série 
de pillages. A Weeting-all-Saints, ils volèrent dans la demeure 
de John Stracour pour une somme de vingt livres ; à Bromehill, 
ils allégèrent de six marcs la bourse du prieur; à Langford, ils 
dépouillèrent John de Meth^vold de biens équivalant à vingt 
shillings, et, à Rougham, John Rede se vit enlever cent shillings; 
à Didlington , ils prirent trois cents brebis et vingt livres de 
biens meubles, appartenant à Richard de Holdich, etc.. Ils 
commettaient tous ces délits, disent les documents, en s'arro- 
geant la puissance royale « assumendo sibi regiam potestatem ', » 
Des gens peu scrupuleux recouraient à leurs bons offices pour 
tirer vengeance de leurs ennemis et satisfaire de vieilles ran- 
cunes ; ainsi John Porter promit à John Geldere une gra- 
tification de vingt shillings s'il consentait à piller John 
Bacheler et William Robyn '. Ce métier peu délicat n'était pas 
sans profits, malgré le partage du butin entre tous les complices, 
car au jour de son arrestation, John Geldere possédait, outre son 
épée et son cheval, plus de six marcs d'argent monnayé ^. 

Il y eut une série de bandes de ce genre. Roger Egelyn réunit 
de la même manière une troupe à S^vaf^ham, et aA^ec son aide 
mit à rançon la seigneuresse de Necton *. A Wvmondham, ce 



1. Ass. Rolls, N. 2. 29, 6, m. 1, part. 2 dorso,et m. 27 et 28; m. 1, pari. 
b (1., et m. 35, parf. 3 ; m. 1, pari. 4 (/., et m. 33 parf. I et 2; m. 1, part, i, 
et tn. 38, pat^t. 1 . 

2. " Johannes Porter, de Xortherpyngham, optulit (et) promisit, procu- 
ravit Jolianni Geldere, capitali chevyntein, finem de xx s., ad spoliandum 
Johannem Baclieler et Willelmum Rohyn... » (Ibid., m. 1, pari. 2 (/. siippl., 
et m. 26, part. 1 .) 

3. Ibifl., m. 1, part. 2 <l., et m. 27 et 28. 

4. Iljîd., m. I, jiarl. 2 d. siippl., el m. 26, jiarl. 4 (/. 



OO LE SOULEVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

fut un certain John Creyk, qui, le 17 juin, leva une compagnie 
de rebelles, se rendit à Coston et dévasta la demeure de John 
de Fritton, archidiacre de Norfolk '. Non loin de là, à Kimberley, 
William llirvyng^ poussa deux cents hommes à la révolte et se 
mit à leur tète, « au g'rand effroi du peuple » ■^. 11 y eut de ces 
bandes à Cawston, à Lyng-, à Sedg-eford et en bien d'autres 
lieux •'. Certaines partaient au loin en de véritables expéditions 
de pillage : ainsi Denys Barkere en rassembla une à Hindolves- 
tone, près de Fakenham, au nord-ouest du comté, et jiorta le 
ravage non seulement aux environs, mais jusqu'à l'extrémité 
orientale du Norfolk, jusqu'aux régions de Norwich et de 
Yarmouth ^. 

Les spoliations exercées par les rebelles furent d'ordre extrê- 
mement varié. Dans les maisons qu ils dévalisaient, ils volaient 
tous les objets de quelque valeur. D'abord, cela va sans dire, ils 
faisaient main basse sur l'argent monnayé. John Bettes, qui du 
reste doit être identifié avec John Creyjv, car ce ne sont que 
deux noms différents du même personnage, prit vingt shillings, 
le 19 juin, à un clerc de Wymondham. appelé John de Walton "'. 
D'autres pénétrèrent dans l'abbaye de ^^'est-Dereham et déro- 
bèrent vingt livres en or et en argent ''. — Ils s'emparaient 
aussi de tous les objets de prix qui leur tombaient sous la 
main : ainsi à Kempstone, petit village du Norfolk septentrional, 
à proximité de Litcham, divers malfaiteurs volèrent à un clerc, 



1. Ass. Rolls, X. 2, 29, 6, m. 1, ]>art. 1, et m. 60. — Cornm rege, Easter 
6 Rie. II, m. 2o. 

2. « William Ilirvyng fuit unus capitalis congregalor, ductor, et pertur- 

bator pacis domini régis ; qui duxit ad maucionem Stephani de Langliam 

ce homines... ad affraiamentnni j)opuli domini régis et dicti Stephani. » 
{Assize Rolls, N. 2, 29, 6, m. i part. 1, et m. 55). 

3. Ibid., m. 1, part. 3 d., et m. 30, part. 2 [publ. par Powell, op. cil., 
p. 134] ; m. 1, part. 4, et ni. 39, pari. 1. 

4. Ibid., m. 36, part. 2. 

^ 5. Ibid., m. 1, part. 4, et m. 39, }ia/-l. 1. Autres cas analogues dans les 
mêmes documents. 

6. Ibid., m. I, part. 5 d., et m. 35, part.^_[. 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 89 

nommé Thomas Clog^, une ceinture d'argent évaluée à cent shil- 
lings 1. 

Constamment aussi, ils s'approprièrent les animaux domes- 
tiques. On comprend à la vérité que les chevaux aient eu parti- 
culièrement d'attrait pour ces malheureux qui se donnaient des 
airs de conquérants et de souverains. Ainsi à Rougham, le 
17 juin, John Clerk vola un cheval chez John Rede; Thomas 
Soppe et John Bokelerman prirent également le leur à Holkham, 
au nord-ouest du comté, dans une maison appartenant à l'abbé 
de Dereham - ; Thomas Gyssyng en saisit quatre à Rougham, pour 
sa seule part ^'. Le gros et le petit bétail paraissent les avoir beau- 
coup tentés. A Saham-Toney, William Hirvyng se saisit de plu- 
sieurs bœufs appartenant à William Eyre '*. A Holkham, John 
Bush s'empara d'une vache appartenant à Robert Sprot ^ Adam 
Calwere et d'autres dérobèrent au même quinze autres vaches ^. 
Le 17 juin, William Tilly dépouilla Thomas Clog, curé de 
Litcham, de cent quarante brebis ~. Le 20 juin. Simon Gosber- 
kyrke et Thomas Skynnero s'approprièrent neuf porcs apparte- 
nant à John Rede, de Rougham, et deux jours auparavant John 
Palmere avait pris par la violence à Martin de Taverham , 
quatorze porcs, treize brebis et une vache ^. 

Tout était de bonne prise à ces pillards. Ainsi à Snettisham, au 
nord-ouest du comté, Roger Locksmyth pénétra chez un certain 
Simon Wylymot et s'attaquant à son grain, il emporta quinze 



1. .Ass. Rolh, X. 2, 20, 6, m. \,part. 2 rf., et m. 26, part. 4. 

2. Ihid., m. [,part. 4, et m. 39, part. 1. 

3. Ihid., m. 1, part. 2 d. siippL, et m. 26, part. 4 d. 

4. Ihid., m. 1, part. 1, et m. oo. 

b. Ihid., m. 1, part. 3 d., et m. 31 d. 

6. Ihid., m. 1, part. 4, et m. 39, part. i. [Le document ajoute que John 
Spayne et quelques autres ont dépouillé à leur tour Adam Cahvere et ses 
compagnons des quinze vaches en question, et les ont remises à un receleur 
nommé Simon Sylk.] 

7. Ihid., m. i part, o, et m. 37, part. i. 

8. Ihid., m. 1, part. 4, et m. 39, part, i ; m. 1, part. 5, et m. 37, part. 1. 
[Les documents donnent beaucoup d'autres exemples du même genre.] 



90 LE SOULÈVEME.NT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

quarters dorg-e '. A Kimberley. le vendredi 21, John de Sparham 
et Thomas, son fils, ouvrirent un vivier appartenant à Richard 
Nooth, et enlevèrent tout ce qu'il contenait -. Thomas Gyssyng 
s'introduisit avec quelques rebelles dans le manoir de Harling et 
vola, entre autres objets, du drap, de la laine et du linge ■^. Le 
19 juin, un tailleur nommé Thomas Hamond, prit à John atte 
Mille, de Wig-hton, une charrette à roues ferrées ^. A défaut 
de ces belles captures, les révoltés ne reculaient pas devant les 
prolits les plus modestes : ainsi le mardi 18 juin. Thomas Smyth 
entra, à Saham-Toney, dans le clos de John Tegh, et se saisit 
d'une selle et d'une paire de bottes ^. 

Il y eut quelques voleurs de bonne composition qui ne refu- 
sèrent pas d'entrer en négociations avec leurs victimes. Tel fut 
Hugh Bocher de Cawston : il avait pris, le 17 juin, cent brebis à 
John de Palgrave; le régisseur de ce dernier les redemanda 
au ravisseur; celui-ci, en homme avisé, incertain de l'avenir, 
rendit sa conquête moyennant cinq shillings, somme faible mais 
maniable, et qui pouvait ne lui être pas réclamée. C était une 
opération commerciale faite sur le bien d'autrui ''. 

Il y eut même un cas de restitution complète : William Met- 
feld, ayant volé chez John Stracour divers objets d'une valeur de 
vingt livres, les confia la nuit suivante à son père. Celui-ci. le 
lendemain, les rendit, de son propre mouvement, au possesseur 
frustré ". Mais c'est le seul exemple de ce genre, et si le bien 

1. Ans. Rolls, ^.2. 20, 6, m. l,pa/7.4, et ;«. 38./>a/-/. 2 : voy. aussi plusloin, 
p. 92 et p. 93, note 1; — vol analogue : i7>ù/., m. \,parl. i, i;lm. 39, part. i. 

2. Ihifl., m. 1. par-f. b, et m. 37, part. 1. 

3. U)i(l., m. 1, p>;irt. 2 d. suppl., et m. 26, j)art. 2. 

4. Ihid., m. 1, pnrt . 4, et m. 39, part. 1. 

a. ILid., m. \. part. 4 d., et m. 33, part. 2. Le texte latin mérite dèlre cite, 
comme échantillon du style de ces documents judiciaires anglais : « L'num 
sadelum et unum par de botes abduxit et asportavit; et alia enormia eidem 
Johanni intulit ad valenciam de vi s. et vm d. » 

6. Ihid., m. {.part, o, et m. 38, part. 1. 

7. " Willelmus Metfeld, senior, bona et catalla Johannis Stracour per 
manus Willelmi, filii sui, et aliorum ignotorum nocte diei predicti... pre 
timoré recepit, que bona et ca[^ tailla prefato Johanni Stracour die sequenti 
sponte retradidit. » Ass. Rolls. N. 2. 20, 6, m. I, part. 2 (/., et m. 27 et 28.) 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 91 

dérobé fut parfois restitué, il arriva presque toujours qu'il fut 
précieusement conservé. 

Si nombreux et si variés que ces vols puissent paraître, ils 
n'épuisent pas la série des spoliations commises à la faveur de la 
révolte, car les rebelles usèrent de nombreuses recettes pour 
s'enrichir aux dépens d'autrui. Un de leurs procédés favoris con- 
sistait à mettre les riches à rançon : ils s'emparaient de telle ou 
telle personne, dont l'aumônière promettait d'être bien garnie, 
la maltraitaient, la menaçaient de mort, si bien que pour sauver 
ses jours, elle leur donnait — ou tout au moins leur promettait 
— une somme proportionnée à ses ressources. Ces contrats de 
rachat portent dans les documents le nom latin de finis^ qui a 
passé dans la langue anglaise en conservant le même sens, sous 
la forme du mot fine. C'était le vol sous une autre forme à peine 
déguisée : mais ces extorsions à main armée affectaient une 
apparence belliqueuse et conquérante, dénature à flatter lamour- 
propre des rebelles. Aussi furent-elles extrêmement nombreuses. 

En voici quelques exemples au hasard : le 17 juin, John de 
Carlton contraignit Richard, vicaire de l'église de Mattishall. au 
centre du comté , à lui payer six .shillings et huit pence ' . Le 
même jour, John Lothale, de Wvmondham, se rendit avec 
d'autres à Hackford et réduisit Richard Palmere à lui offrir 
treize shillings et quatre pence , en le menaçant de lui 
casser bras et jambes*. John Skynnere, le Jo juin, à Feltwell, 
obligea par les mêmes moyens John Miles à lui donner vingt 
shillings 3. Le 18 juin, à Toft-Trees, Thomas Skynnere menaça 
John Stevene de jeter bas sa maison, et le malheureux s'engagea 
à lui remettre treize shillings quatre pence ^. Ce furent parfois de 
fortes sommes que les rebelles s'approprièrent ainsi par la force. 
Le 2o juin. Simon Gosberkyrke et Nicholas Glovere, de Walsing- 

1. Ass. Rolls, y. 2, 29, 6, m. 1, pnrf. 3 d., et m. 30, part. 1 et pai-f. 2. 
[Publ. par Powell, op. cit., p. 133.] 

2. Ihid., m. i, part. 5, et m. 37, part. 2. 

3. Ihid., m. i, part. 4 (/., et m. 33, part. 1. 
i, Ibid., m. 1, part. 4, et m. 39, part. 2, 



92 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

ham, marchèrent de nuit, suivis d'une bande, sur Hindringham et 
forcèrent ^^'illiam de Wilby à leur payer une rançon de trois 
livres, ce qui équivaudrait aujourd'hui à neuf cents francs envi- 
ron'. Le 4 i juin, William Vas, de Frettenham, extorqua 
quatre marcs deux shillings à un clerc, nommé Robert, curé de 
l'ég-lise de Haynford -. Et dans certains cas ces chiffres furent 
largement dépassés. Le 19 juin, John Bettes menaça de mort 
John de Walterton, clerc de l'église de Harpley et ne lui laissa 
la vie que moyennant vingt livres, soit à peu près quatre mille 
francs de notre monnaie contemporaine ^'. 

Il arriva même une fois que pour mieux déguiser leur cupidité, 
les rebelles se travestirent en juges et transformèrent une spo- 
liation en une amende. Roger Egelyn s'introduisit dans un clos 
appartenant à un certain Thomas Tytishale ; sans doute, la 
femme de ce dernier était seule chez elle, car il lui reprocha les 
torts que son mari lui avait causés et lui infligea pour ce motif 
une amende de quarante shillings'*. 

Malheur aux possesseurs qui, forts de leurs droits, s'avisèrent 
de résister. Les rebelles avaient d'éloquentes façons de leur faire 
entendre raison. Le 17 juin, Robert Tuwe, Thomas de Brec- 
cham et d'autres vinrent à Southrey, s'attaquèrent k Robert de 
Gravele et le placèrent la tête sur un billot, pour le décapiter; 
sur quoi le pauvre homme, pour échapper à la mort, leur consti- 
tua une fine de huit marcs et seize pence, en argent nombre, et 
de vingt-huit vaches d'une valeur de dix marcs ^. — D'autres, 
moins patients, préféraient les actes aux menaces. Roger Lock- 
smyth, en même temps qu'il demandait à Simon Wylymot 
quinze quarters d'orge, le blessait à l'épaule d'un coup de poi- 



1. Ass. Rolls, N. 2, 29, (i, m. 1, part. 5, et m. 36, part. 2. 

2. Ihid., m. 1, part. 3 cl., et m. 31 ; m. 36, ])nrt. 2. 

3. Coram rege, Easl. 6 Rie. II, m. 2b. — Assize Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, 
part. 2 cl., et m. 26, part. 4. Il serait facile de multiplier les exemples. 

4. (' Peciit emendam de xl solidis ». {Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 2&,part. 

1.) 

b. IJji'l., m. 1, part. îi <!., et m. 3b, part. 3. 



l'iNSUI'.UECTION dans le NORFOLK OCCIDENTAL 93 

gnard ^ : il est juste d'ajouter que les victimes se soumirent le 
plus souvent sans protester, et si les menaces de mort furent 
fréquentes, l'exécution fut rare, car elle était inutile. On ne peut 
en signaler qu'un exemple : William Dawes, de Ilackford, 
essayait d'échapper à une troupe nombreuse en fuyant à cheval; 
un rebelle, nommé Robert Buswere, trancha la tète au malheu- 
reux pour s'emparer de sa monture -. 

Ainsi, à cette seule exception près, il n'y eut pas à propre- 
ment parler de luttes. Il est visible que l'elfroi i^laçait les cœurs 
et que toute cette rég-ion fut pendant quelques jours soumise à 
un rég-ime de terreur, à tel point qu'en plusieurs endroits des 
individus isolés, sans suite, sans complices, menaçaient les habi- 
tants des fureurs de bandes qui étaient peut-être imaginaires, les 
intimidaient et leur extorquaient à eux seuls de fortes sommes 
d'arg-ent. Le 19 juin, à South-Creake, Thomas Pepyr annonça à 
Marg-aret, femme de Nicholas Breton, qu'il amènerait chez elle 
une troupe de deux cents rebelles, et qu'ils renverseraient sa 
maison, si elle ne lui remettait treize shillings quatre pence : elle 
s'exécuta '^. Le 21, John Cartere força Robert Benêt, vicaire 
de l'église de Middleton, à lui souscrire un engagement de cinq 
marcs et demi, en lui disant qu'il allait conduire cinq cents malfai- 
teurs dans son mesuage ^. Un rebelle, nommé John de Coventry, 
u.sa même de l'intimidation à distance : il écrivit à Nicholas de 
Massingham, collecteur de la Poil Tax à Hilgay, pour lui faire 
savoir que s'il ne lui envoyait pas dix livres à Lynn, il déta- 
cherait chez lui une troupe de deux cents hommes pour brûler 
ses maisons et pour le tuer lui-même, et il obtint ainsi ce qu'il 
réclamait ^. L'effroi fut si général qu'une compagnie put pres- 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, G, m. l, part, a cl., et m. 3i:,part. 1 et 2 [Cf. la 
pièce publ. par Powell, op. cit., p. 133J. 

2. Ibid., m. 1, part. 5, et m. 36, part. 1. 

3. Ihid., m. l, part. 4, et m. 39, part. 2. 

4. Ibid., m. 1, part. 4, et m. 38, p. 1, — Faits analogues : Ibid., m. 1, part. 
4, et m. 38, part. 2; — Corani rege, Easter 6 Rie. II, m. 23. 

3. <( Johaniies de Coventre, de Lenn..., misit literam Nicholao de Mas- 
syngham apud Ilelgeyc, ut eidcm Johanni raitleret deccai libras sterlin- 



94 LE SOULÈVEMENT DANS LE NOnFOLK ET LE SLFFOLK 

surer un villag-e entier sans rencontrer de résistance : John 
Barkere et d'autres, de Guist, menacèrent tous les habitants de 
Stibbard, petite localité sise au nord-ouest du comté, près de 
Fakenham. et arrachèrent un engag-ement de deux livres à 
chacun d'eux '. Enfin certaines personnes, épouvantées, aban- 
donnèrent leurs demeures et n'osèrent plus y rentrer, de peur 
d"v trouver des insurgés. John Kentyng. curé, se ^^l'ésenta à 
Letton, jeta le cri dalarme (hufesium) sur William de Thel- 
netham. l'appela « tretour », et voulut le tuer; celui-ci parvint à 
s enfuir, mais nosa plus approcher de sa maison avant d'être entré 
en composition avec John Kentyng au prix de deux vaches qui 
valaient vingt shillings ^. John de Carlton et Andrew de Brid- 
geham menacèrent de mort Thomas de Brumstead à Mattishall, 
si bien que ce dernier resta absent de chez lui une semaine "'. 

Ce fut donc pendant quelques jours un débordement de cupi- 
dité, une explosion des instincts avides d'une foule sans scru- 
pules, se jetant sur les biens des riches, voulant tout, prenant 
tout, sans goût et sans choix, comme un affamé se précipite sur 
une table servie, rançonnant quand elle ne jîouvait piller, recou- 
rant aux menaces pour intimider ses victimes, les exécutant 
parfois, si nombreuse et si pleine d'audace qu'elle tint sous sa 
loi le pays entier. 

gorum ad villam de Lenn Episcopi, vel aliter illuc duceret et mitteret socie- 
tatera ducentorum hominum..., ad ipsum Nicholauni occidendum et domos 
suas prostraudum et comburendum, quas quidem predictus Nicholaus, 
propter metum mortis et prostracionis..., eidem Johanni usque villam de 
Lenn Episcopi misit ■>. {Ass. Rolls, X. 2, 29, G, m. 35, part. 3.) — [Sur Nicholas 
deMassingham, voy. Powell, op. cit., p. 28.] 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 4, et m. 39, ])art. 1. 

2. « Johannes Kentyng, capellanus, die lune in festo sancti Botulphi 
(17 juin), simul cum aliis malefactoribus ignotis, tompore levacionis et 
rumoris, venitapud Letton coram societate contra paceni domini Regislevata, 
levavit hutesium super Willelmuni de Tliolnetham et ipsum vocavit tretour 
et sic ipsum Willelmuni occidisse voluit, contra pacem domini régis leva- 
tus. Et sic predictus Willelmus per gratiam domini régis evasit a manibus 
predictorum malefactorum, set ad domum suam nequaquam appropinquare 
audebat, douce fînem ii vaccarum precii xx s. cum prefato Johanne Ken- 
tyng fecisset ». (Ihicl., m. l, part. 4 d., et m. 33, part. 1.) 

3. //>/>/., m. i, p. 3 d., et m. 30, p. 1. [Cf. Powell, op. cil., p. 132-133.] 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 9o 

Chose curieuse : dans toute cette région, la crise ne prit nulle 
part l'aspect d'une lutte entre les seigneurs et leurs tenanciers. 
Cette règle ne souffrit qu'une seule exception : à Southrey, vil- 
lage situé au sud-ouest du comté, se trouvait un manoir qui 
appartenait à l'abbaye de Bury; Robert Tuwe, Thomas de Brec- 
cham et quelques autres y pénétrèrent le 17 juin et brûlèrent 
titres et rôles K II n'y a pas d'autre exemple analogue à signaler 
dans toute la moitié occidentale du comté et cette constatation 
serait de nature k provoquer l'étonnement, si l'on ne se rappelait 
que le Norfolk était une zone industrielle et manufacturière : 
les grandes exploitations rurales n'y dominaient pas exclusive- 
ment comme ailleurs. 

Toutefois, dans la région du nord-ouest et aux environs de 
Kings-Lynn, qui se nommait alors Lynn Episcopi, par suite de 
l'allégeance féodale que cette ville devait à l'évêque de Norwich, 
la révolte ne fut pas également uniforme et prit aussi un carac- 
tère politique. Déjà, quatre ans auparavant, l'émeute y avait 
grondé : c'était en 1377; peu de jours après Pâques, l'évêque, 
Henry Spencer, vint visiter sa ville. Non content de la réception 
qu'on lui fit, et voyant que le maire était précédé d'un officier 
qui tenait à la main une baguette d'honneur, il ordonna que ce 
bâton fût aussi porté devant sa personne. Le maire et les autres 
conseillers répondirent courtoisement que, pour eux, ils auraient 
grand plaisir k lui donner cette satisfaction, mais qu ils n'osaient 
le faire de leur propre autorité, sans l'assentiment de l'assem- 
blée municipale, de peur d'être lapidés par la populace, et ils le 
supplièrent k genoux de ne pas insister et de sauver ainsi leur 
vie et la sienne. Spencer, hautain, répondit qu'il n'avait pas de 
leçon à recevoir, traita les conseillers de poltrons, et commanda 
à un de ses hommes de saisir la baguette et de la porter devant 
lui. Aussitôt le peuple se soulève : plusieurs sortent avec des 
bâtons, avec des arcs, d'autres prennent des pierres, tous courent 

1. Ass. /îo//s, N. 2, 29, fi, m. i,p:irl.o,ct m. ^^i, pari. 3 ; — m. \,parf. o c/, 
et m. 35, part. 1 . 



90 LE S0ULÈVP:MENT dans le NORFOLK ET LE SUFFOLK 

k lévèque et à sa suite, si bien que plusieurs de ses gens, son 
cheval et lui-même sont atteints et blesses K 

Cette révolte dénotait des dispositions facilement irascibles et 
tapageuses. Elles se donnèrent de nouveau carrière en 1381. Les 
rebelles de Lynn. semble-t-il, furent animés avant tout, comme 
ceux du Kent, de la haine des traîtres, terme vague qu ils 
appliquaient à tous les ennemis du peuple, ou du moins, k tous 
ceux qu'ils estimaient tels. Ils en voulaient surtout aux gens 
de Flandre, et ils leur donnèrent la chasse, comme k Londres : 
il est visible qu k la fin du xiv* siècle, k la suite des guerres 
sanglantes et acharnées qui avaient éprouvé 1 Angleterre, des 
désastres subis k la fin du règne d'Edward 111. de la perte de 
lalliance flamande et de Falliance espagnole, lanimosité envers 
les étrangers était générale et vive dans le royaume. A la faveur 
des troubles, elle éclata en divers lieux. 

Les premiers insurgés de Lynn se soulevèrent le 17 juin; ils 
étaient une trentaine de rebelles, tous s^ens de métiers, deux 
tailleurs, deux gantiers, un tisserand, un sellier, un peaussier, 
etc.. Ils partirent en bande pour le village de Wolferton, k 
proximité du Wash, s'emparèrent d'un certain John Sebelye, 
un traitre, disaient-ils, et le ramenèrent k Lynn pour le décapiter : 
mais, après un jour et demi d'emprisonnement, il parvint k 
s'enfuir. 

Le lendemain, la paix du roi fut proclamée en ville, mais 
cette proclamation n eut pas le moindre effet sur les rebelles. 
Comme si de rien n'était, ils se saisirent d'un traitre appelé 
Richard de Walton et voulurent le tuer; mais sur la prière 
instante des bourgeois, ils le laissèrent échapper, niagno prece 
proborum Iwminum evasit illesus. Puis ils arrêtèrent un certain 
Haukin Flemyng. dont le nom indiquait suiïîsamment le crime, 
et cette fois implacables, ils lui donnèrent la mort. Enfin ils 



1. Fox, Martirology, f" 428, cité dans Blomefield, ///s/, of Xorfolk^ III, 
316-iji7. — Cf. les lettres de Richard II. I2juill. 1377, dans Rymer (Record 
commission), IV, 't. 



i/(nsi"rhi-:i;ti(>n dans lh norfolk occ.idkntal 97 

intimèrent rordre pujjlic à tous les habitants de la ville de se 
tenir prêts, le lendemain, à les suivre '. 

Le jour suivant, ils partirent à cheval dans la direction du 
nord : arrivés au village de Snettisham, ils invitèrent les habi- 
tants à se soulever, à rechercher les gens de Flandre et à 
les tuer. Ils s'emparèrent eux-mêmes de Simon ^^ vlymot, et 
l'emmenèrent prisonnier : c'était sans doute un Flamand, car ce 
nom, aujourd'hui encore, est très répandu en Belgique. Puis ils 
allèrent vers louest. à Rudham, à proximité de Fakenham et 
arrêtèrent un autre traître, appelé Xicholas Maupas. Ainsi ils 
s'instituaient policiers, faisaient de nombreux captifs et pur- 
geaient le pays de tous les ennemis. Mais ils n en tuèrent qu'un 
seul et les autres échappèrent à leurs menaces : ce fut en somme 
beaucoup de bruit pour peu de chose. — Il est vrai qu'en même 
temps ils n avaient pas négligé leurs intérêts : en quittant le vil- 
lage de Hudham. ils s'attaquèrent à Simon Snyterton et lui 
extorc|uèrent la somme de onze shillings et huit pence ; puis 
ils dessaisirent leur prisonnier Xicholas Maupas d'une tenure 
libre qu'il possédait, et lui substituèrent un archei . John de 
Coventry : enfin le samedi 22, ils rencontrèrent sous le bois de 
Rising un chevalier appelé Edmund de Rainham, [contrôleur de 
\aPoll-Tax\ et lui arrachèrent un eno-ag-ement de deux livres'^ 

A l'extrémité nord-ouest du comté, les rebelles s'en prirent 
à deux personnages qui devaient être furieusement impopulaires, 
si l'on en juge par la chasse eiTrénée qu'ils leur donnèrent. L'un, 
John de Holkham, était juge du roi; l'autre, Edmund Gurney, 
[était juge de paix et intendant des domaines du duc de Lancastre 
en Norfolk et en Sutïolk -^L Cette poursuite commença le 17 juin : 
un certain Walter Tvler. homonvme du srrand insurgé du Kent, 



1. Assize Bolls, X. 2, 29, 6, m. i, pari. 5, et i)i. 30, pari, l ; m. 1 , })art. 3, et 
m. 'i9,part. 2. 

2. Ibid., m. i, pai-l. o, et m. ^6, pari. 1; m. \,part. '6 (/.. et m. "i^, pari. 1 
et part. 2 ^publ. par Powell, op. cil., p. 135. Cf. ibid., p. 30, note Ij. 

3. Towell, op. cil., p. 3S, d'après : P. Rec. Off., Rcgislrrs nf .lohn duke 
of Lancasier, vol. XIII, f" i'69.] 

Mém. et doc. de VEiule des Charles. — II. 7 



98 Li; SOrLÈVKMR.NI DANS LK NORFOLK ET LE SIFFOLK 

monta à cheval à Kettlestone, rassembla une troupe, courut à 
Walsing^ham et ameuta des révoltés contre John de Holkham, 
qui se trouvait, disait-il, chez le curé de Shereford ; on y alla, 
mais en vain; on le chercha aussi au manoir de William de 
Wilby, mais encore sans le découvrir; on eut beau menacer le 
prêtre et le seig-neur, John de Holkham était introuvable. Il est 
probable que ces perquisitions furent continuées le lendemain, 
car le jour suivant, qui était le 19, John Rychonde, de Walton, 
lançait à Burnham-Deepdale une proclamation générale contre le 
pauvre juge, auquel cette fois il associait Edmund Gurney ; il 
promettait une récompense d'une livre à toute personne qui les 
ferait prisonniers. A défaut des maîtres, il s'empara du moins 
d'un serviteur : William Dautre, domestique d'Edmund Gurney, 
dut lui payer la somme de vingt shillings. Les deux proscrits 
prirent la fuite; parvenus au village de Holme. entourés d'enne- 
mis, n'ayant d'autre refuge que la mer, ils s'embarquèrent. On 
les poursuivit même sur l'eau : tandis que John Rychonde gardait 
la côte et chevauchait de Holme à Burnham pour les arrêter 
quand ils voudraient reprendre terre, Thomas Kenman décida 
divers habitants de Holme et d'une localité voisine appelée Hun- 
stanton à sauter avec lui dans une barque ; vingt canots le sui- 
virent, les deux malheureux furent rattrapés et désespéraient 
déjà : mais la nuit vint; grâce aux ténèbres, ils purent s'enfuir 
et leur vie fut sauve. Si l'on ne put les tuer, on parvint du moins à 
spolier Edmund Gurney : Henry atte Thorne, de Toft, lui prit cinq 
quarters d'orge à West-Lexham et Thomas Soppe le vola pour une 
somme de quarante shillings '. 

En résumé, dans la moitié occidentale du Norfolk le soulè- 
vement se réduisit à un immense et presque fantastique pillage. 
Dans un manoir, il est vrai, les rôles furent brûlés et dans la 

1. Ass. Rolls, N. 2. 29, 6, m. 1, part. 3, et m. 36, part. 1 et part. 2; m. 1 
part. 4, et m. 39, part. 2 et part. 1 ; m. 1, part. 3 f/., et m. 3i, part. 2 [cf. la 
pièce publ. par Powell, op. cit., p. 133-136]; m. I, part. 4 d., et m. 34, 
part, i [cf. la pièce publ. ihid., p. 136]; m. 1, part. 3. — [John de Winch 
fut plus tard condamné à mort pour avoir levé une bande à Buinliam, 
afin de piller la maison d'Edmund Gurney : ihid., 7)i. 23 f/.] 



l'insurrection dans le NORFOLK OCCIDENTAL 99 

région du nord-ouest les rebelles se révoltèrent contre les enne- 
mis du peuple ; mais ici même ils ne s abstinrent pas de vol, et 
s'il y eut ainsi deux ou trois cas exceptionnels, l'ensemble n'en 
fut pas moins uniforme. A l'est du comté, l'insurrection fut toute 
différente : au lieu de se disperser, elle eut un centre d'action, la 
ville de Norwich; au lieu d'être partout la même, elle prit les 
aspects les plus divers. 



CHAPITRE IV 



L INSIRRECTION DANS L.\ PARTIE ORIENTALE DL' NORFOLK 



Une compagnie recrutée clans la région de Xorlh-Walshani et commandée 
par le teinturier GeofJ'rey Lystere marche le 17 Juin sur Xorwich, entraî- 
nant avec elle plusieurs nobles; fuite du comte de Suffolli ; meurtre de 
Robert Salle. Pillage de Xoru^ich et meurtre d'un Juge. Destruction des 
rôles du prieuré de Carrow. — Le l S Juin, de concert avec une hande 
venue du Sufjfolk, expédition sur Varmouth, dirigée par le chevalier Roger 
Racon ; la charte commerciale de Varmouth est déchirée. Meurtre de 
Flamands. — Caractère de la révolte dans la région de North-Walsham : 
destruction des titres. — Geoffrey Lystere, roi du peuple. 

Froissart, décrivant la révolte de 1381, dit que le jour du 
Saint-Sacrement ou de la Fête-Dieu, c'est-à-dire le 13 juin, les 
rebelles de Stafford, de Lvnn, de Cambridge, de Bedford, de 
Yarmouth, marchèrent sur Londres et qu'en chemin ils s'arré- 
tèrent devant Xorwich'. Autant d'erreurs que de mots; à moins 
d'admettre, en effet, qu'une ligne très courbe soit le plus court 
chemin d'un point à un autre, on ne se représente pas sans 
quelque peine les habitants de Stalï'ord, c'est-à-dire du Herts-, de 
Lynn, de Cambridge, de Bedford et de Yarmouth, passant par 
No^^vich en marchant sur la capitale ; ensuite, de tous ceux-là, il 
n'y eut que les premiers qui se rendirent à Londres; enfin, le 
jour de la Fête-Dieu, le soulèvement ne s'était encore propagé 
sur aucun point du Norfolk. 

Il y a cependant une petite lueur de vérité cachée sous ces 
erreurs accumulées. Il est exact qu'une grande compagnie se 

1. Froissart, X, 114-113. 

2. [Pour la confusion que fait probablement Froissart entre Stafford et 
Ilertford, voy. plus haut, p. 9, note l.J 



l'insurrection dans le NORFOLK ORIENTAL 101 

présenta devant NorAvich, mais c'est au nord-est du comté qu'elle 
se forma et le 17 juin seulement qu'elle se mit en marche. C'est 
aux environs de Xorth-^^'alsllam qu elle se recruta et les fau- 
teurs d émeute y furent très nombreux : c'étaient John ^^'attes et 
Thomas de Sutïolk, tous deux de Scottow, Richard Filmond et 
John Gentilhomme de Bixton, Thomas Deye de Thornag'e, Henry 
Ryse de Dilham, Thomas Skeet, William Kybyte, John de 
Trunch. Ils allèrent de ville en ville dans toutes les centaines de 
cette rég-ion, de North et de South-Erpingham, de Blofield, de 
Taverham. de ^^'alsham. de Xorwich ; John Bubbyng-, de Ingham, 
était à cheval, disent les documents, et menaçait les récalcitrants 
de mort. Ils réunirent ainsi une bande considérable et mar- 
chèrent sur le chef-lieu du comté '. 

Le capitaine incontesté de cette troupe fut un teinturier 
nommé Geoffrey Littester ou Lystere, celui que Rog'ers, on ne sait 
pourquoi, appelle Littlestreet. Walsing-liam le baptise du prénom 
de John et dit qu'il demeurait à Norwich : c'est une double 
erreur que les historiens du Norfolk, Blomefield et M. Walter 
Rye, ont propagée sur sa foi. Geoffrey Lystere habitait Felming- 
ham, petite localité sise à deux ou trois milles de \orth-^^'als- 
ham, au sud-ouest de cette ville '-. Comme il mourut victime de 
la révolte, les rôles des échoileurs ou trésoriers de comtés nous 
renseignent aussi sur l'état de sa fortune : s'il n'était pas riche, 
bien loin de là, ce n'était pas non plus un misérable dénué de 
toutes ressources, comme John Wrawe. 11 laissa en mourant 
trente-trois shilling-s neuf pence, ce qui évaudrait environ à six 
cents francs de notre monnaie ^. Voilà tout ce que les documents 
nous apprennent sur sa personne et sur sa condition. 11 faut donc 
le jug'er sur ses actes, qui ne le peig-nent pas sous des couleurs 
bien flatteuses. Un caprice de la fortune tît de ce pauvre teintu- 

1. Assize Rolls, N.2, 29, 6, m. 1, part. i,part. 2, pari. .3. — Cf. Blomefield, 
op. cit., III, 106 ; — Walter Rye, A History of Norfolk, p. 53. 

2. Assize Rolls, N. 2, 29, G, )n. l, part, i, et m. 57. [— Rôle de la Poil Tax 
de 1379 {Rcc. Of/'., Norfolk Laij Snhsulies i^) cité par Powell, op. cit., p. 2(3- 
27.] — Cf. Chronicoii Aiifjlin\ p. .{(Ki ; id. dans Ilisf . anfjlic, II, 5. 

3. Eschealors' Inf/uisilions, S'orfolk and Su/folk, 5-() Rie. II, m. 12. 



102 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

rier, destiné à finir des jours paisibles dans son village de Norfolk, 
un homme public de quelques jours; si courte qu'ait été cette 
carrière, il ne la franchit pas sans la souiller de vilenies. Comme 
John Wrawe, il ne recula pas devant l'assassinat, devant le 
crime répété; comme lui, il chercha dans le pillage et dans le vol 
une source facile d'enrichissement ; mais moins vil ou plus 
chimérique que son émule du Norfolk, il n'eut pas pour unique 
pensée de se gorger du bien d'autrui ; c'est avant tout contre 
l'oligarchie seigneuriale et bourgeoise, contre les privilèges des 
villes et des manoirs qu'il se souleva; il espéra, sur les ruines de 
la société vaincue, édifier un régime nouveau, il tenta de l'orga- 
niser, il crut à son œuvre et la défendit avec l'acharnement d'un 
homme désespéré, décidé à périr ou à vaincre. Cruel et sans 
scrupules, comme John Wra^ve, il eut sur celui-ci une double 
supériorité : ses illusions et son héroïsme. 

Ne trouvant pas suffisante l'autorité de leurs personnes et de 
leurs noms, les rebelles jugèrent utile de mettre à leur tète 
quelque puissant personnage, et ils choisirent pour ce rôle Wil- 
liam de Ufford, comte de Sufîolk; en cas d'échec, si plus tard on 
leur intentait des poursuites, ils pourraient se réfugier derrière 
l'autorité de ce pair du royaume, dire qu'ils avaient agi avec son 
assentiment. Le comte était à table quand on lui annonça leur 
arrivée : il se lève et, sans perdre un instant, s'enfuit par des 
lieux déserts, évite les grands chemins, échappe aux révoltés et 
arrive à Saint-Alban, puis auprès du roi, ayant passé durant tout 
ce voyage pour Técuyer de sir Roger de Boys et portant le man- 
telet au dos ^ 

A défaut du comte de Sufîolk, ils entrèrent chez un certain 
nombre de chevaliers, s'assurèrent de leur personne, leur impo- 
sèrent le serment de fidélité , et les forcèrent de chevaucher en 
leur compagnie. Ce furent monseigneur de Scales, William de Mor- 
ley, John de BrewesetStephende Haies '^ Ils auraient dû pourtant, 

1. Chron. AnçjL, p.30o; id. dans Hist. anglic, II, 5. 

2. Ibidem. Cf. Froissart, X, 101. [Le procès d'un certain William Tayllour 
nous apprend qu'il avait menacé de mort John de Brewes, chevalier, en 



l'insurrection dans le NORFOLK ORIENTAL 103 

si la reconnaissance était une vertu d'émeutiers, épargner au 
moins ce dernier, car, en la vingt-cinquième année du règne 
d'Edward III, il avait affranchi plusieurs serfs de son manoir '. 

Ils traînèrent ainsi avec eux plusieurs nobles, rebelles par 
contrainte. Aucun ne résista : « ils louaient tout ce que louaient 
les insurgés, dit un chroniqueur, et blâmaient tout ce qu'ils blâ- 
maient '. » 

A défaut de générosité, cette soumission dénotait une prudence 
bien avisée et l'événement la justifia. Il se trouva, en effet, un seul 
seigneur qui eut le malheureux courage de protester : ce fut sir 
Robert Salle. Il n'était pas gentilhomme de naissance, « mais 
il avoit la grâce, le fait et le renommée de estre sages et vaillans 
homs as armes, et l'avoit fait pour sa vaillance li rois Edouwars 
chevalier, et estoit de membres li mieux tournés et li plus fbrs 
homs de toute Engletière ^. » Froissart le représente aussi 
comme le capitaine de Norwich ; mais selon toute vraisem- 
blance, ce renseignement est inexact, il n'est confirmé ni par 
le chroniqueur de Saint-Alban, mieux informé que le chanoine 
de Chimay, ni par les rôles municipaux de la ville, ni par les 
documents judiciaires. Aussi franc que brave, Robert Salle 
n'eut pas la force de dissimuler ses sentiments et ne put s'em- 
pêcher de condamner les actes des rebelles. Les révoltés appré- 
ciaient peu la fierté de leurs ennemis. Le malheiy-eux s'en 
aperçut bien : Henry Rvse, de Dilham, le frappa le premier ; 
il fut bientôt achevé ^. 

présence de deux autres chevaliers, Stophen de Haies et Thomas Gyssyng, 
qui attestèrent le fait : Assize Bolls, N. 2, 29, 6, m. 23 (/.] 

1. Blomefield, Ilist. of Norfolk, IX, 397. 

2. Chron. Angliœ, p. 305; id. dans Ilist. anglic, II, 6. 

3. Froissart, X, 115. 

4. Assize Rolls, N.2, 29,6, m. \,part. l,et m. 53; m A, part. 2, et m. 48; 
m. \, part. 4 d, et m. 32, part. 2; //(. 1, part. 5, et m. 31, part. 1 ; m. 23 d. 
« Henry Reyse, de Dilham, cognovit ({uod ipse erat primus percussor ad 
interficiendum Robertum Salle, mililem. » (Ihid., m. 1, part.3,etin. 45.) — 
Selon m. 51, [cf. la pièce publ. par Powell, op. cit., p. 132,] les meurtriers 
aiïirmèrent qu'ils agissaient par ordre du roi. — « Anno Domini 1376 (sic) 
dominus Robertus de Salle, miles, decapitatus est apud capellam Sancte Marie 



lOi LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

Froissart, le chroniqueur attitré et presque le chantre de la 
chevalerie, ne peut admettre qu'un brave comme sir Robert 
Salle se soit laissé massacrer par des manants sans avoir 
été victime d'une trahison et sans avoir accompli des pro- 
di^''es de valeur. Aussi fait-il une peinture épique de ses 
derniers moments : il le montre approchant des rebelles, trompé 
par de douces paroles, et descendant de cheval ; alors seulement 
les insurgés lui dévoilent leurs prétentions ; il proteste, indigné, 
mais ne peut se remettre en selle, parce qu'il manque l'étrier et 
que son palefroi s'effraye ; il tire donc son épée de Bordeaux, 
frappe tous ceux qui veulent l'atteindre, coupant à l'un la tête, k 
l'autre un pied, à l'autre un ])ras : il en étend douze devant lui. 
Mais ils sont plus de soixante mille; ils le cernent, le renversent, 
le piétinent, partagent son corps en quartiers; du moins il avait 
chèrement vendu sa vie '. Ce récit ne manque pas de charme 
mais il est en contradiction avec les chroniques anglaises et ne 
mérite pas le moindre crédit. 

Ce crime s'était commis à Mousehold, près de la fondation 
hospitalière de Sainte Marie-Madeleine, aux portes mêmes de 
Xorwich. En apprenant que les rebelles approchaient, les bour- 
geois alarmés se réunirent en assemblée publique, et chargèrent 
Robert de Burnham, John de Walsing-ham, ^^'alter de Gres- 
senhale et Robert Reed, d'acheter et de délivrer des armes 
diverses : arcs, flèches, épées, afin de mettre la cité en état de 
défense ; ils ordonnèrent aussi de fermer toutes les portes, sauf 
trois qui devaient être gardées chacune par deux hommes armés, 
une lance et quatre archers ; enfin ils nommèrent sept conseil- 
lers des l^aillis et deux gouverneurs pour chaque quartier '-. 



Magdalene » (Archii'cs ôi)iscopales de Norwich, Noi^wich Domesday-honk , 
analysé dans : Hisfnriccil inss. Coinniissio?i, Firsl Report, A.pp., p. 87). — 
Chron. Aiirjl., p. 30o ; id. dans Ilisl. anc/lic., II, 5-6. — Knighton, II, 140. 

1. Froissarl, X, Ilij-llO. — Rogers a adopté cette version : Ilislonj of 
arjriciiUure, I, 86-87. [De même, M. Powell, op. cil., p. 29-31.] 

2. Blomefield, op. cit., III, 106-107. (D'après les Rotiili conrfrer/nlionis âc 
Norwich.) 



l'insurrf:(.tion dans le norfolk oriental lOo 

Sur ces entrefaites, le pauvre Robert Salle avait été mas- 
sacré et la compag-nie de Lystere se grossissait de nouvelles 
recrues, car Walter Clerk, domestique du prieur de^^S"mondham, 
amenait de son côté une bande à NorAvich ' . Les bourg-eois éjjou- 
vantés déléguèrent quatre d'entre eux auprès du comte de Suffolk 
pour lui demander conseil. Mais ^^^illiam de LlTord avait déjà 
pris la fuite. Cependant il fallait aviser à tout prix, les 
rebelles menaçaient de brûler la cité : on convoqua donc une 
nouvelle assemblée générale, qui décida d'entrer en composition 
avec les insurgés; Ralf Skeet et Henrj' Skye, baillis, Bartholome^v 
de Appleyard, William de Blickling, Henry Lomynour, Thomas 
Spynk et sept autres furent désignés pour entamer les négo- 
ciations '^. 

Elles furent simples : les plénipotentiaires offrirent à Geoffrey 
Lystere de fortes sommes d'argent levées sur les bourgeois de la 
ville pour la préserver du massacre, de l'incendie et du pillage. 
C'était le seul argument assez éloquent pour convaincre les 
révoltés, ils l'acceptèrent et les portes leur furent ouvertes ^. — 
Du reste la parole donnée ne les gêna guère ; ils ne se jugeaient 
pas engagés pour si peu. A peine entrés dans la ville, ils traî- 
nèrent au pilori, drapeaux en tête, un pauvre juge royal nommé 
Reginald de Eccles, qu'ils avaient arrêté dans le manoir de 
Heigham, non loin de North-AA alsham ; un cordonnier de Norwich, 
nommé Thomas Oselak, le frappa le premier d'un coup de poi- 
gnard au ventre et un autre rebelle le décapita ^. 

1. Assize Rolls, N. 2, 29, 6, m. I, part, b, et //(. 37, part. 2. 

2. Bloniefield, op. cit., III, 108. 

3. Chronicon Anglia', p. 306 ; id. dans Ilist. anglic, II, 6. — Blomefield, 
III, 108. 

4. (< Jurati pi-esentaveruiit quod Adam Pulter, de Hexham, Thomas Oslak, 
corde\vanus, de Nonvyco, et Johannes de Norwyco, cook, die lune in festo 
sancti Bolliulfi abbatis, felonice ceperunt Reginaldum de Eckles, justicia- 
rium domini régis de pace in comitatu NorfToIchie assignatum, in manerio 
abbatis Sancti Benedicti de Hulmo, de Ilexham, et ipsum Reginaldum ab 
eodem manerio abduxerunt in Norwyco versus pilloryam, coram societates 
{sic) tune ibidem congregatas et levatas contra coronam et dignitatem 
domini régis, et ibidem predictus Thomas percussit dictum Reginaldum in 



lOG LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

Puis ils commencent le pillage de la ville : John Ramseje, 
orfèvre, et d'autres entrent de force dans la maison de sir Robert 
Salle et volent tout ce qu'ils y trouvent '. Henry Curreyoret John 
Kek, drapier, pénètrent chez Henry Lomynour et lui dérobent de 
l'argent et des objets de valeur pour la somme de dix livres ~. 
Thomas Wylde se présente, avec une bande, chez Walter de 
Bixton, son créancier, l'oblige à lui faire remise de sept livres 
qu'il lui devait pour le fermage d'une terre, et lui extorque en 
outre six shillings huit pence en le menaçant de mort ■^. Un 
autre, John ^^"aleys, saisit dans l'émeute une occasion favorable 
de se soustraire pour toujours à l'impôt : il poursuit à Mousehold 
un collecteur, nommé John Fychet, de Sparham, le menace de 
mort, et lui fait promettre, par la force, de ne plus jamais le 
soumettre à aucune taxe *, 

C'est ainsi qu'ils pratiquaient le respect des traités. Ils allé- 
guèrent, il est vrai, qu'ils s'attaquaient aux nobles et aux hommes 
de loi et qu'ils ne s'étaient pas engagés à leur égard en traitant 
avec les bourgeois ^. 

GeofTrey Lystere et les siens n'avaient pas perdu leur première 
journée : venus du nord-est du comté, ils avaient conquis le chef- 

venti-e cum uno cotcllo vocato daggore, per médium corporis sui, et postea 
ibidem Ilearicus Moyse (lisez : Ryse) de Dilham felonice ipsum Reginaldum 
decollavit (.Iss. /îo//s, N. 2,29, 6, m. 60c/.)- " — Selon m. [,partA, ou m. 53, 
el /((. 1, part. 2, ou m. 48, ce fut ^Yilliam Belhous qui décapitale juge. — 
D'après Corani rege, Ililanj 5 Rie. II, m. 19 d., ce fut Roger Bacon qui 
fut responsaljle de ce meurtre : « Dicunt... quod Rogerus Bacon... simul 
cum aliis malefactoribus, vi et armis et modo gucrrino, cum penicellis erec- 
tis, Reginaldum de Eccles felonice interfecit, et ipsum decollavit. ». — Voy 
aussi sur cette affaire Ass. liolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 5, et m. 37, part, i 
et 2; — m. 1, part. 1, et m 51 [cf. Powell, op. cit., p. 131-132]. — 
[Naturellement les biens de Reginald de Eccles furent pillés. Par lettres 
patentes du 7 juillet, Richard II permit aux exécuteurs testamentaires du 
juge défunt de rechercher et de reprendre les biens volés : Patent b Rie. II, 
jiarf. 1 , m. 34-.] 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 1, et m. 59. 

2. Ibid., m. \, part. 1, et m. 53, 59, 61 ; — m. 23 d. 

3. Ibid.. m. 1, part. 1, et m. 60, 61. 

4. Ibid., m. 1, part. 2 d., et m. 29. 

5. Blomefield, op. cit., III, 108, 



l'insurrection dans le NORFOLK ORIENTAL 107 

lieu, ils avaient satisfait en partie leurs haines sociales et poli- 
tiques en massacrant un chevalier et un juge royal, ils s'étaient 
deux fois enrichis, en promettant de ne rien piller et en pillant 
comme s'ils n'avaient rien promis. 

Le lendemain leur bande marcha sur le prieuré de CarroAv, 
situé aux portes de la ville : c'était un couvent de religieuses, 
soumis à la règle bénédictine et qui datait de 1146. Adam Smyth 
et Henrv Staunford, de Wroxham, se présentèrent devant la 
supérieure, Margaret de Enges, et la menacèrent de mort, si elle 
ne consentait à leur remetttre les titres, les privilèges et les rôles 
de sa maison. Naturellement elle s'exécuta, et les parchemins, 
une fois livrés, furent aussitôt consumés '. 

Puis la révolte se répandit au sud de Norwich, dans le hundred 
de Humble-Yard. GeolTrey Lestan et d'autres volèrent à John 
de Bracon, au village de Bracon-Ash, vino-t-huit bœufs, treize 
chevaux et d'autres biens pour une valeur de vingt livres ; et un 
rebelle, nommé Thomas Thaxstere, de East-Carlton, fit massa- 
crer à Ketteringham un certain William Savage -. 

Tandis que l'insurrection s'étendait comme une tache dhuile 
du nord vers le sud et gagnait la frontière du Suffolk, le soulè- 
vement se propageait en sens opposé dans ce dernier comté : parti 
de Burj, d'Ipswich et de Stow-Market, il atteignait, le 18 juin, 
la région de Beccles et de Lowestoft, limitrophe du Norfolk; et 
les deux mouvements se rencontrèrent. Le jour même où les 

1. « Adam Smyth, de Wroxham, et Henricus Staunford, de Wroxham, 
congregaverunt et levaverunt societatem contra coronam et dignitatem 
domini régis, die martis proximo post festiim sancti Bothulll... et ipsi cum 
societate predicta eodem die martis venit {corr. : venerunt) ad prioratum 
de Carowe infra Hbertatem Norwici, et in tantum minavit (corr. : minave- 
runt) dominam Margeritam de Enges, priorissam dicti prioratus, de vita et 
membris, nisi eis liberaret cartas, monumenta et rotulos de curiis suis, et 
(corr. : quod) pre timoré mortis predicta priorissa eis fecit liberacionem de 
cartis, monumentis et rotulis suis predictis, que omnia et singula felonice 
ardere fecerunt in Norwico. » (Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. l,parL 1, elin. 60). 
— « GeofTrey Lister, de Ffelmjmgham, et John Trunche arcerunt (sec) cartas 
et munimenta priorisse de Carowe. » (Ibid., m. 1, part. 1, et //;. 57). 

2. Ihid., m. 1, part. 1, et m. 58, 



108 LE SOULÈVEMEXT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

rebelles de XorAvieh brûlaient les actes du prieuré de Carro^v, 
John ^^ raAve. nous l'avons vu. s installait en souverain et en 
juge .suprême dans la ville de Beccles K et lémeute. sous son 
influence et celle d'agitateurs venus du sud. grondait sourdement 
aux environs. Geofîrev Kvngesman, Roger de Bradwell, Richard 
Fytele , Edmund Barbour. réunissaient . disent les documents 
judiciaires, tous les malfaiteurs des localités de Beccles. Barsham. 
Shipmeadow. ^^ nrlingliam. Xortli-Cove. et ils couraient au vil- 
lage de Sotterley, chez ^^ illiam March, collecteijr du dernier 
subside royal, et le dépouillaient de tout ce qu'il leur fut pos- 
sible de lui prendre : de ses portes et fenêtres, de ses chevaux, 
de ses bœufs, de ses vaches, de ses moutons, de ses brebis, de 
ses veaux, de ses agneaux et de bien d'autres objets encore, sans 
compter l'argent du roi qui se trouvait confié à sa garde. Le 
même jour, d'autres volaient pour cent marcs chez John de Ilar- 
ling. à Corton. à proximité de Lowestoft. Le même jour enfin 
un Hollandais, nommé P»ichard Resh, tuait dans cette dernière 
ville, à la faveur des troubles, un certain John Race -. 

Les mouvements opposés qui agitaient le Norfolk et le Sufl'olk 
firent plus que de se rencontrer ; ils se confondirent. Déjà les 
excès que nous venons de narrer, et bien d'autres, qu'il faut 
négliger parce que tous se ressemblent •"', avaient été commis par 
des rebelles venus des deux comtés. Mais les principales victimes 
de cette association furent les bouro-eois de Yarmouth. 11 était 
vraisemblable que la bande de Lystere. une fois maitresse de 
XorAvich", s'attaquerait également à ce port, car les villes, étant 
de prise aisée et fructueuse, exerçaient sur l'esprit des rebelles 
un attrait doublement séduisant. — D'autre part, Yarmouth 
jouissait de privilèges précieux, qui lui assuraient l'envie et la 
haine de toutes les localités Aoisines. Le roi. au parlement de 
Gloucester. lui avait octroyé une charte portant que nul ne pour- 
rait rien vendre ni rien acheter hors de cette ville, à sept lieues 

1. Voy. plus haiif, p. 75. 

2. As's. Rolls, N. 2, 20, 6, m. 9, part. 1, et m. 20, 21, 22. 

3. Ils sont énuincrés dans m. 9, pari. 1, et m. i'.}, 20, 21. 



l'iNSIRRECTION dans le NOKFtiLK KHIENTAL 109 

à la ronde ; c'était, en d'autres ternies, lui concéder le monopole 
de toutes les transactions commerciales sur une zone assez éten- 
due. Naturellement les habitants des villa<;^es voisins protestaient 
et l'on a conservé dans les Kùles des parlements une pétition des 
habitants de Kirkley (^^petite localité maritime du Sulîolk, à six 
lieues au sud de Yarmouth) présentée en novembre 1380, quelques 
mois avant la révolte, et suppliant le roi de rapporter cette con- 
cession; elle émanait des pêcheurs de l'endroit, qui souvent, 
disaient-ils, ne pouvaient entrer dans le port de Yarmouth, k 
cause du mauvais temps, et qui, n'ayant pas le droit de vendre 
leur poisson à Kirkley, devaient le jeter par dessus ])ord '. Cet 
acte public dénote combien était vive Fanimosité provoquée par 
ces privilèges municipaux. Des haines violentes s étaient amas- 
sées : le jour de la révolte elles devaient éclater. 

Aussi la ville de Yarmouth fut-elle attaquée par une compagnie 
recrutée à la fois dans les deux comtés ; ce fut le mardi 18 juin, 
c'est-à-dire le jour même où le soulèvement devenait général au 
sud de Xorwich et au nord-est du Sulîolk. Le capitaine de cette 
bande fut un chevalier nommé Roger Bacon, un des lieutenants 
les plus marquants de Geolfrey Ly stère, et assurément le plus 
distingué de naissance - ; celui-ci du reste était aussi présent avec 
tout son état-major : Thomas Skeet, ^^'illiam Kybjte, John de 
Trunch, John Keek. Mais c'est Roger Bacon que les documents 
représentent comme le porte-parole des rebelles à Yarmouth. 
Sans doute, s'il fut le chef de cette seconde expédition, c'est parce 
qu'il en fut linspirateur. 

Les rebelles pénètrent dans la ville, armés comme en guerre; 
ils insultent les bourgeois et réclament impérieusement l'odieuse 
charte des privilèges ; dès qu'elle leur est remise ils la déchirent 
en deux parties, gardent l'un des morceaux et envoient le second 
à John Wrawe, k John Seynesbury, k Robert Garneys, k William 

1. Roluli Parliain, III, 94-9b, n» xni. 

2. [Sir Rojjer Bacon, de Baconsthorpe, était probablement l'oncle de 
James de Bedingfield , un des chefs de rebelles dans le Sufîolk. Voy. 
Powell, op. cit., p. 26, d'après le Dedinyfield Pedigree au British Muséum.] 



110 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

Lacy et à plusieurs autres du Suffolk ; car tout ce mal, ajoute 
un document, était fait à leur instigation '. 

Comme les révoltés du Kent, de Londres et du comté de Hert- 
ford, les rebelles de Yarmouth courent à la prison, forcent l'en- 
trée, délivrent les captifs et s'offrent la satisfaction vaniteuse de 
les soumettre à un nouveau jugement ; mais plus cruels que les 
insurgés de Saint-Alban, ils n'en laissent en liberté qu'un seul, 
et en font exécuter trois autres, pauvres boucs émissaires de leurs 
prétentions passées souveraines '. 

1. « Dominus liogerus Bacoun, miles, Galfredus Lystere, Thomas Skeet, 
Willelmus Kebvle, Johannes Trunche, Willelmus Belsted, et Johannes 
Keek, capitanei diversorum hominum malefactorum dicti comitatus Norf- 
folchie el SufTolchie, contra pacem domini régis, apud diclam Jeniemoutli, 
ad {corr. : cum) magna comitiva insurexerunt contra pacem domini régis, 
et venerunt die martis proximo ante festum Nalivitatis sancti Johannis 
Baptiste, vi et armis, modo guerrini {corr. : guerrino) apud dictam Jerne- 
mouth, insultum fecerunt in villam régis predictam, et burgenses ejusdeni 
ville cartam régis predicti de libertate ville predicte illis tradere nequiter 
compulserunt ; quam cartam, statim cum illis tradita fuerit, in contemptu 
dicti domini régis, dispoliaverunt, cecuerunl et fregerunt in duas partes, 
quarum unam partem miserunt Johanni Seynesbury, Roberto Garneys, 
Johanni ^Yra^v capellano, Willelmo Lacy juniori, Thome atte Tonne, 
Edmundo Ilemmyng, Willelmo Toupere, et pluribus aliis de Suffolchia el 
sic omnia et singula predicta fiebant per abettum, consensum et procura- 
mentum, et manutenenciam dictorum Johannis Seynesbury, Roberti Garneys 
et sociorum suorum predictorum. Liss. Bolls, N. 2, 29, 6, m. i, part. 3, et 
m. 43; cf. m. 40, 41, 42.) » — Texte plus bref, mais moins altéré, dans : Coram 
?-efje, Ililar. d /?/V. II, //*. iU. Ce document désigne Roger Bacon comme le 
principal coupable. 

2. " Predicti Rogei'us Bacoun, Galfredus Lystcr, et socii sui, die martis 
proximo ante festum Nativitatis sancti Johannis Baptiste, apud dictam Jer- 
nemouth, gaolam domini régis ville Jernemouth predicte felonice frege- 
runt, et priscnes, videlicet Copyn de Sele, de Cerice, Johannem Rosendale, 
Copyn Isang, extraxerunt et decapitaverunt, et Johannem Cookde Coventry 
liberaverunt. » {Ass. Bolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 3 ; cf . m. 40.) — D'après 
Coram rege, lac. cit., Roger Bacon dirigea l'opération. — Cf. Ass. Bolls, loc. 
cit., ?n. \ , part. 2 d., et m. 29 : « Item dicunt quod dictus Rogerus [Bacoun], 
die martis proximo ante festum Nativitatis sancti Johannis Baptiste, fecit 
deliljeracionem duorum latronum, qui furati fuerunt vaccani de stabulario 
Martini de Taverham ; qui quidem latrones areslati fuerunt per Galfredum 
Kyng et socium suum constabularium ville de Ryngelond, ex autoritate 
sua, contra coronam et legem régis ; et quod dictus Rogerus fuit obediens 



r/iNSURRECTION DANS LE NORFOLK ORIENTAL 111 

. Jusqu'alors ils n'avaient agi qu'en politiques : ils s'étaient 
attaqués aux privilèges publics des bourgeois, et avaient inau- 
guré un nouveau régime judiciaire. Ce premier point acquis, ils 
songèrent à leurs intérêts et se payèrent de leurs peines : ils se 
rendirent chez Hugh Fastolf et William Elys, probalïlement 
collecteurs des coutumes royales, s'emparèrent de leurs rôles ou 
registres, mais aussi de leur argent, volant deux cents livres 
chez le premier et quatre cents livres chez le second '. 

Ainsi la compagnie de Geolfrey Lystere avait étendu son 
action vers le sud et vers l'est, et avait conquis Yarmouth le 
second jour, comme elle avait conquis Xorwich le premier. Le 
jour suivant, c'est-à-dire le mercredi 19 juin, l'émeute se pour- 
suivit : alors ce fut le tour des étrangers de souffrir ; John Skonder, 
de Catfîeld, et quelques autres rebelles s'en prirent à trois Fla- 
mands dont les noms sont restés ignorés, les tuèrent et leur 
coupèrent la tète. C'est sur l'ordre de Lystere, per preceptum 
Galfridi Lystere, que ce crime fut accompli '. 

Quant à Roger Bacon, on ne le vit plus guère occupé qu'à ses 
affaires personnelles. Il alla à Winterton, chez John Cur- 
teys, et lui fit de telles menaces que le malheureux, pour 
sauver ses jours et ses biens, jura sur sa foi de lui remettre dix 
marcs 3. Mais il fit mieux encore : il s'empara , à Yarmouth , 
d'un certain William Clere, le traîna à Caister, à quelc{ues milles 
plus au nord, et là, le tenant sous bonne garde, le menaça de le 

ad omnia jura et precepta dicti Galfredi [Lystere]. » Texte à peu près ideu- 
tique dans Coram regejlilar. 5 Rie. II, m. IV) d. et 19 bis. 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. \, part. 3, et m. 40. — Coram rege, loc. cit. : 
u Rogerus Bacoun, simul cuni aliis malefactoribus quorum nomina ignoran- 
tur, die martis supradicto... apud dictam Jernemouth domos Hugonis 
Ffastolf et Willelmi Elys lelonice fregit, et bona et catalla Hugonis Ffastolf, 
Willelmi Elys et Johannis de Rollesby ibidem inventa, et rotulos et obliga- 
ciones de custumario domini régis i'elonice cepit et abduxit. » — [Selon 
Powell, op. cit., p. 32 et note, Hugb Fastolf et William Elys étaient députés 
de Yarmouth au Parlement en 1377, et Ilugh Fastolf était collecteur delà 
Poil Tax en Norfolk, en 1381.] 

2. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, pnrt. 2, et m. 50. 

3. Ihicl., m. 1, part. 1, et m. ;i2. — Coram rege, Ililary 5 Rie. II, //;. 19. 



]\'2 I.i: SOULÈVFMENT DANS LE NORFOLK ET LE SLFFOLK 

mutiler et de le tuer, s'il ne lui faisait délivrance, non pas d'une cer- 
taine somme, comme d'habitude, mais — ce qui était plus dij^ne 
d un chevalier — de son manoir situé à Antingham. Le pauvre châ- 
telain n'eut qu'à céder : Thomas Manteb, William Wynter, Robert 
Heward se portèrent garants de cette délivrance. Koger Bacon 
entra en possession du manoir convoité et le garda pendant trois 
jours '. Mais justement inquiet de l'avenir, il le revendit par acte 
écrit, per carfam, comme un véritable et légitime possesseur ~. 
Quant à William Clere, tandis cpe l'un le dépouillait de son 
manoir, d'autres lui dérobaient sa femme ; Richard Bray et 
quelques révoltés la liient prisonnière à Ormesby, et pour obte- 
nir sa liberté, elle dut pa^er ving-t et un shilling-s ^. 

Pendant que Roger Bacon demeurait dans les centaines d'East 
et de West-Flegg, au nord de Yarmouth, où les documents 
signalent encore sa présence et son action le 20 et le 21 juin '\ 
une autre partie de la bande de Lystere reprenait la route du 
nord-est, d'où elle était primitivement venue, et promenait 1 in- 
cendie autour de North-Walsham. G étaient Henry Ryse, un des 
principaux meurtriers de Robert Salle et de Reginald de 
Eccles, John atte Chaumber, Adam Martyn, Thomas de Sutfolk 
et bien d'autres ■''. 

De ce côté, le soulèvement eut un caractère trè^ net et très 
exclusif qu'il n'avait eu nulle part au même degré dans le reste 
de ces deux comtés, celui d'une révolte de tenanciers ligués 
contre les seigneurs et leurs privilèges, d'une insurrection provo- 
quée uniquement par la haine du manoir. Les rebelles s'atta- 
quèrent à tous les châteaux, très nombreux en cette region, et 
partout ils brûlèrent les titres de propriété et les registres de 

1. Ans. liolls, X. 2, 29, 6, m. 1, part. 2, et /u. '62. — Texte à peu près 
identique : Corain rege, Hilary 5 Rie. II, m. 19. 

2. << Quod quidem manerium dictus Rogerus prius vendidit domino Wil- 
lelmo de Wychyngham per cartam dicti Rogeri. >i [Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, 
m. i, part. 2 d.^, 3 r/., et m. 29.) 

3. Ihid., ni. 1, p. 2. et m. 62 ; cl', m. i, pari. 2 d., et ni. 29. 

4. Corain reye, loc. cit. 

5. Ass. Rolls, N. 2, 29, 0, m. I. pirt. l.ct m. o3 ; ni. I, p^rf. 2, et ni. 50. 



l'iNSLKKECTIO.N DAxNS le NOKFOr.K ORIENTAL 113 

cour, ce qu'en anglais on appelle les Court Rolls. Dans toute cette 
zone du nord-est, on ne saurait relever que deux cas de vol, 
commis le 18 juin dans la centaine de Holt, et encore l'un d'eux 
fut-il de mince importance '. A cette double exception près, la 
règle est absolue. 

Cette guerre acharnée au parchemin avait été entamée le 
17 juin et se continua dès lors sans désemparer. Le premier jour, 
plusieurs forcèrent Thomas Fox, de Barningham, à leur remettre 
les rôles du manoir de Hempstead, appartenant à sir William 
Kaly et ils y mirent le feu '. Le lendemain, John Cook incendiait 
les Court Rolls de Gimingham et de Tunstead appartenant au 
duc de Lancastre, et John Holtman, un des sicaires de Geofîrey 
Lystere, participait au moins au premier de ces méfaits ^. Sur 
un autre point, Richard Bemond, de Bradfield, consumait les 
registres du sacriste de Bury relatifs au manoir de Aylsham '*. 
Le jeudi 19, John Tayllour, de Barningham-Norwood, Robert 
JoAvbel, de Southrepps, et plusieurs autres s'emparèrent de John 
et de Thomas de Bessingham, les entraînèrent de force en leur 
compagnie aux manoirs de Hanworth, de Felbrigg, de Barnin- 
gham , de Bessingham , et brûlant en tous ces lieux les titres 
seigneuriaux, ils les contraignirent partout de s'associer à 
cette besogne^. Le jour suivant, John atte Chaumber, Adam 
Martyn, Henry Ryse, et plusieurs de Heigham et d'ailleurs, à la 
tète d'une compagnie recrutée en diverses centaines, assiégèrent 
l'abbaye bénédictine de Saint-Bennet-atte-Holme (dont il ne reste 
aujourd'hui que quelques faibles ruines, à dix milles nord-est de 
NorAvich, entre les bouches de l'Antet de laThurne), menacèrent 
les religieux du feu et de la mort, et obtinrent ainsi qu'on leur 
remît tous les coutumiers, toutes les chartes, tous les rôles ; puis 



1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1, part. 2, et m. 48: m. I, pari. 3 (/. ot 4 d., 
m. 32 part, i et pari. 2. 

2. Ihid., m. 1, ])a/i. 4 (/., et ni. 32, pari. 2. 

3. Ihid., ni. 1, j)aii. I, et m. 53; ?n. 1, part. 4 d., el //(. 32, par . 1. 

4. Ihid., ni. 1, part. 1, et m. S3. 

5. Ihid., m. l,par(. 2, et m. 48. 

Uém. et dor. de l'Ecole des Clinrles — II. 8 



114 LE SOULÈYEMEM DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

ils les consumèrent *. Le 21 juin, les mêmes rebelles vinrent 
au village de Sutton, entrèrent dans le manoir, firent un nouvel 
holocauste de parchemin, puis de même au château de Hickling, 
et ils allèrent ainsi de village en village et incendièrent toutes les 
chartes de tous les manoirs dans le hundred de Erpingham '. Le 
même jour, à Burgh, William Curteys. de Brampton, détruisait 
par le feu les titres de ^^ illiam de UiYord, comte de Sull'olk ^, 
celui-là même dont les émeutiers. puis les bourgeois de Xorwich, 
avaient voulu faire leur capitaine, tandis que John Gyldene, de 
Heydon, supprimait les chartes de John de Brewes, chevalier, et 
forçait une certaine Joan, femme de AVilliam Hastyng, à lui remettre 
celles de son mari, pour les lacérer sans tarder^. — Non loin de 
North-Walsham. à Bromholm, était un monastère clunisien dont 
il reste seulement quelques ruines engagées dans une cour de 
ferme, mais alors puissant et riche, grâce à une croix célèbre et 
miraculeuse, qu'un chapelain de Baudoin de Flandre avait 
rapportée d Orient et qui faisait affluer les pèlerins et les dons ^. 
Sans respect pour un lieu si manifestement saint, Thomas de 
Suifolk et une bande de rebelles pénétrèrent de force dans ce 
prieuré et incendièrent les rôles qu'ils y trouvèrent ^. — Du reste 

1. .l.s.s\ /îo//s, X. 2, 20, (i, m. l,j)nrL l,el7H.:J3; m. [, part. 2, ci m. '60 ; m. 
■23 d. 

2. « Et sic iverunt ad maneria de Ilokelyng et de nianerio ad manerium 
infra lotum liundi-eduni predictum, et omnia custumaria, rentalia, rotulos 
curie et monumenta (in) omnibus maneriis in predicto liundredo spectantia 
combussei'unt. » ilhid., m. i,pa>-t. 2, et ?n. oO.) — Cf. //(. 1, /),(/■/. 2. et m. 
47 ; m. 1, part. 3 (avec des dates suspectes); //). 23 d. 

3. Ibid., m. i. pnrl. 2, et m. 4U. — Cf. ///. l,/w/7. 3. 

4. IJjid., /n. 1, ]}arl. 2, et m. 4'.i. 

0. La lenomniée de la relifiuc de Bromholm était universelle. Voyez 
William Langland, Vision (édit. Skcat, B. V, 231; : 

And Ijidde the Roodc of Bromholm 
Bryng me out of dette. 

Et Chaucci-, Civiterb. Taies, 4286 (édit. Skcat, IV, 124 ; cf. la note, V, 12(V : 

Help, holy Cross of Bromoliolm. 

6. .A.S.S-. RdIIs, X. 2, 29, 6, m. 1, part. 1, et /;(. o3. Cet événement eut lieu 
vraisemblablement vers le 21 juin. 



r/i.\sLuiu;(;Ti(t.N da.ns m-: nuhfolk «ikik.ntal llo 

les documents s'accordent à établir que le 21 juin le soulèvement 
fut général et intense dans la région de Ilolt : John Gentilhomme, 
Richard Filmond, John Wattes allaient ce jour-là de villa«^e en 
villag-e, usurpant le pouvoir royal, fabriquant de nouvelles lois, 
portant partout la révolte, poussant à grands cris le peuple à 
s insurger contre la couronne '. 

Aussi Fagitation persista les jours suivants. Le 2i juin, à 
Frettenham, \\'illiam Langemere força Thomas l^ardolf à lui 
remettre les chartes de son héritage et il les l)riila -. La veille 
au soir, labbaye de Saint-Bennet-atte-Holme , déjà ravagée le 
jeudi 20, fut l'objet d'un vrai blocus : une compagnie considé- 
rable, évaluée à quatre cents hommes, parmi lesquels était le 
charretier même de l'abbé, se présenta en armes aux portes du 
monastère ; durant toute la nuit du 2'1 au 24, elle garda la chaus- 
sée qui unissait à la terre ferme cette maison, construite, comme 
son nom 1 indique, au milieu des marécages, de sorte que nul ne 
pouvait ni sortir ni rentrer. Les religieux , terrifiés , veillèrent 
toute la nuit, s'armèrent comme ils purent, et à l'heure des 
matines, malgré la solennité du jour, ils durent remettre la 
célébration de l'office divin. Mais si tragique qu'il ait pu leur 
paraitre, ce siège n'eut pas de conséquence, ou du moins les 
documents n'en mentionnent aucune : aussi bien, les rôles de la 
maison avaient été déjà brûlés ^. 

Autant l'insurrection s'était disséminée à l'ouest, autant elle 
fut compacte et pour ainsi dire ramassée dans la partie orientale. 
Elle eut un centre d'action, qui fut XorAvich, et un chef incon- 
testé. Geoffrey Ly stère. 

1. " Itom diciint (|uod Johannos Gentilhomme de Buxton, liicardus Fl'il- 
mond de eadem , et Joliannes Wattes de Scothowe, fueruiit priiici[)ales 
levatores tocius comitatus, usurpando eis regiam potestatem, faciendo 
iiovas loges in prejudicinm domini régis, et pergendo de villa ad villam die 
veneris proximo ante festum Xalivitatis sancti Johannis Baptiste, per totuni 
comitatuni, levando, clamando, vocando comunes diversainm villaiinn 
contra coronam et leges Anglie. » [Ass. liolls, N. 2, 2U, 0, /;;. I, p.irl. 2 d., 
et /;/. 29. ) Voy. aussi ibid., ni. 1 jmrl. 2, et //;. 4'.> ; /;;. I, /;,■(/■/. I, et /;*. o3. 

2. IhkI., m. 23. 

•i. IJjùI., III. I, j>;i/-l. I, et ;/?. ij3. 



4 16 LK SOILÈVKMHNT DANS l.l! MiRFol.K KT LK SUFFOI.K 

Imbu (le vanité, comme tous les parvenus de la politique, ce 
teinturier de villag'e s appelait lui-même roi du peuple, Kinfj of 
the comnions; il ail'ectait des airs de souverain, accordait ses 
bonnes grâces aux nobles qu'il avait contraints de lui faire escorte, 
les charg-eait de g^oûter avant lui ses mets et ses boissons et de le 
servir à g^enoux pendant le repas. Sir Stephen de Haies, en sa 
qualité de chevalier, devint son écuyer tranchant et son tàteur 
de rôt ; aux autres il assigna divers otlices •. 

Mais cette ostentation de puissance nétait pas une pure dupe- 
rie, et n'allait pas sans quelque réalité : il s'octroyait le nom 
d'un roi. mais en avait presque la puissance "-'. D'abord il était 
adoré des rebelles, et un chr()ni(|ueur l'appelle l'idole du Norfolk : 
idoluin XorthfoUxorum ^. C est en son nom, comme au nom d'un 
capitaine en jîossession de la faveur populaire, que les révoltés 
propag-eaient le soulèvement, que John Wattes à Holt. John 
Gentilhomme à SAvanton, à ScottoAv et ailleurs, firent des 
proclamations incendiaires ^. Il y eut deux de ses délég-ués. Henry 
Sherman et Simon Cook, qui se réclamèrent de lui jusqu'à l'ex- 
trémité septentrionale du comté, jusqu à ^^'ighton et Walsing- 
ham ^. Ses lieutenants lui vouaient un respect sans réserves. 
Blomefield a cru que son état-major se composait de trois rebelles 
nommés Seth, Trunch et Gubit *". Les documents rtientionnent 
un insurgé appelé Skeet, qui est peut-être le Seth de Blomefield. 
et sig-nalent aussi au nombre des rebelles Trunch et Gubit. ou 
plutôt Kybyte, mais jamais un rôle de premier ordre ne leur est 
attribué ". Les principaux olïiciers de Lystere furent John Gen- 



1. Chron. Anf/L, 30o-306 ; id. dans Hisl. anfjlic, II, 6. 

2. Chron. Angl.. 310; id. dans ///s/, anf/lic, II, II. 

3. Chron. Angl., 308; /(/. dans ///.s/, anglic., II, 8. 

4. Ass. Rolls, N.2, 29, fi. m. \,i>art. i,et m. ;J3 : ///. [.[j-irLi, et //(. 49,50. 

5. <( Fuerunt nuncii Galfiidi Lystere. » ilhid.. m. I, part. 2 (/., et m. 29.) 

6. Histnnj ofXorfolh, III, lUfi'; — Rve, ///s/, of Xorfolk, p. 53. 

7. "André Réville n"a peut-être pas tenu suflisamment compte d'un docu- 
ment (juil avait recueilli et que nous avons jjublié plus haut. p. 110, note I ; 
Thomas Skeet. William Kybyte et John de Trunch y sont appelés ca/jZ/a /je/ 
malefactoruin, en compagnie de Roger Bacon, Geoffrey Lystei'e, William 



l'insurrection dans le NORFOLK ORIENTAL 117 

tilhomme, Richard Filmond. Thomas de Suffolk, John Wattes, 
dont les noms reviennent k tout moment dans la narration de ces 
troubles; ce fut avant tout Roger Bacon, ce chevalier qui s'em- 
para de Yarmouth ; en dépit de son haut rang, les documents 
apprennent qu il ne cessa d'être l'obéissant serviteur de Geofîrey 
Lystere '. 

De toutes les directions les insurgés venaient à Lystere, comme 
dans le sud ils étaient allés k Wat Tyler. lui soumettaient leurs 
griefs et sollicitaient son appui. Le 17 juin, Simon Cook et Henry 
Sherman coururent de Walsingham k Mousehold. pour le prier de 
se rendre dans la centaine de Xorth-Greenhoe -'. Le 21. divers 
rebelles lui demandèrent, k Thorpe-Market, de détacher auprès 
d'eux quelques hommes de sa bande pour brûler les rôles du 
prieur de Binham ■^. Ailleurs les insurgés dressèrent des listes de 
proscription, mais, trop faibles pour les faire respecter, ils con- 
fièrent ce soin k Lystere. Tels furent John Barkere, Robert atte 
Moor et quelques autres : ils consignèrent par écrit les noms 
de plusieurs « traitres », entre autres dun curé, puis ils por- 
tèrent cette note k Thorpe-Market, la présentèrent k leur roi. se 
plaignirent vivement des hommes qu ils y avaient inscrits et 
sollicitèrent un contingent pour leur donner la chasse ^. 

Belsted et John Keek. Voy. aussi Powell, oji. cit., p. 28, note : William 
Kybyte avait des biens évalués à tiO s.] 

1. « Obediens ad omnia jura et precepta dicti Galfredi. » Voy. jjIus haut, 
p. 110, note 2. 

2. << Simo Cook de Walsyngham Parva et Henricus Sherman, de eadem, 
equitaverunt apud Musheld die lune proxinio ante festum sancti Johannis 
Baptiste ad GaliVidum Lystere et pi-ocuraverunt dictum Galfridum et socios 
suos venire apud Walsynf;ham in hundredo de Xorthgrenehow, spoliare et 
rapere in hundredo predicto contra pacem domini régis. » (Ana. Rolh, N. 2, 
29, 6, m. l, part. 5, et m. 36, pai^t. 2.) 

3. « Ab ipso petierunt auxilium ut mitteret eis quandam societatem ad 
ardendum et comburendum omnes rotulos prioris de Bynham. " ilhifl.,m. 1, 
part. 3 f/., et m. 32, part. 1.) 

4. " ...Intrarunt divcrsas personas in una billa, videlicet personam eccle- 
sie de Thriford et Vincentium de Bathel et Nicholaum Styard, Johannem 
Palmere, et dixerunt quod fuerunt tretours, videlicet dictis die et anno, et 
dictani billam deliberarunt addictam societatem. » (Ihirl., m. [,part. 4 fl., et 



1 IS LE Sdll.KVKMK.NT DANS LK XiKFOMv V.T LK SLFFf>F,K 

Les révoltés charg-eaient Lystere de fonctions plus déli- 
cates encore et s'adressaient à lui comme à im juge et comme à 
un bourreau. William Bishop et d'autres, de Bintree et de Fouls- 
ham. conspirèrent le 17 juin la mort d'un serf du duc de Lan- 
castre. nommé John Xowlin ; ils s'emparèrent de sa personne, le 
conduisirent à Mousehold et là seulement le décapitèrent avec 
laide de la troupe rebelle ^ 

Outre son alliance, les insurgés venaient lui demander ses 
conseils, ses instructions, son mot d'ordre. William Smytli, de 
East-Dereham, et ^^'illiam Padinak se rendirent auprès de la 
bande de Lvstere et lui prêtèrent serment. A leur retour, ils se 
présentaient devant le constable de leur ville et lui ordonnaient 
de rendre les prisonniers à la liberté, ainsi qu'ils l'avaient juré '-'. 

GeolFrey Lystere et les siens crurent sans doute à la durée de 
leur œuvre, car il apparaît ([u ils instituèrent un trésor de résis- 
tance. Ils prélevaient une part, semble-t-il. sur les fructueuses 
opérations faites à l'aide du vol et du pillage. William Draper, 
de Lyng, et Richard Bray, de Framingham-Pigot, ayant pris vingt 
shillinsTs au manoir de ^^'illiam Clere. Richard Filmond. un des 
chefs de la révolte, accourut avec vingt hommes et saisit la 
moitié de cette somme ^. C'était probablement pour la défense de 
l'œuvre commune; à moins que. suivant une hypothèse égale- 
ment plausible, ce ne fût un second vol grell'é sur l'autre. En 
tout cas — et ceci est certain — Geolîrev Lvstere et Roger Bacon 



/». 32, />.(/•/. 2.) — « Die venerisproximoantefestumXativilatis sancli.Iohan- 
nis Baptiste, venerunt apud Thorpe Market ad predictum Galfridum Lystere 
et societatem suam contra pacem et iu prejudiciuni corone domini régis 
levatam, et ibidem posuerunt billas, et ibidem fecerunt querelas suas dicto 
Galfrido et sociis suis versus Willelmum, personam ecclesie de Thriford. 
et alios diverses ligeos domini régis, ut coiiductum super eos haberent in 
maximum affraiameutum prcdicti Willelmi et multornui alioruni. » (Ass. 
Bolls, X. 2, 29, G, ni. i, pari. 3 d., et m. 32, j,:iH. I.i 

1. « Eum duxerunt usque Moushold ad magnam societatem, et eum per 
auxilium dicte societatis decollaverunt. » [Ihùl., m. 1, pnrl. 2 (/., et m. 29). 

2. Ibid., m. 1, ]>arf. 3 f/., et m. '.iO, part. 2. Publ. par Powell, op^cit., 
p. 133-13 K 

3. Ihi'L, m. 1. /-.(/•/. 2 (I., et m. 2'.t. 



L'iXSURltECTION DANS LE NORFOLK ORIL.NTAL 119 

donnèrent par une proclamation l'ordre de lever certaines cou- 
tumes, soit les coutumes habituelles, soit d'autres (les documents 
ne s'expliquent pas sur ce point) , car Edmund Hemyng- et 
Thomas atte Tonne furent poursuivis dans la suite pour les avoir 
exigées à Kirkley '. 

Ils instituèrent même une sorte de police g-énérale. Thomas 
Soppe, de Burnham, ayant volé un cheval à Holkham, un cer- 
tain Simon Silk le fit prisonnier pour ce motif et l'adressa, le 
24 juin, à Geoffrey Ly stère. Mais le roi du peuple, qui était bon 
prince, lui pardonna sa faute. Aussi bien il eût montré mauvaise 
grâce à reprocher aux autres leurs spoliations, et il eût eu fort 
à faire de les châtier toutes -. 

Ainsi cette troupe de révoltés, la grande compagnie, comme 
l'appellent les documents, magna societas, ou même tout uni- 
ment la compagnie, societas, parce qu'elle était la compagnie par 
excellence, jouit pendant quelques jours dun pouvoir presque 
souverain. Mais bientôt elle se lassa de cette autorité pour 
laquelle elle était peu faite ; d'ailleurs répression approchait avec 
son cortège de châtiments. Elle résolut donc de prévenir l'iné- 
vitable expiation, en députant au roi une délégation, composée 
de trois rebelles qu'elle honorait de sa confiance et de deux 
chevaliers, lord William de Morley et sir John de Brevves, à 
charge d'obtenir du souverain une nouvelle charte d all'ranchis- 
sement et de rémission, plus exjDresse que la première , spjecia- 
lior. En outre elle leur remit une forte somme d'argent, provenant 
de la rançon de Norwich, et destinée à amadouer le roi ; idée 



1. « Edmundus Hemyng, Thomas atte Tonne, autoritate sua propria, in 
quodamloco vocatoKii'kelerode,juxta portai (sic) Jernemouth, contra liberta- 
tem ville predicte Jernemouth et defencionem regiam, custumas ibidem 
coligit, [corr. : coUegerunt) juxta proclamacionem factam per Rogerura 
Bacoun, Galfredum Lystere, et socios suos antedictos. » (Ass. liolls, X. 2, 
29, <), m. 1, part. S, et m. 43 ; cf. m. 40, 41, 42.) 

2. <i Item dicunt quod Simon Silk, de Holkliam, cepit predictum Thomam 
Soppe, et ipsum occasione predicta arestavit et imprisonavit, et ipsum jjost 
misit Galfrido Lystere, capitali ductori.., qui sibi condonavit feloniam pre- 
dictam. » [Ihid., m. 1, part. 4, et //(. 39, pari. 1). 



120 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

naïve mais naturelle : ils se représentaient le monarque à leur 
image K 

Cette députation ne devait pas arriver à son adresse : elle allait 
rencontrer en chemin Tévêque de NorM'ich, Henry Spencer, qui 
s était promis d'écraser la révolte dans son diocèse. 



]. (Jiroii. Anj/l., [). ijUG ; id. dans Ilisl. aiu/lic., II, ti. 



CHAPITRE V 

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE l'iNSURRECTION DANS LES COMTÉS DE 
NORFOLK ET DE SIFFOLK 



Ln révolte, qui continence à Siiflbiiri/ le 12 juin, s'éteint ;'i In fin du mois. — 
Position sociale v.iriée des rebelles. — Ce ne sont pas des lollards. Leur 
haine des Juges et des collecteurs royaux, leur Jalousie contre les sei- 
gneurs, les étrangers et les riches, qui se manifestent par des meurtres et des 
pillages, ne s'associent à aucune doctrine politic/ue ou sociale précise. — 
Leur action manque également de cohésion, sauf à Bury, à Xorwich et à 
Varmoulh. — Brutalité et naïceté des rebelles. 

En résumé, un soulèvement intense et général agita pendant 
une douzaine de jours le Suffolk et le Norfolk. Atteignant Sud- 
bury le 12 juin, il couviùt en trois jours, sous l'impulsion de 
WraAve, toute la partie occidentale du premier de ces comtés; 
du \i au 17, il gagna la ville d'Ipswich et la région de l'est, 
sous l'action de John de Battisford et de Thomas Sampson ; le 15 
et le 1(), l'émeute éclatait au centre, k Stow-Market, à Hoxne, k 
Eve et enflammait en même temps le sud-ouest du Xorl'olk, 
Thetford, ^^'atton, East-Dereham; du 17 au 23 ou 24, elle gagnait 
l'extrémité nord-est du Suil'olk, et devenait universelle dans le 
Norfolk, dispersée à l'ouest, concentrée à l'est sous la main 
puissante de Geofîrey Lystere et de ses lieutenants. — Seules les 
centaines de Guiltcross, de Shropham, de Diss, c'est-à-dire la 
portion la plus méridionale du Norfolk, furent relativement 
ménagées, et si elles ne furent pas totalement à l'abri du fléau, 
du moins elles eurent peu à souffrir. 

La révolte se poursuivit çà et là durant quelques jours encore. 
Il y eut un cas de mise à rançon le 2o juin dans le Suffolk 



122 LE SOULÈYEMFNT DANS LK NORFOLK ET LE SUFFOLK 

septentrional, et un autre le 26 à Norwich '. Le 28, John Nor- 
therne. Alice, femme de Richard Wyniond. et quelques autres 
rebelles s'introduisirent dans deux manoirs de William de Ull'ord, 
sis à Hollesley et à Bawdse}', aux environs d'IpsAvich. et brûlèrent 
titres et rôles -. Le 29 juin, ^^'illianl, curé de Scottow, tua un 
certain Hug-h Avelyne qui s était permis de blâmer les actes 
des rebelles ^. Des menaces de mort furent encore proférées le 
!•"'■ juillet à Snape et à Parham, dans la région dAldljorough ^. 
— Jusqu'à cette date, qui est la dernière, il y eut ainsi quelques 
faits isolés, mais l'insurrection, en son ensemble, avait dès le 
19 et le 20 juin en Sufîolk. dès le 23 ou le 2i en Norfolk, cessé 
de g-rossir et par suite d'être menaçante. 

Maintenant que nous avons analysé l'histoire du soulèvement 
dans chacun de ces deux comtés, reste à déterminer dans quelle 
classe se recrutèrent les rebelles, quel fut leur but, à quels 
moyens ils eurent recours pour l'atteindre. 

Dans la mesure où les actes nous renseignent, il semble bien 
acquis à la vérité que les émeutiers n'étaient pas réduits à l'in- 
surrection par un dénuement absolu. Parmi les chefs de bandes 
qui se rendirent célèbres durant ces quelques jcurs et dont les 
noms ont été conservés à l'histoire, il n'y en eut qu un seul 
dépourvu de toute ressource : ce fut John Wrawe. John de 
Battisford et Geoffrey Lystere laissèrent chacun quelque bien en 
mourant et Thomas Sampson était presque riche. Si des capi- 
taines on passe à la masse des rebelles, la même conclusion s im- 
pose : en Suifolk, le plus pauvre, d'après les rôles des échoiteurs, 

1. Afis. Bolls, N. 2, 20, 6, m. o et m. 9 pnrf. 2 [pièce \m]A. par Powell, 
op. cit., p. 130^; — ibid., ju. 1 parf. 1, et m. 60, 61. 

2. Ibid., m. 3, m. 9 part. 2, 7». 14. 

3. '< Item quod Willelmus, capellanus parochialis ville de Skothowe, 
die sabbati proximo post festuin Xativitatis sancti Johannis Baptiste, ex 
malicia sua precogitata, interfecit Ilugonem Avelyne de llobbesse, ratione 
quod dictus Hugo dixit quod maie fecerunt qui dispoliaverunt bona et 
catalla Johannis Whyle, et quod predictus Willelmus fuit communis leva- 
tor gentium contra pacem ». (Ibid., m. {pari. 2 (/., et //(. 29; cl". //(. 1 part . 1, 
et m. 53; m. i part. 2, et m. 49.) 

4. Ibid.^ m. 9 part, i, m. 17. 



CARACTÈRKS DK l'iNSIRRRCTION DANS CES COMTÉS 123 

possédait encore six shillings et huit ponce, ce ([ui équivaut à 
une centaine de francs de notre monnaie ; un autre laissait une 
livre, un autre vingt-neuf shillings, soit pour l'un trois cents et 
pour l'autre quatre cents francs; à Richard de Denardiston appar- 
tenait un matériel d'exploitation rurale valant six livres, ce qui 
représenterait maintenant au moins dix-huit cents francs •, Et de 
même en Norfolk : les biens confisqués sur les insurgés varièrent 
de quatre shilling-s à quatorze marcs, soit environ de soixante à 
trois mille francs de notre arg-ent contemporain -. (^e n'était pas 
assurément l'opulence, mais ce n'était pas non plus la misère 
noire, que les historiens assignent volontiers comme la cause du 
soulèvement. Si nous constatons aussi que l'on compta dans les 
rang-s des rebelles plusieurs l^aillis, comme Adam Rog'g-es, de 
Aldham, ^^'illiam atte Ilill, de Monks-Eleigh-^, John Philip, de 
Brandon, Andrew de Bridgeham, un bon nombre de clercs, de 
prêtres, de curés de paroisse, tels c{uc Battisford, Geoffrey Par- 
fey, John Normand, ^^'ra^ve, John Kentyng-, ^^'illiam de Scottow, 
et même un chevalier, Roger Bacon, il faut se convaincre une 
fois pour toutes que les rebelles n'étaient nullement des vag-abonds 
ou des va-nu-pieds : c'étaient des tenanciers, le plus souvent 
modestes, parfois considérables, des domestiques, des g-ens de 
métier, de petits marchands, en un mot ce que l'on appelle aujour- 
d'hui des gens du peuple, auxc[uels se joignirent cjuelques indi- 
vidus de condition plus élevée. 

Leur révolte, selon toute vraisemblance, n'eut aucun caractère 
religieux. Cependant, en cette matière, le doute, qui était impos- 
sible ;i Saint-Alban, est admissible cette fois : d'abord parce que 
le Norfolk fut plus tard la citadelle du lollardisme ; en second lieu 
parce que plusieurs prêtres participèrent au soulèvement, et que 



1. l'J ne h rai ors' Inqiiini/ions, Xorfulk niid Siiff'ol/i 4-3 Bic. II, di. 8, m. '.), 
m. 11. [Pour Hicliard de Denardiston. cf. m. 7 cl m. 2o ; dans tn. 23 on no 
trouve qu'un total, qui s'élève, sans doute par erreur, au chifTre de 70 1.] 

2. Ibiil., 7H. 10, 12, 14, 21, 24. 

3. [Un dos meurtriers do John de Cavendish ; voy. .l.s.s. Bolls, X. 2, 21), 0. 
m. 2, part. 2.] 



J24 LE SOULÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

beaucoup d'autres eurent à en soulifrir, car on pourrait voir dans ce 
fait le symptôme d'un état d'ag'itation au sein du clerg^é, les uns 
étant acquis aux idées nouvelles, les autres réfractaires et victimes 
des hérétiques. Mais ce n'est qu'une explication hypothétique, et 
rien nela vient justifier ; aucun des chroniqueurs n'accusa de lollar- 
disme les insurgés de ces comtés ; jamais, au cours de ses aveux, 
John Wra-sve ne se réclama de Wycliffe ; pas une fois les émeu- 
tiers ne profanèrent les lieux consacrés par la religion, ni ne 
renversèrent le Crucifix, comme souvent ils le firent plus tard ^. 
Un jour ils entrèrent dans une église, mais ce fut pour voler les 
biens de sir John de Cavendish, non jDour ])riser ou souiller les 
objets du culte. S'il y eut plus de prêtres qu'ailleurs au nombre 
des révoltés , c'est sans doute pour une raison extrêmement 
simple, à savoir qu'il y avait dans ces comtés plus d'églises que 
dans les autres, partant un clergé plus nombreux ; et si les 
rebelles s'attaquèrent fréquemment aux curés ou à leurs demeures, 
c'est qu'après le manoir seigneurial le presbytère était souvent la 
plus importante et la plus riche des maisons du village. 

Il y eut donc ce trait de ressemblance entre l'émeute dans le 
Herts et la révolte en Sufîolk et en Norfolk, que ni l'une ni 
1 autre ne furent provoquées par les idées de Wycliffe. Mais on 
ne saurait pousser plus loin l'analogie, car le soulèvement eut en 
diverses parties de ces deux comtés un caractère politique, qu'il 
n'eut jamais à Saint-Alban. Les insurgés, en effet, s'en prirent, 
non seulement H leurs seigneurs ou à leurs ennemis personnels, 
mais aussi aux officiers publics, notamment aux officiers de jus- 
tice. John de Holkham. qu'ils poursuivirent jusqu en pleine mer, 
Reginald de Eccles, qu'ils tuèrent à Xorwich, étaient des juges 
royaux, et sir John de Cavendish, qu ils massacrèrent à Bury, 
était le président du Banc, grand justicier d'Angleterre. Ils 
manifestèrent également leur haine des impôts en pillant des 
collecteurs du dernier subside et un receveur des coutumes de 
Yarmouth. et. en lacérant la charte de privilèges de cette ville, 

1. Rogers, //;>/. of nçjrir.. I, 101-102. 



CARACTÈRES DK l'iNSUKRECTION DANS CES COMTÉS 125 

ils montrèrent l'estinie qu'ils faisaient de la prérog-ative de 
la couronne. Ils allèrent même jusqu'à répudier l'autorité de 
Richard II en instituant deux souverains locaux, Robert West- 
broun et Geotfrey Lystere, et commencèrent en Norfolk à org-a- 
niser le régime de leur choix. Pauvre politique, d'ailleurs, qui 
ne sut rien innover, si ce n'est le règne de la spoliation, et qui 
n'al)outit qu'à l'envoi d'une délég-ation suppliante vers le A'rai 
roi, c'est-à-dire à la plus humiliante des banqueroutes. 

Ainsi, dans une certaine mesure et surtout en certaines réglions, 
le soulèvement fut d ordre politique; mais il fut partout d'ordre 
social. En tous lieux, à Lynn comme à Ipswich. aussi bien 
à Bury qu à Yarmouth, les rebelles s'attaquèrent à des 
classes de la société, ou à des crrouj^es d'individus, dont les 
privilèges, la fortune ou la seule présence était pour eux un sujet 
d'envie ou de haine : d'abord aux seigneurs féodaux, dans la 
liberté de Saint-Edmund, aux environs d'Ipswich et dans la 
région de Holt et de North-Walsham ; puis aux étrangers, à 
William Fraunceys au sud-est du SufTolk, aux Flamands, à Yar- 
mouth et à Lynn ; mais ils s'en prirent surtout aux riches et cela 
sur tous les points de ces deux comtés , même à Xorwich , où 
la révolte fut cependant politique plus qu'ailleurs, même dans 
la zone du n<nxl-est oîi ils semblaient n'en vouloir qu'aux titres 
et aux parchemins, (^ette guerre à l'argent s'explique par cette 
considération qu'il y avait dans ce pays beaucoup d'ouvriers. 
Tandis que les tenanciers pouvaient brûler les rôles des manoirs 
dans l'espoir d'améliorer leur situation future, ils n avaient, eux, 
aucun moyen certain de s'assurer pour l'avenir des salaires 
plus élevés; ils n'avaient qu'une ressource pour s'enrichir, c'était 
de voler l'argent d'autrui. 

Il est à remarquer toutefois cpie le soulèvement, dans ces 
comtés, n'eut rien dune guerre servile. Nulle part les rebelles 
n'imposèrent à leurs seigneurs, comme à Saint-Alban, de vidi- 
mer en leur faveur la charte royale de manumission. 

Ainsi la révolte dans ces comtés fut d'aspect ondoyant et 
divers : politique sur certains points, elle fut partout d'ordre 



12(3 LK SurLKVK.MK.NT DANS LK NOlîTOLK KT LK SL Fl'OI.K 

social, parce qu elle s'attaqua partout à certaines classes d'invi- 
dus. (^ue se proposaient au juste les insurgés? Il serait impossible 
de le dire. Autant le ]:)ut du soulèvement fut net à Saint-Alban, 
autant ici il fut incertain : tous les mécontents s'agitèrent, mais 
comme ils soulTraient pour des causes Avariées, la rébellion qui 
les grou^ja neut pas comme ailleurs d'objet unique, ou du moins 
assez dominant pour paraitre exclusif. Et tandis que dans le 
Ilerts les révoltés se calmèrent eux-mêmes au cours de leurs 
triomphes, quand ils eurent atteint la fin qu'ils s'étaient pro- 
posée, en Sulîolk et en Norfolk ils ne surent pas s'arrêter, parce 
que leur insurrection n'avait pas d'objet commun, clair et facile 
à réaliser. 

L'on retrouve ce même défaut d'unité dans la façon dont ils 
procédèrent. Leur action fut aussi confuse que leur ])ut. Il y eut 
dans ces deux comtés une série de bandes qui opérèrent chacune 
pour son propre ct)mpte. Il est vrai que John A\'raA\e dun côté 
et surtout Geolfrey Lystere, sur un autre point, surent par leur 
ascendant personnel imposer une certaine discipline aux rebelles; 
mais au sein même de ces bandes il n'y eut pas toujours com- 
munauté d'action, parce qu'il n'y avait pas solidarité d'intérêts; 
tandis que les uns s'attaquaient à l'abbaye de Saint-Edmund ou 
à la ville de Yarmouth, d'autres rançonnaient Thetford ou brû- 
laient les rôles seigneuriaux ; et du reste l'autorité de ces deux 
capitaines ne rayonna que sur une aire restreinte; partout ailleurs 
la dispersion fut totale. 

Si pendant quelques jours les insurgés tinrent le pays entier 
asservi sous leur loi, ce ne fut donc point par leur cohésion : 
ce fut d'abord par leur multitude, ensuite par leur violence. Il 
semble, d'après \A'alsingham, qu'ils aient été innombrables et 
les documents judiciaires confirment ce renseignement : nulle 
part il n'y eut plus de poursuites exercées ct)ntre les révoltés, 
même dans le Kent, même à Londres. Nulle part aussi leur action 
ne fut plus sanglante : ils ne commirent pas moins de sept meurtres 
en Suffolk, pas moins de treize en Norfolk. Chez eux, point de 
finesses, point de ruses, comme chez les paysans du Ilerts : ils 



C.UtACTÈUES DK l'iNSUURECTION DANS CES COMTÉS 127 

frappent et leurs coups sont si rudes qu'ils épouvantent au loin 
et qu'ils peuvent ravager, piller et rançonner sans rencontrer de 
résistance. Ils ont pour eux leur masse et leur force, et ces deux 
avantages sont souverains ' , 

Il faut donc se représenter ces rebelles comme des brutes, à 
la peau dure, à la main lourde. En politique ils aVaient des 
haines plutôt que des idées, car ils ne connaissaient des alfaires 
publiques que l'homme de loi qui les condamnait, les subsides 
qu'ils payaient à contre-cœur, les privilèges qui les vexaient : 
une fois les juges tués, les collecteurs poursuivis ou pillés, les 
parchemins en cendres, il ne leur restait rien, pas un plan à 
développer, pas un germe de conception nouvelle. En revanche 
leurs sentiments étaient ardents, leurs appétits voraces, et les 
uns et les autres éclatèrent et se donnèrent satisfaction à la 
faveur des Iroulîles, avec tant de violence et de rage que toute 
résistance fut impossible. Il semblerait dès lors que ce fut la 
canaille qui se souleva, mais le grand nombre des révoltés recru- 
tés dans toutes les fractions du peuple rend cette hypothèse 
impossible. Ces insurgés furent devrais Anglais de ce temps, les 
descendants de ces Germains, dont les litanies bretonnes disaient : 
« Seigneur, délivrez-nous de la fureur des Jutes » ; c'étaient les 
fidèles représentants de cette race britannique vigoureuse et peu 
affinée, dont sir John Fortescue, le chancelier de Henry \l, van- 
tait encore au siècle suivant la violence sauvage : (( En Angle- 
terre, disait-il, il y a plus d'hommes pendus en un an pour vol 
à main armée et pour meurtre, qu'il n'y en a de pendus en France 
pour la même espèce de crime en sept ans... Si l'Anglais est 
pauvre et voit un autre homme ayant des richesses qu'on puisse 
lui prendre par force, il ne manquera pas de le faire, à moins 

1. (]f. Bonnemère, Ilisloire des Paysans (2'" éd., I, 339) : h Tandis 
({ue les campagnes de France succombaient sous le faix, n'ayant plus 
même la force de se défendre, la jacquerie franchissait la Manche, 
et c'est en Angleterre que nous la retrouvons en 1381, calme, ino/J'en- 
sive, et pleine de généreuse confiance dans la parole royale, et tout natu- 
rellement étouffée dans le sang- des serfs, bien plus vite encore qu'en 
France. » Autant de mois, autant d'erreurs. 



128 LE SOILÈVEMENT DANS LE NORFOLK ET LE SUFFOLK 

qu'il ne soit lui-même tout à fait honnête ^ ». Enfin ces rebelles 
étaient bien des Anglais du xiV siècle, enclins par raisonnement 
et par envie à un communisme naïf, qui chantaient Tépopée de 
Robin Hood, l'ennemi des abbés florissants et des riches sei- 
i>'neurs. le meurtrier des forestiers, des shériffs et des juges, et 
qui avaient fait leur héros de ce joyeux proscrit vivant audacieu- 
sement sous sa forêt verte, assassin aux façons de justicier -. 

1. Taine, Hist. de lu lUlér. nngl., I, 141. 

2. Voy. un inléressaal article de M. H.-C. Coole sur le communisme dans 
les l)allades de Robin Hood : The ovigin of the Bohin llood epos, dans : 
The Folk-Lore Journal, t. III, 1885, p. 44-52. — William Langland, dans 
sa Vision of M'illiani concerning Piersthe Ploughnian, signale déjà Tentliou- 
siasme des paysans et dos petits en général pour cet héroïque outlaw, 
[Cf. Jusserand, L'épopée mystique de William Langland, p. 142.] 



TROISIÈME PARTIE 

RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE 
DANS LES TROIS COMTÉS 



item, i-l doc. lie llCmle ,lrx ('lui ries. — II. 



TROISIÈME PARTIE 
RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 



CHAPITRE I 



SOUMISSION DES REBELLES 



Iniitilit'' de la proclninnlion roynie du î 8 juin. En Su/folk et en Xorfolk, 
une répression violente est nécessaire. Le comte de Su/folk à Bury. 
L'évèque de Xorwich, Henry Spencer, en Norfolk; sa victoire à Xorth- 
^Valshanl. Pacification complète. — Dans le Ilerts, sur la demande de Tabbé 
de Sainf-Alban, le gouvernement envoie un commissaire qui négocie paci- 
fiquement avec les rebelles. Inutilité de ces négociations. Le roi vient en 
jiersonne à Saint-Alban et rétablit dans tout leur pouvoir l'abbé de Saint- 
Alban et le prieur de Dunstable. 

L'insurrection n'avait eu partout ni les mêmes causes ni le 
même aspect : en Sufîolk et en Norfolk elle n'eut pas les carac- 
tères qu'elle avait revêtus dans le Herts. Elle eut aussi dans ces 
deux régions des fins sensiblement diverses. C est que dans le 
comté de Hertford les rebelles s'étaient arrêtés d'eux-mêmes, leur 
but une fois atteint; ils s'étaient dispersés, désarmés, étaient 
rentrés dans leurs demeures, et avaient repris leurs travaux quo- 
tidiens. Il n'y avait donc pas à les combattre : il suffisait 
de leur reprendre, de gré ou de force, les chartes de libertés 
qu'ils avaient extorquées à leurs seigneurs ; cela fait, leur 
soulèvement ne serait plus qu'un souvenir historique, — Au 
contraire, en Sutl'olk et en Norfolk, les insurgés étaient debout, 
réunis en bandes menaçantes; les uns battaient la campagne, 
d'autres tenaient Norwich ; tous occupaient le pays en maîtres. 
Il fallait donc, pour les soumettre, les traquer les armes à la 
main. Dans le Herts il n'y avait qu'à punir la rébellion ; dans les 
deux autres comtés, il fallait d'abord la faire cesser. 



132 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROLS COMTÉS 

Le gouvernement, après la mort de Wat Tyler, prit une série 
de mesures répressives qu'il suffit ici de signaler en deux mots. 
Les conseillers de Richard II commencèrent par confier à William 
^^'ahvortll et à quelques autres un pouvoir discrétionnaire sur la 
ville de Londres '. Trois jours après, le 18. ils firent proclamer 
dans les comtés que les rebelles devaient rentrer dans l'ordre "-. 
Le 20, ils établissaient dans une lettre patente un jslan général 
de résistance ^. Le 23, Richard II se défendait d'avoir consenti 
secrètement au meurtre du chancelier, du prieur de Saint-Jean et 
du grand justicier^. Le 30, il rétablissait les seigneurs féodaux 
dans tous leurs droits et intimait aux tenanciers l'ordre de leur 
fournir les mêmes services que par le passé ^ C'était annuler 
implicitement les lettres d'affranchissement qu'il avait octroyées 
à Mile-End : du reste, le 2 juillet, elles furent rapportées''. Enfin 
le o, le roi donnait des ordres pour empêcher les rebelles de fuir 
à l'étranger '. 

S'il fallait en croire \\'alsingham, ces mesures auraient eu un 
effet immédiat et irrésistible. Dès le 18 juin, dit-il, en entendant 
proclamer la paix du roi, « les féaux se rassurèrent et les perfides 
furent épouvantés. Ils furent forcés de rechercher les ténèbres, 
ceux qui auparavant avaient soif d'être vus, et ils osèrent sortir de 
leurs cavernes, les juristes et tous ceux qui fuyaient devant les 
fous ^. » A la vérité, nulle part les lettres de Richard II n'eurent 
ces effets magiques, même à Saint-Alban où linsurrection se pro- 
longea plusieurs jours encore, et le chroniqueur s inflige à lui-même 
une singulière contradiction quand il montre, quelques pages plus 

1. Prilrnf 4 Rie. II. ]);irl. 3, //(. I). 

2. Lettres publiées clans (Jiruii. Anglùv, p. 3i4-.'31o; ici. dans Ilisl. anrjlic, 
II, 16-17. 

3. Pntenl 4 Rie. II, luirl. 3, m. 4 d. 

4. Rymer (Rec. (lommiss. !, IV, 12o. 

îj. Ibidem, p. 12(). — W. E. Flalierly, The great rébellion in Kent of 
1381 , dans Arcliscolofjin (Innliana, III, O'.l. 

6. Rymer (Rec. Commiss.), IV, 12(3.— Citron. An<jHa\ p. 318-319 et Ilisl. 
anylic', II, 20-22. — Vila Riea?-di, p. 33. 

7. Rymer (Rec. (Jommiss.), IV, 127. 

8. Chrnn. Anfjl., p. 31ii; id. dans Ilisl. uncjHe., 11, 17. 



SOUMISSION DES REBELLES 



133 



loin, combien les rebelles restèrent intraitables et combien les 
négociations entamées avec eux furent longues et pénibles. 

Il en fut de même en SutTolk et en Norfolk. Nous avons la 
preuve que le 18 juin la paix du roi fut proclamée à Lvnn i. 
Mais cette injonction n'eut guère d'etïet : elle n'arrêta pas le 
développement de Témeute, et n'en modéra point la violence; 
l'histoire des journées qui suivirent le prouva sans réplique On a 
vu que les troubles continuèrent jusqu'à la fin du mois de juin en 
SulTolk et en Norfolk. Il semble même que dans ces deux comtés 
la proclamation ro^'ale ait amené de nouveaux excès. Thomas 
Skynnere, de Hempton, s'était emparé le 18 juin d'un certain 
John Stevene, à Toft-Trees, et lui avait extorqué treize shillings 
quatre pence ; apprenant les nouveaux ordres du roi, il retourna 
chez sa victime, non pour lui restituer le produit de son larcin, 
mais pour lui arracher, sous menace de mort, une lettre de quiet 
daim, c'est-k-dire une renonciation générale à toute action, réelle 
ou personnelle, que John Stevene aurait pu lui intenter par la 
suite ^ Il prouvait, par cette sage précaution, qu'il n'était pas 
resté indifîérent à la proclamation du souverain ; mais cette 
façon de la respecter ne laissait pas d'être encore inquiétante. 

Toutes les injonctions devaient rester impuissantes, tant 
qu'elles ne seraient pas soutenues par la force. Les conseillers du 
roi eurent la bonne inspiration de convoquer à Londres un grand 
nombre de chevaliers. Ainsi Richard II eut bientôt une force 
considérable autour de lui, ce qui était le meilleur moyen de 
faire respecter ses volontés '^. 

1. Ass. Rolls, N. 2, 29, 0, //(. 1, part. ">, et ni. 36, pari. I. 

2. « Et postea cum idem Thomas (cum) audisset quod jjax domini régis 
proclamala fuisset, idem Tliomas, simul cum aliis ignotis, revenit ad dictum 
Johannem, videlicet die dominica proxime sequente, et ei minatus fuit de 
vita et membris cum gladiis extraclis, et protulit quandam literam quiète 
clamancie de omnimodis accionibus, et nisi dictam literam vellet, ipsum 
Johannem interficeret et decoUaret. » [Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, »i. i, part. 4, 
et m. 39, part. 2.) 

3. Chron. Angl., p. 313; id. dans Ilist. nngUc, II, 14, et dans Gcstn nbha- 
tum, III, 332. — John Malvorne, dans Poli/chronicnn Raniilphi Iligdcn, IX, 
6. — Vita Ricardi, p. 32. 



134 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

[Dans la partie occidentale du Suffolk, la répression fut diri- 
gée principalement par William de Ufl'ord, comte de SuiTolk. 
Gosford nous dit qu'il arriva le 23 juin à Bury, envoyé par le 
roi avec oOO lances pour étouffer la révolte. Sans doute il accom- 
plit sans difficulté son œuvre de pacification, car nous le voyons 
quatre jours après siéger comme juge à Mildenhall, puis dans 
d'autres villes. Le Sulîolk oriental fut peut-être agité plus long- 
temps, mais l'arrivée du roi en Essex, avec une armée, dut évi- 
demment rétaldir dans le voisinage une tranquillité relative '.1 

E^n Norfolk, dès le 17 juin, il y eut de la part de certains 
habitants une tentative de répression : John Geldere, de Feltwell, 
un des chefs de cette bande de rebelles qui ravagea le sud-ouest 
du comté, fut arrêté par diverses personnes de Thetford '-. 
Il y eut donc parmi les bourgeois vm commencement de réaction 
contre les révoltés ; toutefois les documents ne révèlent pas 
d'autres faits du même genre. 

La résistance ne devint générale et victorieuse en Norfolk que 
lorsqu'elle fut menée par l'évêque de Norwich, Henry Spencer 
ou le Despenser. C'était un singulier personnage. De haute nais- 
sance, petit-tils de ce favori d'Edward II qui laissa dans l'histoire 
une si malheureuse réputation, il se consacra d'abord au métier 
des armes : il fut chevalier, s'il faut en croire son épitaphe, qui 
le qualifie de miles, et il servit dans les troupes du pape. Henry 
s'assura de cette manière des bonnes grâces du pontife, qui 
lui octroya, le 3 avril 1370, des lettres de provision pour le 
siège épiscopal de Norwich. Ce prélat, qui avait conquis sa mitre 
à la pointe de l'épée, porta dans sa nouvelle dignité l'énergie et 
la bravoure qui avaient fait sa fortune, et sous la robe du prêtre 
on vit, à plus d'une reprise, luire la cuirasse du chevalier. « Plus 
habile dans les choses de la guerre que de la théologie ». suivant 
le mot de l'archevêque Parker, il fut chargé par Edward lll, le 

1. [Powell, op. cit., ]). 25.] 

2. " Johanncs Geklor, qui fuit commorans in Bury, fuit comunis ductor 
malefactorum ; qui fuit captus per diverses honiines villate Thetford. » {Ans. 
liolls, N.2, 29, 0, m. 1, parf. 2 d., et m. 27 et 28.) 



SOUMISSION DES r?:helles 135 

10 mai 1373, de mettre en état de défense les côtes de son dio- 
cèse 1. En 1383, il reprenait l'offensive qui convenait mieux à 
son tempérament et dirigeait en Flandre une croisade à double 
face , comme sa personne , moitié religieuse . moitié politique, 
contre Clément VII et contre les Français. Trois ans après, le 
belliqueux évêque se transformait en homme de mer et donnait 
la chasse à la marine flamande. Dans son diocèse, cet homme 
taillé pour la lutte bataillait encore, et tous ses ennemis eurent 
de rudes guerres à soutenir, que ce fussent les révoltés, les 
loUards , ou même tout uniment les moines , car cet homme 
d'action avait peu de sympathie pour les adeptes de la vie con- 
templative -, 

Spencer avait, depuis l'année 1377, des raisons personnelles 
de ne pas aimer les émeutiers. Sa visite dans la ville de Lynn, 
on le sait, lui avait laissé de pénibles souvenirs. Il était dans son 
manoir de Burley, près du château royal de Oakham, au comté 
de Rutland, quand on lui annonça que son diocèse était en proie à 
la révolte. Telle est la version du chroniqueur. M, Walter Rye 
se demande s'il ne s'y était pas rendu à dessein pour réunir 
quelques troupes et prendre les insurgés à revers ; ce n'est qu'une 
hypothèse, et Ion ne trouve pas dans un seul document le 
moindre indice qui la confirme. Ce qui est certain et ce qui 
importe, c'est qu'il résolut de résister aux rebelles et que, suivi 
de huit lances seulement et d'un petit nombre d archers, il mar- 
cha sur son diocèse ^. 

L'historien Blomefield assure '' qu'il passa d'abord par Cam- 

1. Rymer (Record Commission), tome III, part. II, 976. 

2. [Capgrave, De Ilenrico le Spenser, dans Liber de illustribus Ilenricis, 
p. 170 et suiv.] — Blomefield, Hist. of Norfolk, III, 313-523 (biographie et 
épitaphe de Spencer). Voy. aussi ibid., 109. — Walter Rye, Hislory of 
Norfolk, p. 33-33. — Archseolorjia, XXII, Transcript of a chronicle of the 
finie nf Edward Ihe Ihird, by Th.Amyot, p. 278, note. 

3. Chron. Angl., p. 306 ; id. dans Ilisf. anrjlic, 11, G. — Walter Rye, op. cil., 
p. 33-34. 

4. Blomefield, op. cit., III, 109. [Blomefield n'a fait ici que copier Cap- 
grave, De illustrU)u.'i Ilenricis, p. 170. Capgrave, qui a habité Cam- 
bridge, a dû avoir sur ce point des informations sûres. D'ailleurs les 



J36 RKPRKS.SION DK I,A RÉVdl.TK DANS LES TROIS COMTÉS 

bridj^e, où il rencontra une troupe d insurgés ; il 1 attaqua, la 
défit, massacra quelques révoltés, en jeta d'autres en prison, et 
laissa en liberté ceux qui restaient, en leur faisant jurer de 
déposer les armes. De là il prit directement par XeAvmarket le 
chemin de son diocèse. A Temple-Bridge, près de Icklingham, 
au nord-ouest du SulTolk. il se trouva tout à coup en présence de 
la délégation que Geolîrey Lystere, le roi du peuple, envoyait 
auprès du vrai roi. Ce tète à tète malencontreux se produisit 
dans une route étroite. Sans respect pour l'ambassade, il lui 
barre le passage , reconnaît les nobles qui en font partie , et 
demande à lord de Morley et à sir John de Bre^ves s'il n y a pas des 
insurgés en leur compagnie. Ils se souvenaient sans doute du 
malheureux Robert Salle et sachant que les rebelles avaient 
la vengeance lourde, ils n'osaient répondre : mais l'évèque les 
presse, leur inspire courage et ils avouent que deux des princi- 
paux agitateurs sont avec eux et qu'un troisième, en course 
dans le voisinage, prépare leur repas du soir. Sans perdre un 
instant, le prélat fait décapiter les deux rebelles qu'ils lui 
désignent, recherche 1 autre et lui inflige le même châtiment. Il 
fixe les trois tètes sur des piques et les envoie à Newmarket. 
« Le pasteur punissait sa brebis, dit le chroniqueur, mais elle avait 
déjà péri en trahissant sa foi envers le roi * ». 

Par un jeu singulier de la fortune, ces trois insurgés mouraient 
frappés dans la région même où. peu de jours auparavant, tom- 
])ait une des principales victimes de la révolte, le prieur John de 
Cambridge, et leurs tètes, comme la sienne, étaient exposées 
aux regards et aux risées de la foule. 

Cependant la troupe de l'évèque ne cessait do faire de nou- 

documents judiciaires confirment implicilenient cette assertion : ils ne 
mentionnent plus aucun trouble dans le Cambridgeshire après le 18 juin : 
Spencer est sans doute arrivé à ce moment. Voy. PoNvell, op. cit., p. 
36.] Cf. aussi Knighton, 11, 141 : « Similiter faciebat iste valens episcopus 
in diversis locis in comitatibus Cantilirigiœ et Ilontyngdoniœ.» 

1. (Ihron. Arifjl., p. KOO-iJOT ; id. dans Ilisl. nnf/lir., II, 0-7. — Blomefield, 
op. cit., 111, 10(1. — ^Selon Capgrave, op. cil., p. ITil-lTI. les trois rebelles 
exécutés étaient <• Scetli, Trunch et (Jubith •'.] 



SÔIMISSIO-N lJi:s UKIiELLKS 137 

velles recrues : partout, sur son passage, les nobles et les g-ens 
de marque, rassurés par sa présence, sortaient des retraites où 
la peur des révoltés les tenait blottis et se joignaient à lui. 
armés et approvisionnés de munitions. « Ces mêmes hommes. 
dit Walsingham, que la crainte du peuple faisait pâlir, qui deli- 
tescehant timoré coinmuninm , voyant que le prélat s'était fait 
chevalier, avait revêtu le casque de métal, la cuirasse impéné- 
trable aux flèches, et pris l'épée à deux tranchants, marchèrent à 
ses côtés '. » 

Tous les rebelles fuyaient devant lui : il les poursuit en Norfolk, 
pénètre à ^^'vmondham et arrive devant Norwich, leur capitale. 
Mais à l'annonce de son approche ils s'étaient retirés : le bruit 
de son arrivée avait sufïi pour dégager la place. Spencer fit une 
entrée triomphale, en grande pompe, accueilli de tous côtés par 
des soupirs de délivrance et des exclamations de bonheur. Les 
bourgeois tinrent conseil sur le champ, et comme l'évêque rap- 
portait à la cité l'argent destiné au roi par les révoltés et saisi 
sur eux à Temple-Bridge, ils décidèrent à l'unanimité, pour lui 
témoigner leur reconnaissance, de consacrer cette sc^mme à lui 
faire un présent "-. 

Les insurgés avaient fui vers le nord-est, et la région de Xorth- 
\\'alsham, qui avait été leur berceau, allait être leur suprême 
citadelle et leur tombeau. Spencer les y suivit : il marcha droit 
sur Felmingham, lieu d'origine de Ly stère, mais il y apprit que 
le roi du peuple s'était retiré la veille à Thorpe-Market, à quelques 
milles plus au nord, qu'il avait établi son quartier général k 
Walsham et quil faisait appel à tous les hommes de cœur qui 
voulaient le bien du royaume et des humbles. D accord avec cette 
assertion du chroniqueur, les Assize liolls nous apprennent que 
le 2o juin. John Gyldyng, de Heydon, courut de village en village, 
k \\'ood-Dalling, k Sali, k Corpusty, localités situées autour de 
CaAvston, disant partout qu'il serait bon et de grand profit pour 

1. CJiron. Anr/!., p. .'507; i<L dans Ilisl. .inrj/ic, II, T. — Blomefield, op. 
cil.. III, 101t. 

2. Blomefield. III, 110, d'après les Roi. contjrrgnl. de Xorwich. 



138 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

les petits d'arrêter Févèque et de mettre un terme à sa méchan- 
ceté '. Ce document est doid^lement précieux, d'abord parce qu'il 
révèle les derniers elforts des rebelles, luttant de toutes leurs 
forces contre un ennemi supérieur, ensuite parce cju'il fixe en 
partie la date de ces divers événements. Le chroniqueur a tota- 
lement oublié de la mentionner et sans cet acte il faudrait les 
placer, sans plus de précision, entre le 23 ou le 24 juin, quand le 
soulèvement cessa de grandir, et le 6 juillet, jour où se lit la 
première enquête judiciaire sur les excès des révoltés. On sait 
maintenant que la grande bataille dut se livrer vers le 2o ou le 
20 juin -. 

Spencer marcha sur North-Walsham. Les rebelles, qui s'atten- 
daient au combat, avaient choisi leur champ et s'étaient fortifiés : 
ils s'étaient retranchés derrière un fossé qu'ils avaient creusé de 
leurs mains, et sur l'escarpe ils avaient amoncelé, en abattis, des 
tables, des portes, des fenêtres et des pieux en guise de palis- 
sades. Derrière eux, ils avaient entassé chariots et voitures pour 
s'enlever à l'avance tout moyen de fuir. Cette résolution de 
GeofPrey Lystere n'était pas sans héroïsme ; peut-être était-elle 
habile autant que brave, si l'on songe que sa troupe se composait 
de soldats de rencontre peu faits à la discipline, peu capables de 
résister à une vive attaque ; il était prudent de les forcer à vaincre 
ou à mourir. 

Ainsi barricadés par devant et par derrière , ils attendirent 
l'évêque : ce ne fut pas lévêque, mais le chevalier qui se montra. 
Il reconnaît leurs positions, décide l'attaque et ordonne aux 

1. " Johannes Gyldyng-, de Heydon.die martis proximo post festuni Xati- 
vitatis sancti Johannis Baptiste, ex malicia sua, contra pacem levavit gentem 
et pergit de villa ad villam videlicet Dallyng, Salle, Corpsty et alibi, dicendo 
diversis hominibus quod bonum esset et magnum proficuum comunibus 
arestare episcopum, et illuni obstupare de malicia sua. » (Ass. Bolls, N. 2, 
29, 6, m. i,part. 2 cl., et m. 29.) 

2. [ M. Powell, op. cit., p. 37, rappelant la présence de GeofTrey Lystere 
à Thorpe-Market, dès le 21 juin (voy. le document édité plus haut p. 117, 
note 4), émet la supposition que l'affaire de Xorth-Walsham eut lieu le 22 
ou le 2.3. Mais GeofTrey Lystere était encore roi du pcaplf et prononçait des 
jugements le 24 juin; voy. plus haut, p. 119.] 



SOUMISSION DES UEHELLES 139 

trompettes de sonner la charge ; il prend la tète du combat, tire 
l'épée, picpie des deux et tandis que ses archers, postés derrière 
lui, le protègent de leurs traits, il lance son cheval avec une telle 
furie, qu'il franchit le fossé et les abattis et qu'il ouvre un 
chemina ses hommes d'armes. Alors la bataille n'est plus qu'une 
mêlée, les archers ont fait leur œuvre et le corps à corps com- 
mence. L'évêque, dit ^^'alsingham, grinçant des dents comme un 
sanglier, frappe de tous côtés, blessant l'un, renversant l'autre; 
il se porte sur tous les points où les siens semblent faiblir, il est 
partout à la fois et ne se ménage pas plus que ses ennemis, qui 
lui opposent une résistance désespérée mais vaine, car les assail- 
lants ont pour eux la supériorité de l'armement, de l'olfensive et 
du mouvement acquis. Beaucoup de rebelles se font tuer brave- 
ment ; d'autres, acculés à leur rempart de chariots, tentent de 
l'escalader et sont massacrés ; enfin les meneurs sont morts ou 
prisonniers, le roi du peuple est captif. 

Ce fut la fin. On conserva longtemps le souvenir de cette col- 
lision tragique entre deux classes de la société. Dans la bruyère 
de North-^^ alsham , à un mille de cette ville, sur lu route de 
Norwich, se dresse encore le fût d'une croix de pierre, élevée à la 
mémoire des morts, et les paysans montrent aux étrangers le 
tertre sous lequel furent ensevelis, disent-ils, les restes des 
rebelles massacrés '. 

I. Cfiron. Angl., p. 307-308: ici. dans Ilist. anglic, II, 7-8. Pour la croix 
do jnorre, voy. Murray, Ilandbook for Essex, Suffolk, etc., p. 245 a, et 
W. Rye, op. cit., p. 55. W. Rye cite ce mot d'un paysan de la localité : 
« They dew say a'niazin" lot of men are buried in that jîightlc. <> [Cette 
version de rafTaire de Xorth-Walsham a été adoptée aussi par Bloniefield, 
op. cit., III, ilO; par Wallon, Richard II, t. I, 91-92; par Rogers, Ilist. of 
afjric, I, 89. Capgrave a fait de cet événement un récit bien difîérent. 
Selon lui, il n'y a pas eu de bataille. En arrivant près de North-Walsham, 
révèque trouva le chemin obstrué par des barricades. Mais, grâce à son 
habileté, tous les rebelles se rendirent, heureux d'obtenir la paix à ce prix. 
Lystere lui-même ne résista pas et alla se cacher dans un champ de blé ; 
trahi et découvert, il fut fait prisonnier. (Liber de illuslribas Ilcnricis, 
p. 172.) M. Powell (op. cit., p. 37 et suiv.) trouve cette version plus vrai- 
semblable que celle de Walsingham ; selon lui, Capgrave, né à Lynn (en 
1393) et élevé à Cambridge, a dû savoir la vérité, et sa version explique le 



140 RÉPRESSION DK LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

Le prélat, victorieux, procéda au jug'ement de Geoffrej Lystere. 
Il fut sommaire : le capitaine des rebelles fut condamné à un 
triple supplice ; il devait d'abord être traîné sur la claie , puis 
être conduit à la potence, enfin à Téchafaud. A la vérité ce der- 
nier châtiment était platonique après les deux autres. Avant de 
donner libre cours k la justice, Spencer se rappela qu'il était 
prêtre, et après s'être fait successivement homme d'armes et juge, 
il confessa sa victime, lui donna l'absolution, lui prodigua à ses 
derniers moments les suprêmes consolations, et même lui soutint 
la tête pour empêcher qu'elle fût meurtrie, comme on le traînait 
sur la voie publique avant de le pendre ' . 

La fin de Lystere fut le coup fatal qui tua la cause de l'insur- 
rection en Norfolk. Seul il avait su imposer quelque discipline 
aux rebelles : lui mort, il ne restait plus que l'anarchie, le décou- 
ragement, la déroute. Henry Spencer reprit sa marche victorieuse 
à travers le comté, et de même qu'il n'avait pas rencontré de 
résistance avant d'être face à face avec le roi du peuple, il n'en 
trouva pas davantage après l'avoir tué. Il y eut toutefois quelques 
révoltés qui firent effort pour soutenir la lutte : le 20 et le 27 juin 
un tailleur et un forgeron réunirent des bandes à Rollesby ; à 
Heis'ham, John atte Ghaumber, ^^'illiam de Flete, John Gur- 
reyour excitèrent les habitants à se soulever quand même contre 
Tévêque, ad resurgendum contra dominum episcopum et contra 
pacem dornini ref/is'-. Gette résurrection du soulèvement ne 

silence des documents judiciaires sur l'affaire de North-Walsham. M. Powell 
n'a pas prêté attention à un document qui donne raison à Walsingham et à 
ceux qui, comme André Réville, ont admis son récit. Il s'agit des Escheators'' 
Inquisitions, Norfolk and Su/folk, 5-6 Rie. II, membr. 12, où sont évalués 
les biens confisqués sur GeofFrey Lystere, décapité, et sur un certain nombre 
de rebelles << tués à la suite de l'insurrection », parmi lescpiels figurent des 
habitants de North-Walsham. Ces gens de North-Walsliam qui ont été, 
non pas exécutés en vertu d'une sentence judiciaire, mais tués, et qui 
figurent dans l'enquête de l'échoiteur à côté de Geoffiey Lystere, ont évi- 
demment péri dans la l)ataille qui a été racontée par Walsingham.] 

1. Chron. Angl., p. 308; id. dans Ilist. nnrjlic, II, 8. — Cf. Knighton, II, 
141. 

■2. Ass. Bolls, X. 2, 20, 0, m. l, pari. 2, et m. 52. 



SOUMISSION DKS REBELLES 141 

se produisit nulle part : Spencer rétablit l'ordre en tous lieux, 
traquant partout les rebelles, les arrachant même, les armes à 
la main, des autels au pied desquels ils s'étaient réfugiés, vio- 
lant ainsi l'immunité des églises et leur antique droit d'asile '. 
D'ajirès un document diplomatique, il semble être allé jusqu'à 
Textrémité nord-ouest du Norfolk, qu'il aurait ainsi traversé 
sur toute son étendue -. 

Il y eut encore après son passage quelques essais d'agitation : 
le 1"" juillet, Simon Ilo^vel, de Cressingham, refusa de respecter 
la paix comme des officiers publics l'y invitaient 3; le 8, Robert 
Flecchere, de Hunstanton, dans la région de Holme, et quelques 
autres se présentèrent en armes à Ileacham et poussèrent les 
habitants de ce village à la révolte, « en maudissant Monsei- 
gneur Henry, évéque de Xorwich, de ce cpi'il était venu 
châtier les rebelles du pays ^. » Mais ces manifestations isolées 
et impuissantes n'eurent d'autre effet que de mener devant les 
juges d'assises les malheureux qui s'en étaient rendus coupables. 
D'ailleurs la noblesse resta longtemps en éveil : le roi, par un 
mandement du 10 juillet sanctionnant l'initiative de Spencer, le 
chargeait d'avertir tous les chevaliers et écuyers du comté de se 
tenir prêts, et à la moindre alerte de se réunir en armes sous ses 
ordres °. Mais l'alerte prévue ne se produisit même pas : l'insur- 
rection était finie sans retour. 

Dans le comté de Hertford, la répression de la révolte fut plus 
lente et d'aspect moins pittoresque. A la suite des spoliations et 
des A'iolences dont le monastère avait été victime, l'abbé de Saint- 
Alban avait adressé au roi une longue requête, en langue fran- 
çaise — si toutefois il est permis de donner ce nom à son jargon 

1. Knighton, II, 141. — Chron. AiujL, 30« ; id. dans ///«/. ançjlk., II, 8. 

2. Ass. Rolls, N. 2, 2<.l, 6, m. I, purt. o (/., et m. 34, part. I. [Cf. Powoll, 
op. cit., p. l3o. — Ce texte est aml)if,ni.] 

3. Ihid., /II. 1, j)nrt. 2 f/., et m. 26, pari. 4. — Autre exemple, à Wesl- 
Walton : Cornin refje, Mich. 10 /?/V. II, /;;. 30. 

4. Document indiqué ci-desssus, note 2. 

5. Palenl 5 Rie. \\, part. 1, m. 31 d. Mêmes commissions furent données 
pour les comtes de Lincoln, de Soulhampton et de Wilts. 



142 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

— OÙ il se plaignait des rebelles, rappelait leurs méfaits et deman- 
dait justice *. Il est A-isible qu'il désespérait de ses propres forces 
et qu'il attendait son salut de Richard II ou de ses ministres. 

Londres était pacifié et le Kent se calmait sous l'action de la 
noblesse, qui avait pris enfin l'initiative de la résistance "-. 
Mais le comté d'Essex était encore agité. Richard II s'y rendit 
en personne, dans les derniers jours de juin, à la tète de son 
armée de volontaires. De là, il détacha à Saint- Alban un com- 
missaire, sir Walter atte Lee, chargé de rétablir la paix entre les 
vilains et le monastère, c'est-à-dire, en d'autres termes, de resti- 
tuer à l'abbaye les chartes de libertés que les révoltés lui avaient 
extorquées. 

Quand les rebelles apprirent que Walter atte Lee approchait, 
suivi de cinquante lances et dun grand nombre d'archers, levés, 
il est vrai, dans le pays et d'une fidélité suspecte, beaucoup 
furent pris de peur et se seraient enfuis, si William Grindecob 
ne s'y était opposé « avec sa ténacité de scélérat ». Il les rassura, 
leur rappela que tous les villages voisins étaient de cœur avec 
eux, et leur proposa, non sans habileté, de se rendre 
à cheval îiu devant du commissaire royal et de l'accueillir 
avec bienveillance, s'il se présentait avec des projets pacifiques, 
quitte à lui donner la chasse au cas où il viendrait en ennemi. 

Il arriva le 28 juin, au matin, affectant les dispositions les 
plus paisibles et les insurgés lui firent escorte. Cet échange de 
bons procédés n'était qu'un leurre, mais la duperie se pou- 
suivit les jours suivants, et ce contraste entre les sentiments 
apparents et les sentiments vrais chez les uns et chez les autres 
fut la marque dominante des négociations qui allaient s'entamer : 
une extrême courtoisie jointe à une extrême ténacité, les uns 
prétendant rentrer en possession des chartes arrachées, les autres 
entendant les garder, et tous affectant des goûts pacifiques et 
presque de la bonhomie. 

Le jour même de son arrivée, le chevalier fit une proclamation 

1. Gesla ahhatuin, ÎII, 289-296. 

2. Patent 4 Bic. U,parl. 3, m. 4; S Rie. II, part. 1, ni. 33. 



SOniISSION DHS REBELLES 143 

publique et convoqua les vilains à trois heures sur la lisière cVun 
bois qu'il désig-na. Tous vinrent au rendez-vous. Si le récit du 
chroniqueur est exact — et tout porte à croire qu'il devait être 
bien informé — Walter atte Lee chercha à la fois à les flatter, à 
les intimider et à se faire bien venir. Il leur donna le titre de 
seigneurs et d'amis, clornini et ainici\ puis il leur fît une pein- 
ture etfrayante des ravagées de l'armée royale qui promenait en 
Essex (( une lourde et rigoureuse justice », replaçait les pertur- 
bateurs sous un joug plus pesant que jamais et accaparait sur 
son passage tous les fruits et tout le blé à cinq milles à la ronde. 
S'ils évitaient ces mêmes misères, c'était grâce à lui, qui avait 
préA^enu l'arrivée de Richard en s'engageant à pacifier le pavs. 
Aussi leur conseillait-il en ami de donner satisfaction à l'abbé, 
et il désigna aussitôt douze vilains et les chargea de venir le len- 
demain, suivant l'usage de la jurisprudence anglaise, accuser 
sous serment tous les coupables de leur connaissance. 

Le jour suivant, les jurés qu'il avait choisis déclarèrent qu'ils 
ne voulaient ou ne pouvaient accuser personne, vu qu'ils étaient 
tous de bons et fidèles sujets du roi, et qu'ils ne connaissaient 
pas de coupables parmi eux. 

Le chevalier n'insista pas et leur conseilla seulement de faire 
rendre à l'abbé les chartes qu'ils lui avaient ari'achées, ajoutant 
qu'ils auraient à se féliciter de cette action. Toujours pleins en 
apparence d'excellentes dispositions, ils répondirent qu'ils rappor- 
teraient ces pièces dès trois heures. Mais à trois heures ils 
revinrent sans les chartes , disant pour s'excuser qu'ils ne 
savaient au juste qui les détenait et que d'ailleurs ils redoutaient 
les fureurs de la populace. 

Le commissaire royal convoqua donc une seconde fois la foule 
hors de la ville, mais elle était plus nombreuse et par suite plus 
respectable que jamais, parce qu'elle s'était grossie depuis la 
veille d'un bon nombre de rebelles accourus des environs et 
notamment de Barnet et de Berkhampstead. Aussi Walter atte 
Lee se contenta de prodiguer encore de bonnes paroles et de 
conseiller la restitution des chartes. 



1 ii RÉPRESSION DE LA HÉVÔLTK DANS LES TUOLS COMTÉS 

N'ayant pu les obtenir, il prit une résolution énergique : con- 
voquant en secret les baillis de la ville, il leur ordonne d'arrêter 
le lendemain et de conduire à Hertford les trois principaux 
meneurs, Grindecob, Cadingdone et John Barbour, et il enjoint à 
divers chevaliers au service de l'abbé, à Richard Perers, John 
Chival, Thomas Eydon, \\'illiam Eccleshale, d'escorter le convoi. 
En attendant, il partit directement avec les siens pour Hertford, 
ce qui était prudent, sinon très courageux. Le jour suivant, l'ar- 
restation fut opérée, grâce à la présence des chevaliers, et les 
trois accusés furent emmenés devant leur ennemi qui devenait 
leur juge. 

A la nouvelle de ce coup de main, le tumulte éclate dans la 
ville, les rebelles vont et viennent, se rassemblent, jurent de se 
venger, courent par les champs et les bois, menacent d incendier 
l'abbaye ou de l'assiéger, si bien que les religieux, terrifiés, font 
chercher en hâte les chevaliers à Hertford et les supplient de 
venir à leur secours. Ils rentrent à Saint-Alban, et ^^'alter atte 
Lee, gagné peut-être par l'inquiétude générale, rend Grindecob à 
la liberté provisoire, mais sous l'effroyable caution de trois cents 
liA'res, et il fait promettre aux garants de le ramener en prison le 
.samedi suivant, si la paix ne s'était conclue dans l'intervalle. 

Ce calcul ne manquait pas d'habileté : sir \\'alter comptait que 
^^'illiam Grindecob, qui avait vu la mort de près, ayant à choi- 
sir entre la potence et la restitution des chartes, aurait pour seule 
pensée d'échapper au supplice et userait de son influence sur ses 
compagnons de révolte pour les engager à céder. Il se trompait. 
L'émcutier, avec un entêtement qui ne fut pas sans grandeur, ne 
songeant qu'à la cause des siens et s'oubliant lui-même, profita 
de ses dernières heures de liberté pour stimuler leur résistance : 
« Agissez aujourd'hui, aurait-il dit, comme vous le feriez si hier 
j'avais été décapité. » ^^'aIsingham 1 assure : or, nul n était mieux 
placé que lui pour être bien informé, et il n'avait aucun intérêt à 
exalter l'héroïsme des ennemis de l'abbaye, (pii étaient aussi les 
siens. Il n'y a donc aucune raison pour révoquer son témoignage 
en doute, et ce nouveau Régulus, plus authentique peut-être que 



SOU.AIISSION DES REBELLES 143 

l'ancien, serait tout à fait intéressant, si la même semaine son 
frère ne s'était rendu auprès du roi, à Chelmsford, pour intercéder 
en sa faveur. 

Les rebelles restèrent intraitables, et le samedi 6 juillet, con- 
formément à sa promesse, ^^illiam Grindecob retourna en prison, 
où il demeura cette fois jusqu'au jour suprême du jugement. 

La mission de sir ^^'alter atte Lee avait totalement échoué et 
les habitants étaient fiers de leur triomphe, quand ils apprirent 
que le roi, décidé à les mettre à la raison, envoyait à Saint-All^an 
le comte de Warwick et sir Thomas Percy, suivis de mille 
hommes d'armes. A cette nouvelle, qu'ils connurent dès le ven- 
dredi o par le frère de Grindecob, leur joie se transforma, paraît- 
il. en terreur, et dès le lendemain, quand ils eurent encore perdu 
leur chef et leur soutien, découragés et navrés, ils s'humilièrent 
devant l'abbé : ils se rendirent au monastère vers l'heure de 
compiles, rapportant leurs chartes de libertés et un certain livre 
qui renfermait d'anciennes conventions passées entre les relig-ieux 
et les vilains et qu'ils avaient dérobé au jour de la révolte; en 
outre ils oifraient une amende de deux cents livres. Mais 
Thomas de La Mare, qui attendait aussi l'arrivée vengeresse des 
troupes royales, ne voulut pas les accueillir : il leur envoya un 
moine, William Kyllingworth, qui les invita à repasser le len- 
demain, mais qui garda pourtant le livre des accords, précieux à 
recevoir et à conserver. 

Le jour suivant, on apprit que le comte de Warwick, 
rappelé dans sa seigneurie par des troubles qui s'y étaient brus- 
quement produits, ne viendrait pas à Saint- Alban et qu'il envoyait 
seulement à l'abbé un certain nombre de chevaliers pour le 
défendre. Cette nouvelle rassura les rebelles, et passant une fois 
de plus d'une extrémité à l'autre avec une instabilité enfantine, 
ils se félicitèrent, se reprochèrent leur frayeur, reprirent cou- 
rage, et sûrs d'eux-mêmes, ils refusèrent de livrer leurs chartes, 
alléguant, il est vrai, que leurs compagnons de Watford et de 
Barnet les en empêchaient. 

Leur joie fut de courte durée, car ils apprirent bientôt 

Mém. et doc. clf l'Ecole des Chartes. — II. 10 



146 RKPRKSSIDN DE LA Rl';V(»LTE DANS LES TROIS COMTÉS 

que le roi, ayant achevé sa tournée en Essex, venait en personne 
réprimer leurs excès. Chose curieuse : cette nouvelle inquiéta 
également les révoltés et leurs A-ictimes, les uns parce qu'avec 
Richard II approchait le châtiment, les autres parce que le roi et 
les siens étaient des alliés et des hôtes onéreux autant qu'utiles. 
L'abbé fît supplier à Londres le sénéchal, Hugh Segrave, et 
d'autres membres du conseil privé, de prévenir par tous les 
moyens l'arrivée du souverain, mais on lui répondit que le roi 
serait avant deux jours au monastère. 

Quant aux insurgés, ils redevinrent aussitôt, comme par 
enchantement, d'excellente composition. N'osant plus se présen- 
ter eux-mêmes à l'abbaye, ils y envoyèrent un chevalier « disert » 
qu'ils payèrent im très haut prix pour plaider en leur faveur. 
Thomas de La Mare consentit à pardonner et passa avec ses 
ennemis l'accord suivant : 

1° Ils rapporteraient, le jour même de l'arrivée du roi, les 
pieiTes du parloir qu'ils avaient déchaussées et rebâtiraient de 
leurs propres mains une maison appartenant à l'alîbaye qu'ils 
avaient détruite ; 

2° Ils devaient payer aux religieux deux cents livres de dom- 
mages et intérêts avant le 25 septembre suivant ; 

'J° L'abbé s'engageait à ne déposer aucune plainte contre eux 
auprès du roi, et si celui-ci les poursuivait, à faire toute diligence 
pour obtenir leur grâce ' . 

Ils s'exécutèrent, promirent de donner satisfaction, réparèrent 
leurs dégâts au parloir du monastère, rendirent leurs chartes, 
non toutefois sans en garder plusieurs copies, au grand désespoir 
de l'abbé, qui plus tard s'en plaignit en parlement -. 

Tout était donc réglé quand le roi fit son entrée à Saint- 
Alban, le vendredi 12 juillet. Tous les habitants, rebelles et 
moines, allèrent de compagnie le recevoir en grande pompe et 
avec toutes les marques du plus profond resjDect, mais les insur- 

1. Toul cv rc'cil osl emiii-iinté à la relalion liés détaillée de Walsingham, 
Ilist. ;inc/lic., II, 22-31, reproduite dans les Gcsta nbbnlinn, III, 334-346. 

2. Ilist. anijlic, II, 31 ; id. dans Gesta, III, 347. — Rot. Piirlium., III, 121» 
a, n" 10. 



SOUMISSION DES ri;helles 147 

§és ne pouvaient se faire la moindre illusion sur les sentiments 
qui l'amenaient à l'abbaye et sur l'œuvre qu'il devait y accom- 
plir : il était escorté, en effet, d'un très g-rand noml^re d'archers 
et dans sa suite se trouvait un homme de loi. dont les révoltés 
allaient faire la connaissance à leurs dépens, sir Robert Tresilian, 
grand justicier d'Ang-leterre •. 

Cependant les rebelles, avec la ténacité des paysans, ne déses- 
péraient pas de sauver quelques-unes de leurs nouA^elles libertés 
et ils essayèrent de lutter : ils accusèrent l'abbé d'être un hypo- 
crite et de tromper ses hôtes par de saintes apparences, d'avoir 
soustrait aux g-ens de Saint-Alban leurs droits et leurs antiques 
libertés, d'être un tvran et d'opprimer ses sujets. Et ces rumeurs, 
que les bourgeois — et les bourgeoises aussi, pkis adroitement 
encore que leurs maris — répandaient parmi les gens du roi, 
furent si nombreuses et si persistantes que l'on y porta remède 
par des proclamations : on annonc^-a qu'on pendrait les hommes 
qui répandraient des calomnies sur le monastère et qu'on brûle- 
rait les femmes -. 

D'ailleurs c'était la lutte du pot de terre et du pot de fer. 
Richard loij^eait à l'abl^ave ; il avait installé sa chancellerie dans 
la salle capitulaire et Thomas de la Mare régnait •'. Aussi, dès le 
15 juillet, un mandement royal annulait en sa faveur toutes les 
concessions arrachées par les insurgés ; le prince faisait savoir à 
John Lodewyk, John \\ es t-Wy combe, John Kentyng, Richard 
Perers et plusieurs autres, que les tenanciers du monastère 
devaient rendre à leurs seigneurs les mêmes services et leur 
payer les mêmes redevances que par le passé ; il leur ordonnait 
de le faire proclamer et d'arrêter les récalcitrants. C était en 
somme une ampliation. pour l'usage spécial de l'abbaye, du man- 
dement général du 30 juin ^. 

1. Chron. Aiifjl., 320; kl. dans Ilisl. aiujUc, II, 31, ol dans Gestn, III, 
347. — John Malvorno, dans Pnli/chrnnicon, IX, 7. 

2. llisl. nnijUr., II, 37-38; id. dans Gesla, III, 3ol-3o2. 

3. ///,s7. nnijlic, II, 38 ; id. dans Cesta, III, 332. 

4. Lotlros publ. dans Chron. AnijL, p. 324-325; Hkl. ;iii;/liv., II, 38-3'.»; 
Gesl.i, III, 353. 



i48 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

Le prieur de Dunstable profita ég-alement de la présence du roi 
à Saint- Alban pour se faire rétablir dans tous ses droits. Comme 
les bourg-eois refusaient de lui restituer la charte qu'ils lui avaient 
extorquée, il se rendit auprès de Richard II; celui-ci appela 
devant lui un certain nombre des habitants et fît annuler les 
priAÙlèges indûment obtenus ^ . 

Enfin le 20 juillet, le roi reçut le serment de foi de tous les 
habitants du comté de Ilertford, de quinze à soixante ans, convo- 
qués à cet effet à la cour de l'abbaye : ils promirent d'être fidèles 
à l'avenir, de mourir plutôt que d'obéir jamais à des fauteurs de 
troubles, et d'arrêter ceux qui seraient tentés de renouveler les 
désordres. Puis ils se retirèrent. 

La paix était définitivement rétablie dans la ville et aux envi- 
rons. Ayant achevé son œuvre à Saint-Alban, Richard reprit son 
voyage réparateur et s'arrêta à Berkhampstead. On est mal ren- 
seig"né sur le rôle qu'il joua dans cette localité, mais tout porte à 
croire que son action y fut la même qu'à l'abbaye, qu'il acheva 
de pacifier le pays et qu'il rendit aux seigneurs leurs antiques 
privilèges. Du reste il ne tarda pas à quitter aussi cette ville 
pour son domaine de East-IIampstead, où il trouva dans la chasse 
un délassement à ses fatigues et une diversion à ses terreurs -. 

1. Annales de Dunstaplia, p. 418-419. 

2. Chron. AngL, p. 32o ; id. dans Hist. antjlic, II, 39, et dans Gesfa, III, 
354. 



CHAPITRE II 



L ACTION JUDICIAIRE 



A Sainl-Alhan, ractinn judiciaire est dirigée par le Président du Banc. 
Emploi du jury. Assises de juillet ; condamnation de John Bail. Assises 
d'octobre. Exécutions peu nomh?^euses. — En Su/folk et en N^orfolk, cam- 
pagne judiciaire du comte de Suffolk. Encpiètes et poursuites multipliées. 
Attitude diverse des accusés. Condamnations très nombreuses. Le roi arrête 
les poursuites et évoque à son Banc les procès des accusés. — Modération 
remarquable de cette répression judiciaire. 

Ainsi dans le comté de Hertford, comme en Suffolk et en 
Norfolk, à quelques jours de distance seulement, la rébellion 
avait été réprimée et les effets en avaient été anéantis. L'insur- 
rection était bien finie ; l'expiation allait commencer. 

Elle fut dirigée à Saint-Alban par le grand justicier en per- 
sonne, président du Banc du Roi, sir Robert Tresilian. Le chro- 
niqueur de Saint-Alban fait de lui le plus grand cas : « C'était, 
dit-il, un chevalier, juge d'une extrême habileté, homme plein de 
courage, et d'une prudence de serpent ^ » Malheureusement il 
était à la fois juge et partie dans le conflit qu'on l'avait chargé 
de vider. Par profession, en effet, il était Tennemi des rebelles, 
car il était de ces gens de loi qu'ils avaient partout poursuivis de 
leur haine et de leur violence, et son prédécesseur, sir John de 
Cavendish, était tombé sous leurs coups. L'impartialité de sir 
Robert pouvait donc être suspectée. Il est vrai que ce mal était 
moins sensible qu'ailleurs en un pays où aucun juge, si puissant 

1. Chron. Angl., p. 320; id. dans Hist. anglic, II, 31, et dans Gesta,lU, 
347. 



j oO UKPKESSIO.N DE LA RÉVOLTE DANS LES TKOLS COMTÉS 

quil fût. ne pouvait condamner un seul inculpé, s'il n'était accusé 
par douze témoins jurés et déclaré coupable par douze autres ; 
parfois l'intéressé, se sachant perdu, renonçait à cette dernière 
épreuve et se remettait à la grâce du roi ; on pourrait aussi, dans 
la procédure qui suivit la révolte, retrouver un ou deux exemples 
de preuve par le gage de bataille ; mais ce furent des cas excep- 
tionnels, toujours voulus et jamais imposés, et l'on peut dire que 
la preuve par enquête fut presque exclusive. 

Dès le lendemain de son arrivée, le samedi 13 juillet, et en 
présence du roi, Tresilian avait installé son tribunal à Saint- 
Alban. au Moothall '. Par une rencontre inattendue, un des 
premiers rebelles qu'il eut à juger était étranger au comté de 
Hertford : c'était le « fol prêtre du Kent », John Bail, un des 
chefs et des initiateurs de 1 insurrection dans le sud. Il s'était 
dérobé pendant plusieurs jours aux recherches des ofTiciers 
rovaux; mais, découvert à Coventry, il fut arrêté, conduit auprès 
de Richard II qui se trouvait alors à Saint- Alban et poursuivi 
sur le champ par Tresilian. Nul ne doutait de sa culpabilité et la 
sentence était dictée à l'avance. Il eut, du reste, une contenance 
très fière et presque méprisante. Accusé d'avoir fomenté et pro- 
pagé la révolte . il avoua tout ce qu'on lui reprochait ; il se 
reconnut l'auteur des lettres in.surrectionnelles qui circulaient 
sous le manteau au temps de l'émeute , il ne chercha pas à .se 
défendre, « ne voulut pas demander sa grâce au roi et dédai- 
gna celui-ci "-. » Ses aveux entraînaient la peine capitale, mais on 
accumula sur sa tête une multitude de châtiments; il fut con- 
damné à être successivement tiré sur la claie, pendu, décapité, 
éventré et coupé en quartiers '^. (Tétaient ])ien des supplices pour 
un seul corps. Mais la potence les précédait et les annulait 

1. [Les jugements commencèrent dès \v 1:2 juillet, si Ion en croit une 
lettre patente du 20 mars 1386, relative à des leires confisquées par Robert 
Basset, échoiteur du comté de Hertford, sur John Wilkyn, qui avait été 
convaincu de trahison à Saint-Alban, le 12 juillet 1381 : PatonI 9 Rie. 11, 
p. 2, m. 24.] 

2. Vila liicardi, p. 33. — John Malverne, dans Polychronicon, IX, 7. 

3. Chron. Angl., p. 320; ici. dans Ilisl. nnglic, II, 32. 



l'action judiciaire 151 

presque tous. D'ailleurs il s'agissait d'un tics chefs de la 
révolte, inspirateur de plus d'un crime. On accorda au con- 
damné un délai qui était considéré comme une faveur : sa 
mort fut retardée de deux jours, sur l'intervention de ^^'illiam 
Courtenay, évèque de Londres et futur archevêque de Can- 
terbury. Ce prélat obtint qu'on laissât à John Bail, qui 
était prêtre, le temps de se recueillir et de faire pénitence, et ce 
fut seulement le lundi lo juillet qu'il fut exécuté, sous les yeux 
du roi •. 

En même temps, Tresilian avait entamé le procès des rebelles 
de Saint-Alban. Dès le samedi, il avait réuni douze témoins, et 
avait recueilli de leur bouche, sous la foi du serment, les noms 
des principaux révoltés et l'indication de leurs fautes. Il avait 
ordonné également de ramener de Hertford, où ils étaient toujours 
en prison. \Mlliam Grindecob, William Cadingdone et John 
Barbour -. 

S'il faut en croire le chroniqueur, diAcrs habitants de la ville 
prirent l'offensive contre l'abbaye et accusèrent Thomas de La 
Mare : c'était lui et ses religieux, dirent-ils au grand justicier, 
qui avaient fomenté l'insurrection, qui les avaient envoyés de 
force, et malgré eux, auprès des émeutiers de Londres, alors 
qu'ils n'y songeaient même pas. Tresilian leur demanda seu- 
lement s'ils croyaient en conscience que l'ablîé eût agi pour trahir 
le roi, et non pas pour prévenir l'arrivée des révoltés. Il leur 
imposa le serment, et comme il les pressait, ils reconnurent que 
Thomas de La Mare n'avait pas trahi le roi et avait cru faire pour 



1. Chron. AngL, p. 320, 322; id. dans Ilist. anglic, II, 31, 34. — Annales 
de Dunstaplia, p. 418. — Stow, Annales, p. 293 a, 294 a. 

2. Chron. AnfjL, p. 320; id. dans Ilist. anrjlic., II, 31 et dans Gesfa 
ahhafum, III, 347. — [Des lettres do Richaid II, datées du 17 août {Claus. 5 
liîc. II, ni. 39 (/.) nous montrent quelle fut la frayeur causée par l'appareil 
de justice déployé à Saint-All)an : beaucoup de tenanciers de Tabbé, habi- 
tant Watford et Rickmansworth, s'enfuirent par peur d'être dénoncés, 
quoique innocents ; sur la prière de l'abljé, inquiet de cet exode ruineux 
pour lui, le roi donna ordre au shériff de Hertford de faire revenir ces 
timorés.] 



132 RÉPHESSION. DE LA RÉVOLTE DANS LES TUOIS COMTÉS 

le mieux. Cette constatation acquise, il leur ordonna de déchirer 
Tacte d'accusation qu'ils avaient dressé, ce qu'ils firent non sans 
regret, et il les gournianda sévèrement K 

Au bout de quelques jours, Tresilian suspendit son action 
judiciaire, on ne sait au juste pour quelle raison, mais selon toute 
vraisemblance parce qu'il suivit le roi. Il la reprit quelques mois 
après et, le 15 octobre, il ouvrit à Saint-Alban une seconde série 
d'assises. Seulement le roi n'était plus présent, et comme la force 
armée n'était plus immédiatement menaçante, les g-ens du comté 
de Hertford firent de nouveau mine de vouloir résister. Le grand 
justicier ayant réuni les mêmes jurés qui, en juillet, lui avaient 
désigné les fauteurs de l'insurrection, et leur ayant demandé de 
renouveler leurs dépositions , ils répondirent qu'ils ne connais- 
saient aucun traître, qu ils ne pouvaient accuser personne, que 
leurs concitoyens étaient d'obéissants et fidèles sujets et l'avaient 
toujours été. Tresilian leur répondit très simplement qu'à l'arrivée 
de Richard II ils étaient venus implorer sa grâce, mais qu'ils ne 
l'obtiendraient qu'en dénonçant les fauteurs des troubles ; en cas 
de refus, ce seraient eux qui subiraient le châtiment des cou- 
pables. Puis il leur montra les actes d'accusation rédigés en juil- 
let, leur prouvant par ce moyen qu'il était bien renseigné et que 
leur silence ne serait d'aucune utilité. Effrayés, ils cédèrent et 
dénoncèrent un bon nombre de révoltés, tant de la ville que des 
environs. Il réunit encore deux séries de témoins qui confirmèrent 
ces premières dépositions, en sorte que nul ne fut condamné à 
Saint-Alban avant d'avoir été accusé par trente-six jurés '-. 

Du reste l'expiation ne fut pas extrêmement rigoureuse, loin 
de là , dans le comté de Hertford : quinze rebelles seulement 
furent pendus, ce qui est fort peu à la suite d'un soulèvement 
populaire. Naturellement Grindecob, Cadingdone et Barliour 
furent du noml^re. Mais d'autres, comme Richard de Wallingford, 
comme Thomas Payntor, qui avaient pris à la révolte une part 

1. Ilisf. an(/lic., II, 36-37; ici. dans Gcsta ahhatuin, III, 3.")0-351. 

2. Chron. Angl., p. 322-324; id. dans Ilist. aiif/lic, II, 3o-30, et dans 
Gesta, III, 348-349. — Cf. Pauli, Geschichte von England, IV, 333-334, 



l'action judiciaire 153 

éclatante, furent seulement emprisonnés. Des environs, on 
enferma quatre-vingts personnes, La plupart de ces captifs ne 
tardèrent pas à obtenir leur délivrance et, du 20 octobre 1381 au 
20 mai 1382, on ne compte pas dans les rôles de chancellerie du 
Record Office moins de vingt-quatre lettres de rémission en 
faveur des insurgés du llerts. Du reste les chroniqueurs de Saint- 
Alban et de Dunstable revendiquent tous deux pour leurs supé- 
rieurs l'honneur d'avoir intercédé, à maintes reprises, en faveur 
des accusés ^ 

Il semble d'ailleurs que les conseillers de Richard 11, avec une 
modération d'autant plus louable qu'elle est plus rare en temps 
de révolte, avaient eu pour but, moins de martyriser les rebelles 
que de les effrayer en agissant sur leur imagination. C'est dans 
cette pensée, sans doute, qu'ils interdirent k Saint- Alban de 
dépendre les coupables qui avaient sul)i le dernier supplice et 
d'ensevelir leurs restes : les corps devaient rester en plein air, 
exposés aux outrages du temps et sous les yeux de la populace, 
jusqu'au jour où ils tomberaient d'eux-mêmes en poussière, ou, 
suivant la rude expression d'un mandement, tant qu'ils pour- 
raient durer, quanuUu dur are passent. 

Un tel voisinage était lugubre, humiliant, repoussant, pis 
encore peut-être ', et l'on comprend sans peine qu'il ait paru 
insupportable aux bourgeois. Aussi, en dépit de la défense 
ro^'ale, ils enlevèrent leurs morts et les enterrèrent. Richard, 
« admirant cette audace et non médiocrement ému de l'aiïront 
qu'on lui faisait » fit châtier les coupables et ordonna 
de rependre les cadavres. « Nous vous mandons, écrivait-il 
le 3 août, de East-Hampstead, au bailli de Saint-Alban, 
sur votre foi et votre ligeance... de faire fabriquer des chaînes 

1. Chron. Anr/lia', p. 324; ici. dans Ilist. ajiglic, II, 30, et dans Gesta,Ul, 
3oO. — Annales de Dunstaplia, p. 419. — Cf. Pobjchronicon, IX, 7. — Claus. 
5 Rie. II, Pat. 5 Rie. II, passim. 

2. Qu'on en juge par celte description : « Quorum jani corpora, tabe 
fluentia, scatentia vermibus, putrida et fœtentia, odoreni ipsis leterrimum 
refundebant. » (Chron. Angl., p. 320). 



134 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

de fer, de replacer sur les fourches les corps susdits, où qu'ils 
soient, et de les suspendre à ces chaînes de fer •. » 

Ils s'exécutèrent, durent déterrer et remettre au gibet ce qui 
restait de ces cadavres -. A la fin le roi se laissa émouvoir, per- 
mit de leur rendre les derniers devoirs, et l'on peut lire encore 
dans les Patent Rolls cette autorisatit)n. (( Sachez, dit-il, 
que sur les supplications de notre chère reine Anne, nous 
avons donné licence au bailli et au constable de Saint-Alban, et 
à tous autres, de faire ensevelir les os des rebelles qui ont été 
punis de mort à la suite de l'insurrection, sans en être empêchés 
par personne '. » Mais ce mandement n'est daté que du 3 sep- 
tembre 1382 : il y avait donc près de quatorze mois que ces 
malheureux avaient été suppliciés ! 

De même que l'insurrection avait été plus intense et plus vio- 
lente en Sufîolk et en Norfolk que dans le comté de Hertford, la 
répression judiciaire y fut aussi plus longue et plus rigoureuse. 
La direction en fut confiée à William de Ulîord, comte de SuH'olk, 
et les rebelles de cette région n'eurent pas l'honneur d'être con- 
damnés par le grand justicier. Froissart semble dire que le roi 
vint en personne châtier les insurgés de Sandwich et de 
Yarmouth ^, mais ce renseignement ne se trouve confirmé dans 
aucune autre chronique ni dans aucune pièce diplomatique, et 
l'itinéraire de Richard II, que l'on peut facilement reconstituer k 
l'aide des mandements issus de sa chancellerie, ne mentionne pas 
une fois sa jjrésence en cette région. Comme Tresilian, le comte 
de SufFolk avait d'impérieux motifs pour ne guère aimer les 

1. Chron. Anfjl., p. 323-326 (avec la copie <Ui niiindement de Richard II, 
qui est dans Clans. 3 Rie. Il, m. 41); id. dans Ilisl. Anglic, II, 39-40, et 
dans Gesta, III, 334-333. — [Lettres patentes du 10 octobre 1381, ordonnant 
la mise en liberté, movennant une /hie de 18 shillings, d'un certain Thomas, 
emprisonné à Newgate, pour avoir coupé les cordes qui retenaient les pen- 
dus de Saint-Alban : /■'.■(/. 3 Rie. II, part. 1, //). 21.' 

2. Voyez avec quel accent de triomphe le chronicjueui' de Saint- Alban 
rapporte ce fait : Cliron. Amjl., p. 326; id. dans Ilisl. an;/lic., II, iO-U, et 
dans Gesta, III, 333-33G. 

3. Patent G Rie. II, /*.(/•/. l, «i. 21. 

4. Froissart, X, 131 . 



l'action judiciaire loo 

révoltés, il en avait de même de plus personnels encore, car les 
titres et les rôles seigneuriaux de son manoir de Burgh avaient 
été brûlés par les émeutiers et lui-même avait dû fuir devant eux. 

Cette campag-ne judiciaire fut très active : dans le seul comté 
de Sulîolk, il ne se fit pas moins de dix-neuf enquêtes et dans la 
seule ville de Bury on compta jusqu'à cent quatre accusés. Il y 
eut un si grand nombre de rebelles poursuivis, qu'aucun ne dut 
échapper, et les membranes de parchemin sur lesquelles sont 
consig-nées les minutes de ces procès forment une -énorme liasse 
au Record Office ' . 

On ne s'en prit pas seulement aux insurgés et aux voleurs, 
mais aussi à leurs receleurs. Ralph Barbour de Norwich fut 
accusé d'avoir acheté à des inconnus des objets précieux, entre 
autres un psautier, provenant du pillage d'une maison de cette 
ville, celle de Henry Lomynour -. 

Aussi les rebelles s'efrorcèrent de se soustraire à l'inévitable 
châtiment, tantôt par la douceur ou la ruse, tantôt par des 
moyens énergiques ou violents. Certains avaient pris leurs pré- 
cautions à l'avance : John de Sparham et Thomas son lils, ayant 
volé pour cent shillings de poisson à Kimberley, dans le vivier 
de Richard Nooth, lui déclarèrent que, s'il osait jamais se 
plaindre de cette spoliation, ils le tueraient •'. D'autres insurgés, 
lorsqu'ils virent que la répression devenait générale, retournèrent 
chez leurs victimes et les indemnisèrent. James de Bedingfield, 
ayant volé pour une somme de quarante shillings chez Edmund de 
Lakenheath, à Stoke-Ash, et arraché à son bailli, Robert Durant, 
une rançon équivalente, restitua audit Edmund le bien dérobé 
et n'exigea pas du bailli le payement de la rançon '*. William 
Draper et Richard Bray avaient extorqué une livre à la femme 
de William Clere, mais avant huit jours le même Draper rendit 
cette somme au mari •'. 

1. C'est la liasse N. 2, 29, 0, du fond des Assizo Bolls. 

2. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 61. 

3. IhicL, m. 1 part. 5, ot 37 part. 1. 
i. ILiil., m. 4, /». 9 part. 2. 

5. Ihid., III. 1 pari. 2 d., et m. 29. 



lo6 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

D'autres, en bien plus grand nombre, prirent simplement la 
fuite, et parmi eux quelques-uns des chefs de l'insurrection, 
notamment les lieutenants de Geoffrej Lystere, John Wattes, 
Richard Bemond, et bien d'autres, car les documents en révèlent 
au moins une vingtaine. 

Enfin quelques-uns recoururent à la délation, dans l'espérance 
de sauver leurs jours. Ils dénonçaient à leurs juges des complices 
inconnus. Aoire même des innocents, par un acte nommé appel 
(appelluni), et eux-mêmes devenaient alors des prouveurs (pro- 
batores). Ils cherchaient avant tout à rejeter sur autrui la res- 
ponsabilité première de leurs délits ou de leurs crimes. Ce pro- 
cédé pouvait être bon : si leurs accusations étaient reconnues 
exactes, surtout si elles avaient pour effet de révéler le nom 
d'un grand coupable, ils pouvaient obtenir leur grâce; si leurs 
dénonciations étaient fausses, ou s'ils se voyaient contraints d'y 
renoncer, leur sort n'en était qu'aggravé ; mais du moins cette 
pratique avait pour résultat de reculer leur supplice, d'allonger 
leur vie de quelques jours : si ce n était pas le salut, c'était tou- 
jours un répit ^ Tel fut le cas de Thomas Sampson, le riche 
insurgé du Sulîolk, qui se porta l'accusateur de son compagnon 
de révolte, le clerc John de Battisford -. 

Tel fut surtout le cas de John Wrawe. qui dénonça une foule 
de personnes, s'efforça de compromettre des gens de marque, des 
chevaliers, par une basse et suprême vengeance d'homme perdu. 
L'appel qu'il fit fut si considérable que le roi l'évoqua à son Banc, 
par une lettre du 22 septembre. Par malheur pour Wrawe, le jury 
acquitta quelques-unes des personnes qu'il avait accusées et 
son supplice fut alors certain : sur la demande des chevaliers de 
comté réunis au parlement de juin 1382, il fut condamné à être 
traîné sur la claie et pendu ^•. 

1. Coram rege, o-6 Rie. II, passim. 

2. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 24. — Patent Rie. II, part. 2, m. 16. 

3. 'L'apellum de John Wrawe, que nous pul)lions dans noire Appendiee I, 
emplit les membranes 26, 26 d. et 26 his du Coram rege Roll Easter 5 Rie. II 
— Voy. aussi Coram rege Michaelm. 6 Rie. II, m. 8, 8 d., 10, — Vita Ricardi, 
p. 36. — Chron. Angl., p. 347 ; id. dans Hist. anglie., II, 63. 



l'action judiciaire 1o7 

En revanche, d'autres insurgés eurent à l'audience une attitude 
très digne, d hommes sûrs de leur conscience, qui ne tremblaient 
j)as et qui attendaient avec sérénité le supplice auquel ils se 
savaient destinés. Tel fut John Wryghte : accusé d'avoir poussé 
à la révolte dans toute la liberté de Saint-Edmund, il reconnut 
ses actes et les défendit. De même George de Dunsby, à qui 
l'alderman de Burv reprochait le même crime, ne chercha pas à 
nier ce qu'on lui reprochait : il 1 avoua, et s en (it gloire K Aussi 
la sanction suprême ne se fît pas attendre, et à la suite des frag- 
ments de rôles où ces fières réponses se trouvent consignées, on 
lit cette simple, mais éloquente mention : « Il a été décidé que 
le susdit George de Dunsby serait décapité et que sa tète serait 
exposée au pilori -. » La fermeté et l'héroïsme étaient de mauvais 
arguments, et la seule manière d'émouvoir la pitié des juges était 
de s'en remettre à leur bienveillance et à leur discrétion. 

(( L'évèque-', » dit le chroniqueur Knighton, « traitant les révol- 
tés comme ils le méritaient, n'épargna personne, prodiguant aux 
uns la mort, aux autres la prison et les fers ^. » Cette assertion 
est évidemment exagérée ; dans une certaine mesure aussi elle 
est inexacte parce qu'il n'y eut pas d'autre peine que la mort 
pour les insurgés, et que ceux qui ne furent pas exécutés furent 
acquittés ou graciés. Mais, k la vérité, il semble bien que les con- 
damnations aient été fort nombreuses : pour le Suffolk on peut 
relever seize noms de rebelles qui furent décapités, et rien ne 
prouve que la liste en soit ccnnplète; pour le Xorfolk, on n'en 
compte pas moins de vingt-huit ^. Si à ces rebelles exécutés on 



1. « Qui quidom Johannes ibidem sjjonte coguovil et sustiiiuit omnes 
felonias et prodiciones sibi impositas. » — « Qui quidam Georgius... omnes 
feloiiias et prodiciones sibi impositas sponle et non vi cognovit, et bene et 
aperte sustinuit. » {Ass. Rolls, X. 2, 29, 6, m. 2o.) 

2. Ibidem publ. par Powell, vp. cit., p. 127]. 

3. Henry Spencer fut désigné parmi les juges cliargés de poursuivre et 
de punir les émeutiers. 

4. Knighton, 11. 140-141. 

5. Ass. Rolls, N. 2, 29, 6, m. 1 à 3. — Coram rerje Rolls, jyassim. — . 
Escheaiors Inquisitions, ^orf. et Suff., 4-b Rie. II, m. 8, M, 12, 14, 



158 RÉPRESSION DI-; LA RÉVliLTI-: DANS LI::s TROIS COMTÉS 

ajoute les révoltés qui tombèrent sous les coups de Spencer k la 
bataille de Xorth-Walsham. il faut bien reconnaître en définitive 
que dans ces deux comtés, plus d'insurgés qu'ailleurs moururent 
victimes de leur soulèvement. 

Ce que l'on peut remarquer aussi, c'est que les plus coupables 
ne furent pas toujours les plus punis. Walter Coseler. poursuivi 
pour la part qu'il avait prise au pillage du château de Metting- 
ham. fut condamné à mort. Thomas Sampson, le grand émeu- 
tier de la région dipswich, fut condamné, il est vrai, à la peine 
capitale, mais bénéficia d'une lettre de surséance, puis d'une 
lettre de grâce, du li janvier 1383 '. De même Roger Bacon, 
lieutenant de Lvstere, qui s'était emparé de Yarmouth, qui avait 
lacéré les privilèges de cette ville, qui s'était rendu coupable de 
pillages et de meurtres, obtint sa grâce le 18 décembre 1381 '-. 
Il est juste d'ajouter qu'il était chevalier, et cette circonstance, 
que bien des esprits trouveraient aggravante, atténuait ses fautes 
et le recommandait k la bienveillance des grands. 

Si la répression judiciaire fut rigoureuse dans ces comtés, les 
pouvoirs jDublics n'agirent sur elle que pour la modérer, et là 
comme à Saint-Alban leur influence fut bienfaisante. Dès le 
18 juillet, Richard mandait à William de l'iford et à ses collègues 
de suspendre leuj" procédure relative aux insurgés, quitte à punir 
immédiatement ceux dont la culpabilité était certaine et à garder 
les autres en prison 2. Cette pièce, que Rymer a publiée dans ses 
Fœdcrn, fut confirmée et développée le 19 août par une lettre 
plus importante, qu'il a omise : le roi y priait les juges de Suf- 
folk et de Norfolk de lui envoyer les actes d'accusation qu'ils 
avaient fait dresser, et de surseoir à toute arrestation et à tout 
procès ^. En somme, it évoquait à son Banc la cause des inculpés 
et prévenait de nouvelles poursuites. 

1. Ass. /?o//.s', N. 2, 29, ('), m. 2k — dontin ror/e, Ililar. tj Itic. II, m. 
14 et 14 his. 

2. Corani rccje, Ililar. 5 Rie. II, m. l'J Ai/.s d. 

3. Rymer fRec. Conimiss.), IV, 128. 

4. Clans. !i Rie. II, m. 38 d. — [Le niènu' ordre fut renouvelé le 30 août, 
et envoyé non seulcnient aux juges de Norfolk et de Suffolk, mais à ceux 



l'action judiciaire 459 

Ainsi l'expiation judiciaire se poursuivit et s'acheva partout 
sans secousses, sans heurts, par le jeu naturel des institutions 
et des lois. A ce propos une double constatation s'impose. 

D'abord, il est très remarquable que dès le xiv" siècle, même 
en des circonstances aussi exceptionnelles qu'une insurrection 
populaire, les pouvoirs publics aient respecté la pratique du jury, 
qu'ils aient consenti à voir juger les rebelles par leurs compa- 
gnons de révolte, qu'ils en aient laissé acquitter un très grand 
nombre, en un mot qu'ils aient reculé devant les juridictions 
arbitraires dont certains ministres français, comme Richelieu et 
Colbert, par exemple, firent encore un sinistre usage, près de 
trois siècles après. 

En second lieu, ce qu'il ne faut pas moins admirer, c'est 
combien furent modérées, en 1381, la vengeance royale et celle 
des grands seigneurs, en dépit des horreurs commises par les 
rebelles : pas de qviestion préalable, pas de torture, point de 
peine plus cruelle que la pendaison ; rappelons-nous en revanche 
la barbare diversité des supplices prodigués à la suite de la 
Jacquerie, la mort de Guillaume Gale par exemple et com- 
parons-la à celle de John Bail ; mais songeons surtout que la 
torture et que le châtiment de la roue florissaient encore en 
France en plein xviii" siècle et que François Damiens, misérable 
fou qui avait égratigné Louis XV d'un coup de canif, fut écartelé 
vivant. 

des comtés de Hcrlford, dEssox. dv Surroy, do Sussox, de Middlescx, do 
Londres, de Bedford, do Bnokinghani, de Cambridge, de Ilunlingdon, de 
Lincoln, do Northampton, d'Oxford, do Rorks, do Southamplon, de Wilts, 
de Glocestoi- [Clans. 3 Rie. II, m. 40). Les juges de Kent reçurent une 
prescription identique le 3 septembre (Ihidenij. Ce fut donc une mesure 
générale concernant les comtés troujjlés par linsurreclion.j 



CHAPITRE m 



L A3LNISTIE. LE CAS DES BOURGEOIS DE BLUY 



Le pnrlemenl de novembre 1 38 l-fcvriei- 1382 ohlienl la ;jr;ice des rebelles, 
snuf quelques exceptions. Insurgés des ti-ois comtés exclus de l'aninisfie. — 
Les parlements d'octobre 1382 et de février 1383 se font concéder une 
arnnistie plus large. — La question de Burjj est réservée. Amende de 
2.000 nïarcs. Engagements j)ris par les bourgeois. La perception de l amende 
ne s'achève qu'en 1386. 

Ainsi les conseillers du roi, les juges, les officiers publics 
restèrent maîtres d'eux-mêmes et ne se livrèrent pas un instant 
à leur passion. Les poursuites furent toujours équitables, les 
supplices ne furent jamais cruels. Bientôt on sut même par- 
donner. 

Au parlement qui commença à Westminster le 3 novembre, et 
qui, après une prorogation de quelques semaines, se tint de nou- 
veau jusqu'au 2") février 1382, la question de la révolte fut mise à 
l'ordre du jour. Nobles et bourgeois furent d'accord pour anéantir 
les effets possibles de l'insurrection, pour annuler publiquement 
les privilèges sociaux conquis par les rebelles, pour rétablir les 
seigneurs dans tout leur pouvoir et c'est à l'unanimité qu'ils déci- 
dèrent que les serfs resteraient serfs ^ 

Ce premier point acquis, ils ne songèrent qu'à pallier les fautes 
des rebelles et déclarèrent « qe bon fust qe nostre seigneur le roi 
fist sa grâce à ceulx q'ont trespassez en cest rumour. aufin de 

1. Botul. Parliam., III, 00 />-100 a. — Gesla abhatum, III, 3o6-359 (avec 
le texte du statut). — Voy. Rogers, Uist. ofagric, I, 02-93 ; Stubbs, Constit. 
hist., II, 482-484. 



I.'aMMSTIE. le cas des ROURrTEOTS DE RURY 161 

mettre partant le meillour repos et quiète en le roialme ^ », 
alléguant que le peuple d'Angleterre était resté en paix entre 
lavènement de Richard II et l'année 1381, et que la reine Anne 
avait spécialement sollicité le pardon des coupables. Cependant ils 
proposèrent d'exclure de cette grâce diverses villes, et notam- 
ment Saint-Edmund's-Bury, ajoutant que l'amnistie ne devait pas 
s'étendre non plus aux fauteurs de l'insurrection, idée souverai- 
nement équitable, ni aux accusés qui s'étaient faits prouveurs et 
qui souvent n'avaient cherché dans la délation qu'un répit à leur 
supplice, ni aux meurtriers de Simon Sudbury, du prieur de Saint- 
Edmund et de sir John de Cavendish ; enfin les rebelles en fuite 
ou échappés de prison ne devaient pas en profiter davantage. 
Quant aux autres, c'est-à-dire à la masse des insurgés, ils 
devaient, pour bénéficier de cette rémission, venir chercher à la 
chancellerie des lettres de grâce avant la Pentecôte suivante -. 

On peut remarquer au passage le grand rôle joué dans le sou- 
lèvement par les rebelles du SulTolk : la ville de Bury, les meur- 
triers de John de Cambridge et du grand justicier furent tout 
spécialement exclus de l'amnistie, alors qu'on pardonnait aux 
révoltés qui avaient assassiné le grand trésorier et tant d'autres. 
Il semble que les violences commises dans la liberté de Saint- 
Edmund aient produit sur les contemporains une impression 
terrifiante. 

Le roi sanctionna les demandes des communes, et par un acte 
général du 13 décembre 1381, il notifia cette décision à tous les 
shériffs -^ Puis il fit publier une liste des rebelles auxquels cette 
rémission ne devait pas s'appliquer. Pour le comté de Hertford, 
elle fut très courte, et ne comprit que quatre noms, William 
Bilche,de Aldbury, John Coltman, de Clavering, Stephen Treu- 
body, de Codicote, William de Stable, de Saint-Alban. Mais il y 
en eut seize pour le Norfolk et dix-huit pour le Sulïolk : on y 
retrouve une partie des meneurs, tous ceux qui n'avaient pas 

1. liotul. Parliam., III, 100, n» lo. 

2. Ihicl., p. 103, n» 32. 

3. Rvmer (Rec. Comm.), IV, 13(3. — Cl". Kiiighton, II, loi. 

Méin. PI ilnr. lie l'École des Chartes. — II. 11 



102 UKlT.ESSKiN Di: LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

encore été exécutés. John ^^'attes. llicliard Filmond. John 
Gentilhomme, Thomas de Suilolk. Henry Rvse. Thomas Oselak. 
John Wrawe. Robert Westbroun. une des nombreuses majestés 
populaires qui surgirent dans le soulèvement, John de Battisford, 
Thomas Sampson et plusieurs autres, moins célèbres K 

Du reste ces listes furent dressées avec assez de légèreté. Ainsi 
John Creyk et John Bettes de Wvmondham furent tous deux 
exclus de ranmistii' : mais à l'audience où comparut John 
Creyk. on s'aperçut que ces deux noms ne désignaient qu'un 
seul et même personnage. Ces erreurs proviennent d'un fait 
très simple, c'est qu'il y eut souvent plusieurs actes d'accu- 
sation dressés contre un même rebelle, en des lieux diffé- 
rents, sur les dépositions de témoins qui le désignaient sous 
divers noms ou surnoms. Quand ces pièces de procédure 
furent évoquées au Banc du roi. les ofFiciers de justice crurent 
qu'il s'agissait de personnes n'ayant rien de commun. [Parfois 
un des presenfments prévenait Terreur en montrant que tel 
insurgé portait à la fois deux noms : Adam PuUer, alias vocatus 
A da m Ma rfyn.]- 

Dans la liste formée pour le Norfolk, il s'introduisit 
quelques noms d'accusés innocents. Tel fut John Spayne, cor- 
donnier de Lynn : on lui reprochait d'avoir provoqué le soulève- 
ment dans cette ville et même d'avoir tué un Flamand. Mais 
Tévèque de Xorwich, Henr}' Spencer, affirma qu'il n'était pas 
coupable, qu'il avait été victime de calomnies, et il obtint en sa 
faveur une lettre de rémission du 21 mai 1383 •'. D'autres 
enfin, comme ce John Creyk dont on avait dédoublé la personna- 



i. liotiil. Parll.nn.. III. 111 A. 

2. Coram reffe, Eaaf. G Hic. Il, m. i'i. — '^Powell, op. cit., p. 132.^ 

3. Pat. 6 Rie. II, part. 3, m. 10. — [En 138(3, cotte grâce fut renouvelée 
(Pat. 9 Bic. II, part. 2, m. i) et John Spayne fut renvoyé définitivement 
absous (Coram rege, Trin. 9 Fiic. II, jh. 1 cl.). Toutefois les mentions 
si fréquentes du nom de John Spayne dans les enquêtes, et les termes 
mêmes de l'acte par lequel on le remet définitivement en liberté, donnent 
à penser que Tévêque de Norwich avait mis son crédit au service d'une 
assez mauvaise cause.] 



l'amnistie, le cas des BOLRdEOIS DE BLRY 163 

lité, furent acquittés par le jurv, bien que leurs noms eussent été 
inscrits sur la liste des impardonnables K 

L'amnistie ne tarda pas à s'élargir encore à la requête du parle- 
ment de Westminster. Les communes demandèrent au roi de 
l'étendre aux villes qui en avaient été d'abord exclues, réserve 
toujours faite des noms qui avaient été exceptés par especial. 
Richard II, ou plutôt ses conseillers — car il était encore d'àg-e 
tendre et sa participation aux affaires publiques ne devait être 
que nominale. — y consentirent, sauf pour la ville de Bury qui 
resta seule à 1 écart et comme en pénitence : c horspris par 
exprès la ville de Bury Seint Edmon. quele le roi ne voet mie, 
a cause de leur outrageouse et horrible meiïait de longtemps con- 
tinuez, ait par aucune voie part de la grâce avaunt dite, ne ne 
soit compris en y celle -'. » 

Au parlement d'octobre 1382, les communes, toujours 
pleines d'une habile et prévoj'ante sollicitude pour les insurgés, 
obtinrent du roi de nouvelles concessions. Richard II n'avait 
primitivement accordé sa grâce qu'aux rebelles qui viendraient 
réclamer au conseil leur charte personnelle de rémission. C'était 
une mesure fiscale qui avait pour but unique de faire payer des 
droits élevés de chancellerie. Mais les communes firent observer 
que les plus pauvres, qui étaient sans ressources, ne pouvaient 
supporter ces frais ajoutés à ceux du déplacement, et que plu- 
sieurs, craignant d'être expos'és à des poursuites, s'étaient enfuis 
et vivaient dans les bois. Aussi elles supplièrent le roi d'accorder 
aux insurgés sa grâce sans réserves, qu'ils eussent ou non sollicité 
une charte. Richard s'y prêta comme toujours, mais en maintenant 
les exceptions primitives ■'. Au parlement suivant, réuni en février 
1383, l'amnistie fut confirmée dans les mêmes termes, et l'on 
n'accorda qu'un délai restreint à la partie civile pour faire valoir 
ses revendications contre les rebelles ^. 

1. Corain rege, East. G Rie, II, m. 2'j. 

2. Rotul. Parliam., III, 118 a, n" xxin. 

3. Ihid,, p. 139 h, no xx. 

4. Ihid., p. 147 a, n" vi. — Slafii/es, II, 30-31. ii"^ m à v. — Corain rege, 
Tria. (3 Rie. II, 7?i. 23. 



loi RÉPRESSION ))F. LA HKVOLTF. DANS LF.S TROIS COMTKS 

Ainsi, à la fin de 1382. on peut dire que 1 affaire du sou- 
lèvement était vidée, ou plutôt quelle se réduisait à la ques- 
tion de Burv, qui resta pendante durant plusieurs années encore. 

Les bourg-eois de cette Aille aAaient été mis littéralement au 
ban de la société, et toute fonction publique leur était interdite. 
Un d'eux. Rog-er Potter. désigné par még-arde parmi les collec- 
teurs du dixième et du quinzième pour le comté de Suffolk, fut 
révoqué par un mandement du 8 décembre 1382. « Les habitants 
de cette A'ille, lit-on dans cet acte, ont été exceptés de toute 
g-ràce, à cause de leur inqualifiable conduite. Aussi ledit Roger, 
qui est du nombre, est par cela même inhabile à IcAcr ce dixième 
et ce quinzième ' ». Ils étaient comme frappés d'incapacité civile. 

Mais cette exclusion ne pouA-ait pas être déimitiA'e et un 
accommodement ne tarda pas à se produire : le 22 déeemlîre 1382, 
Richard II fitsaAoir parmi mandement qu'il accordait sa paix aux 
g'ens de Saint-Edmund's-Bury. De g-rands personnages aAaient 
intercédé en faveur de cette ville ; plusieurs bourgeois avaient hum- 
blement imploré, au nom de tous les habitants, la bienA'eillance 
du roi; ils avaient offert, pour se racheter, une amende géné- 
rale de deux mille marcs, s" engageant à remettre le premier 
quart le 20 janA'ier, autant le 24 juin et le reste avant la Noël 
suivante. En conséquence le souverain les admettait en sa grâce 
et promettait même d'obtenir des religieux une renonciation 
générale à toute poursuite judiciaire; enfin il chargeait les repré- 
sentants de la A'ille et douze autres bourgeois d'imposer les habi- 
tants en proportion de leurs ressources, pour les faire contribuer 
au paA-ement des deux mille marcs-. 

1. "... Quia lamen omnes cl singuli burgonscs et inhabilanlcs dicte ville 
de Sancto Edinundo, pi-opter enormem ipsonim gestum et defectum, ab 

oniiii gracia generaliter sunt exccpti, sicque per consequens ipsum 

Rogerum, qui unus de villa predicta sic exislit, tanquam personam pi-ivatam 
a gracia et remissione hujusmodi inter dictas personas generaliter exceptas 
advertimus comprehendi; per quod prefatum Rogerum ad levacionem et 
coUeccionem hu}usmodi décime et quintedecime iuhabilem et minus sufïî- 
cientem reputantes... » {Claus. 6 Rie. II, part. 1, m. 7.) 

2. Clans. 6 Rie. Il, part. 1, m. 7. Cet acte est reproduit en grande partie 
dans celui du 14 décembre 1383. fVoy. plus bas, p. 166.) 



l'aMMSÏII^. le cas des BOUimEOlS DE BUKY 165 

On se mit apercevoir cette amende, non sans quelque difiiculté : 
parmi les collecteurs eux-mêmes, parmi ceux qui s'étaient 
rendus auprès du roi, qui lavaient supplié de leur octroyer son 
pardon, il y eut de 1 indolence, plus même, de la mauvaise 
volonté, et par un mandement du 6 janvier 1383, Richard II 
ordonna d'arrêter au plus vite Thomas Fornham, qui s'était 
engagé à faire payer l'amende, mais qui ne s'était donné aucune 
peine et qui avait même excité les habitants à se soustraire à 
cette obligation, et empêché ses collègues de lever la somme en 
les menaçant de mort '. 

Cependant le roi s'était engagé au nom de l'abbaye et avait 
promis qu'elle n'intenterait aucune action aux insurgés. Il avait 
sauvegardé les intérêts de sa cassette et se faisait largement 
payer; mais les religieux n'obtenaient pas une obole. Aussi 
montraient-ils peu d'empressement à accepter cet accord et, de 
même que Richard II avait été acheté par les rebelles, il dut à son 
tour acheter le consentement des moines. Par un acte du 17 mai 
1383, il octroya à l'abbaye la moitié des mille marcs que les gens de 
Bury devaient encore à la couronne. Moyennant cette somme, on 
lui promettait que le futur abbé accorderait aux bourgeois l'entière 
renonciation qu'ils désiraient, scellée du sceau de la communauté, 
et cela volontiers, sans retard et sans difficulté •'. 

1. " Scias quocl cmii |)i'ece[)imus Tlionic Fl'ornham, de Burv,ac certis aliis 
ligeis nosUis ville prodictc, quod ipsi circa levacionem duorum milium 
marcarum, nobis in cancellaria noslra por ipsos, pro se et omnibus aliis 
ville predicte, pro quodani fine nobiscum certis de causis facto, recognita- 
rum, intenderent, et nobis juxla formam recognicionis predicte respon- 
derent, et licet iideni ligei noslri hujusmodi pecuniam levasse voluerint, 
prediclus lamen Thomas, circa levacionem pecunie predicte non laborando, 
nec diligenciam suam pro levacione ejusdem faciendo, quosdam homines 
ville predicte ad contribuendum solucioni ejusdem summe per varias exci- 
laciones in tantum impedivit, quod predicli ligei nostri pecuniam predictam 
juxta effectum mandati nostri predicli eis inde directi levare non potuerunt, 
eisdem ligeis nostris tantas minas, ea occasione, imponendo, quod de vita 
sua multipliciter desperanl... .) {Pa(. ù Rie. Il, part. 2, m. 2"j durso.) 

2. « Proviso semper quod predicli fulurus abbas et convcntus omnibus 
personis prcdictis hujusmodi remissionem, relaxacionem el quictanciam sub 
sigillo suo prediclo ad requisicioncm noslram faciant absque difficultalc 
aliquiili. " P;il. h'ic. U.iiurl. à, m. 8.) 



166 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

Quelques jours après, conformément aux privilèges du monas- 
tère, le roi laissa également aux religieux les biens confisqués sur 
les rebelles suppliciés ou en fuite, dans un certain nombre de 
centaines autour de Tabbaye, biens qui s'élevaient à dix livres, 
trois shillings et quatre pence '. 

Alors s'engagea entre ces trois parties un assez plaisant con- 
flit, chacune s'efforçant dx)btenir le plus possible en accordant le 
moins : les habitants se plaignaient de n'être pas rentrés encore 
dans le droit commun et tâchaient pourtant de se soustraire au 
payement de leur amende; le roi réclamait son du. et ne leur pro- 
mettait en échange que la bienveillance de l'abbé; les religieux 
eniin ne consentaient à céder que si on les dédommageait et 
ils demandaient en outre des garanties pour l'avenir. 

Ce conflit fut fort long. Au parlement de novembre 1383, 
lalderman et vingt-trois bourgeois se présentèrent devant le 
conseil du roi. se plaignant amèrement que leur ville fût toujours 
exclue de l'amnistie. Ils firent observer qu il n'y avait eu qu'un 
nombre limité d'insurgés, que toute la communauté cependant 
avait été punie et qu'il y avait disproportion entre la faute et le 
châtiment. Ils priaient donc le roi et le parlement de gracier au 
moins les innocents -. 

On ne leur fit pas de réponse; mais vers la même époque, par 
un mandement du 14 décembre, le roi consentit à proroger jus- 
qu au 2 février suivant le payement des cinq cents marcs qui lui 
étaient dus. prorogeant d'ailleurs par la même occasion le paye- 
ment des cinq cents marcs qu il avait promis à l'abbaye, car 
celle-ci ne s'était pas encore décidée à remettre aux habitants la 
renonciation convenue ; et pour le cas où elle s'obstinerait dans 
ce refus, il convoquait, pour le 2 février également, les repré- 
sentants des bourgeois à son conseil '. 

Les religieux persistèrent sans aucun doute, car le lo février 
1384, Richard manda aux trésoriers et aux barons de l'Echiquier 

1. Clans. 6 Bic. II, part. 2, m. 4. 

2. Rotul. Parliain., III, p. l7o .(, n" 2. 

3. Claus. 1 Rie. II, m. 22. 



l'amnistie, le cas des bourgeois de IîURY 167 

de surseoir totalement à la perception de l'amende, jusqu'à ce 
que l'afTaire eût été définitivement réglée '. 

Et en effet les moines se défiaient de l'avenir, non sans raison. 
Ils avaient quelque motif de ne pas croire aux respectueuses 
promesses des habitants de Bury : l'histoire souvent trag-ique du 
passé leur fournissait sur ce point dutiles enseig-nements. Il ne 
leur suffisait pas que les bourgeois prissent l'engagement de 
demeurer en paix, ils voulaient avoir de solides garanties. 

Déjà au parlement de février 1383, il avait été spécifié que 
les gens de cette ville devraient trouver « seuretée suffisante de 
lour bon port en temps a venir si bien a nostre seigneur le roi 
come à 1 abbeye de Bury, par manere qad esté ordenez par le 
conseil nostre seigneur le roi devant ceste heure ' ». En termes 
plus clairs, on leur imposait de s'obliger sur leurs personnes et 
sur leurs biens à ne plus se révolter. Mais, avec l'adresse et la 
ténacité que savent déployer même les gens les plus bornés 
quand leurs intérêts sont en jeu. ils parvinrent pendant plus 
d'une année à se dérober à l'inexorable nécessité, car au mois de 
mai I38i, l'abbé, non moins résolu, réclamait encore en parle- 
ment ces précieux engagements, et demandait justice au roi. 
Pour hâter le règlement de cette affaire, dont la solution avait 
tardé si longtemps, il présenta un modèle de reconnaissance que 
tous les habitants, de gré ou de force, seraient appelés à sou- 
scrire. Faisant remarquer aussi que plusieurs, en prévision de ces 
obligations, avaient aliéné à des étrangers leurs terres et leurs 
tenures pour les soustraire à l'imposition, il proposa qu on 
frappât tous leurs biens, ceux qu'ils possédaient encore, comme 
ceux dont ils s'étaient récemment défaits •^. Il ajouta cpie 1 on 
pourrait procéder de la façon suivante : six des principaux bour- 
geois : Richard White, Thomas Lakforthe. John Osbern, John 
Tollere, Ro^^er Rose et Richard de Rou"ham se trouvaient alors 

1. 'i Quousque materia predicla per nos el consilium nostrum finalilor 
discussa fuerit. « ((Uaiis. 7 Rie. II, m. I t il.) 

2. Roliil. Parlinm., III. 147 ,'{. n" vi. 

3. noliil. Purliiini.. 111, p. 170 A, 171 ;t, n" 1'.». 



1G8 HÉPKESS10> Di: LA UÉVOLTE DANS LES TROIS CU3ITÉS 

à Salisburv où se tenait le parlement ; il ne fallait pas les laisser 
partir avant qu'ils eussent fourni pour leur part les sûretés 
demandées; en second lieu, le roi pourrait appeler en chancel- 
lerie cinquante habitants de Bury que labbé désignerait, pour 
les soumettre à la même obligation ; quant à la masse, Richard 
chargerait certains commissaires dûment ({ualifiés , de lui 
imposer des reconnaissances analogues. Enfin il supplia le roi de 
ne plus tarder, et d'agir avec toute la célérité possible, « qar le 
proloignement qe unqore est et qe ad esté tan qe en cea, est et 
ad esté trop perilliouse a aoz oratours, abbé et couvent desuiz 
ditz *. » C'était en somme tout un plan que l'abbé suggérait 
au parlement. 

Le parlement adopta chacune de ces propositions, et admit 
également que 1 on usât de la contrainte par corps envers les 
récalcitrants, bien que ce précédent fût contraire à la loi com- 
mune, « nient contreesteant qe la comune cours du loy de la 
terre si est encontre ceste grant et ordinance -. » 

A leur tour les conseillers du roi procédèrent comme on le 
leur indiquait, et les bourgeois de Bury, présents à Salisbury, 
durent sans doute s'exécuter. Puis on imposa les gens de la ville, 
et l'on peut voir encore au Record Office la lettre que le roi 
adressait à ce propos, le 24 juillet 1384, aux clercs de la chancel- 
lerie royale, et où il leur mandait de recevoir et d'enregistrer les 
engagements souscrits -^ 

Voici de quelle façon on procéda, et sous quelle forme ces actes 
furent libellés : on répartit sinon tous les habitants, du moins 
tous les chefs de famille de Bury en douze groupes, et les 
membres de chacune de ces sections se reconnurent, eux et leurs 
descendants, redevables d'une somme de dix mille livres au roi 
et d'une somme égale à l'abbé, payables à la Saint-Michel sui- 
vante '*. 

1. RoluL Parliam., III, p. 171 a. 

2. Ibid., p. 171 b-n-2a. 

3. Pat. 8 Rie. II, pari. 1, m. 3o dorso. 

4. Claus. 8 Hic. II, m. .37 dorso et m. 36 dorso. — Modèle d'engagement de 
chaque groupe : « Jacobus de Marham, etc.. de villa Sancti Edmundi de 



LAMM.STIE. LE CAS DES lîUUtK.EOlS DE BUliV 169 

Ces contrats étaient suivis d'une clause résolutoire, car dans 
un mémorandum annexe il était spécifié que, si la conduite des 
bourg-eois était pacifique, s ils ne se révoltaient ni contre le roi, 
ni contre le monastère, le payement de cette dette ne serait pas 
exigé, et la convention serait nulle •. Mais s'ils faisaient mine 
de se rassembler et de se soulever, la susdite oblig-ation serait 
valable, aux dépens de ceux qui se seraient compromis dans les 
nouveaux troubles -, 

Sept cent vingt-deux personnes, dont quarante-cinq clercs et 
ving't-deux femmes, furent soumises à cette épreuve. Les g-ioupes 
furent de composition très variable, trois d'entre eux ne com- 
prenant qu'un seul membre chacun, les autres en contenant jus- 
qu'à cinq cent soixante. Les premiers étaient évidemment formés 
par les gros bourgeois de la ville, les autres se composant de gens 
du peuple. L'opération commença le 2 juillet 1384 et ne s'acheva 
que le 13 février 138o, Ce n'est pas sans une certaine difïiculté 
c|u"elle s'accomjîlit : il y eut dans la ville des rassemblements de 
jour et de nuit, des menaces à l'adresse de l'abbaye, envers 
laquelle les habitants continuaient à nourrir des sentiments de 
haine, et le 1"' septembre 1384, Richard mandait aux aldermen 
de réprimer au plus vite ces excès, qui du reste n'eurent pas de 
suite 3. 

Bury, recognoverunt se et heredes suos, el quemlibet eorum et heredes 
cujuslibet eorum in solidum, debere domino régi decem milia librarum, sol- 
venda ei in festo sancti Michaelis proxime futuri. Et nisi fecerint, concedunt 
quod predicta pecunia levetur de terris et catallis suis in villa de Bury 
Sancti Edmundi in comitatu SufTolchie n (Clans. 8 Bic. II, m. 37 cl.). 

1. «... Tune predicte recogniciones nullius sint roboris vel virtutis. » 

2. Claus. 8 Rie. II, m, 37 c/. et m. 36 d. — Pal. 8 Bic. II, part. 1, ni. 
3b f/. — Cf. Botul. Parliam., III, 171 a et h. 

3. « Sciatis quod, cum datuni sit nobis intelligi quod quamplurcs ligei 
nostri mediocris status ville predicte in convenficulis illicitis ibidem tam de 
die quam de nocte se congregaverunt et fecerunt uniri, et hujusmodi con- 
venticula ibidem ex nunc facere et continuare, et, per hec, dampna que 
poterunt certis fidelibus nostris et maxime dilectis nobis in Christo abbati et 
conventui de Bury, pênes quos animum, ut dicitur, gerunt malivolum, tam 
de corporibus quam de domibus , bonis et possessionibus suis, inferre 
intendunt et minantur... » (Pal. 8 Bic. Il, part. 1, m. 27 d.) 



170 RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

C'étaient d'énormes sommes que les g^ens de Bury s'étaient 
eng-ag'ésà payer ; ehacmie des douze sections devait donner en cas 
de révolte vingt mille livres, le total montait donc à deux cent qua- 
rante mille livres. Pour une petite ville comme celle-là, c'était 
plus que la ruine de tous les habitants. L'abbé comptait que la 
prévision de cet effroyable châtiment serait la plus sûre des 
garanties pour le monastère. 

D'ailleurs les bourgeois n'en avaient pas fini avec les reven- 
dications des religieux : au parlement de Salisbury, ceux-ci 
avaient également réclamé les cinq cents marcs que le roi leur 
avait promis, déclarant qu'ils ne pardonneraient qu'après avoir 
obtenu cette indemnité. Il restait donc à lever ce qui était dû 
encore de la taxe première. 

Mais la fatalité, aidée sans doute par les bourgeois de Bury, 
s'acharna sur cette opération. D'abord, au parlement de mai 1384, 
les représentants de cette ville firent observer qu'un bon 
nombre de coupables avaient quitté Bury et s'étaient établis à 
Norwich, à Colchester ou ailleurs, se dérobant ainsi au paye- 
ment de l'amende, et ils demandèrent qu'on les fît rechercher et 
qu'on les imposât pour leur part. Le roi leur fit répondre qu'on 
citerait ces fugitifs en chancellerie et qu'on étudierait leur 
cas '. 

L'année suivante, les conseillers de Richard II apprirent que 
certains habitants de Bury refusaient leur contribution : alors un 
mandement royal, du 5 février 1385, chargea l'alderman Roger 
Rose et vingt-trois autres citoyens de la ville de la leur imposer 
par la contrainte, de façon que le produit total pût être versé au 
trésor au plus tard dans le courant de la semaine de Pâques \ 

La semaine de Pâques se passa, et l'amende n'était pas payée. 
On avait appris dans l'intervalle que les collecteurs désignés par 
Richard II et chargés de taxer leurs concitoyens en proportion 
de leur avoir, « fidèlement, rapidement, raisonnablement », 



i. Rot ni. Pnrii.im., III, I7î> h, n° 2. 
2. Pal. S Hic. II, pari. 2, ni. 36 dorso. 



l'amnistie, le cas des bourgeois de blry 171 

avaient profité de ce poste de confiance pour contribuer très peu, 
leurs amis et evix, bien qu'ils fussent les plus riches de la ville, 
et pour charger outre mesure les pauvres, « contre tout devoir 
et toute justice ». Même ils avaient prélevé plus qu'il n'était néces- 
saire, et par ce moyen indélicat avaient empoché une somme 
considérable'. Il fallait donc dresser un nouvehétat de la 
richesse publique à Burv, répartir la taxe plus équitablement, 
forcer les collecteurs à remettre les rôles de la levée, enfin faire 
une enquête pour reconnaître et punir les concussionnaires. Ces 
diverses mesures firent 1 objet d'un mandement du 6 mars 1385-. 

A la fin de l'année cette interminable affaire n'était pas encore 
réglée. Le 14 octobre 138o, Richard ordonnait aux officiers 
appelés à répartir l'amende de se présenter devant son conseil, 
et le surlendemain, il leur mandait de lui faire parvenir la somme 
déjà levée, intégralement, sans en rien distraire pour personne 3. 

Enfin le 20 janvier 1386, il chargeait divers bourgeois de per- 
cevoir la fraction qui n'avait pas encore été payée, tant en pro- 
portion des fautes commises au temps de la révolte, qu'en pro- 
portion de la fortune, et il les autorisait, au besoin, à recourir à la 
force pour contraindre les récalcitrants '*. 

Il est probable que le produit de la taxe fut alors définitive- 
ment soldé, et que l'abbé obtint l'indemnité à laquelle il préten- 

1. « Jam ex clamosa insinuacione paupeioim hominum ejusdem ville 

accepimus quod eidem viginti burgenses, efîectum mandat! nostri non pon- 
dérantes, set eoruni commodum proprium illicitum nimium preponentes, 
ipsosmet ipsos viginti burgenses et eorum amicos qui dicte ville in sub- 
stancia rerum potenciores existunt, quasi ad nichilum indo statu suo consi- 
derato, et ceteros pauperes homines dicte ville et minus sufficientes in 
bonis ad majores summas quam supportare poterunt et quam ad ipsos jux ta 
facultates eorum pertinent, per voluntariam afTeccionem, omni via juris 
omissa, assidebant indebite et injuste, et, non soluni de hoc contenti, plu- 
res denarios ultra dictum fmem duorum miliuni marcarum supradictis pau- 
peribus hominibus, qui ad magnam summam et intolerabilem se exten- 
dunt, colore potestatis sue similiter assidebant... » [Pat. SBic. II, part. 2, 
m. 28 doi'so.) 

2. Loc, cit. 

3. Clans. ^ Rie. II. m. 4t. 

4. Clans. 9 Rie. II, m. 21. 



172 RÉPRESSION DK LA RÉVOLTE DANS LES TROIS COMTÉS 

dait, car. depuis ce jour, on ne trouve plus dans les archives un 
seul acte relatif à cette alTaire. Aussi bien, elle s'était suflisam- 
ment prolongée ; elle durait en effet depuis cinq années ou peu 
s'en faut. 

Du reste, à cette date, ce n'était plus qu'une question fiscale. 
Robert We'stbroun lui-même, le roi du peuple en Suffolk. a^ait 
bénéficié le 7 avril l38o d'une lettre de rémission '. Sauf quelques 
cas très rares, les insurgés étaient absous et libres, 

1. Pat. 8 liic. II. />«/•/. 2, m. 21. —Pat. 9, part. 1, m. 24, lettres iden- 
tiques du 3 et du 10 iiuvembre 1381>, en faveur de deux autres habitants 
de Burv. 



APPENDICES 



APPENDICE r 



DÉCLARATIONS DE JOHN WIÎAWE 



« Die mer-cuni proximo post festum Translacionis sancti Thome 
martiris, anno regni régis Ricardi secundi post conquestum 



i. Cet Appendice I était destiné à contenir deux pièces justificatives du 
récit écrit par André Réville, pièces trop longues et trop importantes pour 
être, comme les autres, citées dans les notes : 1° les déclarations de John 
Wrawe, un des chefs de la révolte en Suffolk; 2" une pétition des moines 
de Bury, que nous avons signalée et résumée plus haut (p. 72 et suiv., 
notes), en renvoyant au présent Appendice. Or la publication de ce dernier 
texte serait maintenant inutile. Le tome III et dernier des Memorials of 
St Edniiind's ahhet/, récemment paru, et qui n'était pas encore arrivé dans 
les bibliothèques françaises au moment où nous avons imprimé la narration 
de Réville, contient cette pétition sous deux autres formes. Le document 
cité par nous, p. 72, est un texte latin, trouvé par André Réville dans le 
Registre du cellerier de Bury {Cambridge University lihrari/, ms. G. g. IV. 
4), fol. 34d-346. M. Th. Arnold, éditeur des Memorials, a publié : 1° d'après 
le même registre, fol. 'iStt, le môme texte, en langue française; 2" d'après 
le ms. Claiidius. A. XII du Brilish Muséum, îo\. 135 b. à 138, un autre texte 
latin de cette pétition, qui offre non seulement des variantes nombreuses, 
mais quelques additions, à savoir la fin du paragraphe II et les quatre der- 
niers paragraphes (édition Arnold, p. t4l, et p. 142-143). Ces quatre der- 
niers paragraphes ont quelque intérêt pour l'histoire de la révolte (Voy. 
plus loin aux Additions et Corrections). Quant aux variantes, elles sont 
purement verbales. Voici, à titre d'exemple, le commencement des trois 
textes : 



7r> 



APPFxmr.E 1 



quinto V Johannes Wrawe, deSudbury, veuitcoi'am Willelmo Knyght- 
cote et Waltero Doget, vicecomitibus Loiidoniarum. et Johanne Char- 
nej'e, coronatore ejusdem civitatis, et cognovit se esse proditorem et 
felonem dicti domini régis, pro eo qiind ipse, die mercurii in vigilia [ Cor- 
poris] Christi, anno predicti régis Ricardi quarto-, venit apud Lyston 
juxla Melford, in comitatu SulTolchie, et ibidem, ex sua voluntale pro- 
pria, proditorie et felonice insurrexit in cnniitivam [sic] quamplurimo- 
runi malefactorum de comitatibus Essexie, Ilerliordie, Sulïolchie et 
NorlTolchie, nuper contra predictum dominum regem proditorie et felo- 
nice insurgentium, et pariter ibidem congregatorum. Et eodem die mer- 
curii in vigiba predicta, idem Jobannes Wrawe, apud Lyston prediclam, 
mansit in comitiva malefactorum predicta, et consentivit eisdem male- 
factoribus ad eundum secum et faciendum sicut ipsi illo tempoi'e fece- 
runt etfacere vokierunt, ubi ipse bene potuit tune ab eisdem malefacto- 
ribus rececisse et evasisse, si voluissct. Et statim super hoc idem 
Johannes Wrawe misit usque villam de Sudburv prediclam, ad preci- 



TEXTE IM;niT 



Isti sunt puctus (.siV' 
sive arliculi de divcrsis 
trans^ressionibus et linr- 
ribilibiis maletactis po- 
puli de Biu-y, factis priori 
et con\entiii ibidem, de 
quibus pet uni remedium 
seciinduiii justiciam el 
ralionem. 

In primis, conquerun- 
tur se {sic} dicti pi-ior et 
conventus quod doniinica 
proxima post feshim Cor- 
poris Christi iiuper si\e 
iiltiiiKi pretcritiim sive 
transactum, aldermannus 
et valentes de Bury. euiii 
niajina nuiltitudine reliel- 
liiim sive ribaldoruin 
diele \ille, valde inali- 
ciose et ciim maj;na l'es- 
tinancia, valde inanc ante 
piMmam, venerunt ad cer- 
tas personas de couvent u 
in sua ecclesia 

1. Le 10 juillet 1381. 

2. Le 12 juin 1381. 
21 juin 1381.) 



Ml'.ME TEXTE EN FISANÇAIS. 

pulîl. dans les Memorinh. 
III. 170. 

Ces sount lez pointz et 
lez articles des diversez 
trespas et horriblez nies- 
faitz des fjentz de la ville 
de Bury faitz au jirioni' et 
covent illeoqucs dount il 
demaundent redresse- 
ment solonc droit et 
reson. 

Premièrement se plai- 
nent les ditz priour et co- 
vent que le dymanche 
jjrosciieyn après le teste 
de Corpore Ciiristi ja 
darrein passé, le alder- 
manne et lez vaillantz de 
la ville de Bury ovcsque 
graunt multitude dez 
^entz rebeaux de la dite 
ville, moult malencolieu- 
sement, a f^raunt haste, 
bien matyn dc\aunt pri- 
me, \indrent a certeinz 
personez del covent en 
leur esg;lise 



TEXTE LATIN 

ihid.. p. 13:. 

Articuli sive punctus 
de diversis trans^ressio- 
nibus et horribilibus 
malefactis illatis et factis 
priori et convcntui de 
Bur^-, per maleficos et 
rebelies ejusdem ville, de 
quibus prefati prior el 
con\entus pctunt reme- 
liium juxta exigentiam 
rationis. Et habenturpun- 
ctus supra in cronica, sed 
liic planius. 

In primis conquerim- 
tur dicti prior et (■on\en- 
lus. cjuocl doniinica proxi- 
ma post festum Corporis 
Christi. anno regni reji'is 
Ricardi secundi quinto. 
aldermannus el valentes 
de Bury, cnm magna mul- 
tiludine rebellium si\'e 
ribnldorum dicte ville, 
valde malitiose et magna 
feslinantia, valde mane 
ante primam, venerunt 
ad certas personas de 
con^•ent u in sua ecclesia. . . 



La quatrième année de Richard II finissait le 



DÉCLARATIONS UK JOHN WliAWE 177 

piendum omnes honiines de dicta villa de Sudbury ut venirent ad eum 
et comitivam suam predictam, usque dictam villam de Lvston ; et, non 
diu post, eodem die mercurii in vigilia predicta, ipsi malefactores pre- 
dicti, unanimi assensu et voluntate.ibant simul ad quoddam manerium 
Ricardi Lyouns,de Londoniis, in eadem villa de Lvston, et ibidem hos- 
tia, fenestras et parietes domorum manerii predicti felonice et prodito- 
rie freg'erunt, et tegulas de eisdem domibus verberaverunt et tVej,'^erunl, 
et alia plura dampna ibidem fecerunt, etc. 

Item, idem Johannes Wrawe co<^novit quod ipse, una eum pre- 
dicta comiliva malefactorum predictorum, die jovis in festo Corporis 
Christi ', anno quarto supradicto, taies prodieiones et felonias, ut 
supradictum est, continuando, ivit a predicta villa de Sudbury usque 
villam de Bury, in comitatu SulTolchie predicto, et ibidem in eadem 
villa de Bury predictus Johannes Wrawe fieri fecit quandam [sic] cla- 
morem quod omnes homines dicte ville de Bury incontinente appro- 
pinquarent et accédèrent usque le Southgate ejusdem ville de Bury, ad 
comitivam malefactorum predictam, ad eundum eum eis et ad f'acien- 
dum sicut ipsi tune t'eccrunt, sub pena decapitacionis ipsorum qui hoc 
iacere contradixerunt, etc. 

Item, idem Johannes ^^^rawe coguovit quod ipse simul eum Thoma 
Haleswortlî, squier, Galfredo Denham, squier, servientibus prioris 
monasterii Sancti Edmundi de Bury, Roberto Westbroun de Bury, et 
aliis quampluribus malefactoribus de comitiva sua predicta, die sabbati 
proximo post f'estum Corporis Christi -, anno quarto supradicto, ive- 
runt usque Mildenhaleheth, juxta Mildenhale, in comitatu Suffolchie, 
et ibidem présentes fuerunt ad interfectionem predicti prioris de Bury, 
felonice et proditorie interfecti per quosdam malefactores de comitiva 
sua predicta, ad abbettum et procuracionem predictorum Thome 
Halisworth, Galfredi Denham, et Roberti Westbroun, et dicit précise 
idem Johannes Wrawe quod si predicti Thomas, Galfredus et Robertus 
non fuissent ibi, et mortem ipsius prioris [non] procurassent, idem 
prior tune non fuisset mortuus neque interfectus, et unde predictus 
Johannes Wrawe devenit probator et appellavit predictos Thomam, 
Galfredum et Robertum de interfectione predicta. 

Item, idem Johannes Wrawe, probator, appellavit Thomam Langham, 
de Bury predicta, de eo quod ipse in societate prefati probatoris et 
aliorum plurimorum malefactorum sibi incognitorum, de comitiva sua 

t. Le 13 juin. 
2. Le la juin. 

Mém. et doc. de l École des Cluates. — II. 12 



1 78 APPENDICE 1 

predicta, die sabbali jM-oximo post l'estum Corporis Christi', aiino 
quarto supradicto, in villa de Bury, in comilatu SulTolchie, per coaseu- 
sum et auxilium predictorum probatoris et malefactorum, prnditoric 
et felonice interfecit Johannem de Lakynghith, monachuni nionasterii 
Sancti Edniundi predicti, unde euni appellavit. 

Die jovis proxime sequenti ^, idem Johannes ^^ i-a\\ c, probator, 
appellavit Uobertum Tavell, de Lavenbam, in comitatu SuH'olchie, et 
Johannem Talmache, squier, de eo quod ipsi simulcum prelato proba- 
tore et aliis quampluribus malefactoribus eidem probatori ignotis de 
comiliva sua, die veneris proximo po?t festum Corporis Christi •^, anno 
quarto supradicto. felonice et proditorie fregerunt quoddam tenemen- 
tum et domos eidem tenemento adjacentes supradicti prioris monas- 
terii Sancti Edmundi de Bury, in dicta villa de Bury, et diversa bona et 
catalla ipsius prioris, de quorum valore idem probator penitus ignorât, 
in dicto tenemento inventa, ibidem felonice et prodiciose ceperunt et 
depredati fuerunt, et similiter ipsi, eodem die veneris, in villa de Bury 
predicta, felonice et proditorie fregerunt et inlraverunt quandam man- 
sionem Johannis de Cavendissh, nuper justiciarii domini régis, et 
diversa bona et catalla ipsius Johannis de Cavendissh, in eadem man- 
sione inventa, ibidem felonice et prodiciose ceperunt et depredati fue- 
runt, de quibus bonis et catallis ipsius Johannis de Cavendissh, pre- 
dictus Johannes Talmache habuit de quodam serviente predicti proba- 
toris unum gladium argento harnesiatum deaurato et perre (sic) ' ad 
valorem centum marcarum, unde eos appellavit. 

Die veneris proxime sequenti '% idem Johannes Wrawe, probator, 
appellavit predictum Johannem Talmache, squier, de eo quod ipse per 
assensum et concensum prefati probaloris, die sabbati proximo post 
festum Corporis Christi '^. anno quarto supradicto. abbathiam Sancti 
Edmundi de Burv simul cum quibusdam aliis malefactoribus de comi- 
tiva predicta sibi ignotis, in presencia ipsius probatoris, apud Bury 
predictam, felonice et proditorie iutravit et unum equum bay, precii 
viginti marcarum, prioris monasterii, ibidem inventum, felonice et 
prodiciose cepit et depredatus fuit, quem quidem equum predictus 



J. Le lo jui'i- 

2. Le 11 juillet. 

3. Le 14juin. 

4. Lisez perreias ou perreiis pierres précieuses). 
3. Le 12 juillet. 

6. Le 15 juin. 



Dl':CLARATIONS DE .tOIIN WRAWF. 179 

Joliannos Talniache lune habuit pencs se, et tliclus probalor nichil 
habuil inde ad partem suam, uude eum appellavit. 

Item, idem Johaniies ^^'ra^ve, probalor, appellavit Radulphum 
Somerton de Burv, dyere, Johannem Suell, seniorem, de Burv, et 
Iratrem ejusdem Johaunis Suell, cujusnomen ignorât, Johannem Noke, 
de eadem, Johannem Rande, de eadem, Johannem Gode, similiter de 
eadem, Johannem, servienlem Johannis Tippere, de eadem, ^^'illelmum 
Ressheye, de Twynslede, servienlem Johannis Thurgor de Sudbury, 
draper, Roberlum Quyk de Sudbury, Johannem FlVeman, de Edwar- 
deston, manentem in Sudbury, Germanum ^^'ebbe. de eadem, Thomam 
Bogylt, de eadem, Johannem servienlem Johannis ^^'hyte, bakere de 
Sudbury, Johannem Bokelerpleyere de Cravenetye, manentem in Mel- 
Ibrd, in comitatu SulTolehie, Johannem Dyere, de Melford predicla, 
Thomam Debdale diclum Pelour, de Hdwardeslon, Thomam Swevn, 
de Coggeshale, et Thomam Doget, de Sudbury, de eo quod ipsi simul 
cum eodem probatore et aliis quampluribus malefactoribus sibi ignotis 
de comitiva predicla, die jovis in feslo Corporis Chrisli ', anno quarto, 
venerunt ad ecclesiam parochialem ville de Cavendissh, in comitatu 
Suffolchie, et ibidem dictam ecclesiam felonice et proditorie fregerunt 
et intraverunl, et diversa bona et catalla Johannis de Cavendissh, 
nuper justiciarii domini régis, videlicel duas ollas de argenlo, unam 
peciam de argenlo, et unum candelebrum [sic) de argenlo, precii sep- 
tem librarum, duo paria cultellorum et unum jakke de velewet, precii 
viginti sex solidorum et octo denariorum, ipsius Johannis de Caven- 
dissh, in campinile (s/c) dicte ecclesie inventa, ibidem felonice et pro- 
ditorie ceperunt et depredaverunt, que bona et catalla malefactores 
prenominati, per communem assensuni, fecerunt prefatum probatorem 
partire inter eos die jovis predicto. Et statim post, eodem die jovis, 
predicli probalor et malefactores, apud Melfordgrene, in dicto comitatu 
Sulfolchie, ad invicem biberunt unam pipam vini rubii, precii septem 
marcarum trium solidorum et quatuor denariorum, pro qua pipa vini 
predicli ipsi probalor et malefactores tune ibidem eadem bona cuidam 
Enewene, tabernario, invadiaverunt. Et quas quidem septem marcas, 
1res solidos et quatuor denarios, prodictus probalor de pecunia sua pro- 
pria postea solvit prefato tabernario, et cepit pênes se bona predicla, et 
ea dimisit in caméra sua apud Sudbury predictam, tempore capcionis 
sue, et que bona, immédiate post capcionem suam predictam. ibidem 



i. Le 13 juin. 



ISI) ai'1'i;m)1i:i-. i 

areslata luerunl ad opus tlomiiii régis, unde de felonia el prodicione 
predictis eos appellavit, etc. 

Item, idem Johanne? ^^ rawe. prnbator, appellavit ^^ illelmum Hook, 
de Hecham, iii comitatu SulTolchie, de eo quod ipse cog'novit prefalo 
probatori quod luit in comitiva ipsius probatoris et aliorum malet'acto- 
rum predictorum ad capcionem et depredacionem bonorum predicti 
.lohannis de Cavendissh felonice et prnditorie depredatoriim par pre- 
diclos probalorem et alios malefactores apud ecclesiam parochialem de 
Cavendissh prediclani, die jovis in lesto Gorporis Christi, anno quarto 
supradicto, et similiter de eo quod ipse tune ibidem felonice et prodi- 
torie depredavit de eisdem bonis ipsius Johannis de Cavendissh sex 
discos de arj^'^enfo quorum precium dictus probator ignorât, et inlerro- 
gavit de pret'ato probatore quid fecerit cum discis predictis, et idem 
probator precepit dicto \\ illelmo quod eosdeni discos bene custodiret 
ad opus ipsorum probatoris el AN'illelmi, quousque tempus habere 
potuerit illos partire inter eos, et sic disci predicti adhuc rémanent 
pênes prefatum ^^'illelmum Hook, unde eum appellavit. 

Item, idem Johannes A\'raAve, probator, appellavit predictum Radul- 
phum Somerton de Sudbury, dyere, de eo quod ipse, die jovis in festo 
Corporis Christi. anno quarto supradicto, proditorie et lelonice cepit 
claves hostiorum ecclesie de Cavendissh predicte. et dicta hostia inde 
aperuit, et ipsos probalorem et malefactores duxit in campanile ejus- 
dem ecclesie. ubi bona predicti Johannis de Cavendissh abscondita 
fuerunt, et concensiens acauxilians fuit ad capcionem el depredacionem 
eorumdem bonorum, et in societatem [sic, ipsius probatoris et aliorum 
malefactorum predictorum apud Melford prediclam bibit partem suani 
vini predicti, pro quo dicta bona invadiata erant, et alia bona idem 
Radulfus tune ibidem pênes se prodiciose cepit et felonice furatus fuit, 
unde eum appellavit. 

Item, idem Johannes \\'rawe, probator, appellavit Galfredum Par- 
feve, vicarium ecclesie Omnium Sanctorum de Sudbury, et quemdam 
Thomam, capellanum ejusdem Galfredi. cujus cognomen dictus proba- 
tor penitus ignorât, Adam Bray, de parochia Omnium Sanctorum de 
Sudbury predicta, et Thomam Munches}'. de Edwardeston, squier, 
juniorem, de eo quod ipsi, in absencia predicti probatoris, iverunt ad 
villam de Thetford, in comitatu NorlVolchie, die veneris proximo post 
festum Corporis Christi \ anno quarto, et ibidem felonice el prodiciose 
ceperunt et depredati fuerunt de majore et capitalibus burgensibus 

1. Le 14 juin. 



DÉCLARATIONS DE JOHN WRAWE 18J 

dicte ville de Thetford viginli marcas auri nunierati, ad salvandum 
eos et villam suam de Thetford predictam. Et tune niinabantur ibidem 
eosdem majoreni et bur^enses, nisi voluissent eis délibérasse summam 
predictam, quod predictus Johannes Wrawe cum comitiva sua predicta, 
eodem die veneris, veniret ibidem ad destruendum et opprimeadum 
ipsos majorem et capitales burgenses, ac viilam suam predictam com- 
burendum, etc. Et de quibus quidam viginti marcis predictis de eis- 
dem majore et burgensibus, ut premittilur, receplis, prefatus Galfre- 
dus dédit predicto Thome Mounchesy, pro parte sua, viginti solidos ; 
predicto Ade Bray viginti solidos, et cepit pênes se. pro se ipso et pro 
predicto Thoma, capellano suo, quadraginta solidos, et residium [sic], 
videlicet quatuordecim marcas, idem Galfredus postea liberavit pre- 
dicto Johanni \\ rawe apud Sudbury predictam, et ibi narravit eidem 
Johanni \\ ra\\ c qualiter et quomodo ipse Galfredus et socii sui pre- 
dicti dictum aurum cepissent, et ubi, etc. ; et qui quidem Johannes 
Wrawe tune predictas quatuordecim marcas recepit ibidem de prefato 
Galfredo, apud Sudbury predictam, sciens ipsum et socios suos predic- 
tos dictam pecuniam in forma predicta felonice et prodiciose cepisse et 
depredatos fuisse, et consentivit ad easdem felonias et prodicionem 
factas, unde eos appellavit, etc. 

Item, idem Johannes ^^ rawe, probator, appellavit Thomam de 
Cornuerde, militem, de eo quod pi^edictus Thomas Gornuerde, prefato 
probatore nesciente, die veneris proximo post festum Corporis Christi, 
anno quarto, ivit ad Johannem Rokwode, de Stanefeld, in comitalu 
SulTolchie, cl prodiciose ac felonice recepit de eodem Johanne Rokwode 
apud Stanefeld, vel apud Bury, in dicto comitatu SulTolchie. decem 
marcas pecunie numerate. et minabatur ei^ndem Johannem Rokwode 
tune ibidem, nisi voluisset sibi délibérasse summam predictam, quod 
predictus Johannes \A'rawe, eodem die veneris, veniret ibidem simul 
cum aliis quampluribus malefactoribus de comitiva sua, ipsum Johan- 
nem Rokwode ad interliciendum, et tenementa sua ibidem prosternan- 
dum ('.5/c)etcomburendum. Et postea, eodem die veneris, predictus Tho- 
mas Cornuerde venit ad prefatum probatorem, et narravit ei quod rece- 
pisset de predicto Johanne RokA\ode oclo marcas, et non plus, quas qui- 
dem oclo marcas oplulit prefato probatori, et interrogavit de eo quid 
haberet inde pro labore suo, et super hoc idem probator cepit de prefato 
Thoma quinque marcas summe predicte, et dédit predicto Thome qua- 
draginta solidos pro labore suo ; et residuum predictarum decem mar- 
carum, videlicet duas marcas, quas predictus Thomas dicto probatori 
non cognovit se récépissé, habuit pênes se, una cum predictis quadra- 



182 APPENDICE I 

ginta solidis, quos dictus probator dédit ei pro labore suo. et sic dic- 
tus Thomas Cornuerde predictas duas marcas felonice et prodiciose 
furatus fuit, unde eum appellavit. et sic completum fuit appelluni ipsius 
probatoris. Et nulla habuit catalla infra libertatem civitatis Londonia- 
rum, nex extra, ut dicit per sacranientum suum, etc. » 

Placita corain rege, Easter 5 Rie. II, m. 26, 26 doiso, 26 his. 



APPENDICE II 
DOCUMENTS INÉDITS RELATIFS A LA RÉVOLTE 

DANS DIVERS COMTÉS 
ET AUX MESURES GÉNÉRALES DE RÉPRESSION ET d'aMNISTIE 



SERIE A 

la révolte dans les comtés DC sud-est (eSSEX, KENT, LONDRES, 



« Abel Ker, de Earhelhe, in comitatu Kancie, die lune proxima post 
festum Translacionis sancli Thome martiris. anno regni régis Ricardi 
secundi post conquestum quinto -, apud Canluariam, coram ^^ illelmo 
de Medmenham, uno coronatorum domini régis in comitatu predicto, 
devenit esse probator et appellator pro utilitate regni Anglie et distruc- 
cione inimicorum domini régis. Et primo cognovit se esse felonem et 
proditorem domini régis in insurgendo, levando et conventiculas 
quamplurimas malefactorum congregando contra dominum regem , 
et [in] prejudicium corone sue et populi sui perlurbacionem, et niera 
voluntate sua. per duriciam prisone non coactus. Et dicit quod ipse- 
met, simul cum Johanne Eyhvard, de Earhethe, Ricardo atte Ffrvthe, 
de Lesnes, Johanne Vonge, de Earhethe, soutere, prodiciose. ex 
unanimi consensu , insurrexeruut contra dominum regem et popu- 

1. Voici Tordre adopté pour le classement de ces documents : pièces 
relatives aux premiers troubles eu Kenl et eu Essex (N"^ i à 9) ; — l'insur- 
rection à Londres et dans les environs, du 12 au lo juin (N°* 10 à y4, ; — 
faits de révolte dans la région du sud-est, postérieurs au 15 juin ou non 
datés (n*"^ bo à 70 ; — renseignements sur les rebelles et leur condition 
sociale :n"*80 à 108 : — mesures de répression dans cette région (n»^ 109 à 
120). 

2. Le 8 juillet i:i8l. 



184 ArPENDlCE II 

liim suum, conventiculas malefactorum congregantes, et abbathiam de 
Lesnes in comitatu predicto intraverunt, et abbatem ejusdem loci 
essendj de eorum comitiva jurare co[e]gerunt, die dominica proxima 
ante festum sancte Trinitatis,anno régis predicti quarto '. Et predictus 
Abel dicit appellando et probando quod predicti Johannes Eylward, 
Ricardus atte Ffrithe et Johannes Yonge, Hogerus Turold, de 
Earhethe, Radulfus Erliche, de Bixle, Johannes Sterkoll", de Earde, 
die lune proxima ante festum sancte Trinitatis ^, aflldacionem et 
unanimi concensu^, et in eo assensu pertransierunt aquam Tamesye, de 
Earhethe usque comitatum Essexie, et ibidem ex sua falsa et prodiciosa 
allegancia insurrexerunt, levaverunt, quandani conventiculam centum 
hominum et pluris de eodem comitatu Essexie congregaverunt; et cum 
eis, die martis proxima ante festum sancte Trinitatis exlunc proxime 
sequentem ', usque partes comitatus Kancie rcdierunt ; et ad villam de 
Dertford in eodem comitatu Kancie transierunt, et ibidem quamplures 
homines ejusdem ville insurgere prodiciose moverunt; de quibus corr. : 
nominibus) vero centum hominum superius nominatorum ignotum est 
ei. Et ulterius dicit appellando, probando, quod ipsemet prodiciose simul 
cum Roberto Hostilcr, de Dertford, Gilberto Haye, de eadem, Simone 
atte Welle, de Lesne, et Roberto Bakere, de Dertford, ^^'illelmo Hostiler, 
de eadem, et Stephano Hostiler, de Dertford, die mercurii proximaante 
festum sancte Trinitatis ^, transierunt ad domum Nicholai Heryng, simul 
cum Johanne vocato Northeneshon, bochcr, de Dertford, Thoma Champ, 
de Dertford, chaundeler, Henrico Normanyle, de Dertford, Thoma 
Deghere, de Earhethe, Johanne Pete, de Stonhame, juxta Dertford, 
et Thoma Wilkyn de Stonhame, et domos dicti Nicholai fregerunt, 
et bona et catalla sua ad valenciam centum librarum felonice aspor- 
taverunt; et deinde iverunt usque Maideston, die veneris proxima 
ante festum sancte Trinitatis", et ad domum ^^'illelmi Topchyne trans- 
eundum {sic), domos suas fîrangendum et bona et catalla ipsius Wil- 
lelmi felonice asportandum. Et ulterius per sacramentum suum de appel- 
lacione sua predicta faccre nescit aut (corr. : nec) ulterius cognoscit. » 
Phicita coram rege, Michaelinas 6 Rie. II, membrane II. 

1. Le 2 juin 1381. 

2. Le 3 juin. 

3. La phrase doit sans doute être rétablie ainsi : affidacionem fecerunt 
unanimi consensu... 

4. Le 4 juin. 

5. Le juin. 

6. Le 7 juin. 



PREMIERS TROUBLES EN KE.NT ET EN ESSEX 485 



(( Rex omnibus ballivis et fidelibiis suis ad quos présentes littere per- 
venerint, salutem. 

Sciatis quod, cum Thomas aile Raven, de Rouchestre, indictatus 
sit de eo quod ipse et alii, conjunctim et divisim, die mercurii in 
septimana Pentecostes, anno regni nostri quarto ', apud Dertford, 
per se et per alios diversos et ignotos, lecerunt diversas levaciones 
et congregaciones contra nos et populum nostrum, et Johannem Sout- 
halle de Maydeston felonice interfecerunt apud xMaydeslon, die vene- 
ris proxime sequenli anno prediclo -, et domum '\^'illeh^li Topchyne, 
eisdem die et anno fregerunt et combusserunl, et bona et catalla 
ibidem ad valenciam mille marcarum, et sic continuando cum aliis 
ignotis, die sabbati proxime sequenli ■*, accesserunt ad nianerium 
Nicholai Heryng, de Northcrey, et illud prostraverunt, et bona et 
catalla ad valenciam mille marcarum felonice ceperunt et asportave- 
runt, et diversas alias prodiciones contra nos et populum nostrum 
perpetraverunl, continuando ab illo die usque diem lune proximum 
post festum apostolorum Pétri et Pauli, anno regni nostri quinlo '', et 
coartaverunt Thomam Tryvet, militem, Thomam de Cobeham, militem, 
Johannem de Ffrenyngham, etJacobum dePetham, et alios quamplu- 
res de comitatu Kancie, et ipsos imprisonavernnl, quousque sacramen- 
tum fecerunt de essendo de conventiculis eorumdem, et omnes gaolas 
nostras in comitatu prediclo fregerunt, et omnes l'elones in eisdem 
existentes exire lecerunt, cl omnes evidencias nostras corone nostre 
et escaetrie nostre in domo Thome de Shardelowe, de Dertford, capi- 
lalis coronaloris nostri, et Klie Reyner, de Strode, prodiciose arserunt 
in plaleis villarum predictarum ; et de eo quod predictus Thomas atte 
Raven, per nomen Thome Raven de Suthwerk, die veneris pi^oximo 
post festum Gorporis Christi predicto^ anno regni nostri quarto ■^, fuit 
unus malefactorum contra nos insurgens [sic) in civitate Londoniarum 
et quod ipse eodem die, simul cum aliis malefactoribus sic contra nos 
insurgentibus, venit ad domum Reginaldi Aleyn apud Walbrok, Lon- 
doniis, et ibidem unum stalutum mercatorium de prediclo Reginaldo, 

1. Le 5 juin 1381. 

2. Le 7 juin. 

3. Le 8 juin. 

4. Le 1" juillet 1381. 
3. Le t4 juin 1381. 



186 APPENDICE H 

de mat;na ?unima in qua idem Thomas atte Raven prefato Reginaldo 
obligatus fuit, lelonice cepit. et eciam dictum Reginaldum fînem de 
decem marcis cum eodem Thoma atte Raven pre timoré mortis ibidem 
facere constringebat ; et de eo quod predictus Thomas atte Raven, de 
Suthwerk, fuit principalis et capitaneus malefactor et manutentor, et 
felonice et proditorie in comitiva aliorum malefactorum contra nos et 
populum noslrum, (et) domos ac mansiones Ricardi Imworth et aho- 
rum lidelium nostrorum fregit, et bona et catalla sua felonice cepit 
et depredatus fuit, tam in dicta villa de Suthwerk, quani in aliis 
locis; ac eciam de eo quod idem Thomas atte Raven, per nomen Thome 
Raven. simul cum aliis malefactoribus ignotis, die mercurii proximo 
post festum Corporis Christi. dicto anno regni nostri quarto \ venit vi 
et armis, equitans.apud Suthwerk, in comitatu Surreie. et ibidem felo- 
nice et prodiciose ad prosternandum (sic) et frangendum domos et tene- 
menta Ricardi Imworth. apud Suthwerk. et domos prisonarum nostra- 
rum de Ranco et similiter Marescalciam hospicii nostri, et omnes pri- 
sones in eisdem prisonis tune existantes tam pro felonia quam aliis de 
causis. ibidem felonice cepit et secum abduxit ; nos, de gracia nostra 
speciali. et ad supplicacionem dilecti et lidelis nostri comitis Staifordie, 
pardonavimus eidem Thome atte Raven sectam pacis nostre que ad 
nos pertinet versus ipsum pro omnimodis prodicionibus, feloniis et 

mesprisionibus predictis per ipsum... perpetralis non obstante quod 

idem Thomas atte Raven nuper in parliamento nostro inter alios. quod 
ipse graciam nostram sive cartam in hac parte non haberet, exceptas 
fuit. 

Incujus.etc. Teste rege. apudcivitatem Nove Sarum, \\x" die junii. 
Per brève de privato sigillo. » 

Rotiili Litterarum patentium, ' Rie. II. j)art. 2, m. 6. — Cf. Corain rege, 
Mir/i. 1 Bic.U, m. 20. 



M -Alias coram Thoma de Holand, comité Kancie, presentaverunt 
quod Robertus de Cave, bakere. et alii. die dominica in festo sancte 
Trinitatis, anno regni régis Ricardi secundi post conquestum quarto ^, 
apud Rouchestre,per se et per alios diverses ignotos, fecit [sic) diverses 
levaciones et congregaciones contra dominum regeni et populum suum, 

1. Le 19 juin 1381. II faut sans doute corriger : lo 12 juin 1381. 

2. Le ît juin 1381. 



PREMIERS TROUBLES EN REM ET E> ESSEX 187 

et domum Xicholai Heryng, eisdem die et anno, fregit et, eisdem die 
et anno, domum Thome Seynt Alban apud Ffrendesbury fregit, et sic 
continuando cum aliis ignotis. Item, quod idem Robertus, simul cum 
aliis ignotis de comitatibus Kancie et Essexie, venit die veneris in 
septimana Pentecostes ' , anno régis predicti quarto, apud Roffham, cum 
arcubus et sagittis, gladiis extractis, gisarmis et baculis, et in homines 
ville predicte minas fecit quod ipse vellet eos interficere, nisi in socie- 
tatem ipsius Roberti et aliorum venire vellent, et sic ipsi propter metum 
mortis congregacionem illam secuti fuerunt, contra voluntatem ipso- 
rum. Item, quod idem Robertus, simul cum aliis ignotis, venit die jovis 
in septimana Pentecostes ^, anno régis Ricardi predicti quarto, castrum 
domini régis de Rouchestre felonice fregit, et Robertum Bellyng pri- 
sonem in predicto castro detentum contra voluntatem ipsius prisonis 
cepit et cum eo abduxit. Et quod idem Robertus Cave et alii conjunctim 
et divisim, die mercurii in septimana Pentecostes ^, anno quarto 
supradicto, apud Dertford, per se et per alios diversos ignotos, fecit 
diversas levaciones et congregaciones contra dominum regem et popu- 
lum suum. et Johannem Stonhelde, de !Maydeston, felonice interfecit 
apud Maydeston, die veneris proxime sequenti ', anno supradicto, et 
domum Willelmi Topclyve eisdem die et anno fregit et combuscit, et 
bona et catalla ibidem ad valenciam mille marcarum, et sic continuando 
cum aliis ignotis, die sabbati proxime sequenti ^ accessit ad manerium 
Nicholai Heryng, de Northcraye, apud Northcraye, prostravit, et bona 
et catalla ad valenciam mille marcarum felonice cepit et asportavit, et 
diversas alias prodiciones contra dominum regem et populum suum 
perpetravit, continuando ab illo die usque ad presens, et coartavit 
Thomam Trevet, militem, Thomam de Cobeham, militem, Johannem de 
Ffrenyngham, Jacobum Pecham et alios quamplurimos in comitatu 
Kancie, et ipsos imprisonavit quousque sacramentum fecerint adessen- 
dum deconventiculis eorumdem, etomnes gaolas domini régis in comi- 
tatu predicto fregit, et omnes felones in eisdem inventos exire fecit, et 
omnes evidencias domini régis corone sue et escaetrie sue in domo Thome 
deShardelowe, de Derteforde, capitalis coronatoris domini régis, et Elie 
Reyner, de Strode, prodiciose arsit et combuscit in plateis vilarum predic- 
tarum. Et quod idem Robertus Gave, per nomen Roberti Bakere de Der- 

1. Le 7 juin. 

2. Le 6 juin. 

3. Le D juin. 

4. Le 1 juin. 

5. Le 8 juin. 



188 APPENDICE H 

teforde, diebus veneris et sabati in septimana Penlecostes ', anno quarto 
supradicto, fuit unus manutentor, malefactor et perturbator pacis 
doniini reg-is, et coegit homines de Maydenston burgare et editicia 
A\'illehiii Topclyve et Nicholai Heryng, in locis ut supra [frangera et 
comburei'e]. Qui [sic] quidem indictamenta dominus rex postea inter 
alia venire fecit coram eo terminanda ». 

Robert Cave comparaît au Banc du roi le 9 juillet 1381, et demande 
le jury. Au terme de la Trinité de l'an 1382, le jury l'acquitte, mais il 
est remis en prison comme ayant été exclu de toute amnistie par le 
parlement. Par des lettres closes du 6 février 1392, le roi lui pardonne 
et le remet en liberté. 

Coram rege, Trinity "j Rie. II, m. 30 de la 2'' série. 

52 

1381. 16 décembre, Westminster. — Richard II mande au trésorier 
et aux barons de l'Échiquier, de modérer autant que possible leurs exi- 
gences envers les collecteurs et contrôleurs de la Poil Tax, dans le 
comté de Kent, les insurgés ayant brûlé les rôles qui contenaient les 
noms des habitants du comté, et diverses autres pièces relatives au 
subside ^. 

liotuli Lillerarum clausariim, o Rie. II, i)i. 28. 

6 

1382, 10 juillet, Westminster. — Comme les titres des manoirs et 
domaines de l'archevêché de Canterbury ont été anéantis pendant la 
dernière insurrection '', le roi charge lùhvard Dalyngrugge et quelques 

i . Le 7 el le 8 juin. 

2. Le n° 4 a été supprimé. 

3. ('... cum rotuli de nominibus personarum in eodem comitatu commo- 
rancium, necnon indenture et allé evidencie coUeccionemdicti subsidii tan- 
gentes, per comunltates comilatus predicti, temporibus (corr. : temporel 
cpio ipse ibidem insurrexerunt, contra eorum voluntatem combusta fue- 
runt... Ces destructions de titres et de rôles ont eu lieu, en partie au 
moins, avant le départ des rebelles pour Londres. Voyez notre /«//■oc/uc//oaî. 

4. «... cum omnia rentalia, feodaria et alia memoranda maneriorum et donii- 
niorum... archiepiscopatus predicti, per que firme, redditus, sérvicia et alia 
proficua cidfm archiopiscopatui perlinencia de jure soivi debeanl et levari, 
per certes malefaclores in insurreccionibus quorumdam rebellium noslrorum 
nuper conlia nos et paccm nostram faclis, combusta, cassata penitus fue- 
rinl et .■ulnulliitu... » 



l'UEMir.HS TI'.OCBr.ES EN KENT ET EN ESSEX 189 

autres de conlraindre les tenanciers et habitants des manoirs et 
domaines susdits à reconstituer exactement ces titres et à les donner à 
l'archevêque. 

Pat. Q Bic. II, part. 1, m. 33(7. 



Assises tenues à Canterbury en 13(S3. Dans un procès entre Agnès, 
veuve de John Tcbbe, de Canterbury, et John Cheseman, il est dit que 
les titres de ladite Agnès ont été brûlés pendant Tinsurrection qui a eu 
lieu vers le 13 juin 1381 *. 

Assize ?-olls. Divers coiinties, N. 2. 29. 4, m. l' d. 



1381, 23 août, Eltham. — Le roi mande au bailli de Canterbury de 
surseoir, jusqu'à la réunion du prochain parlement, au procès pendant 
entre John Spicer et Robert Gygour, si les titres duditJohn Spicer ont 
été véritablement détruits par les rebelles, comme il l'assure. 

Chus, o liic. II, m. 38 J. 
9 

Essex. — William Roger, de South-tlckendon, et John Smyth, de 
Rainham, sont accusés d'avoir parcouru à cheval leur hundred pour 
donner le signal de l'insurrection et d'avoir forcé les habitants à se 
soulever ^. Ils sont allés à Londres et ont pris part aux troubles. — 
William Roger a obtenu des lettres du roi, du 8 avril 1383, lui accor- 
dant le bénéfice de l'amnistie votée en parlement. 

Coram rege, Easf. G /?(V. II, ni. 8. 



1. "... in niigna insurrectione rebelliutn et malefactorum et rumore in 
regno Anglie, circa festuin Corporis Christi, anno regni domini régis nunc 
quarto, exortis. » 

2. «... vi armata co[^e^gerunl homines earumdem \illarum cum eis ire in 
conventiculis et congregacioaibus hujusmodi ». 



190 APPENDICE II 



10 



1" Lettres royales datées de Westminster, le 30 octobre 1382, deman- 
dant aux shcriffs de Londres un rapport complet, relatif aux habitants 
de la cité qui ont ouvert les portes aux insurgés et se sont rendus com- 
plices de leurs méfaits. 

2" Suit une enquête, signée des shérill's et des jurés, et datée du 
20 novembre 1382 : 

« Qui dicunt super sacrameiitum suum quod tempore maie insurrec- 
ciouis et rebellionis comunium Kaucie et l'issexie. videlicct anno regni 
régis Ricardi secundi post conquestum quarto, Willelmus ^^'alleworth, 
tune major civitatis Londoniarum, indecertioratus, toto suo animo eis 
resistere, et ingressum civitatis negare, accivitatem in pace conservare 
sategens corr. : satagensi, cum avisiamento communis consilii civitatis 
predicte, ordinavit Johannem Horn, Adam Garhylle, et Johannem 
Ffresch, cives et aldermannos civitatis predicte, nuncios et legaLos ad 
obviandum eisdem populis sic congregatis contra fidem et ligeanceam 
suam dicto domino régi débitas, et eisdem uunciis sive legatis dédit spe- 
cialiter in mandatis quod ipsi eundem populum malivolum tractarent, et 
ex parte régis et tocius civitatis eis dicerent quod ipsi ad civitatem non 
appropinquarent, in alTraiamentum et perturbacionem régis, aliorum 
dominorum et dominarum, et civitatis predicte, set quod ipsi dicto 
domino régi in omnibus obedirent et reverenciam preberent, ut debe- 
rent. Qui vero Johannes, Adam et Johannes nuncium suum non dixe- 
runt prout in mandatis habuerunt, et dicunt quod predictus Johan- 
nes Horn ex assensu predicti Ade, non obstante majoris sui mandate 
supradicto, excedens suum nuncium ac mandatum, cum principalibus 
insurrectoribus conspiravit, et predictum populum malefîcum pulcris 
sermonibus versus dictam civitatem vertere fecit, ubi prius in propo- 
sito fuerunt ad hospicia sua revertendi, et eisdem maleticis et principa- 
libus insurrectoribus dixit, ex^Cjitando et procurando, quod ad civita- 
tem cum lurmis suis venirent, asserens quod tota civitas Londoniarum 
fuit in eodem proposito sicut et ipsi fuerunt, et quod ipsi deberent 
in eadem civitate ita amicabiliter esse recepti, sicut pater cum 
filio et amicus cum amico. Qui quidem malefactores et rebelles, causa 
nuncii predicti per predictos Johannem Horn, Adam Carlylle et 
Johannem Ffresch eis sic false et maie facti, hillares devenerunt, et ob 
hoc tam obstinati in suis malefactis fuerunt, quod fines civitatis statim 
appropinquaverunt, videlicet die mercurii in vigilia festi Corporis 



LONDI'.ES ET LES ENVIRONS, DU 12 AU l O JUIN 191 

Cliristi anno quarto ', et carcereni doniini rej;is vocatuni le Marchal- 
sye ftVegerunt. Et eadem nocle predictus Johannes Ilorn duxit secum 
Londonias plures principales insurrectores, et alioruni malefactorum 
ductores, videlicet Thomam Hawke, A\'illelraum Newman, Johanneni 
Sterlyng et alios qui, ex hoc posLea convicti, judicium mortis suscepe- 
runt, et cum eo tota illa nocte in hospicium suuni recepti l'uerunt l'elo- 
nice et proditorie. Et idem Johannes Horn, eadem nocte, dixit majori 
civitatis predicte quod ipsi insurrectores venirent Londonias, unde 
majori ex hoc maxime perturbato idem Johannes Horn sibi [sic) dixit 
et manucepit quod sub periculo capitis sui nullum dampnum in civi- 
tate nec in ejus fînibus facerent. Mane autem facto in festo Corporis 
Ghristi ^, predictus Johannes Horn venit ad quendam Johannem Mar- 
chaunt, unum clericorum civitatis predicte, dicens eidem clerico 
verba sequencia vel similia : Major precepit quod tu cleheres michi 
querere unum standurclum de armis domini régis. Qui quidem cleri- 
cus taie standardum post longum scrutineum eidem Johanni Horn 
deliberavit, ipso clerico omnino nescio quid idem Johannes Horn inde 
faceret ; et idem Johannes Horn predictum standardum in duas partes 
divisit equales, quarum unam partem ligavit cuidam lancie, et aliam 
partem dédit garcioni suo custodiendam, et sic cum tali vexillo displi- 
cato equitavit usque ad Blakeheth, per se nullum onus nuncii sive 
legacionis illo die habens, set solummodo ad complendum promissa 
eisdem malefactoribus per ipsum prius facta, et ad provocandum eos 
toto nisu suo ad civitatem venire felonice et proditorie, sciens expresse 
perturbacionem et magnum afflictum domino régi, aliis magnatibus et 
civitatis predicte civibus, in adventu predictorum insurrectorum et 
domini régis proditorum, adesse. Et dicunt quod eidem Johanni Horn 
sic equitando versus le Blakeheth appropinquabat quidam Johannes 
Blyton, qui missus fuit per dominum regem et consilium suum eisdem 
malefactoribus ut ad civitatem non appropinquarent. et dixit eidem 
Johanni Horn isla verba vel similia : Domine, vellem scii-e nuncium 
veslrum, si aliquod hahelis ex parle civitatis istis insurrectorihus 
dicendum, ita quod nuncium meum, quod haheo ex parle domini 
régis eisdem, et nuncium veslrum, quod hahelis ex parle civitatis, 
polerunt concordare. Qui statim, iracundo vultu eum aspiciens, dixit: 
Noio de nuncio tuo nec lu dehes de meo aliquid inlromillere ; ego 
dicam eis quod mihi placel, et die tu sicut tihi placel. Et postquam 

i. Le 12 juin. 
%. Le 13 juin. 



192 AI^PIÙNDICE [I 

predictus nuncius re^^is cilo equitando eisdem rebellibus ex parte i^egis 
suum nuncium exposuissel, predictus Johannes Horn venit et, contra- 
riando nuucium domini régis predictum, iii contemptum ejusdem 
domini régis, felonice, false et proditorie contra ligeanceam suani, 
dixil eisdem : Venile Londonins, quia unanimes facti sumus amici et 
parati facere vohiscnni que proposuislis^ et in omnibus que vobis 
necessana sunt favorem et obsequium preslare, sciens régis volunta- 
tem et majoris sui mandatum suis dictis contraria fore. Et sic, per 
verba premissa, excitacionem et procuracioneni illius Johannis Horn, 
habentis de suis coniva, consilio et conspiracione precogitatis ^^ alte- 
rum Svljyle, predicti malefactores et domini régis proditores sic, ut 
supradicitur, conjuncti, cum W'altero Tyler, Alano Thredre, Willelmo 
Ilawk, Johanne Stakpull, principalibus ductoribus et aliis régis prodi- 
toribus, venerunt Londonias, currendo et clamando per vicos civilatis : 
Ad Savoye, ad Savoye, et sic per predictum Johannem Horn et WA- 
terum Sybyle predicti felones et proditores domini régis introducli 
fuerunt in civitatem ; ob quam causam carcera isic) domini régis de 
Xewgate fracta fuit, arsiones tenemenlorum, prostraciones domorum, 
decapitaciones archiepiscopi et aliorum l'acte fuerunt, et alia plura 
mala prius inaudita perpetrata per ipsos tune fuerunt. Et dicunt quod 
predictus Johannes Horn, cum eisdem turmis malis et omnino male- 
dictis deambulans per vicos civitatis, quesivit si aliquis vellet monstrare 
et sibi proponere aliquam injuriam sibi factam. promittens eis festi- 
nam justiciam per ipsum et suos inde faciendam, ob quod venit que- 
dam Matilla Toky coram Johanne Horn, conquerendo versus Ricardum 
Toky, grossarium, de eo quod idem Ricardus injuste detinebal rectam 
hereditatem ipsius Matille, ut ipsa tune dixit, super quo predictus 
Johannes Horn. in magna societate rybaldorum et rebellium predicto- 
rum, cum eadem Matilla accessit ad quoddam tenementum predicti 
Ricardi Toky in Lumbardstrete, Londoniis, et ibidem idem Johannes 
Horn. capiens sup?r se regalem potestatem. dédit judicium aperte quod 
predicta Matilla predictum tenementum haberet. et adjudicavit eidem 
Matille habenda omnia bona et catalla in eodem tenemento inventa pro 
dampnis suis, et sic fecit super predictum Ricardum Toky disseisinam et 
predacionem felonice et contra pacem et legem domini régis, in ener- 
vacionem régie corone et, in quantum in ipso fuit, adnuUacionem 
régie dignitatis ac legis terre ac pacis régis, et regni destruccionem 
manifestam. Ac eciam dicunt quod idem Johannes Horn, cum predictis 
turmis malis et filiis iniquitatis, quamplures de dicta civitate magnis 
mynis vite et membrorum se redimere coegit, inter quos fecit felonice 



LONDRES ET LES ENVIlîONS, hV 12 AU lo JULN 193 

quemdam Robertum Xortoun, taillour, facere finem et redenipcionem 
cuidam Johanui Pecche, ftlsshmong'er. de decem libris sterlingorum, 
pro quibiis bene et fideHter solvendis idem Robertu? Xortoun plura 
jocalia posuit in vadiuni, et si idem Robertus taliter non fecisset, pre- 
dictus Johannes Horn juravit quod eundem Robertum turmis suis 
traderet decapilandum, et sic idem Jobannes Ilorn fuit unus principa- 
lium insurrectorum contra regem et principabs corum malorum consi- 
liator, ita ut per ipsum et per predictum ^^'alterum Sybyle lelonice et 
proditorie malet'actores prenominati excitati et procurati fuerunt 
veniendi Londonias, et in eandem civitatem per ipsum et per predictum 
\A'alterum Sybyle proditorie introducti fuerunt, per quod omnia mala 
predicta in dicta civitate et in cunctis locis eidem adjacentibus facla 
fuerunt et perpetrata, non obstante quod iidem A\'alterus Sybvle et 
Johannes Horn deofïicio suo aldermanie ad pacem domini régis ibidem 
conservandam fuerunt specialius per sacramentum suum astricti. 

Item, dicunt prcdicti jurati super sacramentum suum quod, ubi pre- 
dictus ^^'illelmus Walleworth, major, cum deliberacione predicli com- 
munisconsilii civitatis predicte, ordinavit ut omnes aldermanni ejusdem 
civitatis adcustodiendum civitatem deb'erjent esseparati inarmis, cum 
aliis concivibus suis, ad resistendum malefactoribus supradictis, et ad 
negandum eis ingressum, et ad defendendum tam portas quam alios 
ingressus civitatis predicte, predictus AA'allerus Sybyle, tune alderman- 
nus, sciens et videns predictum populum ferocem et malevolum in 
SuthAverk tôt mala facere et fecissc, die jovis supradicto, supra pontem 
Londoniarum in armis stetit, parvum vel nullum sibi adquirens adju- 
A'amen, set plures volentes eundem ^^'alterum Sybyle adjuvasse inresis- 
tendo eisdem idem ^^'alterus Sybyle repulit, verbis reprobis et contu- 
meliosis, et eos omnino recusavit, dicens aperte : Isti Kentenses sunt 
amici nostri et régis. Et sic dédit eisdem proditoribus supranominatis 
cum turmis suis liberum introitum et egressum felonice et proditorie, 
ubi hoc impedivisse debuit et de facili potuit. et quando idem ^^'alterus 
Sybyle premunitus fuit per aliquos quoniodo predicti proditores et 
rebelles fregerunt carceres régis, fecerunt decapitaciones hominum et 
prostraverunt quoddam tenementum juxta pontem Londoniarum, idem 
^^ alterus Sybyle, omnia mala predicta parvipendens, dixit : Quid ex 
hoc? Dignum est et dignuin fuit everti per viginti annos elapsos. Et 
dicunt quod ubi Thomas Gornewayles, dicto die jovis, in magna comi- 
tiva armatorum venit et optulit se ad succurrendum eidem ^\'altero, 
et ad custodiendum introitum pontis, et ad ibidem restitendum -sic pro- 
ditoribus predictis, sub omni forisfactura quod forisfacere potuit. idem 

ilem. ei doc. de l École des Chartes. — IL 13 



19'j- APPENDICF. H 

^^'allerus Sybyle felonice el proditorie illorum adjuvamen recusavit et 
eos non permisit aliquam custodiam seu restitenciam contra predictos 
malefactores ibidem facere, set sine custodia reliquit portas civitatis 
apertas. Et sic, per maliciam ipsius ^^'alteri Sybyle, conyvam et con- 
spiracionem inler ipsum ^^'alte^um Sybyle et Johannem Ilorn pre 
cogitatas, alie porte civitatis aperte fuerunt, et omni clausura carue- 
runt, unde supradicti malefactores nominati, et alii eisdem consimiles 
cum turmis suis, per easdem portas liberum introitum et exitum pro 
libito habuerunt, false, felonice et proditorie, et, quod pessimum fuit, 
ex hoc dominus rex et tota civitas cum toto regno fuerunt in aperto 
periculo ultimate destruccionis. 

Item, dicunt predicti jurati quod, quaudo dominus noster rex et major 
civitatis predicte in maximo periculo constituti fuerunt, in Smethefeld, 
inter turmas malefactorum, die sabbati proximo post festum Corporis *, 
predictus ^^'alterus recenter recessit ab eisdem equitando in civitatem 
per vicos de Aldrichegate et de ^^ eslcbepe, et clamavit aperte : Clau- 
dite portas vestras et custodite miiros vestros, qiioniain jam totum per- 
ditum est. Et dicunt quod ^^'alterus Sybyle et Johannes Horn fecerunt 
portam de .Aidrichesgate claudi felonice et proditorie, et, in quantum 
in ipsis fuit, impediAcrunt homines ad succurrendum domino régi et 
majori, scientes illos in tali periculo constitutos, contra ligeanciam et 
fidem suas domino régi débitas, cui debuissent omni nisu adherere, et 
eum succurrere, et, omnibus aliis rébus postpositis, defendere, et, si 
cives civitatis festinancius se non expedivissent, auxilium domino 
régi et majori minus tarde advenisset, causa verborum et factorum 
predicti A\'alteri Sybyle et Johannis Horn. 

Item, dicunt super sacramentum quod quidam Thomas Ffarndon, 
tempore principii insurreccionis predicte, (v ivit ex proprio suo capite 
felonice ad malefactores de comitatu Essexie, et eis conquerendo dixit 
quod per reverendum militeni priorem Hospitalis Sancti Johannis 
Jherusalem a recta sua hereditate injuste expulsus fuit, ob quam cau- 
sam malefactores supradicti indignacionem et magnum rancorem habue- 
runt erga predictum priorem, unde plura dampna et ruinam suis pla- 
ciis et tenementis in comitatu Essexie fecerunt. Et predictus Thomas 
Ffarndon, die jovis in festo Corporis Ghristi supradicto, cum predictis 
insurrectoribus, ut unus eoruni capitaneus, venit Londonias. ducens 
rétro se magnam turbam, et eorum ductor fuit usque tenementum 
predicti prioris vocatum le Temple, in Ffletestrete, felonice et prodi- 

1. Le lajuin. 



LONDRES ET LES ENVIRONS. DU 12 AU lo JUIN 195 

torie. et ibi eis signum fecit ita quod statim eadem tenementa prostra- 
verunt, et cum eis ivit usque ad manerium de Savoye, quousque plene 
funditum fuit et crematum. Deinde damans socios suos, eos duxit 
usque ad prioratum de Clerkenwell, et ibidem predavit et spoliavit 
prioratum predictum et i;;ne succensit. Accessitque ultra cum eisdem 
turmis iu civitatom Londoniarum et ibidem periiodabat, et recepit 
secum noctanler plures principales insurrectores. videlicet Robertum 
de la Warde et alios, ymaj,ànando illa uocte et cum aliis sociis suis 
conspirando nomina diversorum civium que fecit scribi in quadam 
cedula, quos vellet decapitare et eorum tenementa prostrare. Mane 
autem facto, die veneris proximo post festum Corporis Christi ', pre- 
dictus Thomas cum pluribus complicibus suis ivit usque ad Hybery et 
ibidem nobile manerium predicti prioris ad nichilum igné perverterunt. 
Deinde accessit cum maledictis malefactoribus usque ad le Milende, 
obviando domino nostro [régi , et ibidem ITrenum equi régis nostri 
felonice, proditorieet irreverenter in manu sua ccpit, et sic dominum 
regem detinendo, dicebat ista verba vel consimilia : Vindica me de illo 
falso prodJtore priore, quia tenementa mea false et ffraudilenter 
de me arripuit : fac michi rectam j'iisliciam^ et tenementa mea mihi 
reslaurare digneris, quia aliter satis forfis siim facere nuchimet jiisti- 
ciam, et in eis reintrare et hahere. Cui rex instanter inquit : Hahehis 
quod justiim est. Deinde idem Thomas, semper continuando suam 
maliciam. ivit apud Turrim Londoniarum, et felonice et proditorie 
ibidem intravit, et noluit cessare quousque tam archiepiscopus quam 
predictusprior decapitati fuerunt, et deinde circuivit civitatem, querens 
quos potuit per cohercionem vite et membrorum facere se redimere,et 
quorum tenementa voluit prostrare. Et tempore quo idem Thomas fuit 
circa prostracionem tenementi Johannis Knot in Stanynglane, captus 
fuit et prisone deliberatus, et idem Thomas primus fuit omnium pinn- 
cipalium insurrectorum de comitatu Essexie. Et dicunt quod predictus 
Thomas Ffarndon, a die lune in septimana Pentecostes -, anno quarto 
supradicto, usque diem sue capcionis, continuavit maliciam suam in coli- 
gendo et congregando predictos insurrectores, et in prosequendo mor- 
tem predicti prioris false, felonice et proditorie, contra tidem et ligean- 
ciam suam, in adnuUacionem status sui régis et pervercionem régis et 
regni. 

Dicunt eciam predicti jurati quod, postquam Willelmus Walleworth, 

I. Lo 14 juin. 
i. Le 3 juin. 



I9G APPENDICE II 

major supradiclus, porlam de Algate in vigilia fesli Corporis Chrisli 
supradicti ' noctanter claudebal. ne malefactores de comitatu Essexie 
ibidem ingressum habeivnt, quidam A\'illelmus Tonge portam illam 
maie aperuit et communes ibidem inlrare permisit contra ^ riluiitatem 
dicti majoris. 

Item, dicunt quod Adam alte ^^'elle et Rogerus Harry. bocheres, per 
quatuordecim dies ante adventum dictorum insurrectorum de comitatu 
b]ssexie Londoniis, ipsos insurrectores ad veniendum ad dictam civita- 
tem excitaverunt et procuraverunt, et multa super hoc eis promiserunt, 
et postea, die jovis in festo Corporis Chri?ti -. in eandem civitatem 
ipsos insurrectores proditorie introduxerunl. lI ulterius eos in magna 
multitudine ad manerium domini ducis Lancastrie. dictum Savoye, 
eodem die perduxerunt, et ad arsuram et depredacionem ejusdem 
maneriijUt eorum ductoreset principales consiliatores, provocaverunt, 
et exinde plura jocalia, et alia bona, et corr. : adj valorem et precium 
viginti librarum felonice asportaverunt. Et, die veneris proxime 
sequenti •^, predictus Adam quemdam Nicholaum Wyght, in parochia 
Sancti Nicholai, ad macellas. cnpud suum pro viginti solidis felonice 
redimere fecit. » 

3*^ Suit une autre enquête, du 4 nov. 1382, signée par les shérill's et 
les jurés, ^^'illiam \\ alworlh, ayant appris vers le 9 juin les troubles 
d'Essex et de Kent et les rassemblements qui s'y faisaient pour accom- 
plir des méfaits depuis longtemps projetés ', se concerta avec les alder- 
men, et chargea trois d'entre eux, John Horn, Adam Garlyllc, mar- 
chand grossier, et John Frossh, mercier, d'aller au devant des insurgés, 
de se rendre compte de leurs forces, et de négocier avec les chefs pour 
les empêcher de nuire "'. Le mercredi 12 juin, ils accomplirent leur 
mission, mais ensuite John Horn, se séparant de ses deux collègues, 
alla trouver les rebelles dans l'endroit où ils étaient le plus nom- 

i. Le 12 juin. 

2. Le 13 juin. 

.3. Lo 14 juin. 

4. "... quod plures ligei..., in comitatibus Kaneie et Essexie... insurrexe- 
runt, et, ut mala per eosdem longe ante precogitata facilius ad finem duce- 
rent, in diverses et magnas turmas se congregaverunt... n 

o. «... utquam citius obviarent illi rebelli populo, sapicnter eorum tur- 
mas et acies explorarent, et ulterius cum dicta multitudine vel saltem cum 
eorum tune principalibus ducibus tam sapienter tractarent, et ad talem 
finem, quod ipsi dominum regeni in aliqno non perturbarent.., et quod nul- 
lus [corr. : nullij de civitate nec aliquibus in eadem degentibus dampna seu 
aliquod molestum in bonis seu corporibus inferrent. » 



LONDRES ET LES ENVIRONS, DL 12 AU lo JLLN 197 

breux ' , et les invita à enlrer clans Londres, leur promettant bon accueil 
et des vivres. En conséquence, ce même mercredi, les insurgés vinrent 
à Southwark et forcèrent la prison royale de la Maréchaussée. — La 
soustraction dun étendard royal par John Horn est ensuite relatée, 
comme dans l'enquête du 20 novembre. — Puis vient lafTaire de la 
garde du pont de Londres. A\'alter Sybyle refusa toute aide ^, bien 
qu il sût les excès commis par les rebelles à South\\ark, et que le même 
jeudi une propriété située au bout du pont eût été dévastée ^. — 
AlTaire de la propriété de Richard Toky, adjugée par John Horn à 
Mathilde Toky. — Après le meurtre de Wai Tyler à Smithfîeld, 
A\ alter Sybyle voulut empêcher les Londoniens daller au secours du 
roi ', qui, sans lintervention de William W'alworth, se serait trouvé 
en grand péril ''. 

Affaire de la porte d'Aldgate. « Item, dicunt supra sacramentum suum 
quod quidam ^^'ille]mus Tonge, tune aldermannus, predicto die mer- 
curii ®, portam de Algate per predictum majorem pro inimicis exclu- 
dendis clausam, videlicet turbis de comitatu Essexie contra pacem 
domini régis ex coniva Kentensium levalis, idem ^^'illelmus Tonge ipsam 
portam de nocte aperuit, et easdem turbas per predictam portam intrare 
permisit ; qui, statim ut infra civitatem fuerunt, malefactoribus predic- 
tis de comitatu Kancie se immiscuerunt ; et omnia mala predicta simul 
cuni illis et eis adherentibus peregerunt. Set si idem ^^'illelmus Tonge 
dicte porte apercionem fecerit ex sua malicia propria, vel ex coniva 
predictorum Johannis Horn et ^^'alteri Sybyle, vel ex nietu et 

i. «... accessit per se ad eosdeni malefuclores ubi spissius erant congre- 
gavit [coït. : cougrcgali ... » 

2. <' Quid facilis hic? Redite ad proprias vesfras icardas vel doinos custo- 
diendas, quia nemo se inlromillel hic in warda mea, riisi ego et socii niei 
propriiffue ; sine majoris auxilio nos suf/icimus ail fariondum hic qiiicquid 
indiyet in istocasu. » 

3. "... non obstanle quod... uiium tenementum, juxta finem pontis silua- 
tum, fuit eciam por eosdem malefactores eodem die jovis solotenus obru- 
tum )>. 

4. c Jain claudite portas fcstinnnter ciritatis, et ciistodile eandeni, tenen- 
tes vos infra niiiros e/iisdeni, t/iiia rc.r noster et majores nostri niorlni sunt 
in Smet/iefeld '•. 

o. <•... et nisi per Del graciain idem major feslinancius adveuisset, et pre- 
dicta verba ipsius Walteri Sybyle esse falsa plebi exposuisset, ac ad succur- 
rendum domino régi nobili vultu et instanter cuin magna feslinacione pro- 
vocasset, idem dominas noster rex inter inimicos suos in magno periculo 
ipsius et tocius regni sui, fere solus absque juvamine civifatis j)ermansisset ». 

G. Le I 2 Juin. 



1*18 APPENDICE II 

minis predictorum nialcfactorum de comitalu Kancie infra civitatem 
lune exislencium, omnino ignorant ad presens. » 

Accusations portées contre Adam atte Welle : 

« Item, dicunt super sacrameutum suum quod quidam Adam atte 
A\'elle, tune bocher ad macelias Sancli Xicholai Londoniensis, quiqui- 
dem Adam jam est provisor victualium domini ducis Lancaslrie, per 
quatuordecim dies ante adventum dictorum insurrectorum de comitatu 
Essexie in dictam civitatem, ij)sos in dictum comitatum Essexie 
adivit, et eosdem insurrectores ad venicndum ad dictam civitatem 
excitavit et procuravit, et multa super hoc eis promisit. Et postea, die 
jovis in festo Corporis Christi \ anno supradicto, in eandem civitatem 
ipsos introduxit et ulterius eos in maj^na multitudine ad manerium 
dicti domini ducis de Savoye eodem die produxit. et ad arsuram et 
depredacionem ejusdem manerii, ut eorum ductor et consiliator pi'in- 
cipalis, provocavit, et exinde plura jocalia et alia ad valorem et pre- 
cium viginti librarum sterlingorum excedencia ipsemet Adam felonice 
asportavit. Et postea quemdam ?sicholaum ^^'yght taillour prope 
dictas macelias commorantem in crastino proxime sequenti caput 
suum pro viginti solidis sterlingorum redimere fecit ». 

« Et dicunt insuper super sacramentum suum quod nomina plurium 
predictos malefactores ad dictam civitatem principalitcr excitantium 
seu procurancium vel eosdem in eandem introducencium, vel ex pro- 
pria malicia intrare permittencium, ad presens non sciunt, nisi talium 
qui hac de causa justum judicium morlis per legem regni receperunt, 
vel aliorum qui cartas remissionis domini régis super hujusmodi male- 
factis ante istam inquisicionem perquisiverunt. » 

A° En 1383, quinze jours après Pâques, comparaissent John Horn, 
\^'alter Sybyle, Adam Carlyllc et A\'illiam Tonge. La cour n'étant pas 
sufFisamment renseignée, ils sont mis en liberté, sous la caution de 
300 livres pour chacun d'eux, et de 200 livres pour chacun de leurs 
garants, qui sont au nombi'e de quatre par accusé. — A l'octave de la 
Saint-Martin, ils comparaissent de nouveau, avec John Frossh, et ils 
refusent le bénéfice de l'amnistie, alin de laver leur honneur -. — A 
l'octave de la Saint-Hilaire 1384, les témoins ne viennent pas. — 
L'airaire est remise à l'octave de l'Ascension. Ceux qui auraient des 



1. Le 13 juin. 

2. « Renuunt omne privilegium gracie et remissionis et pardonacionis. per 
dominum regem in hujusmodi casu in parliamento suc concessarum, quod 
eis contingere posset, pro fama sua lu hac parte purganda. » 



LONDRES ET LES ENVIRONS, DU 12 AU lo JULN 199 

renseignements à fournir sont invités par une proclamation à venir les 
communiquer aux jurés ou à Tattorney du roi. Personne ne se pré- 
sente. Les jurés acquittent les accusés : « Eant quieti ». 

Coram rege, EasI. 6 Rie. II, m. 6, G durso, G bis, 6 bis clorso, 6 ter. 

11 

1381, 19 août, Shene. — Le roi mande au sheriff du Surrey de 
recevoir et de garder dans le château de Guildford jusqu'à Toctave 
de la Saint-Michel, où il sera jugé, un certain Stephen HuU, de Londi'es, 
drapier, arrêté et gardé jusqu'alors dans la prison de rilôtel, pour avoir 
pris part à l'incendie du palais de Savoie. 

Claus. Hic. II, ni. 40. 

12 

Lettres de pardon en faveur de Stephen IIull, drapier, de Londres, 
arrêté comme incendiaire du palais de Savoie, à condition qu'il ne 
soit pas un des rebelles exceptés de toute amnistie par le parlement. 

Coram rcrje, Midi. 5 Rie. II, m. H d. 

13 

« iMiddlesex. — Jurati diversorum hundredorum comitatus predicti, 
isto eodem termine, coram domino rege,apud W'estmonasterium, pré- 
sentant quod Johanna, uxor Johannis Fferrour, de Rouchestre, in 
comitatu Kancic, vcnit in magna societate malefactorum insurgencium 
de Kent, tanquam principal[is] factor et ductor, in festo Corporis 
Christi, anno regni régis Ricardi secundi post conquestum quarto \ 
apud Sauveye in comitatu Middiesexie, et diclum manerium combussit 
ut inimica régis, et quandam cistam, in qua erant mille libre sterlin- 
gorum Johannis ducis Lancastrie et plus, ibidem cepit, et dictam cis- 
tam in quadam navicula super Thamisiam posuit et asportavit et usque 
Suthwerk duxit, et ibidem dictum aurum inler se et alios divisit. Et in 
crastino, dicta Johanna, in dicta comitiva principalis, venit ad domum 
Sancti Johannis Jerosolymitani in Anglia, et ignem ibidem posuit et 
dictam domum plenarie comI)ussil, et duos equos ibidem cum lana pre- 

1. ].v 13 juin i:JHI. 



200 APPENDICE H 

cii sex marcaruni oneravit, et asporUnil. Et quod eadem Johanna 
simul cum aliis venit apud Turrim Londoiiiarum tanquam principalis 
ductor, et manus primo violentas iu Sinionem, nuper archiepiscopum 
Canluariensem, et fratrem Robertum Haies, nuper prioi'em Sancti 
Johannis Jerosolymitani in Anglia, injecit, et eos exli^a Turrim Londo- 
niarum traxit, et decapitari precepit, videlicet die veneris proxima 
post festum Gorporis Christi ', anno supradicto, et insurrecciones, 
combustiones et lelonias predictas fecit felonice et proditorie, die et 
anno predictis, etc. •>■> 

Le jury de Middiesex l'acquitte. Mais pour tout ce qui a été fait à 
la Tour, c'est-à-dire dans Londres, les jurés de Middiesex sont incom- 
pétents ; aussi l'accusée est-elle seulement renvoyée sous caution et elle 
comparaîtra de nouveau à l'octave de la Saint-Hilaire, parce que la 
cour n'est pas encore suffisamment renseignée pour rendre un jugement. 

Coram rege, Mich. 3 Rie. II, m. 39 cl. 



14 

Méfaits attribués à John Ferrour, de Rochester, et à la bande de 
Kentois qui l'accompagnait. Mêmes accusations que contre sa femme 
Jeanne (Voy. le document précédent). 

John Ferrour demande le jury. L'affaire traîne en longueur. Il est 
acquitté le 2 nov. 1383 par le jury de Middiesex. Mais, comme il a été 
exclu de toute amnistie en parlement, on le retient en prison pour savoir 
de ^^'illiam ^^'al^vorth s'il n'a pas été cité à Londres. Le 11 novembre, 
^^'illiam Wahvorth répond qu'aucune citation ne concerne John Ferrour- 

Coram reje, Trin. '^Bir. H,/». .30 d. 



15 

Roger atte ^\'ode, du comté de Kent, accusé des mêmes méfaits que 
John Ferrour (voy. les deux documents précédents), cité plusieurs fois 
sans comparaître, et mis hors la loi, linit par se présenter devant le 
roi le 21 janvier 1383, et bénéficie de l'amnistie. 

Coram rege. H il a ri/ Bic. II, m. 19 t7. 
1. Le lijuiii. 



LONDUES ET LES E.NYIKO.NS, DU 12 AU 1 ."3 JUUN 20] 



16 

Thomas Clerke, d'Aldgate-slreet, boucher, accusé d'avoir pris part 
à l'incendie du palais de Savoie, comparaît le 30 mai 1383 et présente 
des lettres du roi, du "23 lévrier 1383, lui accordant le bénéfice de l'am- 
nistie votée en parlement. 

Corain rege, Trin. (> Bic. II, m. 2. 

17 

Robert Benel, de Barford-Saint-John, dans le comté d'Oxford, a été 
chef de la révolte ' dans le comté de JMiddlesex. Il s'est soulevé le 
13 juin et a pris part à l'incendie du palais de Savoie. Le jury le déclare 
coupable, et il est condamné à être pendu. 

Coram rege, Mich. o Hic. II, m. 39 cl. 

18 

Mandement du roi évoquant à lui le procès du rebelle Edmund 
Weston. — D'après les presenfaciones des jurés, Edmund ^^'eston, 
Thomas Bedforth, de Holborn, John Lenerich, Thomas Brembole, 
Mathilde sa femme, Isabelle sa lille, John Foke, \\'illiam Shepherd, 
de Tothill, Thomas Taillour, de Charing", ^^ illiam Capon , John 
Nevill, barbier, Richard Bristowe, hôtelier, John Smith de Lewisham, 
John son domestique, \\'illiam, fils de Nicholas Gardiner, et John 
Huntyngdon, boucher, se sont révoltés le 13 juin, et ont pris part à 
l'incendie du palais de Savoie et du prieuré de Clerkenwell. 

Corain rerje, Mich. "J Rie. II, m. 37 e^ 37 cl. 

19 

John Smith, de Lewisham, est accusé d'avoir participé à l'incendie 
du palais de Savoie et du manoir de Clerkenwell. — Lettres de pardon 
du 12 mai 1382. 

Coram rege, East. o Rie. II, m. 20 d. 
1. '< ....principalis insurrector.... ». 



202 APPE.NDK i; Il 



20 



^^ illiam Plomer. d East-Greenwich. est accusé de sètre révolté le 
13 juin, davoir pris part à l'incendie du palais de Savoie et des éta- 
blissements des Hospitaliers, et d'avoir été un des principaux insur- 
gés. — Lettres d'évocation. — ■ Lettres de pardon du 7 mai's 138'2. 

Corain rerje, East. o Bic. II. ;//. 1. 

21 

William Gardiner. ancien domestique du duc de Lancastre, accusé 
d'avoir été un des principaux auteurs de l'incendie du palais de Savoie 
et des établissements des Hospitaliers, est acquitté par le jury. 

Coram regc. Ililar. '6 Rie. II. m. io d. 



Déposition de témoins de plusieurs hundredsde Middiesex. ^^'illiam, 
fils de Nicholas Gardiner, de la ville de \\'estminster. le 13 juin, a 
démoli les maisons d Andrew Tettesworth, dune valeur de 100 livres, 
et y a volé des objets d'une valeur totale de 40 livres. Le même jour, 
il a démoli les maisons de Roger Leget, d'une valeur de 40 livres, dans 
la paroisse de Saint-Andrew de Holborn. Il a été un des principaux 
insurgés. Au commencement de l'année, il avait volé plusieurs objets 
appartenant au duc de Lancastre, dans le palais de Savoie. — Autres 
dépositions, ^^'illiam a figuré parmi les incendiaires du palais de 
Savoie et du manoir de Robert Haies. — Autres dépositions. Le 
13 juin, à Strood, il est entré chez William Freshawe, en mena- 
çant de mort la maîtresse du logis, et il a brisé les portes, les l'enêtres 
et les coffres '. — Déclaré coupable par le jury, il est condamné à être 
pendu. Il n'a pas de biens. 

Coram reye, Ililar. ij Rie. II, m. 23. 



i. (' Cristinam, uxoreni ejusdem Willelmi, ad decapitaiidum minabatur, 
et eandeni domum felonicc intravit, et hostia et fenestras ac cistas ipsius 
Willoliiii... ibidem folonice fi'ctrit ». 



LO-NDRES ET LES ENVIRONS. DU 12 AU lo JUIN 203 



23 

Robert Gardiner, de Ilolborn, est accusé par les jurés de divers 
hundreds du Middlesex. en présence du roi. dètre venu avec une grande 
foule de rebelles à Clerken-\vell, le 13 juin, et d"y avoir tué sept Fla- 
mands dont les noms sont inconnus '. 11 a prisa ClerkenAvell un calice 
dune valeur de cent shillings. — Lettres de pardon du 2 lévrier 1382. 

Corajn re<je, Trin. o Bic. II, /*(. 34. 

24 

John Plot, de Londres, brasseur, accusé d'avoir participé à l'incen- 
die de la maison de Roger Leget, à Holborn, de la maison d'Andrew 
Brewer, du palais de Savoie, et de l'établissement de Clerkenwell, et au 
meurtre de Robert Haies "^, comparait le 16 juin 1383 et présente des 
lettres royales du lU mai 1383. lui accordant le bénéfice de l'amnistie. 

Coi-am rerje, Trin. liic. II. m. 21. 

25 

Dépositions des témoins en Middlesex. Les jurés de Cripplegate- 
■\vithout-London déposent que Thomas Faringdon est venu le 14 juin 
à cheval, et en armes, dans la paroisse de Saint-Giles-^\ ithout-Cripple- 
gate, et a menacé d'abattre la maison de (jilbert Pi'vnce. peintre ; mais 
il ne l'a pas t'ait. — Les jurés de Clerkenwell-streel déposent que le 
13 juin Thomas Faringdon a pris part à l'incendie du palais de Savoie 
et à la démolition des maisons du Temple ; de là, il est allé à Clerken- 
well et il a assisté et présidé à la destruction des établissements des 
Hospitaliers. 11 a été le principal auteur de la mort de Robert Haies ■'. 

1. ■... veuilcum magna multitudinefelonice et proditorie ad domum Sancti 
Johannis apud Clerkenwelle, et ibidem interfecit septem horaines vocatos 
Kflemynges, quorum nomina ignorantur, die jovis in festo Corporis Christi. » 

2. "... et fuit primas qui consenlebat ad decapitandum Robertum de 
Haies... » 

3. « Et eciam codem die jovis, a predicto loeo del Temple in comitiva dic- 
torum malefactorum... equitavit usque ad ecclesiam Sancti Johannis Jero- 
solymitani in Anglia, vocatam Clerkenwelle, in comitatu Middlesexie pre- 
dicto, et ibidem fuit preseus et precipiens felonice et proditorie ad ardeu- 
dum et prosternendum omnes domos Sancti Johannis predicti. Et similiter 
dicunt quod idem Thomas fuit principalis causa mortis fratris Roberti 
Haies, prioris ecclesie Sancti Johannis predicte. » 



20 i 



APPENDICE II 



— Déposiliont- des témoins en Essex. Thomas Farinj;don, le 10 juin', 
s'est montré à la tête d"une bande à Cressing- Temple ; là , il a 
abattu les maisons du prieur des Hospitaliers et a l'ait main basse sur 
les biens qu'il y a trouvés. Ledit Thomas, le 14 juin, est allé à Tower- 
Ilill et a réclamé impérieusement au roi une certaine tenure sise à 
Londres-. Le même a pris part avec sa bande à l'incendie du palais 
de Savoie, des édifices de Clerkenwell et de PLghburv. — Lettres de 
grâce pour Thomas Farinj,^don, 8 mars 1382. [Sic. CI", ci-dessous n° 27.) 

Coram rege, Easl. ï» Rie. Il, m. 3. 



1381. 13 octobre, ^^'estminster. — Le roi mande à Alain de Buxhall, 
gardien de la Tour, de remettre à John Morewell le prisonnier Thomas 
Faringdon, qui a été arrêté à la suite du meurtre de frère Robert Haies, 
prieur des Hospitaliers, et qui sera mené au château de Devizes, où il 
restera sous bonne garde en attendant d'être jugé. 

Clans, b Bic. II, m. 30. 

27 

1382. 25 février, Westminster. — Le roi pardonne à Thomas Faring- 
don, accusé d'avoir commis avec les rebelles de Londres divers 
méfaits ^. Ce pardon est accordé à la requête de la reine, et sur la 
demande du maire et des aldermen de Londres, qui ont attesté l'inno- 
cence de Thomas P'aringdon. 

Pal. ij Rie. II. /<;(/•/. 2. m. '2't. Voy. aussi in. 22. 

28 

1383. 5 février. — Mémorandum adressé parle roi à Robert Tresilian, 
pour lui rappeler que Thomas Faringdon, Richard Mory et Richard 
Dell ont été exclus de l'amnistie « come de celles persones lesquelles 

1. " ...die lune proxima post festum sancte Triuitatis... ». 

2. « Item présentant (juod predictus Thomas fuit apud le Touihill, die 
veneris proxima post fesluni Corporis Christi, anno quarto supradicto, et 
ibidem loculus fuit domino régi ut donaret sibi titulum inlraudi in quodam 
tenemento in London, quod Ricardus Weston ei disseisivit, et dicit, nisi 
dominus rex vellet dare sibi titulum in eodem tenemento, per hujusmodi 
potenciam comitive predicte intrare ex auctoritate sua propria vellet. » 

\i. >' ...diversa horribilia lac la et trans^ressiones... >•. 



LONDIIES ET LES ENVIRONS, DU 12 AU 1') JUUN 205 

l'urenl principalx comenceours, abettoiir? et procururs de la granl et 
horrible riiniur et insurreccion nadf^aris Ireferousenieut l'aitz deins le 
roialme encontre la paix, la corone et la dignité notre dit seigneur le 
roy, et especialement principalx del arsure et destruccion del maison et 
manoirs de l'ordre Seint .Tohan Jérusalem. » 

Contm rerjc, Ilil.ir. (> liic. II, m. \H. 

29 

Le 6 septembre 1381, John Bakere. de Deptl'ord, a avoué, devant 
Robert Tresilian, avoir pris part à la rébellion, le 13 juin, à Blackhealh 
et à Deptford. Il s'est l'ait probaior et a accusé Jordan de « Bla- 
dyngton » et Robert Draper, d'Erith, de s'être soulevés avec lui. 

Corainrege, Mich. 5 /?«c. II, //(. .'iO. 

30 

Le G septembre 1381, John Bakere, retenu en prison, a avoué 
devant Robert Tresilian qu'il s'était révolté le 13 juin à Deptford et à 
Blackheath. Il s'est i\i\i probaior, et a déclaré que c'était sur le conseil 
et avec laide de Ralph A\ ardale et de Thomas Tyler, d'Erith, qu'il a 
décapité Robert Haies *. Quand Ralph ^^'ardale et Thomas Tyler ont 
comparu pour répondre à cette accusation, John Bakere avait été déjà 
pendu. Ils ont reçu du roi des lettres de pardon ^^30 novembre, 
'28 novembre). 

Coram rege, Mich. o Rie. H, m. 48. 

31 

John Bakere, de Deptford, a avoué ses méfaits, mais a accusé Peter 
Styward, de Lewisham, et d'autres, de lui avoir prêté main forte pour 
décapiter Robert Haies. Il n'a pas maintenu son accusation et en con- 
séquence il a été condamné à être pendu. Peter Styward a obtenu des 
lettres de pardon. 

Coram rerje. Mich. '.j Bic. II, i)i. 48. 

1. " Ipse, die veneris lune proxime sequenti, per assensum, abbettum et 
procuramentum prefatorum Radulfi Wardale et Thonie Tylere, apud le 
Tourhill felonice et traditorie decapitavit fratrem Roberlum Haies, priorem 
Hospitalis Sancti Johaanis Jerosolymitani in Anglia, thesaurariuin domini 
ree:is. » 



206 APPENDICE II 



32 



Londres. — Évocation du procès de ^^^alter atte Keye, brasseur. — 
Suivent les dépositions des témoins jurés : 

n Jurati dicunt quod ^^'alterus alte Keye, simul cum aliis quamplu- 
ril)us malefactoribus etc., quos secum duxit in comiliva sua, venil ad 
domum Andrée \ernoun, brewere, apud Pouleswbarf, I^ondoniis, die 
vcneris et anno quarto prcdictis', et ibidem diclam domum felonice 
et proditorie vi intravit, et eundem Andream minabaturad interficien- 
dum, et domum suam predictam ad prosternendum, nisi flnem cum 
eo facere vellet, occasione quarum minarum idem Andréas pre timoré 
mortis sue fecit linem cum ipso A^'altero pro tribus solidis et quatuor 
denariis, quos in forma predicta felonice et prodiciose ibidem recepit 
de eodem Andréa, et quod fuit communis malefactor ad faciendum 
taies fines cum multis hominibus in civitate predicta. — Item, dicunt 
quod \\'alterus atte Keye, brewere de \\'odestrete, fuit unus principalis 
malefactor, et simul cum aliis quampluribus malefactoribus de pre- 
dicta insurrectione eisdem juratis ignotis, die veneris proximo post 
festum Gorporis Ghristi '^, anno quarto supradicto, venit ad Gilhaldam 
Londoniis, in parochia Sancti Laurencii in veteri Judaismo, et ibidem 
felonice et prodiciose portavit ignem secum ad comburendum dictam 
Gilhaldam et quendam librum vocatum le Jubyle, et eciam eodem die 
veneris idem Walterus simul cum predictis malefactoribus fuit ad frac- 
cionem et spoliacionem computatorii domini régis in Milkstrete Lon- 
doniis, et multa mala ibidem tune fecit contra pacem etc., et fugam 
fecit causa predicta etc. — Item, dicunt quod Walterus atte Keye, 
brewere de ^^'odestrete, fuit unus surrector etc., et simul cum aliis 
quampluribus malefactoribus predicte insurrectionis, quos duxit secum, 
venit ad compulatorium domini régis in Milkstret Londoniis, die vene- 
ris proximo post festum Gorporis Ghristi, annoLctc], et ibidem felonice 
et prodiciose fuit unus principalis malefactor ad fractionem et spolia- 
cionem ejusdcm computatorii et cistarum in dicto computatorio exis- 
tentium, et querebat ibidem propter librum de constitucionibus civi- 
tatis Londoniarum vocatum le Jubyle, ad comburendum illum, si pote- 
rit inveniri, et alia mala ibidem tune fecit et ea occasione fecit fugam, 
etc. Gatalla ejus nuUa etc. » 

Coram rcge, Mich. 3 Rie. II, m. 43. 

1. Le 14jirni i:}81. 

2. Le 14 juin. 



LONDrîES ET LES ENVIUONS, DU 12 AU 45 .1U(N 207 



33 

Londres, — Evocation du procès de A\'illiam Trewman. — Suivent 
les dépositions des témoins jurés : 

« Qui dicunt super sacramentum suum quod \\'illelmus Treweman, 
brewere, die veneris proximo pnst festum Gorporis Chrisli, anno regni 
l'egis nunc quarto ultime preterito ',fuit unus de insurgentibus con- 
tra dominum regem in civitate Londoniarum ; et eciam quod idem 
Willelmus Trewman, die veneris predicto, apud Algate, Londoniis, 
arestavit Nicholaum Brembre, chivaler, equitantem cum domino rege, 
et ipsum seisivit ibidem per frenum equi sui, ipsum reprobando de 
injuriis tempore majoratus sui sibi factis. Et similiter idem ^^'illelmus 
Trewman postea, eodem die veneris, simul cum uno capitaneo dicto- 
rum malefactorum sic insurgencium et ceteris nialefactoribus etc., 
venit ad domum dicli Nicbolai Brembre apud le Riole, Londoniis, et 
eidem Nicholao ibidem per potestatem dicti capitanei et aliorum male- 
factorum predictorum magnum fecit affraiamentum, et ipsum ibidem 
et totam familiam suam multipliciter inquielavit et minabalur etc., 
constringendo ipsum Nicbolaum tune ibidem, pre timoi'e hujus- 
modi minarum et pro majore periculo evitando, ad solvendum eidem 
Willelmo Trewman quinque marcas, quas quidem quinque marcas 
idem Willelmus Trewman ab eodem Nicholao in forma predicta ibi- 
dem felonice cepit etc. » 

Lettres de pardon du "28 octobre 1381. 

Coram rcrje, Midi. !J Rie. II, in. 39. 



34 

1381, 2'2 juillet, Berkhampstead. — Lettres de grâce accordées par le 
roi à Paul Salisbury. Exposé : 

'( Sciatis quod, cum Paulus Salesbury indictatus sit, ut accepimus, 
de eo quod idem Paulus tanquam unus de insurgentibus debuit surre- 
xisse contra nos et ligeanciam suam in isto tempore furioso, videlicet 
die veneris, quarto decimo die junii ultime preterito, et simul cum 
Thoma, serviente suo, et pluribus aliis nialefactoribus quorum nomina 
ignorantur per predictum Paulum locatis et contra statum nostrum 

i. Le 14 juin 1381. 



208 APPENDICE II 

insurgentibus, debuit venisse ad hospicium ^^'illclmi Baret, alderman- 
ni Londoniaruni, in parochia Saucle Marie de Bothawe Londoniis, et 
dictuiii hospicium ejusdeni Willelmi simul cum malel'actoribus predic- 
tis cum gladiis et fustibus feloniee intrasse, et dictum hospicium ad 
usum suum proprium perpolestatem dictorum malefactorum seisivisse, 
et dictum ^^ illehnum. uxorem suam et omnes servientes suos abinde 
penitus expulisse, et eos pre timoré mortis de dicto hospicio cxire et 
in alto vico extra portam ens slare fecisse, et dictam uxorem ejusdeni 
Willelmi coram eo per longum tempus genuflectere et dictos Willel- 
mum et uxorem suam de longa habitacione in hospicio predicto et de 
vita eorum regraciari coartavisse ; et de eo quod idem Paulus et male- 
lactores predicti [debuerunt] prefatum ^^'ilielmum duas indenturas, in 
quibus statue dicti ^^'illelmi continetur de hospicio predicto, ex dimis- 
sione patris predicti Pauli, et unam cedulam de recognicione ducentarum 
librarum per [)rediclum patrem ipsius Pauli in cancellaria nostra fac- 
tam, eidem Paulo ibidem pre timoré mortis tune liberare fecisse, et 
totum statum suum in hospicio predicto eidem Paulo sursum reddere, 
et sibi per unum denarium tauquam domino suo pre timoré mortis 
ibidem attornare constrinxisse. et euudem ^^'illelmum ad faciendum 
eidem Paulo unam relaxacionem de recognicione predicta, cum eidem 
Paulo postmodum placeret, sacramentum suum coram eis pre timoré 
mortis prestare fecisse ; et similiter de eo quod predictus Paulus, pre- 
dicto die veneris, modo predicto, cum predictis malefacloribus debuit 
venisse ad domum Ilugonis Ffastolf, in parochia Sancli Dunstani Est, 
juxta Turrim Londoniaruni, in vico vocato Thamistrete, versus aquàm 
Thamisie, et ibidem in domum predictam proditorie intrasse, clamando 
illam tanquam suam propriam, et in alia tenementa ibidem eidem 
domui annexa, per potenciam proditorum predictorum, et in Johan- 
nam, uxorem predicti Hugonis, insultum fecisse, et unam indenturam 
per quam Thomas de Salesbury, miles, dimisit eadem tenementa pre- 
dicto Hugoni ad terminum vite sue, et unum scriptum annualis reddi- 
tus viginti librarum percipiendi ad terminum vile predicti Hugonis, de 
terris et tenementis predicti Thome in Londoniis et suburbiis ejusdem, 
et in comitatu Essexie, et unum factum indentatum de condicionibus 
ad exonerandum annualem redditum predictum, et unum factum per 
quod predictus Thomas concessit tenementa predicta nuper Reginaldo 
Love, ad terminum annorum, et unam pixidem in que {sic) scripta 
predicta extiterunt, eidem Paulo deliberare fecisse ; et de eo quod 
unum gladium precii quadraginta solidorum et unum par cerotecarum 
ferri decem solidorum proditorie debuerunt cepisse et asportasse, et 



LONDRES ET LES ENVIRONS, DU 12 AU 1 .") JUIN 209 

sex cados cervisie, et unam pipam vini precii centum solidorum, de 
bonis predicti Hugonis tune ibidem existentibus, bibisse et vastasse ; 
et predictum Hugonem comminati fuissent quod idem Hugo esset decol- 
latus, si ipsum ibidem invenissent ; et de eo quod predictam Johan- 
nani atlornare, et prefato Paulo unum denarium nomine seisine tene- 
mentorum predictorum solvere fecisse debuerunt... » 

Pat. "o Rie. II, part, i, m. 31. 

35 

1383, 16 mars, AN'estminster. — Sur la requête du comte d'Oxford, 
le roi accorde son pardon à John Awedyn, du comté d'Essex, qui avait 
été ^exclu de l'amnistie dans les divers parlements, comme étant un 
des principaux chefs de l'insurrection. 



Pat. 6 Rie. II, part. 2, m. a. 



36 



Par lettres du 20 avril 1383, le roi a demandé à être renseigné sur le 
cas de John Awedyn. 

D'après une enquête faite le 17 juin 1381, John Awedyn, d'Essex, a 
pris part au soulèvement de Londres, le 14 juin. Il a conduit les 
rebelles, étendard déployé, à la demeure de Xicholas Hawtot, dans la 
paroisse de Saint-Swithin, l'a exproprié et chassé ainsi que toute sa 
famille '. 

Il comparaît le 29 avril 1383 et présente des lettres de pardon et des 
lettres de non molestando du 16 mars 1383. 

Coram reçje, East. 6 Rie. II, m. 23. 

37 

1384, 8 novembre, ^^'estminster. — Robert Tresilian mande à William 
Walworth, ancien maire de Londres, de lui envoyer le texte des accu- 
sations portées contre Stephen Sonday. 

1. '<... et ibidem cepit seisinam iu tenementis predictis et ipsum Xicho- 
laum et totam familiam suam abinde penitus expulsit, et singulos tenentes 
dictorum tenementorum sibi fecit ibidem attornare. » 

Mém. et doc. île l'Ecole des Chartes. — II. 14 



210 



Ai'i'i:.M)i(;i; ii 



Le 20juillel 13N1, les jurés ont accusé Slepheu Sonday d'avoir parli- 
cipé avec ua grand nombre de malfaiteurs, le 14 juin, à l'incendie du 
manoir de Robert Haies à Ilighbury. Il a pris part aussi à la destruc- 
tion des maisons de Stephen Maynardà West-Smithfield, et il a enlevé 
100 s. à William Salman. 

Stephen Sonday demande le jury. 

Corum rrgc, Mich. 8 liir. II. //;. 'M d. 

38 

Le 21 oct. 13S2, le roi fait comparaître devant lui John Kirkton, 
appelé aussi Echard, prisonnier à Newgate. — Enquête faite le 19 juil- 
let 1381 à Clerkenwell-street en présence de \\'illiam ^^'al^vorth. John 
Kirkton a participé à l'incendie du palais de Savoie, des maisons du 
manoir de Highbury, et des maisons de Stephen Maynard, près de 
Highgate. Il a été acquitté par le jury, mais retenu en prison comme 
exclu de toute amnistie en parlement. Il n'a aucun bien. — Remis en 
liberté le 6 octobre 1382, à cause de son mauvais état de santé, et à 
condition que ses garants répondissent de sa comparution devant le 
parlement présentement tenu à A\ estminster, il n'a pas comparu. 
Ordre d'arrêter John Kirkton et ses garants. 

Co/-!uu l'Cfjc, Mich. tj liic. II. ni. 10 d. 

40 ^ 

Middlesex. — John Hore, de Knightsbridge, accusé par lesjurés, au 
terme de Pâques de 1.382, d'avoir pris part à l'incendie des maisons de 
John Butterwyk à Knightsbridge et à Tothill le 14 juin 1381, profite, 
sur sa demande, de l'amnistie, ne figurant point parmi ceux qui en ont 
été exclus. 

(l<ti-:un l'i'iji'. Mich. H Hic. II, //(. [\. 

41 

Middlesex. — Theobald Elys, accusé par les jurys de divers hun- 
dreds d'avoir été un des principaux insurgés et d'avoir incendié la 

1. Le 11" .V.) a été supprimé. 



L(>M)Ki:s \:t li:s e.nviuo.ns, uc 12 w 1.") .11 in 211 

demeure de John Butterwyk à Knightsbridge, le 14 juin, demande le 
jur}' (L'acte sarrète au milieu d'une phrase), 

dornni rrfje, Trin. i) Bic. II, m. 18. 



4-2 

Robert Hynkele a participé, le 1.3 juin 1381, à l'incendie du palais de 
Savoie et du manoir des Hospitaliers, puis à celui du manoir de John 
Butterwyk à Knightsbridge. 11 demande le jury. 

Corani rege, Mich. G Hic. II, m. 22 fl. 

43 

John Hayward, John Hayward junior. William Bette, peausi^ier, 
John Smyth, tous d'Elmdon en Essex, accusés d'avoir participé à 
l'incendie du palais de Savoie, du manoir de Clerkenwell, et du manoir 
de John Butter\\yk à Kni^hlsbridge, comparaissent le 23 juin 1383, et 
présentent des lettres royales du 20 juin précédent, leur accordant le 
bénéfice de l'amnistie. 

Corain rege, Trin. di Rie. II, m. 24 d. 

44 

Richard Nevylle, de Southwark, accusé, au terme de la Trinité de 
l'an 1382, d'avoir pris part à l'incendie du palais de Savoie, du manoir 
de Clerkenwell et du manoir de John Butterwyk à Knightsbridge, 
mis hors la loi pour avoir fait défaut à plusieurs reprises, se présente en 
1383 et finit par obtenir des lettres de grâce en 1384. 

Coram rege, Trin. 6 Rie. II, m. 18. 

45 

1383. — Robert Cave, boulanger de Darlford, accusé d'avoir pris 
part à l'incendie du palais de Savoie, du manoir de Clerkenwell, et du 
manoir do John Butterwyk à Knightsbridge, se prétend innocent et 
demande le jury. iCf. ci-dessus n° 3). 

Corani rege. Ililar. 7 Rie. II, m. 2~ d. 



212 APPENDICE II 



46 



\\'illiam Pecche, clerc, est accusé de s'être soulevé le 1 i juin et 
d'avoir mis le feu aux maisons de John Butterwyk à Knig^tsbridge, 
Eybury et Tothill ; de plus, avec une bande d'insurgés, il est entré 
dans l'abbaye de Westminster, s'est emparé traîtreusement de la per- 
sonne de Richard d'inworth, maréchal de Richard II, en présence du 
roi lui-même, l'a emmené hors de l'église, et l'a tué \ 

Lettres du 12 janvier 1382 accordant la grâce de William Pecche. 

Lettres du 8 juillet l."}82 défendant de l'inquiéter. 

Coram ref/e, Trin. ii Rie. II, /;/. 28 f/. (Le premier de ces trois actes se 
trouve aussi dans C. r. Hilar. ">Rk\ II, m. 9). 

47 

« Middlesex. — Jurati diversorum hundredorum comitatus predicti, 
alias scilicet termino sancti Michaelis, anno[etc. t, coram domino rege 
apud Westmonasterium, présentant quod Ricardus de Uttokcestre, 
persona ecclesie de Lvmynge, die veneris proxima post festum Gorpo- 
ris Ghristi, anno [etc.] quarto ^, felonice et proditorie premunire fecit 
Ricardum Mugge, de Westmonasterio, et alios diverses felones et tra- 
ditores domini régis, insurrectores contra dominum regem et fidèles 
ligeos suos, ad capiendum Ricardum de Imworth, marescalcum domini 
régis, jacentem in oracionibus suis, apud Westmonasterium, ad tum- 
bam sancti Edwardi, infra ecelesiam abbathie Sancti Pétri Westmonas- 
teriensis ; qui quideni Ricardus Mugge et alii. per procuramentum, 
abbettamentum et auxilium predicti Ricardi de Uttokcestre, predictum 
Ricardum Imworth, prefatis die, anno et loco, felonice et traditorie 
ceperunt et extra ecelesiam predictam duxerunt, et ipsum felonice et 
traditorie interfecerunt. Et dicunt précise quod predictus Ricardus de 
Uttokcestre fuit causa mortis predicti Ricardi de Imworth. et unus 
principalium insurrectorum predictorum. » 

\. " Abbathiam Sancti Pétri Westmonasteriensis felonice et traditorie 
intravit, et Ricardum de Imworth, mariscalcum domini régis, coram ipso 
rege, apud tumbam Westmonasteriensem jacentem in oracionibus suis, 
felonice et proditorie cepit, et extra ecelesiam duxit, et ipsum felonice et 
proditorie interfecit. » 

2. Le 14 juin 1381. 



LONDRES ET LES ENVIRONS, DU 12 AU lo JUIN 213 

Le "21 avril 138"2. Richard dUttoxeter comparait. Le jurv le déclare 
innocent de ces fautes, et dépourvu de tout bien. 

Richard Muyge comparaît le 19 mai. II produit des lettres de grâce 
du 27 février 1382; 

floram recje^ Enat. o Rir. II, m. 6. 

48 

Surrey. — RichardLorchon.de Lambeth, s'est révolté le 14 juin 1381. 
« Fuit primus a])ettator contra pacem domini régis apud Northlamheth 
cum aliis malefactoribus, et custumaria et alia munumenta domini 
régis in custodia ballivi de Kenyngton ibidem inventa tune felonice et 
proditorie cepit et ardebat, cum fortitudine aliorum malefactorum ». 

John Faukes, le 13 juin 1381, est venu avec d'autres rebelles à Glap- 
ham ; il a pris 2 shillings à Peter Broude et 12 pence à Robert, curé 
de l'église de Clapham. 

Lettres de pardon du 10 juin 1384. 

C.oi-nin re(ji\ Triti. 7 Rie. II, m. 4. 

49 

Le 18 juin 1382. le roi demande à William ^^'al^^•orth de lui envoyer 
les dépositions relatives à Simon Gérard, de South-Lambeth. 

Enquête faite à Kennington, en Surrey, le 4 juillet 1381 : le 14 juin, 
Ralph atteCroste a été un des principaux fauteurs de révolte à North- 
Lambeth dans le comté de Surrey, et, avec d'autres malfaiteurs, entre 
autres Simon Gérard, est allé à Kennington. Simon Gérard a aidé à 
prendre et à brûler le coutumier et les autres titres du roi qui étaient 
en la garde du bailli de Kennington. — Le 13 juin, Simon Gérard et 
John Faukes sont allés à Clapham, en Surrey, et ont forcé Peter Broude 
à leur donner 2 shillings, et Robert, curé de l'église, à leur donner 
12 pence. 

Simon Gérard demande le jurv, qui se réunira à l'octave de la Saint- 
Michel. 

Coi-Hin roiji^ Tiiti. W Rie. II, /;(. .^.'5 et 33 d. 

.■)0 

Evocation du procès de Ralph atte Croste. de Lambeth. — D'après 
l'accusation, il a soulevé le peuple de Xorth-Lambeth le 1.5 juin isic\ 



214 APPENDICE 11 

Thomas Tailleur et d'autres se sont joints à lui. William Sevare et 
William Pontere, de Battersea, se sont emparés du coutumier et des 
titres du roi dans le manoir de Kennington ; Ralph atte Croste et 
Thomas Taillour les ont aidés à prendre ces titres et à les brûler et 
ont prétendu forcer plusieurs autres personnes à se faire leurs com- 
plices. — Ralph atte Croste est acquitté par le jury, comme innocent 
des faits qui lui sont imputés, et comme ayant au contraire pris la fuite. 

Corain l'ege, Mich. 5 Bic. II, m. 46. 



51 

1381, 16 juillet. Saint Alban. — Le roi mande à William Walworth, 
maire de Londres, de jeter en prison tous les tenanciers de son 
domaine de Kennington, en Surrey, inculpés ou cités à la suite de 
rinsurrection. 

Claus. 5/ÎR-. II, m. 38 f/. 

52 

Même date. — Le roi mande au shériff du Surrey de n'accorder la 
liberté sous caution à aucun des susdits tenanciers, arrêtés à la suite 
de rinsurrection, et de faire rentrer en prison ceux auxquels cette 
faveur avait été accordée. 

Ihid. 

53 

Nicholas Est, de Heston, cite en justice William Weyland, John 
Waller, et Richard Umfray, qui Font attaqué le 15 juin 1381 avec des 
épées et des bâtons, et, après l'avoir blessé, l'ont emprisonné et mis à 
rançon K Les accusés produisent quatre témoins non suspects, qui 
alïirmenl qu'ils ont été contraints à ces actes de violence par John Straw 
et W'id Tyler^. Les accusés sont renvoyés ^/ne (/fV. 

Corain rege, Triii. 1 Rie. II, m. 23. 

1. " Ipsum verboravorunt, vulneravorunt, imprisonaverunt et malo trac- 
taverunt, et ipsuni ibidem in prisona, videlicet per unum diem et unam 
noctem, quous({ue idem Nicholaus fiuem per quadraginta solidos, pro deli- 
beracione sua liabouda.cum prefalis Willelmo, Joliannect Ricardo fecissel, 
detinuerunt. » 

2. '■ Causa mali volunlarie non venerunt... nisi soloniodo i)er compulsio- 
nem... Johannis [sic) Strawe et Walteri Tyler et aliorum insurrectorum. » 



FAITS ni-: Hi-;\itLTi: dans li; sid-est 21o 



54 

Theobald Elys (cf. ci-cle?sus, n'' 41) a été arrêté à la suite de Tinsur- 
rection, pour avoir été un des rebelles à Londres et pour avoir voulu 
tuer dans cette ville, au temps de la révolte ', Elisabeth, veuve de 
Ralph Spigurnell, chevalier. Dépositions des témoins; lettres de par- 
don du 23 octobre 1381, réservant les droits de la partie civile. 

Corain l'ege, Hilar. a Rie. II, m. 23 d. 



DO 

1381, 18 octobre, "\\'estminster. — Le roi mande au maire et aux 
shérilTs de Londres de surseoir, jusqu'à la réunion du prochain parle- 
ment, au jugement du procès pendant devant eux entre Simon Lene- 
lyf, demandeur, et Robert Crull, clerc, John atte Harp et John Hunte, 
défendeurs, ceux-ci ayant eu leurs titres brûlés et détruits par les 
insurgés. 

Claus. 5 Rie. II, m. 33 d. 



56 

John Payntour, drapier de Londres, est accusé d'avoir pris les armes 
avec les insurgés de lEssex et du Kent, d'être entré, étendard déployé, 
dans l'abbaye de Grâce, au comté de Middlesex -, et d'y avoir commis 
plusieurs actes de violence. Le jury le déclare innocent. 

Coram rer/e, Ililar. 5 Bic. II, m. 9. 



0/ 

1381, 23 août, Eltham. — Ordre de faire une enquête sur les 
méfaits ^ commis en Middlesex dans le domaine de llarrow-on-lhe- 



1. D'une façon plus précise, celle tenlalive a dû avoir lieu du 12 au 
lo juin. 

2. <' Vi et armis cuni insurrecloribus. . comilaluum Essexie et Kancie et 
cum vexillo aperlo intravit abbalhiani de Grâce. » 

!{. " ... niak'facla et transtJi'essiones... ■>. 



21 G APPE.NDICt; H 

Hill, tombé entre les mains du roi par suite de la vacance du siège de 
Canterbury. Les revenus et services dus au roi pour ce domaine lui 
échappent. 

Pat. '6 Bic. II, parf. 1, m. 26 d. 



58 

1381, 30 août, Leeds. — Le roi ordonne à plusieurs personnes, et 
entre autres au shériff de l'Essex, d'arrêter John Somenour, Robert Piers, 
^^'illiam Chaumberlain, John Gernoun. Robert A\'aleys, John Webbe, 
John Langham. John Danewe, de Manningtree. et GeofFrey Panyman, 
de Mistley. 

Pal. '6 Rie. II, part. 1, m. 27 d. 



59 

Essex. — Aveux de deux insurgés. John Glasene et Thomas ou John 
Webbe, de Manningtree, hundred de Tcndring. 

f John Glasene aiïirme par serment que le 13 juin 1381 Henrv 
Bakere, de Manningtree, bailli du hundred de Tendring, lui a ordonné 
de la part du roi ', ainsi qu'à un grand nombre d'habitants de Manning- 
tree, sous peine de voir tous leurs biens confisqués, de se préparer et 
d'aller se joindre aux rebelles de Colchester -. Ils ont obéi dès le jour 
même. Le 14 juin, ils sont allés avec les gens de Colchester à lentrevue 
de Mile-End ^. Le 16 juin, sur l'ordre d'un d'entre eux, nommé 
John Hardyng. un autre, nommé John Thecchere, a décapité un Fla- 
mand à Manninsrtree '. 



1. << ... ex parte domini régis precepit... » 

2. « ... ut se levarent, pararent et insurgeront, et apud Colchestre se 
accédèrent, facturi prout alii ejusdem ville de Colchestre lacèrent. « 

3. « Exinde in crastino festi Corporis Christi predicti, cum eisdem homi- 
nibus de Colchestre apud Mylende juxta Londonias |^accesserunll, que die 
dominus rex ibidem cum eisdem coUoquium habiturus accessit, et iidem 
Johannes et alii predicti ibidem stelerunt, et se habuerunt prout alii de par- 
tibus illis se habuerunt. •• 

4. I' Item dicit quod predictus Johannes Thecchere, ad maudatum et pre- 
ceptum predicti Johannis Hardyng, decapilavit quendam Fflandrcnsem, apud 
Manylre, die dominica tune proxime sequenti. )> 



FAITS DE KÉVULTE DA>S LE SLD-EST 217 

2° John Webbe confirme par serment l'aveu précédent. Lordre 
d'aller à Colchester a été donné, selon lui, par Henry Bakere, Richard 
Beve, et William Gundewayn, constable de Manningtree. Il ajoute que 
le 17 juin, les gens des villes de Harwich, Dovercourt. Ramsay, 
Wrabness, ont jeté à terre la maison de Thomas Hardyng-, à Manning- 
tree '. 

Le roi a accordé son pardon aux deux accusés, par lettres du 26 mars 
1382. — Le shérilT arrêtera Thomas [corrigez : Henry) Bakere et les 
auti'es et les traduira devant la cour du roi à l'octave de la Saint Michel, 
de l'an 1382. — Robert Piers, John Somenour et William Chaumberlain, 
habitants de Manningtree compromis dans la susdite affaire, compa- 
raissent et présentent des lettres de grâce du 28 avril 1382, et des 
lettres de non moleslando du 13 octobre suivant. Ils sont renvoyés sine 
die. 

Corani re(je, Trin. \j Rie. II, /?(. o et b f/. 



60 

Aveux de John Glasene et de Thomas Webbe, communiqués au roi 
sur sa demande. — John Lucas, John Hardyng, John Dawe, habitants 
de Manningtree compromis dans cette affaire, comparaissent le 13 
octobre 1386 et produisent des lettres de pardon du 12 octobre 1386. — 
John Glasene, appelé aussi John Langham ou encore John Langhom, 
comparaît le 3 novembre 1387 et produit des lettres de non moleslando 
du 18 octobre 1387. — Ces divers accusés sont renvoyés sine die. 

Coram rege, Mich. 10 Rie. II, m. 13 et 13 d. 



61 

1385. 30 mars, \\'estminster. — Le roi accorde sa grâce à Adam 
Michel de Colchester, poursuivi pour avoir été de ceux qui tuèrent des 
Flamands à Colchester, au temps des troubles, c'est-à-dire du l*^"" mai 



1 . « Item dicit quod homines villarum de Herewych et Dovercourt, 
Rameseye, Wrabenase, domum Thome Hardyng apud Manytre, die lune 

proximo post festum Corporis Christi, ad terrain projecerunt prodito- 

rie et felonice. » 



21 (S APPENDICE 11 

au 1-' novembre 1381 '. Adam Michel avait été e?^clu de 1 amnistie par 
le parlement, comme un des principaux insurgés d'Essex. 

Pat. 8 nie. II, part. 2. m. 19. — Cf.Curam rege, Mich. 10 Rie. II, 
m. 4 (l. 

62 

1381, 2j juin, \\ allham. — Richard 11, considérant que Robert 
Ausiy, John Waltman et d'autres malfaiteurs ont envahi en armes 
Tabbaye de la Sainte Croix de \\'altham, pour brûler les titres apparte- 
nant à ladite église -, accorde à l'avance aux religieux de cette commu- 
nauté le produit des amendes que paieront les coupables, et permet à 
1 abbé de décider quelles peines il faudra leur infliger, alin d inspirer 
une terreur salutaire à ceux qui veulent faire tort à l'abbaye. 

Pat. 5 Rie. II. part. I, m. 33. 



63 

Essex. — Dépositions des témoins devant Robert Tresilian : John 
Hurt, de Shoebury, et John Glasiere, de Rochford, sont venus avec 
plusieurs autres, le 25 juin 1381, exciter les habitants de Prtttlewell 
à la révolte ^. Un des accusés, William Cromme, chandelier, présente 
des lettres de pardon du 23 novembre 1381 ; il est seulement mis en 
liberté sous caution, la cour n'étant pas sulFisamment renseignée sur 
son compte. 

Coram reçje^ Mir/i. ') Rie. II, m. 44 (/. 

64 

Enquête faite à Flarls-Colne le 27 septembre 1382, sur l'ordre du roi, 
concernant le manoir de Bradwell, tombé en déshérence à la mort de sa 

1. « ... ipsc fuisse debuit unus illorum qui Fflandrenses in Colchestre 
lempore runioris, videlicet inter primum dicin maii, anno regni nostri 
(juarto, et feslum Omnium Sanclorum extunc proxime se((iiens, interfe- 
ceiunt. » 

2. « ... ad comburendum cartas, munimenla et alias evidencias pre- 
dicte ecclesie pertinencia. » 

3. L'acte les qualifie de « nuncii inimicorum régis ad faciendum villatam 
de Prvtcwell suiyere conlra re"em. » 



FAITS Di: lîÉVOLTE DANS LE SUD-EST 219 

propriétaire Margarel, femme de Simon Long, saisi par léchoiteur, et 
ensuite occupé par des insurgés d'Essex. Le '27 juin 1381, John Cogges- 
hall, de Rivenhall, agissant sur Tordre et comme représentant de 
John Hende, citoyen de Londres, a pris possession de ce manoir. Jusqu'à 
la Saint Michel ( '29 septembre"), époque où Téchoiteur a repris le manoir, 
les fruits en ont été perçus par ce John Coggeshall. par Henry Storke, 
John Spencer, John Grigge, et spécialement par John Hurt, que 
John Hende avait chargé de conserver cette saisine. Ils ont brisé la 
porte du colombier et emporté toutes les colombes. Les tenanciers 
ont été contraints à l'obéissance. — Le jury acquitte John Coggeshall 
et John Hende. 

Coram rege, Mich. (i Rie. II, m. 16. 

65 

Mention du mandat d'arrêt lancé contre John Coggeshall, John 
Hende, Henry Storke et John Grigge. Ils nont aucun bien que l'on 
puisse saisir. 

Coram rege, Mich. 6 Rie. II, m. 27 cl. 

66 

1381, 5 juillet, Chelmsford. — Le roi permet à John de Guilsborough 
de rechercher les biens qui lui ont été volés eu divers endroits par les 
insurgés d'Essex, et de les reprendre par tous les moyens qu'il lui plaira 
d'employer. 

Pat. 3 Rie. U,part. 1, m. 33. 

67 

1381, 16 juillet, Saint-Alban. — Ordre de faire une enquête sur les 
déprédations commises par les rebelles dans les manoirs de Thomas 
Hasilden, dans les comtés d'Essex, de Hertford et de Cambridge. 
Exposé: « ... Diversi malefactores ... apud diversa maneria, domos, 
terras et tenementa ipsius Thome in comitatibus predictis, vi et armis 
accesserunt, et eadem maneria, domos et tenementa funditus prostra- 
verunt, et quamplures equos, boves, vaccas, porcos et oves acalia averia 
sua non modici precii in diversis locis in comitatibus predictis inventa 
ceperunt et abduxerunt... » 

Pat. 3 Rie. Il, part. 1, /;(. 28 (/. 



22(1 APPENDICE II 



68 



1381, 8 août, Reading. — Ordre de faire une enquête sur les dépré- 
dations commises par les rebelles dans les manoirs de John de Bamp- 
ton, en Essex, à Londres et dans les environs. 

Pat. a nU\ U, iinii. 1, /?!. 28 (/. 



69 

1381. 8 septembre, Westminster. — Ordre aux shéritTs de TEssex, du 
Norfolk et du SulTolk, de faire une enquête concernant les déprédations 
commises par les rebelles au détriment de Margaret Mareschal, com- 
tesse de Norfolk , sur plusieurs domaines sis en ces différents comtés. 

PaL '^ fiic. II, i>nrl. 1, m. 22 d. 

70 

1381, 14 septembre, ^^'estminster. — Mandemant de inquirendo 
adressé à Thomas, comte de Buckingham. et à quatre autres personnes. 
Exposé : 

« Diversi malefactores et pacis nostre perturbatores, jam noviter con- 
tra fidem et ligeanciam suas nobis débitas in comitatu Essexie quasi 
hostiliter insurgentes, apud maneria ipsius matris nostre, principisse 
^^'allie, de Northwelde, Barstaple, Cohvake, Lammerssh et Leyham, 
in comitatu 'predicto, vi et armis accesserunt, et domos maneriorum 
predictorum, necnon libros, rotulos. cartas, scripta et alia munimenta 
sua ibidem inventa, per vim et potestatem hujusmodi insurgencium, 
combusserunt et destruxerunt, et catalla sua ad non modicam valen- 
ciam ibidem simiiiter inventa ceperunt et asportaverunt... » 

Pal. :; Pic. II, pari. 1. m. 23 r/. 

7] 

1381, 19 septembre, \\'estminster. — Ordre au shérilî de TEssex et à 
•diverses personnes de faire une enquête sur les déprédations commises 
par les rebelles aux dépens de labbé de Coggeshall. 

Pal. .d Rie. II, pari. I, m. 22 (/. 



FAITS DE UÉVOLTK DANS LE SUD-EST 221 



72 

« Rex dilectis et fidelibus suis Thome,comiti Bukyni^hamie, Roberlo 
de ^'eel^comili Oxonie, Waltero Filz ^^'aLlte^, et Johauui Bourghcter, 
salutem. 

Sciatis quod, cum divers! infidèles subdili, rebelles et uostri inobe- 
dientes, de comitatu Kancie, jam noviter se interligaverint et insur- 
rexerint, ad populum nostrum destrueiidum, de quibus vero quidaniTsinlJ 
capti et prisonis nostris iiiancipati, quidam vevo ad diverses comitalus 
regni nostri Anglie, ad excitandum et movendum alios ligeos nostros 
in hujusniodi detestabili insurreccione levandos et congregandos, et 
facinora que poterunt faciendum, sint profecti. ut accepimus, et nos, ne, 
quod absit, ad excitationem hujusniodi rebellium nostrorum detesta- 
bilem, nobis, regno aut fideli populo noslro mala aliqua evcniant^ 
volentes eorum prolervie in bac parte resistero..., assignavimus vos.., 
ad vos, viis et modis per inquisiciones et alio modo, prout melius et 
celerius expedire videritis, informandum, (et de omnibus et singulis 
illis qui in comitatum Essexie a comitatu Kancie ex causa predicta se 
diverterunt, et ad ipsos ac omnes alios qui populum nostrum ad hujus- 
niodi levaciones et insurrecciones faciendum excitare seu niovere, verbo, 
facto, arte vel ingenio, presumpserint... arestandum et capiendum, et 
prisonis nostris, in eisdem salvo custodiendos quousque aliud inde 
duxerimus ordinanduni, mancipari faciendum... 

Teste rege, apud Berkhampstede, vni'^ die octobris. Per ipsuni regeni 
et consiliuni. » 

Pat. '6 Bic. II, part. 1, m. 23 d. 

73 

1381, 18 octobre, Westminster. — John Lependen, de Great- 
Dunmow, ayant été dépossédé violemment de trois cottages à Great- 
Dunmowpar John Ilorre etsa femme Alice, aidés deplusieurs insurgés, 
Richard II mande au shérilï' de lEssex de le remettre en possession de 
ses biens. 

Claus. 5 Hic. II, m. .30. 



1384, 6 décembre, Westminster. — Le roi ordonne de faire une 
enquête sur le fait suivant : à l'époque de Tinsum'ection, un certain 



•)•)•) 



APPKNDIC.K 1( 



Richard Palnior a provoqué par ses excitations le meurtre de John Ewell, 
échoiteur du comté dEssex, qui occupait au nom du roi le manoir de 
Langdon-Hills, tombé en déshérence. John Ewell a été décapité par les 
rebelles, et Richard Palmer, s'introduisant par force dans le manoir, 
la occupé et en a touché les revenus, pendant longtemps, dit-on. 

Pat. 8 Rie. n, part, i, m. 8. 



70 

1381, 28 août, Leeds. — Les tenanciers du manoir dÛtford, dans le 
comté de Kent, manoir tombé entre les mains du roi par suite de la 
vacance de l'archevêché de Canterbury, refusent les coutumes tradi- 
tionnelles. Le roi ordonne de les y contraindre, c'est-à-dire de les forcer 
à récolter le blé et à faucher l'herbe dudit manoir '. 

Pal. D Rie. H, pari. 1, m. 26 ri. 



7G 

1381, 19 septembre, Westminster. — Le roi ordonne au shériiT du 
Kent de faire une enquête sur le pillage des biens de John Sibile. 
E.vposé : 

« Diversi malefactores et pacis nostre perturbatores noviter contra 
fîdemet ligeanciam suas nobis débitas, in comitatu prediclo, quasi hos- 
tiliter insurgentes, apud diversa maneria, terras et tenemenla ipsius 
Johannis vi et armis accesserunt, et eadeni maneria, domos et tene- 
menta funditus prostraverunt, et quedam maneriorum, domorum et 
tenementorum predictorum combusserunt, et quampluresequos, boves, 
vaccas, porcos et oves ac alia averia sua non modici precii in diversis 
locis in comitatu predicto inventa ceperunt et abduxerunt, et stagna 
sua ibidem fregerunt, et piscem de eisdem stagnis... ceperunt et aspor- 
tavcrunt... » 

Pat. o Rie. U,part. I, m. i'td. 

1. (( Assig-na\ imus vosconjunclnii et divisim ad omnes et singulos tenen- 
tes ejusdeni manerii ad cousuetudines et servicia sua, videlicet ad meten- 
dum blada, et herbam ojusdeni manerii falcanduni, pi'out aiitiquitus facere 
consueverunt et debent, viis et modis quibus convenit, compellendum, et 
ex parte nostra injuiigendum eisdem quod ea faciant proiil ea facere solc- 
bant et del)enl, sub gravi forisl'actura nostra. » 



rviis i)K HÉvoLii: dans ij: sid-est 223 



Surrey. — Évocation du procès de John Bonel'aunt, retenu dans la 
prison de Newgate. D'après l'accusation, John Bonefaunt, \\'illiani 
Osebarun, Robert Sutton, John Surpyton, A\'alter Selcok, William 
Crispe, John Taillour, de Kingslon-on-ïhames, John Coleman, Thomas 
Dyere, Thomas Taillour, Peter Carpenter, de la même ville, et d'autres, 
inconnus, ont donné le signal de la révolte à Kingston-on-Thames et 
aux environs. Ils sont allés chez John Hunter, de Kingston; John 
Bonefaunt, qui tenait une torche allumée à la main, l'a menacé d'incen- 
dier sa maison et de lui trancher la tète, et a obtenu ainsi de lui 8 s. 
i d. John Ilunter a dû promettre aussi de renoncer à toute réclama- 
tion en justice ' . 

Corain reije, Mic/t. '.i liic. II, m. 46 d. 



Les habitants de Kingston qui ont donné le signal de la révolte a\'ec 
John Bonefaunt - ont pris la fuite et sont introuvables ^. 

Coram rege, Hilar. :j Bic. II, jn. 3 d. 

79 

Surrey. — Dépositions des témoins devant \\'illiam ^\'al^vorth : 
AMlliam Osebarun, John Surpyton, \\'illiam Crispe et Robert Sutton 
ont été les premiers et les principaux insurgés à Kingston-on-Thames. 
— Les trois premiers obtiennent des lettres de pardon en janvier 1382, 
et des lettres de non moleslando. Robert Sutton obtient des lettres de 
pardon ; William Osebarun et trois autres personnes se portent garants 
de sa fidélité pour l'avenir. 

Coram rege, East. a Rie. II, m. 14, 14(/. 

1. Le document ne nous donne pas plus de détails. Mais nous savons 
que John Bonefaunt liénéficia de l'amnistie parlementaire [Coram regc , 
Easter 6 Rie. U,m. [9). 

~. Voyez leurs noms dans le document précédent. 

3. II y a, selon la remarque d'André Réville, une multitude d'actes du 
même genre dans les Coram rege. Ils servent seulement à prouver, de con- 
cert avec les comptes des échoiteurs, que beaucoup de gens compromis ou 
timorés avaient pris la fuite. Ils ne donnent aucun détail sur les méfaits 
reprochés aux fuyards, et par suite n'ont presque pas dintérèt. 



224 APPENDICE II 



80 

l.Sfil, 7 août, Reading^. — Richard II mande au maire de Londres, 
William ^^'ahvo^tll, que Thomas ^^'ombe, tanneur, emprisonné à 
Newgate à la suite de rinsurrection, se prétend innocent; qu'on le 
relâche, s'il trouve des garants répondant, sous peine d'avoir h payer 
100 livres, de sa comparution en justice. 

Claiix. .". 7^,V. II, //,. 4-2 r/. 

81 

1383, 25 juin, Westminster. — Le roi rappelle que sur la demande 
des communes, dans le dernier parlement de Westminster, et avec 
l'assentiment des prélats et des grands, il a amnistié tous les rebelles, 
sauf ceux dont les noms ont été spécitîés dans le parlement du 
3 novembre 1381. Il entend que Thomas Shouteman, de Londres, qui 
ne figure pas parmi les coupables exclus de toute grâce, profite pleine- 
ment de cette amnistie. 

Pat. 7 Bir. II, pnrl. 2, m. 44. 



83» 

John Millero. et Thomas Graunt, de Londres, tous deux tireurs de 
vin à la \'intrv -, exclus de l'amnistie, se présentent à la maréchaussée 
le 30 mai 1386 et demandent le jury. Le jury se réunit. L'affaire traîne 
en longueur. En janvier 1388 ils apportent des Iett.res.de pardon du 
26 avril 1387 et des lettres de non molestando du 25 janvier 1388, et 
sont renvoyés sine die. 

Coram rege, East. 9 Bic. II, m. 18. 

84 

Lettres analogues concernant John Horsham, de la paroisse de Christ- 
Church. 

Coram rege^ Midi. 10 Bic. II, m. 27. 

i. Le n" 82 a été supprimé. 

2. «... wvndmwere de vinetria Londoniens!... ». 



LES REBELLES DANS LE SLD-EST 221 



85 



Middlesex. — John Martyn, de Heston; Richard Gully, de 
Twickenham; John Bertelot junior, de Heston; — John Knot, de 
Ghildshill, et Robert Webbe, de Wyke-Green ; — Robert Pai'ys, de 
Hounslow ; — Richard Taillour, de Harro\v-on-the-Hill ; — John 
Tournour, de RuisHp ; — John in the Haie, de Ruislip, et John 
Carpenter, de Greenford; tous exclus de l'amnistie, sont acquittés par 
le jury en 1386. — John Pecche, de Fulham, est acquitté en 1388. 

Coram rege, East. 9 Rie. II, m. 2; — m. IG; — jn. 10 J. — Trin. 9 
Rie. II, m. 8. — Mich. 10 Rie. II, m. 25;— m. 23 cl. — Hilar. 11 Rie. 
II, m.l. 

86 

Middlesex. — John Stakepoll, « unus de principalibus insurgenti- 
bus », décapité, \'aleur de ses biens :18 s. Pas de terres. 

Thomas Bedeford, mis hors la loi à la suite de l'insurrection. Valeur 
de ses biens meubles : 4 s. 

Peter Walshe, de GhisAvick, mis hors la loi. Terre d'un revenu 
annuel de 18 d. Pas de biens meubles. 

« Summa exituum lerrarum et tenementorum, bonorum et catallo- 
rum in dicto comitatu Middlesexie : 23 s. 6 d. » 

Eseheators'aecoiinls, 5-6 Rie. II, Kent and Middlesex, John de Xewen- 
ton eschealor, Bona et catalla, terre et tenementa prodiforum. 

87 

1381, 26 octobre, Westminster, — Un grand nombre de chapelains 
et de clercs de l'archidiaconé d'Essex, sétant cachés par crainte d'être 
impliqués dans les poursuites contre les insurgés \ Richard II mande 
au trésorier et aux barons de l'Echiquier de ne point réclamer aux 
collecteurs du subside ecclésiastique les sommes qu'ils devaient perce- 
voir sur ces clercs en fuite. 

Clans. '6 Rie. II, /?(. 32. 

I, «... timentes se occasione insurreccioiiis in comitatu Essexio et alibi 
luipei- detestabililer exorte, unde capellani et clcrici illi forte culpabiles 
existant, faciliter possc inipetiri. » 

Stém. et doc. Je. l'tcvle des Chartes. — H. 15 



226 APPENDICE 11 



88 



I38i, 13 juillet, \\'estminster. — Manclemonl au trésorier et aux 
barons de léchiquier, relatif à la couliscatiou des biens d'un certain 
John Besyden, rebelle, d"« Allilhele », dans le hundred de ChalTord, 
en Essex, accusé et en fuite à la suite de l'insurrection. Les personnes 
chargées de renseigner le roi sur la valeur de ces biens n'ont pas 
répondu. 

Clans. 8 Rie. II, »i. .j1. 

89 

Evaluation des biens meubles et immeubles confisqués sur les rebelles 
en Essex : 

Chelmsford, hameau de Moulsham. Evaluation des biens confisqués 
sur Richard Baud, pendu le 6 juillet 1381. ^'aleurde ses biens meubles : 
3 1. 4 s. Tenure rapportant 7 s. 4 d. 

John Stahvorth, barbier, de Moulsham, en fuite. \'aleur de ses biens : 
■2 1. 

John Preston, de Saint-Osyth, décapité. \ aleur de ses biens meubles 
et immeubles : 4 1. 4 s. 2 d. 

Thomas Webbe. de Greal-Oakley, en fuite. \'aleur de ses biens : 
2 1. 13 s. 10 d. 

Balph Spicer, de Prittlewell, pendu. \'aleur de ses biens : 40 s. 

William Groume, chandelier, de Prittlewell, eu fuite. Valeur de ses 
biens : 3 1. 18 s. 4 d. Il a obtenu sa grâce et la restitution de ses biens. 

^^'illiam Gildeborn, de F^obbing, pendu le 5 juillet 1381 . 11 tenait de 
la comtesse de Hereforddes terres rapportant 37 s. 4 d. par an. Il avait 
aussi des terres rapportant l4 s., et des biens meubles (entre autres 
72 moutons), évalués à 49 1. .") s. 3 d. 

Thomas, lils de \\'illiam Gildeborn, en fuite. Tenures rapportant 
12 d. par an. Biens meubles : 18 s. 

Richard Fraunceys, de Fobbing, pendu. Ses biens : un mésuage et 
une acre de terre, rapportant 12 d. par an. 

John A\'olk, item. Ses biens : un cottage rapportant d. par an. 

John Devyn, de Fobbing. ^'aleur de ses biens meubles : 20 d. 

Ralph ^^'hyte, de Fobbing. ^'aleur de ses biens meubles : 5 s. 

Robert Knyght, de Fobbing. ^'aleur de ses biens meubles un bateau 
avec les a^rès! : 20 s. 



ij:s ueuelles dans le sld-est 227 

Richard Tripat, de Fobbing-, en fuite. Tenure rapportant 1*2 d. paran. 

Robert Eg^gote, de Corringham. ^'aIeu^ de ses biens meubles : 40 d. 

John Huber, de Mucking, décapité le 26 juin 1381. ^'aIeur de ses 
biens : 3 I. 18 s. 8 d. Un cottage rapportant 13 s. 4 d. 

Thomas Plomer, de Billericay, décapité le 26 juin 1381. \'aleur de 
ses biens : 40 d. Un cottage rapportant 2 s. 6 d. 

John Frend, de Horndon, en fuite, \aleur de ses biens : 2 s. 

John, lils de John \\'helere, de Horndon. Terres rapportant 39 s. 8 d. 

Eschenlors'accoiints, Essex and Ilerlford, 4-ij Rie. II. Roh. de Gol- 
dijngton esch., Terre et teneinenta , hona et catalla prodiforuin et 
fugitivoriim. 

90 

Kent. — 1381, 30 novembre. — Lettres de pardon en faveur de John 
Cleric, chapelain, arrêté à la suite de l'insurrection et retenu à la Tour. 

Coram rege^ Ililar. .1 Bic. II, m. 27 d. 

91 

Kent. — Le roi accorde sa grâce, par lettres du 28 février 1382, à 
^^'illiam Potton, curé, compromis dans l'insurrection. Mais, n'ayant 
pas encore reçu les pièces de son procès, il le délivre sous caution et à 
condition qu'il s'engage à se représenter devant la cour. — Aucune 
pièce n'étant parvenue quand il se représente, il est renvoyé sine die. 

Coram rege, East. 5 Rie. II, m. 22 et 22 d. 

92 

1383, 1"" mai, Westminster. — I^e roi accorde sa grâce à John Quenhill, 
du Surrey, (appelé aussi John Quenyld d'Edenbridge, du Kent, ou 
John Quenyld de Carshalton, du Surrey,) bien qu'il ait été exclu de 
toute amnistie au parlement de Westminster. 

Pat. (jRic. U,part. 3, m. 12. 

93 

John Quenyld, poissonnier, en fuite et mis hors la loi, s'est présenté 
au terme de Pâques en 1386 et a obtenu ensuite, le 15 mai, des lettres 
de pardon. 

t'.orain rege. East. 9 Rie. U. m. 2. 



228 APPENDICE II 



94 



John Quyneld [sic], demeurant à Edenbridge, poursuivi par les shé- 
rilTs de comté en comté sur l'ordre du roi, et mis hors la loi, a com- 
paru au Banc du roi à Westminster le 18 mai 1386 et s'est constitué 
prisonnier. Il apporte des lettres de pardon du 15 mai 1386 et est 
renvoyé sine die. 

Corain rege, East. Rie. II, m. 2 d. 



95 

Kent. — John Brise, de Headcorn,qui avait été exclu de l'amnistie, 
comparaît au Banc du roi, à A\ estminster, le 30 mai 1386, et demande 
le jury. Il est acquitté le 6 octobre 1386. 

Coram rege, East. 9 Bic. II, m. 16 d. 



96 

John Spryngald, charpentier, de Sutton-atte-Hone, exclu de l'amnis- 
tie, se présente à la Maréchaussée le 28 juin 1386 et demande le jury. 
LafTaire traîne en longueur. Le 9 février 1388 il apporte des lettres de 
pardon du 18 mai 1387, accordées à la requête du lord maire. Il 
obtient des lettres de non moleslando datées du 13 février 1388. Il est 
renvoyé sine die. 

Coram rege, Trin, 9 Bic. II, m, 13. 

97 

1384, 19 août, Reading. — Le roi concède en usufruit à Robert Fes- 
sai, sergent de sa garde-robe, les biens de John Meller, dUlcombe, 
et de John Spenser, de Larkfield, dans le comté de Kent, tous deux 
exécutés à la suite de l'insurrection. (^ oy. n" 105.) 

Pat. 8 Bic. U,part. 1, jn. 28. 

98 

1385, "26 janvier, A\'indsor. — Le roi donne en usufruit à Thomas 
Mewe, garçon de sa chambre, les terres confisquées à la suite de lin- 



LES i;ebelles dans le sld-est 229 

surrection sur Robert Senyng, à Boughton, Linton et Hunton, en 
Kent. Ces terres rapportent annuellement 18 shillings. (Cf. n° 105.) 

Pat. 8 Rie. II, pai'l. 2, m. 33. 



99 

Robert Senyng, qui avait été exclu de l'amnistie, sur la demande 
expresse des chevaliers qui représentaient le comté de Kent, au parle- 
ment de novembre 1381, se présente à ^^ estminster, au Banc du roi, le 
3 lévrier 1386, et demande le jury. Le jury l'acquitte le 19 avril 1388. 

Coram rege, Ililar. 9 Rie. II, m. 22. 



100 

Kent. — Canterbury, 1381, 11 août. — Enquête de l'échoiteur sur 
AN'illiam Symkyn, de Canterbury, révolté le 12 juin et en fuite. Il tenait 
en fief de labbé de Sainte Radegonde un mésuage et un jardin à Can- 
terbury, rapportant 2 s. par an, mais n'avait pas de biens. 

John Goggere, révolté le 1 "2 juin et en fuite. Biens confisqués, valeur : 
13 s. 4 d. Pas de terres. 

William Sporiare, item. Valeur : 6 s. 4 d. Pas de terres. 

Henry Waleys, item. Valeur : 3 s. 4 d. 

William Morton, et Henr}- Armorer, item. Rien. 

Escheators' inquisitions, Kent and Middlesex, o-6 Rie. II, John de Newen- 
ton esch., m. 4. — Escheators'accounfs, Kent and Middlesex, 5-6 Rie. 
II, Bona et catalla, terre et lenementa proditorum. 



101 

Kent. — Sittingbourne, 1381, 13 août. — Valeur des biens confisqués 
sur Michael ^^'ylde, de Milton, décapité à Maidstone : 6 s. 8 d. Pas de 
terres. 

John ^^'endir, de Milton, décapité. A'aleur de ses biens : 9 s. 8 d. 
Plus la moitié d'un bateau : 10 s. Pas de terres. 

John Smyth, de Tunstall, décapité. Une vêture de 2 s. 

John Lovel, de Bapchild, accusé. 'S'^aleur : 5 s. 8 d. Pas de terres. 

Escheatoi-s' inquisitions, n! suj)r;t, ni. 0. — Esch. accoiinls, ut supra. 



230 appe>dk;l: u 



102 



Kent. — Dartlord, 1381, 19 août. — Biens confisqués sur GeolTrey 
Poleter, de Darlford, décapité pour s'être révollé le ii juin, ^'aleur : 
2 1. 2 s. 10 d. Pas de terres. 

Gilbert Haye, item. \'aleur : 1 1. Pas de terres. 

John Jasper, item. \'aleur : 18 s. Pas de terres. 

^^'illiam Pouchon, en fuite pour la même cause. \'aleur : 1 1. Pas de 
terres. 

John Salière, ilem. Ses biens consistent en 1 1. 10s. de cuir. 

^^'illiam Forsler, item. Valeur : 28 s. 8 d. Pas de terres. 

Samson Byrseye, de Bexley, décapité. Biens meubles et terres : 5 1. 
13 s. 4 d. 

Robert Hostiler, de Darlford, en fuite. \'aleur : 51. Pas de terres. 

Eschealurs'infjuisilions, ut supra, m. o. — Esch. accounls, ut supra. 



103 

Kent. — Rochester, 1381, 25 août. — Valeur des biens confisqués 
sur Richard Bocher, de Rochester, « indictalus et fugilivus pro diver- 
sis prodicionibus et fcloniis in quadam insurreccione factis die mer- 
curii in viyilia Corporis Chrisli, mense junii ' » : 13 s. Pas de terres. 

John Doneyere, de Rochester, accusé des mêmes méfaits et en fuite. 
A'aleur de ses biens : 1 s. Pas de terres. 

John Modèle, de Rochester, item. Valeur : 2 s. Pas de terres. 

John Goteler, de Southgate, item. \'aleur : 1 s. A'êture d'une acre de 
terre, avec de l'orge : 3 s. 4 d. 

Thomas Dodmere, de Rochester, ilem. X'aleur : 30 s. 10 d. 

Escheators inquisitions, ut supra, m. 1. — Esch. accounls, ut supra. 

104 

K^ent. — Gharing, 1381, 26 novembre. — Biens confisqués sur John 
Warden, de Smarden, « indictalus et fugitivus pro diversis prodicio- 
nibus et feloniis in quadam insurreccione faclis die mercurii in vigilia 

1. Le 12 juin. 



LES REBELLES DANS LE SUD-EST 231 

Corporis Christi. » Meubles et bêtes, valeur : 3 1. 6 s. 4 d. Terres rap- 
portant 6 s. par an. 

Robert Stoneford, de Smarden, item. Meubles et bétail : 31 s. 8 d. 

John Bryce, de Headcorn, item. Biens :10 s. Pas de terres. 

Escheators'inquisilions, ut supra, tn. 2. — Esch. accounts, ut supra. 

105 

J^ent. — Biens conlisqués sur Xicholas Laurens, de Lesnes-Heath, 
décapité, ^'aleur des biens meubles : 6 s. 8 d. \'aleur des terres : 4 s. 
de revenu par an. 

John Theccham, de Plumstead, pendu. Biens meubles : 18 s. Pas de 
tenues. 

John Sampson, d'Erith, en fuite. Biens meubles : 18 s. 4 d. Pas de 
terres. 

Simon atte ^^'elle, de Lesnes-IIealh, en fuite. Biens meubles et 
bétail : 6 s. 4 d. Pas de terres. 

Matthewde la Haye, de Frindsbury, décapité àCanterbury. Meubles 
et animaux : 19 s. 8 d. Terres rapportant annuellement, les unes 2 s. 
3 d., les autres 1 s. 6 d. 

John Spenser, de Larkfield, décapité. Biens meubles et animaux : 
•28 s. 6 d. Terres ayant rapporté à léchoiteur 13 s. en 1 an et demi. 

John Box, d'East-Malliny-, en fuite. Biens meubles : 5 s. 

Thomas Craw, de Snodland, en fuite. Biens meubles : Il s. Pas de 
terres. 

John Bandry, de Snodland, en fuite. Biens meubles et bétail : 3 s. 
6d. 

William Apuldre, de Mailing;, pendu. Biens meubles : "2 s. 

John Webbe, de Maidstone, pendu. Biens meubles et immeubles : 
20 s. 8 d. Un mésuage avec ses dépendances : 3 s. 4 d. 

John Crone, de Boxley, en fuite. Valeur de ses biens : 25 s. 2 d. Pas 
de terres. 

John London, de Ganterbury, en fuite. A'aleur de ses biens : 2 s. 

John Prentys, de Newington, en fuite. Valeur de ses biens (vête- 
ments, couvertures, peaux, animaux domestiques) : 12 s. 4 d. Pas de 
terres. 

John Brayn, de Upchurch, pendu. \'aleur de ses biens : 3 s. 6 d. Pas 
de tei'res» 

John Bakerc, de Deptford, en fuite. Valeur de ses biens : 12 s. Pas de 
terres. 



232 APPENDICE II 

John Dovere, de Lewisham, en fuite. A'aleur de ses biens : "21 s. 
8 d. Pas de terres. 

Robert Bone, de Gharllon ; Richard Potys, d'Eltham ; John Alve- 
red, de Lewisham ; tous trois en fuite. Rien. 

Thomas Deghere, d'Erith, décapité. ^ aleur de ses biens biens meubles 
et bateau sans agrès) : "27 s. Terres rapportant annuellement 4 s. 

Roger Lundenyssh, de Headcorn, en fuite. Ses biens : une créance 
de 7 1. d'argent ; une autre de 1 1. ; un cheval, 13 s. 4 d. Autres biens : 

7 s. — n obtient sa grâce et ses biens lui sont rendus. 

Richard Rocher, de Rochester, en fuite. Pas de terres. (Cf. n" 103.) 

John Doneyre, de Rochester, en fuite. Valeur de ses biens : 1 s. (Cf. 
n° 103.) 

John Madle, de Rochester. V^aleur de ses biens : 2 s. 

John Ghyddeston, de « Ruton » près Lenham. Valeur de ses biens 
meubles et immeubles : 36 s. 10 d. 

Robert Emer, de Lenham, en fuite. Rien. 

John Meller, d'Ulcombe, pendu. Valeur de ses biens meubles et 
immeubles : 27 s. 10 d. Ses terres, entre les mains de Féchoiteur, ont 
rapporté 10 s. en 1 an et demi. 

Richard atte Ryzth,'de Chepsted, en fuite. \'aleur de ses biens : 23 s. 
7d. 

Robert Baker, dOlford. Terres d'un revenu annuel de 4 s. 

John Baker, de Mersham, en fuite. Valeur de ses biens : 10 s. 

John Stevenache, de Mersham, en fuite. Valeur de ses biens : 39 s. 
Pas de terres. 

William Proude, d'Ashford, pendu à Ganterbury. Rien. 

William Presbiter, de Margate, et John Damage, de Saint-John, 
dans l'île de Thanet, tous deux en fuite. Rien. 

Stephen Samewell, de Thanet, en fuite. \'aleur de ses biens : 8 s. 

8 d. Pas de terres. 

Robert Senyng, de Linton, en fuite. Biens meubles, consistant sur- 
tout en bétail : 7 1. 10 s. 9 d. Terres d'un revenu annuel de 12 s. 6 d. 

William Dalton, de Linton, pendu. Biens meubles : 18 s. 8 d. Terres 
d'un revenu annuel de 18 d. 

Thomas Brj^ght, de Loose, pendu. Biens meubles : 12 s. 4 d. Terres 
d'un revenu annuel de 12 d. 

Thomas Giles, de Loose, en fuite. Biens meubles : 11 s. 8 d. 

John Tonkyn, en fuite. Biens meubles : 9 s. 9 d. 

Thomas Hardyng, pendu. Rien. 

John Mounde, de Hunton, pendu. Biens meubles : 4 1. Terres d'un 
revenu annuel de 2 s. 



LES REBELLES DANS LE SID-EST 233 

John Doghsell, de Marden. Biens meubles : 33 s. 4 d. 

Thomas Wynchendenn, de Marden, en fuite. Biens meubles : 9 s. 
6d. 

Richard Stazendenn, de Marden. Biens meubles : 10 s. 8 d. 

John Crochole, de Marden, pendu. Rien. 

John Govesherst, de Lamberhurst, décapité dans le comté de Sussex, 
possédait dans les paroisses de Lamberhurst, de Branchley, et de 
Hadlow, dans le comté de Kent, 37 acres de terre arable, d'un rapport 
annuel de 9 s. 9 d., 5 acres de pré, d'un rapport de 2 s. 6 d., 50 acres 
de pâture, d'un rapport de 6 s. 7 d,, et 20 acres de grands bois, ne rap- 
portant à peu près rien. Au total environ 18 s. 11 d. de revenu annuel. 

« Summa exituum terrarum et tenementorum, bonorum et catallo- 
runi proditorum in dicto comitatu Kancie : 67 1. 8 d. » 

Escheators'accounfs, Kent and Mkldlesex, 5-6 Hic. II. John de Neioenion 
esch., Bona et catalla, terre et tenementa proditorum. 



106 

Surrey. — Guildt'ord, 1381, 27 juillet. — Biens confisqués sur Simon 
atte Preye, décapité « propter sureccionem et seducionem contra domi- 
num regem et populum suum ». Valeur de ses biens (entre autres 4 che- 
vaux) : 2 1. 16 s. 8 d. 

John Bovelith, item. Valeur de ses biens :3 s. 1 1 d. 

Escheators" inquisitions, Surrey and Sussex, d-1 Rie. II, Rob. Loxle esch., 
m. 9. 

107 

1382, 16 juillet, Westminster. — Le roi, à la requête de la reine 
Anne, pardonne à John Mylot, de Mitcham dans le comté de Surrey, 
la part qu'il a prise à l'insurrection. 

Pat. 6 Rie. II, part. 1, ;?i. 28. — Même acte, 15 déc. : ihid., part. 
2, m. 25. 

108 

Sussex. — Alfold, 1381 , 29 juillet. — Biens confisqués sur John atte 
Hoth, décapité. Il possédait des biens meubles, du bétail, et cultivait 
3 acres de terres tenues du duc de Lancastre, et 12 tenues de l'arche- 
vêque de Canterbury, à Marei?field. 



234 



APPE.NDICK 11 



John ^Nlournour, de Ferriny, décapité. Il possédait des biens meubles, 
du bétail, 9 acres de terres rapportant 40 d. par an * . 

Eschealors'inquisifions, Siirrei/ and SusseJC, ^-1 Hic. II, Robert Loxie 
csc/i,, m. 10. 

109 

« De certis personis constitutis pro salva custodia civitatis Londo- 
niarum. 

Rex dilectis et lidelibus suis A\'illelmo ^^'alle^^■orth. niajori civitatis 
sue Londoniarum , Roberto Knolles, Johanni Philippot , Nicholao 
Brembre et Roberto Launde, salutem. 

Desiderantes toto corde nostro, presertim hiis lurbacionum tempo- 
ribus, civitatem predictam contra invasiones et insultus illorum qui 
jani noviter, in diversis partibus re^nii nostri An^Iie, contra voluntatem 
nostram hostiliter insurrexcrunt, conA'cnticula illicita in nostri et fide- 
lium ligeorum nostrorum dampnum et prejudicium maximum in dies 
con<j;reyant, sicut scilis, débite muniri et salvo et secure gubernari, ... 
assignavimus, conslituimus et ordinavimus vos conjunclim et di\isim 
ad civitatem predictam et suburbia ejusdem et alibi extra civitatem et 
suburbia predicta, tam per terram quam per aquam, ad mandatum 
nostrum, juxta discreciones vestras, viis et modis quibus melius et 
securius expedire videritis, custodiendum, defendendum, munien- 
dum, regendum ac eciam gubcrnandum, et quibuscumque civitatem 
illam aut suburbia ejusdem vel partes predictas et alibi, ut predic- 
tum est, aggredi vel hostiliter ingredi volentibus, seu hujusmodi 
congregaciones et convenlicula illicita, infra civitatem predictam vel 
suburbia predicta aut alibi, facere volentibus, toto posse vestro et civi- 
tatis et suburbiorum predictorum et aliorum quos vobis associare 
poleritis, resistendum, et insurrecciones et turbaciones quascumque, 
si que in civitate et suburbiis predictis vel alibi, quod absit, fiant in 
l'uturum, honestiori modo quo poteritis similiter sedandum et pacifi- 

candum ; et ad omnes et singulos qui quicquam per hujusmodi 

insurrecciones, levaciunes et congregaciones contra pacem nostram 

fecerint vel facere presumpserint, juxta eorum démérita ac mandatum 
nostrum, secundum legem regni nostri Anglie, vel aliis viis et modis, 
per decollaciones et membrorum mutilaciones, prout melius et celerius 
juxta discreciones vestras vobis videbitur faciendum, castigandum ; 

i. La mention des biens confisqués sur ces deux coupables est en partie 
illisible, par suite de l'usure du parchemin. 



MESURI:;S DE UÉPUESSION DANS LE SUD-EST 23o 

et, si qui luerint qui victualia et alia, pro sustentacione et delensione 

civitatis predicte necessaria, ad eandem civitatem et suburbia 

ejusdem venire, cariari seu duci, perturbare voluerint, tune, ad loca ubi 
melius vobis videbitur faciendum, cum suflicienti posse vestro eundum 
et accedendum, et hujusmodi victualia et alia vobis in hac parte neces- 
saria capiendum, et usque civitatem predictam ex causa predicta tam 
per terram quam per aquam ducendum, cariandum et venire faciendum, 
dum tamen, pro eisdem victualibus et aliis necessariis predictis, posses- 

soribus eorumdem racionabiliter sit satisfaclum et persolvatur 

Damus autem universis et singulis vicecomitibus, aldermannis, civibus, 
probis hominibus, comunibus et aliis ligeis fidelibus et subditis noslris 
civitatis et suburbiorum prediclorum et aliis quibuscumque, quod 
vobis et cuilibet vestrum in execucione preniissorum inlendentes sint, 

consulentes, obedientes et tolo posse suo lideliter auxilianles sub 

fide et ligeancia quibus nobis tenentur, et sub forisfactura omnium que 
nobis forisfacere poterunt in futurum. 

In cujus, etc. Teste rege, apud Londonias, xv'^ die junii. Per ipsum 
regem. » 

Pat. 4 Rie. \\,parl. 3, m. 5. 

110 

1381, 15 juin, Londres. — Le roi, après avoir rappelé les méfaits 
commis dans TEssex, le Kent, le Surrey, le Sussex et le Middlesex, et 
ensuite dans la ville de Londres, par les gens du peuple, travailleurs, 
ouvriers, servants, artisans, qui se sont soulevés dans ces comtés', 

1. n Milicia (sic) subditorum nostrorum, gentis maxime status mediocris 
etminoris, proutlaboratonim, operariorum, servientum etartificum, precipue 
comitatuum Essexie, Kantie, Surreie, Sussexie et Middlesexie, diebus istis, 
in forma retroactis tcmporibus inaudita, diabolica instigacione taliter ele- 
vatur, quod ipsi ad invicem in multitudine innumerabili congregati, potencia 
armata, ad mansioncs majorum scilicet militum et aliorum liberorum 
accesserunt et, per minas de interfeccione et decapitacione eorum ac de 
incendie domorum et bonorum suorum, eos secum tali metu ire coegerunt, 
et sic, inmaniori multitudine populi diverse condicionis aggregata, palam et 
publiée plures de fidelibus ligeis nostris in comitatibus predictis et alibi 
decollaverunt et interfecerunt, et diversas domos ac mansiones ad terram 
potencialiter projecerunt, et plures combusserunt, ac poslmodum, civitatem 
nostram Londoniarum aggredienles, homicidia quamplurima in cadem et 
suburbiis ejusdem fecerunt ... >; Suit la iH-ève mention de la destruction du 
l)alais de Savoie et du prieuré de Clerkenwell, et du meurtre du chîincelier 
et du trésorier. 



236 APPENDICE H 

charg-e ^^'illiam \\'ahvorlh, Robert Bealknap, Robert Knolles, Nicholas 
Brembre, John Philippot, Robert Launde et William Cheyne de pour- 
suivre ces rebelles et de faire leur procès '. Comme les shérilTs et autres 
oiliciers du roi à Londres et dans les susdits comtés n'oseront peut- 
être rien faire, tant leur elfroi est <i;'rand -, Richard II donne à "William 
Wahvorth et à ses collègues toute liberté de choisir à leur gré des 
agents exécutifs, d'envoyer dans les prisons qu'ils auront désignées 
et délargir quand ils le voudront les gens qu'ils auront fait arrêter^. 

Pat. 4 Rie. II. pari. 3, m. 4 d. 



111 

<( De resistendo rebellibus. 

Rex dilectis et fidelibus suis Roberto de Assheton, constabulario 
castri sui Dovorre et custodi Quinque portuum suorum, Johanni de 
Clynton, Thome Tryvet, Stephano de \'alenes et vicecomiti Kantie, 
salutem. 

Sciatis quod. cum diverse levaciones et congregaciones contra pacem 
nostram per diversos ligeos nostros comitalus predicti jam noviter 
facte fuerint, ipsique [sic] levaciones et congregaciones continuari, et 
per consequens dampna plurima et intollerabilia, nisi de remédie in 
hac parte celerius provideatur oportuno, fieri, est timendum, assi- 
gnavimus vos conjunctim et divisim ad pacem nostram in comitatu 
predicto integram, illesam, pro posse vestro custodiendum ...; et ad 
proclamandum ... quod quilibet ligeorum noslrorum exnunc in pace 
se habeat et teneat, absque aliquas hujusmodi insurrecciones, leva- 
ciones et congregaciones contra pacem nostram aliqualiter facien- 
do seu sustinendo, et quod nostre intencionis seu voluntatis non 
existit aliquos fidèles ligeos nostros, qui de hujusmodi insurreccionibus. 

1. " ... de audiendis et terminandis de malefactoribus in civitate Londo- 
niarum et alibi. » 

2. " ... et quia vicecomites et alii ministri nostri civitatis, suburbiorum 
et comitatuum predictorum per hujusmodi insurrecciones et populi commo- 
ciones forte terrentur, quod ipsi execucionem mandatorum vestrorum in 
Lac parte facere non audebunt... » 

3. L'acte se termine par cette formule, qui spécifie nettement que la 
répression aura un caractère judiciaire : « Et ideo vobis raandamus quod 
circa premissa omnia et singula intendatis et ea faciatis et expleatis, facluri 
inde quod ad justiciam perlinet in forma predicta. »> 



MESURES DE RÉPRESSION DANS LE SUD-EST 237 

levacionibus et congregacionibus innocentes sunt et immunes, seu hos 
qui in eisdem ducti fuerunt vi coacti, ex hac causa occasionari, 
impetiri, molestari aliqualiter seu gravari, et quod hujusmodi ligei 
fidèles nostri omnes et singulos voluntarios inceptores et sustentores 
dictarum insurreccionum, levacionum et congregacionum, coram vobis 
présentent et presentari faciant, pro posse suo, sub gravi forisfac- 
tura nostra ; et ad illos ac onines et singulos qui exnunc, contra nos 
et honorem nostrum in hac parte ac pacem nostram, in conventicu- 
lis et congregacionibus ad mala hujusmodi faciendum se habuerint et 
tenuerint ac habere et tenere intendant, viis et modis quibus melius et 

celerius expedire videritis, deprimendum , ac ipsos et eorum 

quemlibet juxtaeorum denieritajustifîcandumet punienduni Damus 

autem universis et singuHs comitibus, baronibus, militibus, ligeis, 
subditis et fidelibus nostris, lenore presencium, in niandatis, quod 
vobis et cuilibet vestrum in premissis faciendis et exequendis pareant 
et intendant, sub forisfactura vite et niembrorum, et omnium aliorum 
que nobis forisfacere poterunt. 

In cujus etc. Teste rege, apud Londonias, xx° die junii. Per ipsum 
regem '. » 

Pat. 4 Rie. II, part. 3, m. 4 (/. 

112 

1381, 20 juin, Londres. — Richard II accorde sa protection à 
John Blount, chevalier, qui s'apprête à partir pour réprimer les 
troubles ^. 

Pat. 4 Rie. II, part. 3, m. 4. 

113 

1381, 10 juillet, Londres. — Un certain nombre de nobles du Kent 
ayant pris l'initiative de réunir à leurs frais des hommes darmes et de 
s'établir dans des lieux fortifiés, pour se défendre contre les insurgés et 

1. Mêmes commissions sont adressées le même jour à Thomas, comte de 
Buckingham. oncle du roi, à Robert Tresilian, à Thomas West, à 
John Sandes et au shériff de Soutbampton. 

2. «... qui in obsequium nostrum, in comitiva quorumdam fidelium nostro- 
rum, pro scdacionc presentis turbacionis populi nostri in rogno nostro jam 
noviter exorte, profecturus est. ■> 



238 APPENDICE H 

leur courir sus', le roi invile John Repère, André de ^^'oodhill, 
John Piryton, Hugh de Staunton, Robert Freman, et Robert Wel- 
lone, à taxer raisonnablement tous les habitants du comté qui voudront 
contribuer aux dépenses de cette prise d'armes, à lever les sommes 
fixées et à les verser pour Tentretien des soldats. 

Pal. 5 ///(■. U. ])ar/. \, m. 33. 
114 

1381, 16 juillet, Saint-Alban. — Le roi défend aux shérilTs du Surrey 
et du Sussex de laisser ou de mettre en liberté sous caution, les insur- 
gés qui ont été ou seront arrêtés dans leurs comtés. 

Clans. 3 Bic. II, jn. 38 rlorso. 
115 

(( Rex dilecto et fideli suo Johanni de Middelton, salutem. Manùamus 
vobis quod omnia indiclamenta facla coram vobis et sociis vestris, ad 
quosdam rebelles qui nuper contra pacem nostram et [inj turbacionem 
populi nostri insurrexerunt in comitatu Kantie castigandum et punien- 
dum assignalis, de quibuscumque prodicionibus et aliis mesprisionibus 
unde quamplurcs ligei nostri comitatus predicti indictati sunt, ut dici- 
tur, vicecomiti nostro comitatus predicti et sociis suis ad hujusmodi 
rebelles ibidem castigandum et puniendum assignalis, distincte et apte, 
sine dilacione, liberari faciatis, ut ipsi ulterius ad eorum deliberacio- 
nem et punicionem procedere valeant, prout de jure et secundum for- 
mam commissionis noslre sibi in hac parte facte fuerit faciendum. 

Teste rege apud villam de Sancto Albano, xvni° die julii. Per ipsum 

regem. » 

Clans. 5 Rie. II, m. 40. 

1. « ... cum nos, ad iiistanciam et supplicacionem certoruni dileclorum 
cl lîdelium noslrorum, militum et armigeroruni de comitatu Kancie, libcn- 
Icr concesserimus cisdeni fklclibus nostris quod ipsi, ad cuslus et expen- 
sas suas proprias, cerla fortalicia et alla loca forcia, pro resistcncia omnibus 
illis qui contra pacem nostram et ligeanciam suam rel)ellice insurgere 
voluerint, cum centum homiuibus ad arma, ad resistenduni eisdem rebclli- 
bus, muniri, et eosdem homines ad arma in eisdem castris et fortaliciis, et 
aliis locis fortibus, quanidiu opus fuerit, tenere, et eos contra quoscumque 
rebelles in hac parte, ad resistondum oorum malicie, de temporc in teinpus 
duci faciant... >■ 



MESURES DE RÉPRESSION DANS LE Sl'D-EST 239 



116 

1381, 25 juillet, King's Langley. — Commission des juges chargés de 
punir les rebelles dans le Kent. Si les coupables s'enfuient dans un 
autre comté, le shériff de ce comté devra, au premier avertissement, 
procéder à leur arrestation. 

Pal. 5 Rie. U, part. l. m. 30 d. 



117 

1381, '2 septembre, Otford. — Le roi nomme Thomas iïoland, 
comte de Kent, Robert d'Ashton, Robert Realknap, Thomas Colepe- 
per et d'autres, Keeper.s of Ihe peace pour le Kent, et leur donne la 
mission d'arrêter et d'emprisonner tous ceux qui formeraient des asso- 
ciations pour troubler la paix ou exciteraient le peuple à la révolte ; de 
détruire au besoin ces associations par la force des armes; d'arrêter 
les gens inconnus dans le comté et soupçonnés de s'y être réfugiés 
après avoir participé à la révolte dans d'autres régions. 

Pat. 5 Rie. II, part, i, m. 27 cl. 



118 

1381, 15 octobre, A\^estminster. — Ordre d'arrêter les gens du Kent 
qui se sont répandus dans le comté de Sussex pour y fomenter la 
rébellion. 

Pat. 5 Rie. U,part. 1, m. 23 J. 



119 

1381, 18 octobre, ^^'estminster. — Mandement d'oyer et terminer 
adressé à John de Montaigu, sénéchal de l'hôtel, et à d'autres personnes, 
concernant les procès des habitants du Kent qui se sont soulevés dans 
ce comté, ou qui sont allés provoquer des soulèvements dans les comtés 
de Southampton, de Xorfolk, de SufTolk, de Surrey, de Sussex, d'Essex, 
de Herlford et de Middlesex. 

Pat. D Rie. U, part. 1, /;/. 20 (/. 



240 APPENDICE 11 



120 



1381, 26 octobre, \\'eslmiiister. — Le roi charge Robert d'Ashton, 
gardien du château de Douvres, et plusieurs autres personnes, de 
rechercher et de lui faire connaître les noms des principaux insurgés du 
comté de Kent. 

Pat. 3 Rie. II, part. \, m. 19 (/. 



SÉRIE B 



LA REVOLTE DANS LES COMTES DE CAMBRIDGE ^ ET DE HUNTINGDON 



121 

Comté de Cambricl|,''e. — John Haras, de Hemngswell, s'est révolté 
le 14 juin 1381, a pénétré de force dans l'établissement des Hospitaliers 
à Chippenham, et y a volé une provision de hrace, qu'il a ensuite 
vendue. Il a obtenu des lettres de pardon du 6 novembre 1383, réser- 
vant toutefois les droits de la partie civile. — ^Mlliam Hilgere, de 
Dalham, son complice, a obtenu le même pardon. 

Coram rege, Mich. 7 Bic. II, m. 2t e( m. 21 il. 

12-2 

Le roi évoque les accusations prononcées contre Robert Brigham, 
John Resham, de Cambridge, et John Staunford, de Londres, sellier-. 

1" Le 16 juillet 1381, à Cambridge, en présence de Hugh la Zouche, 
les jurés ont déclaré que le samedi 15 juin, vers 10 heures du soir, 
Robert Brigham, avec d'autres malfaiteurs, a forcé et pillé la maison 
de William Bedell, à Cambridge. II a pris la fuite et ses biens ont été 
confisqués. Ensuite il a comparu le 17 septembre, et, comme il a bonne 
réputation et que des garants répondent pour lui, on la laissé en 
liberté. 

2° Le 8 juillet 1381, les jurés ont déclaré que le dimanche 16 juin, 
John Resham a commis des méfaits à Cambridge •^. Il a comparu à 
Cambridge le 2 janvier 1382 et a présenté des lettres de pardon du roi. 

3'^ Le 4 juillet 1381, à Cambridge, « jurati dicunt quod John Staun- 
ford, sadelere, de London, fuit comunis ductor et notorius congregator 

1. \e ûgurent parmi les pièces relatives au comté de Cambridge, ni les 
documents publiés par M. Powell, ni même ceux qu'il a utilisés sufTisam- 
ment dans le cours de son récit : op. cit., p. 41 et s. Ceux que nous éditons 
complètent donc ses informations. 

2. Une partie seulement des informations ci-dessous rapportées sont uti- 
lisées dans le récit de M. Powell, op. cit., p. 43. 

3. " ... fuit apud domum Johannis Rlancpayn insurrector el malefactor. » 

Mém. el doc. île l'Ecole des Charles. — II. IC 



21-2 



APPENDK.i: Il 



malefactorum ad prosterneuduni et ardendum domos viciaorum, et 
niinatus fuitThomam Ganell, et Johannem Topclene et alios fidèles do- 
mini régis in comitatu Cantebrigg-ie, ita quod non ausi fuerunt in domi- 
bus propriis manere. Et dixit se habere conimissionem domini régis in 
quadam pixide ad destruendum traditores domini régis et ad alia 
quamplura faciendum apud MeldeJDurn, die sabati proximo post festum 
Gorporis Christi * ... Item, quod idem JohannesStaunford felonice intra- 
vit elausum Thome North apud Abyngdon, et cepit unum equum precii 
duarum marcarum, die sabati proximo post festum Gorporis Ghristi. » 
Il a pris la fuite à l'arrivée des commissaires du roi et ses biens ont été 
saisis. Il a comparu à Gambridge le 2 janvier 138'2 et a présenté des 
lettres de pai'don. 

Robert Brigham et John Resham comparaissent au Banc du roi le 
7 juillet 1382 et présentent, le premier des lettres de pardon du 24 février 
1382, et des lettres de non nioleslando du 8 juillet [sic) 1382, le second 
des lettres de pardon du 23 octobre 1381 et des lettres de non n\oles- 
tando du 6 juillet 1382. 

Corain regc, Trin. )j Rie. II, m. 27 cl 27 d. 

123 

John Staunford, cité pour le terme de la Saint Michel en 1382, 
comparaît et présente des lettres de pardon du 4 novembre 1381 et des 
lettres de non nioleslando du 18 octobi-e 1382. 

Coram rege, Mich. 5 Rie. II, m. 15. 



124 

1382, 26 novembre, ^^'estminster. — Le roi ordonne à Thomas de Brad- 

field, échoiteur du comté de Gambridge, de restituer à John Staunford 

les biens qui lui avaient été enlevés par confiscation, à la suite des 

méfaits qu'il avait commis pendant la révolte des mois de mai, juin et 

juillet 1381 -. 

Clans. 6 Rie. II, par-f. \, m. 14. 

1. Le 15 juin. 

2. << in insurreccionibus mensiljus maii, anno regni nostri quarto, et 

junii et julii tune proxime sequentibus. factis seu perpetratis. » — Lettres 
analogues pour Robert Brigham et John Resham : Claus. 6 Rie. II, pari. 
1, m. 16. Nous imprimons plus loin les lettres rédigées en favein- do RoborI 
Brigham, comme type des actes de ce genre, ( Voy. n° 219)' 



f.ôMTKS DR (.AMnitlUfll-: RT DE HINTI.NGDÔ.N '2ï'.\ 



125 

Dépositions des témoins jurés de Canibridf^e concernant William 
Draper, laites le 10 juillet 1381 de^■ant IIuj;"h la Zouche et ses 
collèj,''ues : 

<t ... Qui dicunt super sacramenlum suum quod A\ illelmus Draper 

in Xoleslane. die dominica proxima post feslum Corporis (^hristi ' 

apud Cantebrig^g;iam fuit communis insurrector contra niajorem ville 
Canlebrif,'^j;ie, scilicet Edmundum Redmed[Ojwe, ac contra paceni ; et 
quod fuit felonice depredator, dictis die et loco, de bonis et catallis 
Johannis Blancpayn, A\'illelmi Bedell, Rogeri Herleston ac in collegio 
Corporis Christi, cujus precii sic) ignorant. » 

Autres dépositions, faites le 8 juillet : 

« Et eciam Willelmus. fîlius Johannis Draper, indictatus est per 
aliam inquisicionem captam coram prefatis justiciariis apud Cantebrig- 
{^iam, die lune proxima post festum Translacionis sancti Thome niarti- 
ris ..., de eo quod idem AA'illelmus simul cum aliis insurrectoribus apud 
Cantebri'îg^iam, predictis die dominica et anno, freg-it domos in collegio 
Sancti Benedicti Cantebriggiensis, et ibidem fuit comunis malefac- 
tor... .. 

Lettres de grâce datées du 18 mars 1.382, en faveur de ^^'illiam 
Draper. 

Cornm regr, EasL '.') Rie. II, m. 2. 



1-26 

1381, 22 septembre, ^^ estminster. — Le roi mande à la municipalité 
de Cambridge de remplacer sans délai le maire actuel, qui est notoire- 
ment insulTisant ; les difficultés de l'heure présente exigent que les 
affaires de la ville soient gérées par un habile homme ^. 

Clans. 5 Rie. II, m. 34. 



1 . Le l() juin. 

2. « ... Expediens est et necesse quod, hoc instanti lempore periculoso, 
persona idonea, discreta et sufficiens, tam pro tranquillitate populi nostri 
in villa predicla qiiani pro pace nostra ibidem conservanda, ad hujusmodi 
officium in vIII.t predicla regendum et exercendnm eligatur... » 



244 



APPENDICE II 



127 



138"2, 1*"^ mai, Weslminster. — I.e roi, considérant que la ^ille de 
Cambridge s'est révoltée, conlisque ses libertés; mais, comme elle s'est 
remise à sa clémence, il les lui rend, moins la garde de l'assise du pain, 
du vin, de la cervoise, la garde de l'assise des poids et mesures, le 
jugement des fors f al latores ' et des regrattiers, le jugement des affaires 
relatives aux victuailles. Ces droits sont accordés à l'Université ; en 
retour, elle acquittera annuellement les cent-un marcs payés auparavant 
par la ville, plus quatre marcs supplémentaires. 

Charter rolls, o-6 Rie. II, m, 13. Cf. m. 12. 

128 

1381, 7 juillet, Havering-atte-Bower. — Le roi ordonne de châtier 
les malfaiteurs qui ont dévasté le prieuré de Barnwell. 

Exposé : « Ex gravi querela dilecti nobis in Christo prioris de Ber- 
newele accepimus quod diversi malefactores et pacis nostre perturba- 
tores, jam noviter contra fidem et ligeanciam suas nobis débitas in 
comitatu Cantebriggie quasi hostiliter insurgentes, ad procuracionem 

quorumdam emulorum suorum, usque prioratum predictum vi 

armata accesserunt, et ipsum priorem de quodam gardino suo apud 
prioratum suum predictum injuste et sine judicio disseisierunt, et cer- 
tas domos ac quandam portam aquaticam prioratus predicti fregerunt 
et prostraverunt. et arbores suas ibidem nuper crescentes succiderunt, 
et in vivariis suis ibidem piscati i'uerunt. et piscem inde ac arbores 
predictas, necnon maerennum de domibus et porta predictis, ac alia bona 
et catalla sua, ad valenciam mille librarum, ibidem inventa ceperunt, 
abduxerunt et asportaverunt, et ipsum priorem et conventum suum, 
ne ipsi predictos malefactores de transgressionibus et malefactis predic- 
tis in posterum impetirent. sibi in duobus milibus librarum, per literas 
comuni sigillo prioratus predicti signalas, obligari compulerunt, et 
diversa alia mala incommoda et enormia inlulerunt, ad grave damp- 
num ipsius prioris et ejusdem prioratus destruccionem ^... » 

Pat. 5 Rie. II, part. 1, m. 30 (/. 

1. Ce mot désigne ceux qui interceptent et achètent les denrées avant 
qu'elles arrivent au marché. 

2. Sur le sac du prieuré de Barnwell, qui eut lieu le 17 juin, cf. le récit 
de M. Powell lop. eit.. p. o3-34i, qui ne semble pas avoir connu le docu- 
ment ci-dessus. 



COMTÉS DE CAMBRIDGE ET DE HUNTINGDO.N 24o 



129 

Le 18 juin 1381, Thomas de « Breccham», Richard Lodere, Thomas 
Bernard, de Littleport, et John Holt, serviteur de Nicholas de 
Massingham \ se sont emparés dudit Nicholas, lui ont volé des biens 
valant 20 livres, et l'ont conduit à Littleport ; ils ïy ont retenu prison- 
nier, en le menaçant de le décapiter, jusqu'au moment où il a été déli- 
vré par le prieur et les bourgeois d'Ely. 

Assize rolls, X. 2, 29, 6, m. 33, part. 3. 

130 

1381, 30 juin, Havering-atte-BoAver. — Ordre de faire une enquête 
sur les déprédations commises par les rebelles dans les manoirs de 
John Sibile, sis au comté de Cambindge. 

Pal. 5 Rie. U,part. i, ?n. 28 (/. 

131 

1381, 5 juillet, Chelmsford. — Ordre défaire une enquête sur les 
déprédations commises par les rebelles dans le comté de Cambridge, 
au détriment de John Luterell, gardien des manoirs de Cressing- 
Temple et de W'itham, en Essex. 

Paf. ;> Rie. II, pari. 1, m. 28 d. 

132 

1381, 3 juillet, Chelmsford. — Le roi, apprenant que les tenanciers 
de ^^'illiam Cambon, dans le comté de Cambridge, refusent de lui 
fournir les coutumes et les services traditionnels et se sont réunis pour 
lui résister par la force, mande au shériff du Cams et à plusieurs autres 
personnes de faire proclamer qu'il considérera cette rébellion à l'égard 
dudit William comme une rébellion envers lui-même, et les charge de 
punir et de réduire à l'obéissance les rebelles. 

Pat. '6 Rie. U,part. 1, m. 32 (/. 

i. Sur Xicholas de Massingham, qui était collecteur de la Poil Tax,-Aoy. 
aussi plus haut, p. 93. 



2i(3 APPE.NDICE II 



133 



Enquête sur A^'illiam Gore, tailleur, de Claveririf,'^ ' Essexi, qui s'est 
révolté à ^^'est-^^'rattin{,'• ' : « Dicunt quod predictus ^^'illelmus Gore, 
diu aille insurreccionem, solebat vivere per artificium cissoris, et a 
tempore insurreccionis predicte usque in diem dominicam proxiniam 
post l'eslum sancti Michaelis anno sexto ^, qua die captus fuit, noluit 
uti illo artifîcio, sed equitare in patria. » Il errait à West-Wratting, où 
il a une maison, et dans les environs, armé jusqu'aux dents, menaçait 
les habitants, et se vantait d'être le chef dune bande de neuf compa- 
gnons. Il extorqua ainsi de l'argent à plusieurs personnes. — « Item 
dicunt quod predictus \\'illelmus Gore proditorie de novo insurrexit 
in ^^ ykham, Stretley et ^^'est A\ rallyng, congregando sibi novem 
socios ignotos ad insurgenduni contra ligeanciam suam , scilicet die 
lune circa festum Nativitatis beale Marie anno sexto supradicto ^, et 
eciam idem \N'illelmus Gore cum predictis insurrectoribus vi armala 
equitavit in dies in partibus predictis. informando quamplures de nova 
insurreccione in comitatu Xorfolchie et excitando populum ad novam 
insurreccionem faciendum. » Enumération de ses vols à main armée, en 
septembre 1381, décembre 1381, février 1382, etc.. 

Aveux de ^^'illiam Gore. Il reconnaît avoir, le 13 juin 1381, volé un 
cheval noir dans les champs de Mildenhall, en SulTolk, avec l'aide d'un 
laboureur d'Essex. John atle Chake, de Clavering. Il est emprisonné 
et s'évade. 

Coram rege, Mich. 7 Rie. II, m. 27 d, 

134 

« De rebellibus attachiandis ubicumque fuerint. » 
1381, 7 juillet, Havering-atte-Bow er. — Richard II mande à Hugh 
la Zouche et à ses collègues, chargés de juger les rebelles du comté de 
Cambridge, de poursuivre ceux qui se sont enfuis et de les arrêter 
partout où ils pourront les prendre. Tous les officiers publics et féaux 
du roi doivent leur prêter main forte. 

Exchequer, Treasury of Ihe Receipf, Miscellanea f|. 

i. M. Powell, qui signale la destruction des rôles du prieur d'Elyà Wesl- 
Wratting !op. cil., p. i'd\ no semble pas avoir connu cet acte. 
2. Le o octoI)re i:{82. 
■i. Le 8 septembre 1382. 



C03ITÉS DE CAMBRIDGE ET DE I1UM1>GD0.\ 247 



135 

Même date. — Ordre aux mêmes darrêter tous les inculpés, pour 
éviter qu'ils prennent désormais la fuite*. 

Pat. S Rie. II, paH. 1, jn. .33 cL 

136 

1381, 25 juillet, Kings Langley. — Commission des juges chargés de 
l'aire les procès des rebelles dans les comtés de Cambridge et de Hun- 
tingdon^. 

Pat. 3 Rie. Il, part. 1, m. 30 cl. 

137 

1381, 24 octobre, Westminster. — Richard II mande à Thomas, 
comte de Buckingham, à \\'alter Fitz-"\^'auter, à Hugh la Zouche, à 
\^'illiam deSkipwith, à Henry Asty et à John Holt, récemment désignés 
pour punir les rebelles du Cams, de s'occuper uniquement des délits 
commis au détriment du chancelier et de certains écoliers de lUniver- 
sité^. 

Claus. 5 Rie. II, m. 27. 

138 

1382, 12 novembre, Westminster. — Le roi, à la requête de la reine, 
pardonne à Richard Marlyn, de Cambridge, la part qu'il a prise à l'in- 
surrection. 

Pat. 6 Rie. Il, part. 2, m. 34. 

1. Nouvelles recommandations aux mêmes sur le même objet, 28 juillet : 
Ciaus. D Rie. II, m. 39. 

2. Même acte que pour le Kent ; voy. plus haut, n» 11(3. — A ce mande- 
ment « de audiendis et lerminandis », joignez le mandement « de inqui- 
rendo » pour les comtés de Cambridge et de llunlingdon, daté seulement 
du 1" août : ibid, m. 28 d. 

3. « transgressiones, oppressiones, extorsiones, dampna, gravamina et 

excessus cancellario Universitatis Cantebrigiensis vel aliquibus scolaribus 
ejusdem Universitatis in ista diabolica insurreccione facla ». 



248 



APPENDICE U 



139 



Thomas Furbourfl//a.s- Fourbishour, fie Cambridge, exclu de l'amnis- 
lie, comparait à l'octave de la Trinité, en 1386, et apporte des lettres 
de pardon du 17 juillet 1384^ et des lettres de non moleslando du 8 
juin 1386. Il est renvoyé sine die. 

Corain reye, Trin. Rie. Il, m. 1. 

140 

John Peper, de Linton, exclu de Tamnistie, comparaît le 20 octobre 
1386, et apporte des lettres de pardon accordées le même jour sur la 
demande de l'évêque d'Ely, et des lettres de non moleslando du même 
jour. Il est renvoyé sine die. 

Coram re;je. Mirh. [0 Bic. II. m. II. 

141 

1381 , 24 octobre, ^N'estminster. — Les terres de Geoifrey Cobbe ayant 
été confisquées pour faits de rébellion, le conseil du roi a vu et exa- 
miné le mémoire de l'échoiteur du comté de Cambridge, faisant men- 
tion desdits faits de rébellion, et a jugé que la confiscation n'était pas 
suffisamment motivée. En conséquence, Richard II ordonne de 
remettre GeolTrey Cobbe en possession de ses terres. 

Claus. D Rie. II, m. 34. 

142 

1384, 3 mai, Salisbury. — Le roi concède en usufruit à Thomas 
Wykeham, garçon de sa paneterie, les biens confisqués sur John Gos- 
berkirke, à la suite de Tinsurrection, et sis à Snaihvell dans le comté 
de Cambridge. Ces biens rapportent 19 s. 3 d. par an. 

/'/!/. 1 Ric.U, pari. 2, m. i. 
1. Les lettres de pardon sont dans : Pal. 8 Rie. II, pari. 1, ni. 38. 



COMTÉS DE CAMBRIDGE ET DE IIL'NTINGDO.N 249 



143 

1382, 20 février, Westminster. — Les évèques d'Ely ayant depuis 
longtemps certains droits sur les biens qui, dans l'ile d'Ely et les 
autres domaines de l'évèché, ont été confisqués sur des condamnés, 
que ceux-ci soient ou non leurs tenanciers ou leurs vassaux', le roi, 
sur la réclamation de l'évèque, a remis provisoirement à Richard, 
comte d'Arundel, la garde des biens et des revenus confisqués sur 
plusieurs insurgés condamnés à mort. Il informe de sa décision Thomas 
de Bradtield, échoiteur du comté de Cambridge. — Mêmes lettres à 
Nicholas Fitz-Richard, échoiteur du comté de Hertford. 



Clans. 5 Bic. II, m. 10. 



144 



1382, l'""" novembre, Westminster. — Le roi mande aux barons de 
lEchiquier de ne pas réclamer au comte d'Arundel le produit des biens 
susdits, la question des droits de Tévêque d'Ely n'ayant pas encore 
reçu de solution en parlement. — Mandement analogue, daté du 
1" mars 1383. 

Clans. G Rie. Il, part. 1, m. [[, e( j)ar(. 2, ni. 16. 



145 

1381, 6 septembre, Shene. — Ralph ^^'ykes, échoiteur du comté 
de Huntingdon, ayant prétendu confisquer au profit du roi les biens 
saisis dans la ville et la liberté de Huntingdon, sur les félons qui se 
sont insurgés pendant la récente rébellion"^, le roi lui mande de 
remettre lesdits biens aux bourgeois de Huntingdon, selon le privilège 
qui leur a été octroyé par les souverains ses prédécesseurs. 

Clans. 5 Rie. II, m. 34. 

1. « quod percipiant et habeant annam, vaslura et catalla felonum, 

fr.gitivorum et dainpnatoruni... infra insulam Eliensem cl alla dominia epis- 
copatus predicti, tani hominum et tenonciuni aliorum et de feodo alieno 
quam hominum et tenencium suorum et de feodo suc proprio " 

2. « catalla diversorum felonum, in turbacione nuper in regno nostro 

habita insurirencium » 



230 APPENDICE II 



146 



Exposé d'une charte par laquelle Richard II. le 12 décembre 1381, 
conlirme et augmente les privilégies des bourgeois de Huntingdon : 
« Considérantes bonum et laudabilem geslum dictorum burgensium 
nostrorum nobis et regno nostro in ullima insurrectione impensum. 
insurrecloribus hujusmodi ibidem accedenlibus et per médium dicli 
regni nostri discurrere volentibus, fortiter et viriliter resistendo, 
volentesque eo prelextu eosdem burgenses amplioris favoris et gracie 
prosequi ubertate, concessimus « 

CJtarlcr rolls, o-6 Rie. II, m. io. 

147 

1384, 7 avril, Berkhampstead. — Le roi accorde à John Berton et à 
John Neel les terres conlisquées dans le comté de Huntingdon sur feu 
Robert P'ippe, à la suite de linsurrection. Ces terres valent 13 s. 4 d. 

Pat. 7 Bic. II, part. 2, m. 7. 



SERIE G 

LA RÉVOLTE DANS LES COMTES DE LINCOLN ET DE LEIGESTER 

148 

1381, 10 juillet, Londres. — Richard II charge John de Mowbray, 

comte de Nottingham, et vingt-sept autres personnes, d'organiser la 

résistance à l'insurrection dans le comté de Lincoln, et de châtier les 

coupables selon leurs fautes. Tous les chevaliers et écuyers du comté 

devront prendre les armes, et se tenir prêts à marcher en cas d'alerte, 

soit que des faits de révolte se produisent, soit que les ennemis 

envahissent le rovaume ' . 

Pat. 'à Rie. II, pari. 1, m. 31 d. 

149 

1382, 20 mai, U'estminster. — Le roi, à la requête de la reine, et 
moyennant une composition de dix livres, pardonne à Ilugh de 
Garewell, de Lincoln, la part qu'il a prise à Tinsurrection. 

Pai. '6 Rie. U, part. 2, m. 12. 

150 

1381, 7 août, Reading. — Le roi, apprenant que des tenanciers des 
Hospitaliers d'Angleterre, dans le comté de Lincoln, refusent de four- 
nir les coutumes et les corvées traditionnelles, et se sont rassemblés 
pour résister, mande à Thomas de Ross, de Dunsby, et à d'autres, de faire 
proclamer que rien n'est changé à l'état de choses ancien, et les charge 
de réduire les rebelles à l'obéissance, et de châtier à discrétion les cou- 
pables, selon leur faute. 

Pat. 5 Rie. II, part. [,m. 'SO d. 

I. <( si conlingat aliquos hujusmodi rebelles exnunc in conventiculis 

insurgere, seu inimicos aliquos regnum nostruni predictum invadere, quod 
absit, statim iidem milites et armigeri competenter muuiti et arraiali, ad 
corta loca pcr vos ad hoc hssignanda, se congregent ad resistondum eis- 
dein et eoruni maliciam ivpcllcnduni » 



252 APPENDICE 11 



151 



1381, 7 août, Reading'. — Le roi mande au Keeper of the peace, aux 
juges et au shérilT de Leicester, de rétablir la paix troublée dans ce 
comté, et d"y faire respecter le statut de Xorlhampton. Ayant appris 
que les tenanciers des Hospitaliers d'Angleterre, dans les manoirs 
de Rothley, de Wartnaby et autres dépendant de la même Maison, 
refusent de payer les dîmes habituelles, et que, à l'instigation du curé 
de Kettleby-Abbey, des bandes se sont formées à \^'artnaby pour enle- 
ver et brûler les dîmes apportées aux Hospitaliers ', il iuA'ite ses man- 
dataires à faire rentrer dans le devoir ces rebelles, et à les punir sévère- 
ment au cas où ils tenteraient de recourir à la force. 

Clans. Rie. II, m. 42. 

1. " Quidam lamen Willelmus de Swepslon, persona ecclesie de Kelelby, 
sue prosperitatis, ut dicitur, immemor, comitatus predicti quosdam ligeos 
nostros et aliunde, per se in conventiculis unitos et congregatos, apud Wer- 
kenaby, ad décimas quascumque eisdem fratribus et Hospitali predicto ibi- 
dem pertinentes, per potentiam armatam, omni juris processu postposito, 
capiendum, consumendum, et asportaudum excitavit, et in dies excitare non 
desistit, in nostricontemptum et pacis nostre lesionem, et ipsorum fratrum 
dampnum gravissimum, et contra formam statuti apud Northamptoniani de 
armis contra pacem nostram non portandis editi, contra proteccionem nos- 
tram predictam et contra pacem nostram » 



SERIE D 



I.A REVOLTE DANS LE COMTE D YORK 



152 

1385, 8 février, Westminster. — Richard II mande à Henry Percy, 
comte de Northumberland, de lui envoyer les actes d'accusation relatifs 
à Robert Galoun, John Broun, William Marche, Robert Hunter, John 
Gant, Thomas Symson et John Lovell, de Scarborough. 

Enquête faite devant Henry Percy et autres, chargés de juger les 
rebelles de Scarborough, le 26 août 1381. Dépositions des douze jurés 
de Scai'borough : 

« Qui dicunt, super sacramentum suum, quod Robertus Galoun, 
\\'illelmus Marche, Robertus Hunter, Johannes Gant, Thomas 
Symmeson senior, Johannes Broun et plures alii malefactores, quorum 
nomina ignorantur, percipientes et scientes levaciones et congrega- 
ciones in partibus australibus esse perpetratas per rebelles et inimicos 
domini régis , cupientes ea in forma perpetrare (?) \ se in consiliari- 
bus, congregacionibus et conventiculis levaverunt apud Scardcburgh 
lîostiliter ut inimici domini régis, et insimul congregaverunt per confe- 
deraciones inter eos factas, videlicet per juramentum, liberacionem 
capuciorum multorum, bene ad numerum d hominum, videlicet in 
vigilia Xativitatis sancti Johannis Baptiste ultimo preterita, anno 
regni l'egis nunc quinto supradicto-. In eadem nocte, in predictis con- 
gregacionibus et conventiculis suis, transierunt per villam de Scardc- 
burgh hostiliter, ut inimici domini régis, et quosdam plures ligeos 
domini régis, videlicet Robertum de Aclom, Johannem de Aclom, W"û- 
lelmum de Shropham, Alanum \\ aldyfe, Johannem de Stokwyth, et 
quamplures alios, in domibus suis ibidem obsederunt et ipsos de domi- 
bus suis traxerunt, et ad prisonam duxerunt et ibidem imprisonave- 
runt. quousque dicti ligei jurati fuerunt ut essent fidèles ipsis et 
communibus tocius Anglie. in prejudicium corone domini régis et sine 

1. Le transcripteur dont nous publions la copie a lu : capientes eaiu forma 
perpetrare. 

2. Le 2.3 juin 1.38L 



2.')i AI'PKNDH.i: Il 

aiicloritale (liimiiii r('i;is, et niaii(lali> dcinini i-c^is de iimi iiisuri^c^ndn 
ois priup directe non obstante, et bona diversa dictorum lig'eo- 
rum, videlicet decem libras de predicto Johanne Stok-wvth et unam 
loricam de Johanne de Aclom ad valenciam quadraj^inta solidnruni ibi- 
dem felonice ceperunt et asportaverunt. 

Item, alia inquisicio capta coram prelato comité et aliis apiid Scarde- 
buriih, predictis die et auno. pcr sacramentum xii juratorum wappen- 
lacliiorum de Dykerinj;- et Buckrose, pcilicet etc. Qui dicunl super 
sacramentum suum quod Robertus Galoun. ^^'illelmus de .Marche, 
Robertus Huntcre, Johannes Gant, soutere, Thomas Symson, panyar- 
man. Johannes Broun et .lohannes I>ovell, et alii, diedominica in vi^ilia 
Nalivitatis beati Johannis Baptiste, anno regni régis nunc quinlo, apud 
Scardeburg-h, ad invicem confederati et per sacramentum interligali ad 
distruendum et insurgendum, ut inimici domini régis et proditores, ver- 
sus quouscumque versus quos aliquas querelas habuerunt vel habere vel- 
lent, et unanimi assensu jurati ad manutenendum quilibet eorum 
querelam alterius ut communes, se insurrexerunt in diversis congrega- 
cionibus et conventiculis contra ipsum dominum regem et ligeos suos, 
ut inimici domini régis et rebelles, et ea occasione fecerunt et usi fue- 
runt quadam secta capuciorum ; et Robertum de Aclom, unum ballivo- 
rum ville predicte, aucloritate sua propria, ac omnes alios oiïiciarios 
domini régis in villa predicta ab ofiîciis suis deposuerunt et ammove- 
runt, aliosque pro voluntate sua in otTiciis illis regali potestale consti- 
tuerunt et ordinaverunt, in prejudicium domini régis et corone sue. 
Rem, dicunt quod W'illelmus del Marche, in congregacionibus et con- 
venticulis predictis simul cum aliis ad invicem confederatus et per 
sacramentum interligatus ad destruendum et insurgendum, ut inimicus 
ejus [corr. : régis), [versus] quoscumque versus quos aliquas querelas 
habuit vel habere vellet, die mercurii proxima ante festum sancti Lauren- 
tii, anno regni régis nunc quinto ' , unanimi assensu et unica secta capu- 
ciorum existens, et juratusad manutenendum quilibet eorum querelam 
alterius, insurrexit et venit ad domum AN'illelmi Bannburgh apud 
Scardeburgh, ut inimicus régis et rebellis, et ipsum AN'illelmum de 
Bannburgh ibidem de octo marcis auri et argenti felonice depredavit. 

Rem, alia inquisicio capta coram prefato comité et aliis apud Scarde- 
burgh predictis die et anno, per sacramentum xn juratorum libertatis 
de Pykerynge, scilicet \\'illelmi del Halle, de Aslakby,et aliorum. Qui 
dicunt super sacramentum suum quod Robertus Galoun, ^^ illelmus 

1. Le " août i:i8l. 



LA kévoltf: dans le comté d'voi'.k 2oo 

Marche, Roberlus Hunter, Johannes Broun, Thomas Symson, panyar- 
man, et Johannes Lovell, contra dominum regeni et ligeos sucs, in 
vig-ilia Nativitalis sancti Johannis Baptiste, anno regni régis nunc 
quinto, felonice et proditorie, apud Scardebur-;h. et vi et armis, et con- 
tra pacem domini régis, insurrexerunt in diversis congregacionibus et 
conventiculis, et Robertum de Aclom. unum ballivorum ville de Scar- 
deburgh ab ofTicio suo ammoverunt, et eundem Robertum ac multos 
alios ligeos domini régis, videlicet Robertum Pad, Johannem Stok^^ ylh, 
^^'illelmum Scot, ^^'ilIelnlum Senier, Willelmum Person, AN'illelmum 
Manby, Johannem Bonde, Henry Bannburgh, Johannem Cartere et 
plures alios quorum nomina ignorantur, in domibus suis ibidem obsede- 
runt, et postea ipsos de elsdem domibus traxerunt et aliter ipsos in 
domibus predlctis occidisse vel combussisse voluissent felonice et pro- 
ditorie, et ipsos postea ad prisonam duxerunt et ibidem in prisona 
detinuerunt quousque fines et redempciones pro voluntate sua cum eis 
fecerunt. Item, dicunt quod \\'illelmus Marche et Robertus Hunter et 
plures alii malel'actores de coniva sua, in vigilia Nativitatis sancti 
Johannis Baptiste, anno supradicto, venerunt, cum magna multitudine 
hominum vocatorum rowtes, ad domum Johannis Stokwyth de Scar- 
deburgh, ubi ipse fuit commorans, felonice et proditorie, et vi et armis 
et contra pacem domini régis, et ipsum Johannem extra domum suam 
traxerunt, et ipsum per villam predictani , de vico in vicum, cum 
maxima voce vocata hoiintays, usque ad prisonam ibidem duxerunt, 
et ibidem detinuerunt usque in crastinum, et de ipso tune ceperunt 
ibidem decem libras auri et argenti, quas detinuerunt et adhuc detinent ; 
etquoquidem crastino fecerunt dictum Johannem venire coram eis, ubi 
fuerunt congregati, et quidam eorum preceperunt ipsum Johannem 
decapitari, et quidam eorum preceperunt ipsum suspendi, et postea 
fecerunt ipsum, simul cum aliis probis hominibus, per scriptum suum 
obligari illis in centum libras, ad exspectandum judicium dictorum 
malefactorum, die sabbati proxime sequenti ', et non obstante dicta 
nbligacione ipsum reduxerunt ad prisonam, et ipsum ibidem detinue- 
runt per très dies vel quatuor, quousque quidam Henricus de Rooston 
junior, qui filiam ipsius Johannis Stokwyth duxit in uxorem, fecit 
generalem proclamacionem per totam villam quod si aliquis conqueri 
vellet versus dictum Johannem, quod venirent, et ipse emendas faceret 
pro voluntate eorum, quamvis venderet terras et tenementa, bona 
et catalla sua quecumque; qui quidem Henricus, in salvacionem vite 

I . I.c 29 juin. 



256 APPENDICE II 

dicli Johannis Stokwylh, pacaviL bene ad sumniam Irium librarum 
conquerentibus. Item, présentant quod Willelmus Marche fuit princi- 
palis dictoruni malefactorum. Et predictus Johannes Stokwyth venit 
ad eum, die, anno et loco supradictis, ipsum supplicando, pro amore 
Dei et intuitu caritalis, ad concedendum sibi vitam suam ; qui quidem 
Willelmus, pro se et sociis suis sic in conventiculis congregatis, hoc ei 
concedere noluit, nisi idem Johannes dare vellet quadraginta solidos, 
quos ei dédit ibidem in salvacionem vite sue et ad implendum volunta- 
tem dicti Willelmi. Item, dicunt quod \Mllelmus del Marche, draper, 
Robertus Galoun, Robertus Huntcre et Johannes Gant, sutor, de 
Scardeburgh, et omnes communes ville predicte, die dominica proxima 
post festum sancti Pétri, anno ref,mi régis nunc quinto', apud Scarde- 
burgh, obsederunt l'elonice et proditorie Johannem Lascy, de Ffolketon, 
in domo Roberti de Aclora, per unum quaterium unius diei; ita quod 
idem Johannes vix evasit cum vlta extra dictam villam, post quod tem- 
pus usque nunc non audebat dictam villam intrare. Item, dicunt quod, 
in die Nativitatis sancti Johannis Baptiste, anno regni reg's nunc 
quinto, apud Scardeburgh, Willelmus del Marche et Robertus Hunter, 
simul cum pluribus aliis, felonice et proditorie venerunt ad domum 
\\'illelmi de Manbv, de Scardeburgh, et ibidem ad invicem confederati, 
interligati et jurati, insurrexerunt in dictum A\'illelmum, et domum 
suam fregerunt, et hostia et fenestras ejusdem domus similiter, et eum 
ceperunt de domo sua et incarceraverunt ibidem per quatuor dies, 
quia noluit consentire eis, et cum eis ire ad verberandum et vulneran- 
dum homines in cimiterio ecclesie Béate Marie Virginis, et ad frangen- 
dum portas et hostia fratrum Minorum, ad accipiendum Robertum de 
Aclom et plures alios, et post quatuor dies acceperunt eum de carcere, 
et duxerunt eum ad certum locum, minando ei quod, nisi daret eis 
viginti marcas, quod decollarent eum; et dictus Willelmus, timoré 
mortis perterritus, obligabat se dare eis quantum petebant, secundum 
discrecionem domini comitis Northumbrie. Item, dicunt quod Rober- 
tus Galoun, A\'illelmus Marche et Robertus Iluntere fuerunt primi et 
principales qui insurrexerunt inl'ra dictam villam de Scardeburgh, die et 
anno supradictis. « 

Suit une lettre close du 10 mai 1386, accordant à Robert Galoun, 
Robert Hunter, Thomas Symson et John Lovell, le bénéfice de l'am- 
nistie, dont ils n'avaient pas été exclus. 

flnraw rege, Easf. 9 Bir II, //(. i2 d 12 d. 

1. Le 30 juin 1381. 



LA P.KVOLTE D\NS fj; ('.(OITÉ D YORK 2oi 

« Rex dilcctis et lidelibus suis Johanni, régi Castelle et Legionis, duci 
Lancastrie, Johanni de Nevill, de Raby, Thome de Roos, de Hamelak, 
Johanni Marmyon, Rogero Ffulthorp et Johanni de Lokton, salulem. 

Sciatis quod cum, ut accepinuis, in turbacione nuper facta per quos- 
dam de communitate regni nostri Anglie, quamplures malelaclores et 
pacis nostre perturbatores ville de Scardeburgh et aliunde in partibus 
vicinis se interligaverint et levaverint ibidem in conventicuHs et con- 
gregacionibus illicitis, roberias. depredaciones, doninrum proslraciones 
et alia niala et incommoda quamplurima palani cl noloric pcrpetrando, 
et alios fidèles noslros ad consimilia \el pejora mala pro posse suo 
faciendum cxcitando, ac quandam lilieratam de nnica sacta [corr. : 
sectaj capiciorum alburum cum liripipiis rubiis, ut unusquisque eorum 
alterius l'actum in hac parte suslineret et manuteneret, liberando et 
excercendo, contra formam statuli in hujusmodi casu provisi , in nos- 
tri contemplum et maximum vituperium et populi nostri turbacionem et 
comocionem et contra pacem nostram ; et volentes, pro débita punicione 
eorumdem, quod justum fuerit iieri jubere, assignavimus vos quinque, 
quatuor, très et duos vestrum, justiciarios nostros ad inquirendum, per 
sacramentum proborum et legalium hominum de comitatu Eboraci, per 
quos rei verilas melius sciri potcrit, de quibuscumque roberiis, dcprc- 
dacionibus, domorum prostracionibus et aliis malis et incommodis qui- 
buscumque ac levacionibus, interligacionibus et conventicuHs illicitis 
in villa predicta, a tempore turbacionis predicte incepte, per quoscu ni- 
que et qualitercumque factis sive perpelratis, et ubi, quando, qualiter 
et quomodo, et de premissis omnibus et singulis ac articulis et circum- 
stanciis premissa qualitercumque concernentibus, plenius veritatem, ac 
eciam de omnibus et singulis illis qui hujusmodi liberatam capiciorum, 
ut predictum est, fecerunt, habuerunt et excercuerunt , et ad eosdem ac 
alios quoscumque in hac parte delinquentes, juxta eorum démérita, 
secundumlegem et consuetudinem regni nostri Anglie, castigandum et 
puniendum, et premissa omnia et singula audiendum et terminandum. . . 

Teste rege, apud Shene, xix'^ die augusti. » 

Pnl. 6 Rie. II, part, i, m. 27 <!. 

154 

1381, \'2 juillet. S' Alban. — Le roi mande aux baillis de Scarbo- 
rough de forcer les tenanciers d'Alice de Wakelield à lui payer les 

Mém el tlitc. de l'Ecole des Charles. — H. 17 



258 APPENDICE II 

mêmes renies quils laisalenl avant linsurreclion et à lui rendre ses 
terres, quille à faire valoir leurs droits, sils en ont, par voie légale. 
Exposé : 

« Ex gravi querela Alicie de ^^'ak.efeld, sororis venerabilis patris 
nostri Henrici. episeopi ^^ vgornien-is. accepinius quod quamplures 
malefaetores ipsam de certis terris et redditibus in villa predicta, in 
quorum possessione ipsa diu extitit pacifiée et quiète, per vim illicitam 
et auxilium furientis (sic) populi in villa predicta contra nos et ligeancie 
sue debitum jam noviter insurgentis. injuriose disseisiri et ammoveri 
fecerunt et procurarunt. tenementis et reddilibus illis per prefatos 
dissesitores hucusque injuste occupatis, in ipsius Alicie dampnum non 
modicum et exheredacionem manifestani... » 

r.7a»s. :; nu-. II, m. 38. 

1 Ô.') 

1382. 20 avril, ^^'eslmin^ter. — Le roi ordonne à John de Xevill, à 
Henry Le Scrop, à Robert de Ross et au shérilF d York, de rechercher 
ceux qui se sont les premiers soulevés à Scarborough. pendant la 
révolte qui a troublé divers comtés du royaume. 

Pat. :i Bic. U, part. -2, m.' 19 r/. 

1382, L5 août, Woodstock. — Le roi, ayant désignéleduc de Lancaslre 
pour rechercher les principaux fauteurs de linsurreclion qui a eu lieu 
à Scarborough, ordonne à John de Xevill et à ses collègues de surseoir 
à l'exécution de leur mandat. 

Clnufi. Bic. II, pa/-t. 1, m. 2Hd. 

157 

1382, 18 octobre, Westminster. — Le roi accorde son pardon aux 
habitants de Scarborough pour les troubles qui se sont produits dans 
celte ville antérieurement au 14 septembre dernier. Il leur rend les biens 
qui avaient été confisqués sur eux à la suite de l'insurrection. Mais qua- 
rante-deux personnes sont exclues de cette amnistie, et les autres 
doivent payer une amende collective de 400 marcs. 

Pat. nie. U, part. 2, m. 30. 



T. A RÉVOLTE DANS LE COMTÉ d'yORK 259 

158 

1383, '28 avril, Westminster. — Le roi mande au shériff d'York 
de lever la somme de 266 livres 13 s. 4 d., que les habitants de Scar- 
borougfh, sauf quarante, à la suite d'un arrangement passé avec le duc 
de Lancastre, ont promis de payer pour racheter certains actes de 
rébellion et de lèse-majesté ' . 

Chus. 6 Bic. II, part. 2, ni. 4. 

159 

Enumération des méfaits commis par certains habitants de Beverley 
antérieurement à l'insurrection, et au mois de mai 1381. Le 7 mai. ils 
se sont introduits dans le hall de la j,nlde de Saint John de Be\erley, 
ont volé. 20 livres en ar<;ent nombre, un sceau de la communauté de 
Beverley, des chartes et des titres. — Suivent des lettres de pardon. 

Corain rer/c, East . ti Rie. II, m. 2o, ■2.'» d., 2b Lis d. 

160 

1381, 25 mai. ^^'estminster. — Richard II mande aux jug'es de paix 
désignés pour réprimer certains méfaits dans la liberté de Beverley-, 
d'envoyer immédiatement au chancelier les pièces relatives à cette 
affaire. Il a ouï dire que des accusations fausses ont été portées devant 
eux, et qu'il pourrait en résulter des désordres g^raves •^ 

Claun. 4 Rie. II, m. 3 d. 

1. « pro quibusdam rebellioiiibus et contemptibus per ipsos in 

offensas majestatis nostre reg^ie perpetratis. i 

2. '• ad diversas felonias, transgressiones et alia malefacta infra lil)er- 

tatem venerabilis patris, archiepiscopi Eboracensis, de Beverlaco, audien- 
dum et terminandum. / 

.1. " ... ad nostrum provenit anditum quod, ex diversis dissensionibus et 
debatis inter probes homines et communitatem ville Beverlacl jam nunc 
subortis, diverse accusaciones ac presentaciones, ut dicitur, inhoneste et 

illicite, coram vobis facte existant, ex quibus, si ulterius coram vobis 

per processus vel alio modo in ea parte procedatur, maximam turbacioiiem 
populi nostri ibidem et in partibus vicinis exinde oriri, ac dampna quam- 
pluriina ibidem fieri et regno nostro, quod absit, evenire, formidatur. » 



260 APPENDIcr. H 



161 



« Alias corani Johanne, reg-e Castelle et Ligeonis et duce Lancastrie, 
etsociis suis nuperjusticiariisdomini régis, ad diversa felonias, prodicio- 
nes et alia malgfacta in comitatu predicto audiendum et terminandum, 
assignatis, exlitit presentalum quod Johannes Erghoni et alii, ubi conces- 
suni fuit ' per communitatem ville de Beverlaco ad colligendum et levan- 
dum quandam summam pecunie. usui communitatis predicte de honiini- 
bushabitantibus in eadem villa, inincrementum et relevacinnem thesauri 
ejusdem communitatis, de quadam custuma vocata poundale et J)usi- 
silver, scilicet de quolibet mercalo in eadeni villa pro qualibet librata 
mercandise videlicet obulum, et de qualibet shopa sive fenestra ibidem 
vendente victualia separatim quadrantem, scilicet die lune proxima ante 
festum sancti Thome apostoli, anuo regni régis Edwardi, nuper régis 
Anglie, avi domini régis uunc, apud Beverlacum, tricesimo-, usque ad 
finem septem annoruni tune proxime sequentium et plenarie comple- 
torum, ita quod in fine predictorum septem annorum predicta custuma 
penitus cessaret; qui quidem Johannes et alii prescripti, dictis septem 
annis plene complelis, sine waranto et concensu ejusdem communitatis, 
per eorum contederacionem etconspiracionem, ad usum eorum proprium 
colligerunt et levaverunt dictam custumam, per viginti annos tune 
proxime sequentes, colore custume predicte, videlicet quolibet anno 
viginti libras, per extorsionem que se extendit ad ducentas libras ster- 
lingorum, unde de Johanne Gartone ceperunt per extorcionem quatuor 
solidos et quatuor denarios, de Johanne Lyndelowe duodecim solidos, 
de Thoma Middeltone sex solidos octo denarios, et sic ceperunt per 
extorcionem diversis vicibus de diversis personis ibidem predictas 
ducentas libras, contra voluntatem communitatis predicte, ubi potesta- 
iem non habuerunt. Et quod die martis proxima ante festum Nativitatis 
sancti Johannis Baptiste, anno regni régis Ricardi secundi secundo -^ 
apud Beverlacum ceperunt centum marcas per extorcionem de com- 
munitate ville predicte, videlicet pro una pastura vocata ^^^est^vode, 
quam pasturam eadem communitas tenet de [archi^episcopo Eboracensi 
pro quadam firma de centum solidis dicto [aijphijepiscopo annuatim inde 

t. Corrigez : ubi assignati fuerunt. — Voyez la même formule, p. 201, 1. 8. 

2. Le 19 décembre 1356. 

3. Le 22 juin 1378 ou le 21 juin 1379. Le mardi avant la Nativité de Saint 
Jean-Baptiste coïncide avec les deux dates extrêmes de la seconde année 
de Richard II.. 



LA RÉVOLTI-; DANS LL (Xi.MTÉ DYOliK 261 

reddendis, qiiam linnam predictus Johannes et alii per eandem conimu- 
nitatem assignati fuerunt ad colligendum \et\ dicto [archijepiscopo sol- 
venduni, unde iideni Johannes et alii co[l]ligcruut et levaverunt predic- 
las centum marcas ultra prediclam firmam ad usum eorum propriuni, 
per exlorsionem de conimunitate predicta. Et quod dio jovis proxima 
anle festum Pasche, anno regni régis predicti Edwardi quadragesimo 
secundo \ apud Beverlacuni, ubi predictu? Johannes et alii assignati 
fuerunt per communitatem prediclam et villam de Hull, ex conimuni 
assensu earundem comniunitatum et villarum, ad colligendum quan- 
dam suniniam pecunie pro factura unius barge in predictis villi?,quam 
sumniam iidem Johannes et alii co[ljligerunt et habuerunt pro factura 
barge predicte, unde ceperuntet cofljligerunt per exlorsionem ultra dic- 
tam summam, colore collectionis predicte, quinqûaginta solidos. Et 
quod predictus Johannes et alii, die jovis proxima anle festum sancti 
Michaelis, anno regni régis Edwardi quadragesimo oclavo-, ceperunt 
per exlorsionem de communilale ville de Beverlaco quadraginta libras 
pro vendicione cjusdem barge. Et quod predictus Johannes et alii sunl 
communes conspiralores confederati in villa de Beverlaco et conspi- 
raverunt inler se, die lune proxima anle feslum sancli Pétri quod dici- 
lur ad vincula, anno regni régis predicti Ricardi quinto^, apud Beverla- 
cuni, ad procurandum per invidiam quandam Elolam, uxorem quondam 
\\ illelmi Handene, quod ipsa injuste appellaret Thomam Preston, Gal- 
fridum Brillon et alios in dicto appello contenlos, de morte predicti 
AA'illelmi Handene, ad dampuum diclorum appellalorum et communi- 
tatis predicte quadraginta librarum. Et quod Johannes Erghom et alii, 
electi et jurati per communitatem ville Beverlaci ad regendum villam 
prediclam, super consuetudinibus suis, die martis proxima post feslum 
sancti Michaelis, anno regni régis Ricardi secundi primo ^, apud 
Beverlacuni ceperunt per exlorsionem videlicet de Galfridode Bredone, 
Johanne Resceynour, Johanne de Lekynfeld, A\'illelnio Plummer, 
Johanne de Feiiton, Johanne del Slaves, Johanne de Coreby, Johanne 
de Aldewell, et Johanne tilio A\'illelmi Hesshewer, et de Iota conimu- 
nitate predicla, ducenlas libras argenti, continuando exlorsionem 
illani de anno in annum et de die in diem usque dieni hujus inquisi- 
tionis capte. Et eciam quod predictus Johannes et alii ceperunt per 



1. Le 6 avril 13(38. 

2. Le 28 septeml)rc 1:^4. 
.{. Le 20 juillet l;$8l. 

4. Le (» octobre 1377. 



262 APPENDICE II 

extorsioneni de predictis Galfrido de Bredone et aliis de communilale 
predicla, die et anno predictis, centum libras argenti apud Beverlacum. 
Et quod predictus Johannes Ergluim et alii, die lune proxima ante fes- 
tum Invencionissancte crucis, anno rcgni régis Ricardi secundi sexto', 
vi et armis, videlicet gladiis, etc., in Ricardum de Midclton, de Bever- 
laco, draper, apud Beverlacum insullum fecere et ipsum verberavcrunt, 
vulneraverunt, iniprisonaverunt et maie traclaverunt, et eum in pri- 
sona detinuerunt, quousque idem Ricardus propter metum mortis sue 
fecit eis quandam obligacionem ducentarum librarum contra volunta- 
tem suam et contra pacem, etc. Et quod prediclus Johannes Erghom 
et alii, die sabbali proxima ante dominicam in Ramis palmarum, anno 
regni régis nunc sexto '^, vi et armis, scilicet gladiis, etc., in Johan- 
nem Eek-ynleld apud Beverlacum insullum fecerunt et ipsum verbera- 
vcrunt, vulneraverunt, iniprisonaverunt et maie tractaverunt, et eum 
in prisona sic detinuerunt, quousque idem Johannes de I^ekynfeld, 
propter metum mortis sue, fecit eis quandam obligacionem centum libra- 
rum contra voluntatem suam et contra pacem, etc. Et quod Johannes 
Erghom et alii sunt communes confederatores et conspiratores et, per 
confederationem inter eos factam, scilicet die sabbati proxima post 
ieslum Nalivitalis sancti Johannis Baptiste, anno regni régis nunc 
quinto-', apud Beverlacum fecerunt quemdam Johannem \\'ellynges 
appellare Ricardum Botelstane, Thomam de Preston et Joceum de 
Frampton, de diversis feloniis et proditionibus, virtute cujus appelli 
iidem Ricardus, Thomas et Joceus capti fuerunt et in prisona Mare- 
scalcie domini régis coram ipso rege detenti, quousque inde per judi- 
cium curie deliberati fuerunt, in adnichilacionem communitatis ville 
prcdicte et ad dampnum ipsorum Ricardi, Thome et Jocei et communi- 
tatis predicte ducentarum librarum. Et quod prediclus Johannes Erghom 
de Beverlaco et alii feloniceinterfecerunt et murdraverunt ^^'iIlelmum 
Ilaldane apud Beverlacum, die sabbati proxima post festum sancti Swy- 
thini, anno regni régis Ricardi secundi postconquestum quinto^. Et quod 
Johannes Ergum et alii apud Beverlacum, die lune proxima post festum 
aposlolorum Simoniset Jude, anno regni régis nunc tercio^, ceperuntet 
levaverunt certas summas pecunie, vocatas huslsilver et piindale, per 
extorsionem et per diversas duricies, gravium {corr. gravem) districtio- 

i. Le 27 avril 1383. 

2. Le 14 mars 1383. 

3. Le 29 juin 1381. 

4. Le 6 juillet 1381. 

5. Le i'''' novembre 1379. 



LA KÉVOLTE DANS LE COMTÉ d'yOHK 263 

nem, captionem, de Thonia de Midelton, draper, viyinli solidos, et 
Johanne de SkirlaAve, draper, viginti solidos, et de pkiribus aliis de 
draperescraft centum solidos; et de ^^'illelmo Bridde quadraginta soli- 
dos, et Johanne Mayre viginti solidos, et de pluribus aliis de arte merce- 
rie viginti marcas; et de A\^iltero de Ake quadraginta denarios, et Petro 
de Crauncewyk quadraginta denarios, et de pluribus aliis de arte pele- 
trie viginti solidos; et de Johanne de Pykerynges viginti solidos et de 
Nicholao Bacslere, flessheA\er, viginti solidos, et de pluribus aliis de 
arte bocheric decem marcas; et de Alexandre de Harewode quadra- 
ginta denarios, et Thoma Aclyf quadraginla denarios, et de pluribus aliis 
de arte sutorum quadraginla solidos; et de Johanne de Thornton, 
taillour, duos solidos, et Johanne de Bartone, laillour, duos solidos, 
et de pluribus aliis de arte cissorum, quadraginta solidos; et de 
Johanne Harald, baxstere, quadi-aginta denarios, et Johanne de Gil- 
lyngs, baxstere, quadraginta denarios, et de pluribus aliis de arte pisto- 
rum, unam marcam ; et de Johanne de Lokynglon decem solidos, et 
Johanne Tene, barkers, decem solidos, et de pluribus aliis de arte tan- 
nalorum, quadraginta solidos; et de Johanne de Clyf très denarios et 
Johanne de Rasyn, wryghtes, très denarios, et de pluribus aliis de 
arte carpentrie viginti solidos; et de Johanne de Stosse^^■yk duos soli- 
dos, et Johanne de Lincoln, dyesters, duos solidos, et de pluribus aliis 
de arte tinctorum viginti solidos; et de Ricardo Lachegateduos solidos, 
et Johanne de Ake, Avebsteres, duos solidos, et de pluribus aliis de arte 
textorum quadraginta solidos; et de omnibus alii[s] artificibus, victu- 
alium venditoribus, et operariis, infra villam de Beverlay, viginti 
libras; et sic ceperunt de prel'atis artificibus, victualium venditoribus, 
el operariis infra villam de Beverlay pervigintiannos elapsos ante diem 
predictam, quolibet anno, ad summam viginti librarum, per extor- 
sionem, graves districtiones, etc., inmaximam oppressionem etdestruc- 
cionem communitatis ville predicte et contra Icgem Anglie. Et quod 
prediclus Johannes, et alii post ipsum supranominati usque Bicardum 
de Walkyngton, ceperunt per extorsionem et alias duricies de prel'alo 
Thoma de Midelton, draper, et Johanne de Skirlawe, et aliis artilici- 
bus, victualium venditoribus et operariis, et de residuo communitatis 
ville predicte, die martis proxima post feslum Ascencionis Domini, 
anno regni régis domini Edwardi nuper régis Anglie quadragesimo 
octavo', etc. Et quod Johannes de Erghom et alii confederaverunt se 
ad invicem et conspiraverunt inter se apud Beverlay, die sabbati 

I. Le 10 mai 1374. 



204 APPE.NDici: II 

proxinia po^t i'esluni Iiiveucioni? sancle crucis, anno re^nii régis nuiic 
Ani^lie quiiilo', uiule corr. : una cum Elia. que fuit uxor W'illelmi de 
Ilaklene, quod ijisa appellaret fal^-o et maliciose Johannem \\'hyte et 
alios) ac viginti alios de villala de Beverlay, de morte predicti ^^'illelnli, 
quondam viri sui. ut extorqueant ab eis diversassummas pecuuie, et qui- 
dam Johannes ^^ hite et alii fueruut appellati per predictam El[i,am, per 
conspirationem predicti Johanuis et sociorum suorum conspiratorum, 
die mercurii proxima post festum Penlecostes, anno regni régis nunc 
Auglie quinlo"-. \irlule cujus appelli iidcm Johannes ^^'llite et alii 
appellati fuerunt et carcerati in prisona domini régis, quousque finem 
fecissent iu predicto Johanne Ake et predicta Ei[i^a et aliis predictis 
conspiratoribus, antequam possent de lelonia predicta, unde non 
luerunt culpabiles, deliberari, de centum iibris, quas iidem conspiralores 
de prefatis appellatis, die mercurii proxima post festum sancte Trini- 
talis, anno regni régis nunc Anglie quinlo'', ceperunt. per extorsionem 
et contra legem Anglie, in ipsorum maximam oppressionem. Et quod 
iidem Johannes de Ake et alii conspiratores sunl communes conspira- 
tores et confederatores ad invicem, ut quilibet eorum manuteneat alte- 
runi in recto et injuiia et in bono et malo contra legem et slatutum 
regni Anglie. Et quod Johannes Ergum et alii receperunt Johannem de 
\\'ellynges apud Beverlay, die dominica m, proxima post festum 
Pasche, anno regni régis nunc Anglie quinte'', scienles ipsuni felonice 
interficere et murdrere^^'illelmum de Ilaklene apud Beverlay, et postea 
receperunt eum ibidem et aliis diversis locis et tuerunt abettantes et 
auxiliantes ad mortem predictam, et ipsum Johannem "\\'ellynges 
manutenent in malefacto suo predicto, etc. Item présentant quod 
Johannes de Erghom de Beverlaco et alii, die sabbati proxima post 
festum sancti Swithini, anno regni régis Ricardi secundi quinto"^, 
apud Bevei^lacum, noctanter, ex malicia precogitata, felonice murdra- 
verunt et nequiter interfecerunt ^^'illelmum Haldene, videlicet insi- 
diando predictum ^^'illelmum per regiam stratam transeuntem, 
irruentes super predictum ^^'illelmum Haldene, cum uno pollax et 
duobus sparthes, sex gladiis, duobus forkes et aliis armis, ipsum Wil- 
lelmum super capud suum percuscientes, ita quod, scisso capite suo, 
cerebra ipsius AN'illelmi de Haldene fudebantur super terram, et predic- 

1. Le 10 niai 1:j82. 

2. Le 28 nuii 1382. 

3. Le 4 juin 1382. 

4. Le 13 avril 1382. 
0. Le 6 juillet 1381. 



LA RÉVOLTE DANS LE COMTÉ DVOUK 265 

tum W'illelmum, sicut predicitur, felonice murdralum et nequiler inler- 
fectum, projecerunt in foveam vocatam le Bek in \\'alkerlane. 

Que quidem indictamenta dominus rex inler alia coram se venire 
fecit terminanda. Per quod preceptum fuit viceconiiti quod non omit- 
tat, etc., quin capiat prefatum Johannem de Er<,dioni, si etc. Et modo, 
scilicet die martis proxima post très septinianas Pasche, isto elidem (sic) 
lermino^ coram domino rege, apud A\'estmonasterium ^enit predictus 
Johannes de Ergliom, et reddidit se prisone Marescalcie domini régis, 
occasionibus predictis que committuntur Marescalcie. Et statim, per 
marescallum ductus, venit, et allocutus est qualiter de felonia, trans- 
gressionibus et extorsionibus predictis se velit acquietare; dicit quod 
dominus rex nunc de gralia sua speciali, et pro decem marcis quas 
idem Johannes de Erghom domino régi solvit, etc., perdonavit ei sec- 
tam pacis sue que ad ipsuni pertinet, pro omnimodis feloniis, prodicio- 
nibus, transgressionibus et extorsionibus. perlitteras suas patentes quas 
profert hic in curia in hec A'erba : 

Ricardus, Dei gratia rex Anglie et Francie et dominus Hibernie, 
omnibus balHvis et fidelibus suis ad quos présentes littere pervene- 
rint, salutem. Sciatis quod, de gralia nostra speciali, et pro decem 
marcis quas Johannes de Erghum de Beverlaco, alias dictus Johan- 
nes Erghom, alias dictus Johannes de Ergum, in hanaperio cance!- 
larie nostre nobis solvit, de avisamento et in presencia carissimi 
avunculi nostri Johannis, régis Castelle et Ligeonis. ducis Lancas- 
trie, ac venerabilis patris episcopi Londoniensis, cancellarii nostri, 
perdonavimus eidem Johanni de Erghum sectam pacis nostre que 
ad nos pertinet, pro omnimodis prodicionibus, insurrectionibus, 
roberiis, murdris. feloniis, extorsionibus, conspirationibus, confe- 
derationibus, cambipartiis, ambidextriis, falsis alliganciis. falsita- 
tibus, deceptionibus. oppressionihus. forstallariis. transgressionibus. 
dampnis et gravaminibus quibuscumque, per ipsum factis sive pcrpe- 
tratis aliquo modo, tempore prelerito, unde indictatus, rectatus vel 
appellatus existit, ac eciam ullagarias, si que in ipsum hiis occasioni- 
bus fuerint promulgate, et firmam pacem nostram ei inde concedimus; 
ita tamen quod stet recto in curia nostra, si qui versus eum loqui 
voluerint de premissis seu aliquo premissorum ; nolentes quod dictus 
Johannes de Erghom ad iinem nuper nobiscum factum per gentes dicte 
ville de Beverlaco, coram dicto avunculo nostro et aliis fidelibus 
nostris per commissionem nostram ad diversas felonias et prodiciones 

1. Le 2o avril i;J8o. 



266 APPENDICE 11 

et mispressiones in coniitalu Eboraci audiendum el terminandum 
nuper assignatis, conlribuere lenealur, se poenis ' volentes et conce- 
dentes quod idem Johannes de Erghuni, pro diclis deceni niarcis tan- 
tum, peripsum nobis in dicto hanaperio nostro sicsolutis, ut predictum 
est, de toto iine predicto tolaliter sit quietus, et quod dicte decem 
marce de dicto Iine in exoneracionem diclarum g^entium deducantur. 
Et si aliquid de bonis dicti Johannis de Erghoni, pretextu finis pre- 
dicti, arestetur seu levetur, plena restitulio atque liberacio eidem 
Johanni, sine deficultate vel dilatione inde fiai. In cujus rei leslimo- 
uium bas litteras nostras fieri fecimus patentes. Teste me ipso apud 
AN'eslnionaslerium, quinta décima die novembris, anno regni nostri 
sexto "^. 

Proferl eciam quoddam brève doniini re;^is clausum, justiciariis hic 
directum, de non niolestando prefatum Johanneni de Erghum contra 
tenorem litterarum domini rej,ns prediclarum, cujus datum est : Apud 
A\ estmonasterium, w'^ die aprilis, annoreyni régis nunc octavo-'. Qua- 
rum pretextu idem Johannes de Erghum petit ipsum a prisona domini 
régis deliberari, etc. Et inspectis lilteris domini reg-is predictis, consi- 
deratum est quod prediclus Johannes de Erghum eat inde sine die, etc. » 
Corarn rege, EasI. 8 Hic. II, m. 4 de la 2" série. 

162 

Le 30 juin 1381, Thomas de Beverley et Richard son fils ont extor- 
qué ' 000 livres à la « comnuinitas » de Beverley. Thomas de Beverley 
obtient des lettres de pardon du 17 mars 1382. Son fils bénéficie de 
l'amnistie accordée dans le parlement réuni le 6 octobre 1382. 

Corarn ref/e, Ililar. (j Rie. II, in. 21. 

163 

" I\e\. universis et sing;ulis ballivis tam archiepiscopi Eboraccnsis 
de Beverlaco quam aliorum quorumcumque inlVa candcm villam, ac 
aliis olficiariis et ministris ibidem, salulem. 

i. Ces deux mots inintelligibles proviennent peut-être d'une erreur de 
copie. Le mouvement général de la phrase exigerait : sed contra volentes... 

2. Le la novembre 1382. Ces lettres sont aussi dans Pat. Rie. II, part. 
2, m. 26. 

3. Le iD avril 138y. 

4. « per minas et rigorem quas eidem comunitati tune imposueruiit 

et fecerunt. » 



LA RÉVOLTÉ DANS LE COMTÉ DYOUK 267 

Ad nostrum jam noviter pervenit auditum, quod quidam malefacto- 
res ville predicte, et pacis nostre perturbatores, invicem confederati et 
conspirantes, probiores et nia^ns sufficieutes burgenses eju?dem ville 
absque causa opprimerc et volunlarie pregravarc contra paceni nostram 
surrexerunt ', et, ut alii facinorum suorum fiant participes, médiocres et 
minus sufTicientes homines de comunitate ville illius adversus probio- 
res [et^magis sufTicientes burgenses predictos manu forli insurgere exci- 
tarunt, et quosdam dictorum probiorum et niayis sufTiciencium burgen- 
sium per minarum asperitatem, alios vero per corporum suorum incar- 
ceracionem et alios (sic) vias et modos irracionabiles et inauditos, ad 
se in quammagnis pecuniarum summis divisim certis personis de stando 
arbitrio sine judicio earumdem personarum oblij^andum, et literas 
obligatorias inde faciendum compulerunt, assumenles taliter super 
ipsos regiam potestatem ; unde ex parte probiorum burgensium pre- 

dictorum, et in speciali pro parte Ade Coppandale ^, burgensium 

ville predicte, nobis est bumiliter supplicatum ut, cum ipsi verisimiliter 
timeant, durante malicia predictorum malefactorum et aliorum medio- 
crium virorum ville predicte sibi adherencium, summas predictas ab 
ipsis per processum legis mercatorie et aliis quesitis coloribus, exigi, et 
ipsos taliter dispendium et jacturam intolerabilia incurrere posse, in 
depressionem tinalem status sui, velimus, premissis consideratis, pro 
ipsorum indempnitate, de benighitate regia generosius providere ; nos, 
premissa, si sic fiant, nimis horribilia repulantes, volentesque provide 
eorum supplicacioni annuere, ut est justuni, vobis et cuilibet vestrum, 
districcius quo possimus, precipimus... quod cuicumque processui 
versus burgenses ville supradicte, seu eorum aliquem, prétexta obliga- 
cionum prcdictarum, seu aliorum contractuum per ipsos a festo Pente- 
costes ultimo preterito l'actorum, exnunc faciendo, ac execucioni inde 
faciende supersedeatis, quousque, de assensu et avisamento parliamenti 
nostri in proximum tenendi, ordinatum et adjudicatum existât quid de 
jure faciendum fuerit in materia supradicta, et districcionem, si quam 
eis in corporibus vel rébus suis ea occasione feceritis intérim, relaxari 
faciatis 

Teste rege, apud Westmonasterium, xxvi* die septembris. Per peti- 
cionem de consilio. « 

Chus, a Rie. II, m. 34 d. 

1. II faudrait : ad probiores... opprimcndum et volunlarie pregravan- 
dum... surrexerunt. 

2. Suit une liste de noms d'une vingtaine de bourgeois, marcliands, 
orfèvres, bouchers, etc., qu'André Réville n"a pas copiée. 



268 APPE.NDICE II 



164 



1381, l'2 octobre, Weslminsiter. — Le roi nomme le duc de Lancaslrvî 
et d'autres personnages Keepers of the peace dans la ville de Beverley 
et la liberté de Saint-John de Beverley. Il leur donne pour mission de 
juger ceux qui ont troublé ou troubleront la paix et la sécurité des habi- 
tants et qui ont pris des livrées pour se liguer et s'aider mutuellement, 
en violation des statuts contre la livrée et la maintenance; les hôteliers, 
les ouvriers, les artisans, les serviteurs et autres qui violent les statuts 
réglementant leur travail '. 

Pa(. '6 Rie. IL pari. 1, ?n. 17 d. 

165 

J381, 20 décembre, ^^"estminster. — Les insurgés de Beverley ayant 
fait tort à Thomas de Beverley et à dautres habitants de la ville, et le 
parlement nayant pu statuer sur lalTaire, le roi accorde sa protection, 
jusqu'à Pâques, audit Thomas, sur sa demande. Lettres semblables 
pour Adam Coppendale, John Erghom, John A\'elling. Nicholas Ryse, 
^^ illiam Dudhill et John Gerveis. 

Pat. o Rie. II, part. 1, m. 3. 



166 

1382. 12 février, A\'estminster. — Une plainte a été récemment faite 
en parlement contre des gens de Beverley, qui sont allés trouver dans 

i. « Assignavimus vos.... ad inquirendum....de omnibus illis (jui, in con- 
venticulis contra pacem nostram, et in perturbacionem populi nostri, seu 
vi armata i|^Vjerint vel equilaverint, seu exnunc ire vel equitare presumpse- 
rint; et eciam de hiis qui in insidiis ad gentem nostram mahemiandum vel 
interficiendum jacuerint et exnunc jacere presumpserint ; et eciam de hiis 
qui capiciis et alia liberata de unica secta, per confederacionem et pro 
manutenencia, contra defensionem ac formam ordinacionum el stalutorum 
inde ante hoc tempera factorum. usi fuerint, et aliis hujusmodi liberata in 
poslerinn utentibus; ac eciam de hostelariis et aliis qui in abusu mensura- 
rum et pondcruni ac in veudicione victuahum, et eciam de quibuscumque 
operariis, artiticihus, servitoribus el aliis, qui, contra formam et ordina- 
cionum statutorum pro comuni utilitate regni nostri Anglie de hujusmodi 
operariis, artificibus, servitoribus, hostellariis et aliis inde factorum, deli- 
querint vel altenqjlaverint... >• 



i,A l'.Kvoi/rr: dans le comté i/york 2G9 

leurs demeures Adam Goppendale, Thomas de Beverley, \\'illiam 
Dudhill, et d'autres bourgeois de la ville, les ont menacés de les tuer 
et de détruire leurs maisons, et les ont forcés à se reconnaître par écrit 
débiteurs de sommes importantes envers Richard de Middleton, ancien 
alderman, Thomas Whyte, tuilier, et Henry de Newark, ancien 
chambrier de la ville. Richard II cite à sa chancellerie pour le 3 mars 
prochain Richard de Middleton, Henry de Newark, et Richard Bostan, 
clerc, qui garde ces reconnaissances écrites. 

Clans, li Rie U, m. 19. 

167 

1382, 18 mars, \N'estminster. — Richard II, pour mettre un ternie 
aux troubles qui désolent la ville de Beverley, mande aux bourgeois de 
se réunir le 25 avril au Gildhall pour réformer l'administration de la 
ville et punir les fauteurs de désordre. 

fUaun. '6 nie. II, )n. 14. 



168 

138'2, 18 avril, \\'estminster. — Le roi, apprenant qu'un certain 
nombre de bourgeois, usurpant un pouvoir qui ne leur appartient pas, 
veulent imposer aux gens de Beverley des taxes oppressives, leur défend 
de le faire sans l'autorisation de la chancellerie, et leur ordonne de 
surseoir à la levée de celles qu'ils auraient déjà décidées. 

Clans, o nie. II, m. \l. 



169 

1382, 27 avril, \\'estminster. — Lettres de protection pour Thomas 
de Manby , Adam Barker, Richard Aglion, et huit autres habitants de 
Beverley, qui craignent d'être maltraités ou dépouillés par certains 
de leurs concitoyens, parce qu'ils se sont plaints au roi des méfaits dont 
ils avaient été victimes. 

Pat. o Rie. U.parf. 2, ni. 17. 



270 APPENDICE II 



170 



1382, 28 mal, A\'eslminster. — Le roi mande à Thomas de Manbv, à 
Adam Coppendale, à Adam Barker, à Richard Aglion, à John ^^'elli^p•, 
à Robert d'AIdgate et à Peter de Santon, d'arrêter et de lui faire 
amener Richard Bostan , Henry de Newark, Thomas Whyte , 
tuilier, John \Miyte, tuilier, Thomas de Preston, jieaussier, Geoffrey de 
Bredon, cordonnier, et Roger de Spolïorth. 

Pat. ;j Rie. U,pnrl. 2, m. 10 d. 



171 

1382, 10 juin, ^^'eslminstcr. — Le roi mande à larchevèque d "^ ork, 
à John de Xevill et à Roger de Felthorpe, de faire promettre à tous les 
habitants de Beverley soupçonnés de vouloir se soulever, qu'ils ne 
troubleront pas la paix et ne nuiront à aucun des sujets du roi, sous 
peine d'une amende de cent marcs pour chaque délinquant. Que ceux 
qui refuseraient de prendre cet engagement soient arrêtés et traduits 
devant le conseil du roi. 

Pnt. :■> Bic. II. part. 2, m. 1 r/. 



172 

L382, 18 octobre, Westminster. — Le roi accorde son pardon aux 
habitants de Beverley. pour les troubles qui se sont produits dans cette 
ville antérieurement au 14 septembre dernier. Restitution des biens con- 
fisqués. Mais les habitants, sauf dix d'entre eux, doivent payer une 
amende collective de onze cents marcs. 

Pat. G /?/>. 11. part. 2,/»). 31. 



173 

1383, 6 mars, Westminster. — Le roi accorde pour un an sa protec- 
tion à Thomas Coppendale, de Beverley, chapelain. 

Pal. C Pic. U.parl. 2, m. 12. 



LA RÉVOLTE DANS LE COMTÉ d'yORK 271 

174 

Mémorandum [janvier, 1381]. A'ingt personnes d'York, commerçants 
ou artisans, accusées de s'être liguées contre la paix du roi \ ont été 
arrêtées et envoyées à la Tour, ont comparu le 4 janvier 1381 devant le 
conseil du roi; dans la Chambre étoilée de A\'estminster, et ont promis 
de se tenir tranquilles désormais. 

Claux. 4 Rie. II, m. 27 cl. 

175 

1381, 4 mars, ^^'cstminster. — Le roi, considérant que le désaccord 
pendant entre la h communitas » dYork et John de Gisburn, citoven 
de la dite ville, peut provoquer des troubles violents, évoque TafTaire 
et mande à l'archevêque d'York, au duc de Lancaslre et à deux autres 
personnes de fixer le jour de la citation. 

Pat. 4 nie. II, pari. 2, m. 4. 

176 

1° Mémorandum concernant la violente querelle qui a éclaté récem- 
ment à York entre la « communitas » et John de Gisburn, citoven de la 
même ville ^. Le roi a évoqué l'affaire. L'archevêque d'York, le comte 
de Northumberland et John de Nevill sont chargés de la terminer. Un 
grand nombre de témoins, convoqués par le roi, se sont engagés à 
maintenir la paix à York et dans les environs. 

2'^ 1381, 4 mai, Westminster. — Richard II annonce son interven- 
tion au maire et aux baillis d'York et leur mande de travailler pour 
leur part à assurer la paix publique. 

Clam. 4 nie. II, m. 3 (/. 

1. "... de diversis transgrossionilius, convonticulis et congregationibus 
in dicta civitale Eboraci conlra paeem domini régis, ut dicilur, factis, 
impeliti...». Parmi ces vingt personnes, tailleurs, drapiers, tisserands, 
merciers, bouchers, charpentiers etc., relevons les noms do Tliomas, fds 
de John de Santon, drapier, de John Benetson, mai-inier (shipman), et de 
William de Hornby, drapier, qui se retrouvent dans les documents suivants. 

2. « ...dissensione et discordia detestabili inler comunitatem civitatis 
Eboraci ex uaa parle et Johannem de Gisburum, civem ejusdem civitatis, 
ex altéra ». Le document ne donne pas plus de détails. 



272 APPRNDK.F. H 



177 



1381, 11 août, Ileacliiig. — Le roi, rappelant et reproduisant son man- 
dement du i mars (voy. ci-dessus, n'' 175), confie au duc de Lancastre 
et à rarchevèque d'York le soin d'oyer et terminer FaH'aire. 

Pal. 5 liic. II, pnri. i, m. 28. 



178 

Mémorandum déposé par Tarchevêque d'York entre les mains du roi' 
le 29 septembre 1381, au sujet des troubles qui ont eu lieu à York au 
commencement du mois de juillet. Ce mémorandum contient 1'' un 
mandement du roi, du \'l septembre 1381. évoquant à lui le procès 
intenté à Robert Baron, Ricbard Kcndale et Thomas de Thornlhorpe. 
— 2^ Les presenlaciones fondées sur les dépositions des témoin;; jurés, 
et rédigées par Simon Qui\ley et les autres juges désignés pour main- 
tenir la paix dans le comté d'York. Les jurés ont déclaré que, le l*""^ juil- 
let dernier, Robert Baron, mercier, Richard Kendale, et d'autres mal- 
faiteurs et perturbateurs, munis de barres de fer et d'armes diverses, 
ont menacé de mort Thomas {corr. : ^^'illiam) de Hornby, William 
{cori\ : Thomas) de Santon et d'autres, à la barrière de Bootham, près 
d'York. Puis ils sont entrés à cheval dans la ville d"^'ork et y ont formé 
une association, en s'unissant par des serments. Ils ont continué dans 
la suite à fomenter des troubles, et ils ont donné des livrées à divers 
habitants. Robert Baron et Richard Kendale ont déjà commis des 
méfaits analogues en 1376, et Richard Kendale s'est rendu coupable d'un 
assassinat en 1372. — 3*^ La citation des deux coupables devant le roi 
pour l'octave de la Saint-IIilaire. 

Corn m roijf, Mich. ;j Bic, II, m. 11. 



179 

1381, 12 octobre. — Le roi mande à Simon Quixley et à ses collègues 
qu'il évoque le procès intenté à John de Gisburn, Roger de Morton, 
John d'Eston, et William de Lewisham, épicier d'York. Suivent les 
presentaciones faites par les jurés à York. Le l"'"" juillet, les trois 
premiers accusés, munis de barres de fer et d'armes diverses, ont atta- 



LA RKVOLTK DANS LE CO.MTK d'yORK 271^ 

que à la barrière de Boothani, près d'York, \\'illiani de Hornbv, 
Thomas de Santon, Adam de Wiggenhall et d'autres, les mena- 
çant de mort s'ils voulaient s'opposer à leurs projets. Puis ils ont 
pénétré à main armée dans la ville d'York et y ont formé une associa- 
tion en se liant par des serments. Ils ont continué depuis à y répandre 
le trouble, et ils ont distribué des livrées à un certain nombre d'habi- 
tants. Ils avaient déjà commis des méfaits semblables en 1376. Les jurés 
donnent de mauvais renseignements sur la moralité des accusés : John 
de Gisburn est un faux-monnayeur et reçoit chez lui des voleurs; le 
1 I janvier l.'iSl, il est entré en armes dans la maison de ville et y a 
commis un vol de 50 livres; ^^'illiam de Lewisham a commis un 
meurtre en 1373, etc.. 

Coram rec/r, Mirh . ii Fiic. II, //(. 3ii et 33 cl. 



180 

1382, 28 janvier, \\'estminster. — Au temps de « l'insurrection dia- 
bolique des comtés de Kent et d'Essex », Simon Quixley, maire de la 
ville d'York, William Ageland, William Pounfreyt et William Gol- 
dyng, anciens baillis de la ville, ont fait saisir et emprisonner ^^'illiam 
Tykhill, Richard del See, John d'Eston, \\ illiam Belle et Roger de 
Burton, d'York, et les ont retenus captifs, avec menaces de mort, 
jusqu'à ce qu'ils aient donné des sommes considérables pour le 
trésor du Gildhall, se soient reconnus par écrit débiteurs de certains 
habitants de la ville, et enfin aient promis de ne jamais se plaindre de 
ces violences. Richard II cite Simon Quixley et ses complices à sa chan- 
cellerie pour répondre de ces faits. 

Par deux autres lettres de même date, Richard II cite à sa chancel- 
lerie, pour répondre des mêmes faits, Richard Stanton, John Thorneton, 
et John Guilay, chambrier du Gildhall d'York; — ^^'illiam Selby, 
Robert Ampelford, John Cotyngham et John Benetson. 

a/aiis. il /?/(■. II, in. 25. 

181 

1382, 17 novembre, ^^'estminster. — Le roi, du consentement de son 
parlement, pardonne aux habitants d'York les soulèvements, trahisons, 
pillages et troubles de tout genre qui se sont produits dans cette ville 

Mem. et dur. île l'Ernle des Chartes — II, 18 



â74 APPENDICE II 

avant le 14 septembre dernier, remet les amendes et les engagements 
imposés aux principaux citoyens; mais la ville doit payer une compo- 
sition de mille marcs, dont cinq cents ont déjà été versés. De plus, 
l'amnistie ne supplique pas à ceux qui ont été exceptés de toute grâce 
par les parlements de la 5*^ et de la 6*^ année du règne. 

Pat. Bic. II, part. 1, m. 6. 



lS-2 

1381, 28 juin, Ilavering-atte-Bower. — Le roi mande à ^^'arin de 
rjsle, à Aymery de Saint-Amand, à Thomas de Berkeley, à John 
Lovell, et au shériff d'York d'arrêter certains insurgés, Simon Harwe 
dit Lokynlon, Walter Oxebourgh, Thomas Dyar, Geolfrey Barbour, 
John Aston, Richard Taillour, Thomas Goldsmyth, d'Abingdon, et 
de confisquer leurs biens. 

Pat. 5 Bic. II, part. \, m. 33 J. 



SERIE E 



LA REVOf.TE DANS I.KS CilMTI.S Dl" CKMRF. ET DE I. OUEST 



1S3 

1381, IG juillet, Saint-Alban. — Le roi défend aux shériffs de l'Ox- 
fordshire et du Berkshire de laisser ou de mettre en liberté sous caution 
les insurgés qui ont été ou seront arrêtés dans ces comtés. 

Clans. 5 Hic. II, m. 38 d. 

I8i 

138'2, 8 juillet, ^^'estminster. — ■ Nomination de Keepers of Ihe pence 
pour le comté d'Oxford. Commission semblable à celles données le 
8 mars et le 14 décembre précédents pour divers comtés '. 

Paf.a Bic.U, part. 1, m. 32 d. 

185 

« Rex, universis et singulis tenentibus de manerio suo de Langele 
Marreys tam liberis quam nativis, salutem. 

Precipimus vobiset cuilibet vestrum, districcius quo poterimus injun- 
gentes, quod opéra, consuetudines et servicia, que vos nobis facere 
debetis et ante turbacionem in regno nostro jam detestabiliter exortam 
facere consuevistis, absque contradiccione, murmure, resistencia seu 
difîîcultate faciatis aliquali, prout antea solebatis, vobis insuper inhi- 
bendo ne vos opei^a, consuetudines et servicia predicta istis turbacio- 
num temporibus magis solito retrahatis, seu nobis facere uUo colore 
retardetis, nec aliqua alia libertates sive privilégia exigatis, vendicetis 
sive clametis quam ante turbacionem predictam racionabiliter habuistis, 
quandam cartam nostram de manumissionibus et certis pardonacioni- 
bus vobis factam nobis et consilio nostro sine dilacione restituenles 

t. Voy. plus loin, n"* 213 et 214. 



27<i APPENDICE II 

et mittentes cancellandam ; et hoc, sub fide et ligeancia quihus nobis 
teneniini et sub forisfactura vite et membrorum et omnium aliorum que 
nobis forisfacere poteritis, nullatenus omittatis. 

Teste rege apud Berkhanistede, xxii* die julii. Per ipsum regeni. » 

Claus. o Rir. II, jn. 42. 

18f) 

1.388, S février, \\'estminster. — Le roi, sur la demande de la reine, 
pardonne à John Colles, du comté de Buckingham, la part prise par 
lui à l'insurrection, bien qu'il n'ait pas réclamé ses lettres de pardon 
dans les délais tixés parles termes de l'amnistie. 

Pat. 6 Hic. U,part. 2, m. 19. 

187 

Comté de Bedford. — ShelFord, 1381, 29 juillet. — Biens confisqués 
sur John Barbour, de Luton, <■ l'ugitivus pro insurreccione ». Valeur de 
ses biens meubles : 8 s. 9 d. 

Robert Whitebrach, de Luton, tisserand, en fuite pour la même 
cause. Biens meubles : "2 s. 

Richard Thresshe, de Luton, en fuite pour la même cause. Biens 
meubles : 1 s. 7 d. 

John Preston, de Luton, tailleur, en fuite pour la même cause. Biens 
meubles : 1 s. 8 d. 

William Colger, de Luton, en fuite pour la même cause. Biens 
meubles : 12 d. 

Eschealors'inqiiisitions , Bedford nnd Biic/îs, 4-5 Hic. II, Thomas 
Heynre esc h., m. 1 . 

188 

Enquête faite à Northampton le 8 juillet 1382. « \Mllelmus 

.\apton, de Northamptonia, tolo tempore deteslabilis perturbacionis 
nuper l'acte per diversos homines insurgentes contra pacem domini 
régis et contra ligeanciam suaminfra regnum Anglie, fuit comunis pro- 
curator et excitator plurium hominum de comunitate ville Northamp- 
tonie, verbo, arte et ingenio, ad faciendum ipsos hostiliter insurgera 
contra majorem ville Northamptonie qui tune fuit, et aliosprobos etlega- 



COMTÉS Dl" CENTRE ET DE l'oLEST . 277 

les honiines dicte ville Nortlianiptonie, et contra pacem domini régis, 
ac postea fuit et adhuc est liujusmodi iniqu[u]s excilator in quantum 

potest » 

Corani re<je, Mich. 6 Hic. II, m. 30. 

189 

1383, 2 février, Westminster. — Le roi rappelle la teneur de l'am- 
nistie qu'il a accordée ', et, sur la demande de Thomas David de Braun- 
ston, chapelain du comté de SufFolk, connu aussi sous le nom de 
Thomas de Braunston, chapelain du comté de Nortliampton, il spécifie 
que ledit Thomas doit jouir du bénéfice de celle amnislie. 

Pal. liic. II, imrl. 2, m. 18. 

190 

1381, 14 décembre, Westminster. — Le roi, en considération de la 
révolte qui a troublé récemment son royaume, charge le comte de War- 
wick et plusieurs autres personnes de maintenir la paix dans le War- 
wickslîire, 

Exchequer, Treasury of tlie lieceipl, Miscellaneous liooks., B f «" 13. 
1. Voy. Rymer {Reconl Commission , IV, lo(j. 



SERIE F 



LA HE\()LTE DANS LES COMTES DU SUD ET DU SUD-OUEST 



101 

Renseignements sur les rebelles de Winchester : 

Biens confisqués sur John Fisshe, décapité à Winchester à la suite 
de la rébellion. Biens meubles, valeur : 5 1. "2 d. 

John Hosiar, de ^^'inchester, en iuite. Biens meubles, valeur : '2 1. 
13 s. 4d. 

Thomas Fauconer, en fuite. Biens meubles : 1 I s. i d. 

Thomas Bishop. décapité. Biens meubles : 17 s. 

A\'illiam Moreyne, accusé. Biens meubles : 18 s. 4 d. de lil de laine. 

AN'illiam Moreyne, de ^^'inchester, en luilc. Biens meubles : l'i 1. 
4 s. 

^^'illiam ^^'i^ye, de Winchester, en fuite. Une créance de '21 s. 

AN'illiam A\'i;.,'ge, de \\'inchester, en fuite. Biens meubles (couvertures, 
laine, etc.) : 4 1. 14 s. 10 d. 

A\'illiam \\'igge, de Winchester, en fuite, et Walter Brugger, déca- 
pité. Draps appartenant aux deux rebelles : 81 1. 13 s. 4 d. 

\\'illiam [corr. : \\'aUer?; Brugger, décapité à ^^'inchesler. Biens 
meubles : 3 1. 9 s. 4 d. 

GeoiTrey Talbot, décapité à "^^^inchester. Biens meubles : 6 s. 8 d. 
Une tenure sans valeur. 

James Maundevill, décapité à Winchester. Biens meubles : 13 s. 6 d. 

Henry Clerk, en fuite. Biens meubles (beaucoup de sacs de laine) : 
4 1. 5 s. 2 d. 

Jordan Fuller. de ^^'inchester, en fuite. Deux bœufs : 13 s. 4 d. 

John Bycombe, de Winchester, en fuite. Biens meubles : 12 s. 4 d. 

William Tailour, serviteur de Simon Tailour, de "\^'incheste^, déca- 
pité. Biens meubles : 4 s. 6 d. 

Ralph Smvth, de Winchester, en fuite. \'aleur de sa boutique : 26 s. 
8d. 

John Wayteskathe, décapité. Biens meubles : 16 s. 6 d. 



COMTÉS DU SUD ET DU SUD-OUEST 279 

Richard Correour, en luilc. Un bois : 6 cl '. 
Richard Bagge, en fuite. Biens meubles : 4 s. 4 d. 
Robert Dumere, en fuite. Biens meubles : 9 s. 6 d. 
Henry Skinnere, en fuite. Biens meubles (entre autres 6 douzaines 
de peaux d'agneau) : 4 s. i d. 

John Dygliere, dit Gardiner, en fuite. Biens meubles : 13 s. 11 d. 
^^'illianl Tiptot, en fuite. Biens meubles : 13 s. 
Thomas Horn, en fuite. Biens meubles : 5 s. 

EschealorA accounis, Sonllininpton nnd Wills, t-'.'> Rie. II, Thomas de 
Il lésion esc h. 

19-2 

« Rex dilecto et lideli suo Roberto Tresilian, capitali justieiario suo, 
salutem. 

Constat nobis quod, tercio decimo die Ifebruarii ultimo preterito, 
parliamento nostro apud Westmonasterium in crastino Animarum, anno 
regni nostri quinto, inchoato tune durante, dilecti et lideles nostri 
Johannes de Monleacuto, Johannes Sandes, Johaunes \\'ortyng', mili- 
tes, nomen Willelmi Wygge, cui prius prodiciones, felonias et alla 
malefacta per ipsum in insurreccione inregno nostro nnper habita per- 
petrata, per literas nostras patentes pardonavimus, prout per easdem 
literas plenius poterit apparere in quadam cedula in cancellaria nostra 
résidente, inter nomina aliarum personarum ab omni gracia in parlia- 
mento predicto per nos aliis facta excipiendarum liberarunt, et quod 
nomen ipsius Willelmi, ut ipse ab hujusmodi gracia exciperetur, ante 
dictum tercium docimum diem ffebruarii in cancellariam nostram pre- 
dictam non extitit liberatum ; et hoc vobis tenore presencium significa- 
mus, ut ad allocacionem literarum nostrarum prefato Willelmo, ut pre- 
mittitur, confectarum, procedere valeatis. 

Teste rege, apud Westmonasterium, vi*^ die ifebruarii. Istud brève 
concessum est de assensu jusliciarii. » 

Clans. (■) nie. II, pari. 2, m. 18. 

193 

Henri Clerk et William Morewe (corr. : Moreyne ?), de Winchester, 
exclus de l'amnistie, se présentent le 7 juillet 1386 et demandent le 
jury. Le jury les acquitte le 22 avril 1387. 

Corani rege, Trin. 9 Rie. II, m. 13. 

1. "... de precio cujusdam bosci : 6 d. » 



2iS() ai'PE.mjicl: ii 



194 



Thomas Fauconer, de Winchester, alias Thomas Pahner. du comté 
de Surrey, exclu de l'amnistie, comparaît le 18 octobre 1386, demande 
le jury, et est mis en liberté sous caution. L'allaire traîne en longueur 
jusqu'en 1398. Le "J7 juin 1398, il apporte des lettres de pardon du 
•28 mai 1398, lui remettant toutes les fautes qu'il a pu commettre 
avant le 31 janvier de cette année, saut" s'il a commis un crime de droit 
commun ou comploté la mort du roi. Il est renvoyé sine die. 

C.uruin fe(je, Mirh. [0 Rie. Il, //(. 8. 

1381. 10 août. Reading. — Le roi ordonne d'arrêter un certain 
David Calvyle, clerc, qui, privé de la prébende dont il s'était emparé, 
sous prétexte de provision pontificale', dans l'église de Notre-Dame 
de Salisbury, et mis en prison à la Maréchaussée par ordre du roi, s'est 
évadé, et, à la tète dune bande d'insurgés, a repris par la force ladite pré- 
bende, après en avoir dépouillé \\'illiam Salisbury, clerc, qui en était 
le légitime possesseur-. 

Pal. 5 lUc. 11, paiL i, m. iJi d. 

196 

1384, 7 mai, Salisbury. — Malgré les dispositions prises en son 
parlement le 18 janvier 1382, Richard II, à la requête de la reine, 
accorde son pardon à John Haukewode, de Salisbury. qui a pris part à 
la révolte-^, 

Paf. 1 Rie. 11, par/. 2, m. J2. 

1. " ... colore cujusdam provisionis sibi per sedeni apostolicam nuper 
fade >'. 

2. " Aggregatis sibi quampluribus proditoribus et inimicis nostris, ex 

illis videlicet qui surrexerunt contra nos et coronam nostram in diversis 
partibus regni nostri Anglie, prefatum Willelmum a prebenda sua predicta 
per hujusmodi annatam potenciam expulit, et se in eadem intrusit, in 
nostri contem[)tum et prejudicium et ipsius Willelmi dampnum gravissi- 
mum... » 

3. Ce même John Haukewode est signalé dans un document de quelques 
semaines antérieur à celui que nous venons d'analyser, comme ayant pris 



COMTES m SLD Kl DL SLD-lUKST 



197 



281 



1381, '2i uoùt, Eltham. — Ordre de rechercher quels sont les 
rebelles qui ont pris au château royal de Mère, en A\'iltshire, des mer- 
rains, des pierres, du plomb, des tuiles, du Ter et autres objets. 

Pal. o liic. II, pari. 1, m. 27 cl. 



198 

u Rex, dilectis et lidelibus suis Thome West et Johanui de Roches, et 
sociis suis, ad quosdam l'ebelles qui nuper contra pacem noslram et in 
turbacionem populi nostri insurrexerunt in coniitatibus Suthaniptonie 
et ^^'illesire, castigandum et puniendum assignalis. salutem. 

Quia datuni est nobis intelligi quod, licet quidam ligei nostri, de 
insurreccione predicta notorie reltati et inde corani vobisindictati^ (et) in 
hujusmodi casu irreplegiabiles existant, vos tamen quamplures hujus- 
modi indictatos et de insurreccione predicta notorie rettatos per manu- 
capcionem vel ballium extra prisonam dimiseritis, contra olhcii vestri 

part à un soulèvement, durant le mois de septembre 1380 (lundi avant la 
Nativité de la Vierge, 4" année de Richard IIl, à Salisbury, à P'isherton- 
Anger et en d'autres endroits du Wiltshire : k Venit cum gladiis, sentis, 
arcubus et sagiltis, cum comuniJjus predicle Nove Sarum, et cum ipsis 
fuit concenciens, agens et negans statuta domini régis et jura sua, ubique 
contra dominum regem insurgens, et perturbatoribus pacis domini régis 

consulens et auxilians ad dictam insurreccionem i'aciendum; idem 

Johannes est comunis insurgens contra dominum regem et ministros suos, 
proclamando in foro civitatis Xove Sarum et alibi infra comitatum Wiltesire 
ac manifeste minando quod, si aliquis de ligeis domini régis sibi contra- 
dixerit.vel voluntatem suam negaverit, decapitaretur. » John Haukewode 
demande le jury et est acquitté. (Coram rege, Easl. 7 Rie. II, m. 13). Nous 
inclinons à croire que la date assignée à ces faits est fausse, et qu'ils ont eu 
lieu un an plus tard, en septembre 1.381. Toutefois Ion ne peut rien affir- 
mer, d'autant que par des lettres patentes du 20 mars 1381 il est avéré que 
des désordres avaient eu lieu à Salisbury avant la grande rébellion ; une 
bande de gens du peuple, qui ne possédaient de terres ni dans cette ville ni 
autre part (f... terras seu tenementa aliqua in villa predicta vel alibi non 
habentibus... »), avaient, peu de temps avant l'envoi de ces lettres patentes, 
pénétré de nuit à Salisbury, détruit les nouvelles fortifications, attaqué et 
blessé les bourgeois, empêché l'élection des baillis et conuiiis pendant plu- 
sieurs jours toutes sortes do niéfaits. (Pal. 4 Ixic. U,parl. 2, m. 1 1 J, 10 cl.K 



282 APPENDICE II 

debiluni et rormam conimissionis nostre vobis in hac parte facto ; vobis 
il^ilur districciu? quo poterimus injunuimu? et mandamus quod, 
omni dilacioiie et excusacione postposila, omnes hujusmodi indictatoset 
rettatos capi et in prisoiia vestra, absque manucapcione, quousque 
inde deliberentur, secundum formam commissionis nostre predicte. 
salvo custodiri faciatis. et ulterius ad eorum deliberacionem ac puni- 
cionem et castig^acionem cum onini diligentia et festinacione quibus 
poteritis, secundum lormam dicte commissionis. procedatis, et hoc sub 
gravi forisfactura nullatenus omittatis. 

Teste rege apud Londonias. x'' die juHi. Per ipsum regem. » 

Claus. 5 ftic. II, m. 42. 

199 

1381, 16 juillet. Saint-Alban. — Richard II charge John Montagu et 
dix autres personnes dorganiser la résistance à linsurrection dans les 
comtés de Southampton et de Wilts. Tous les chevaliers et écuyers des 
deux comtés devront se tenir prêts à marcher en armes, en cas d'alerte. 

Pal. o Rie. U,part. 1, m. 31 d. 



•200 

« De aliquibus escaetis. lîorisfacturis seu aliquibus aliis in predicto 
comitatu ^^'iltesire régi perliuentibus, racione insurexionis rebellium 
régis ibidem, non r[espondit , eo quod nulli hujusmodi rebelles per 
tempus hujus compoti extiterunt, ut idem escaetor dicit super sacramen- 
tum suum. » 

Escheators'accounis, Southampton and Wilts, 4-"o Rie. II, T/ioinas de 
Illeslon esch. 

■201 

1381, 10 août, Reading. — Le roi mande au maire et aux shcrilTs de 
I^ondres et aux shérifls de Middlesex et de Somerset d'arrêter Xicholas 
Frompton, chapelain, John Blake, écrivain, et Thomas Engilby, de 
Bridgewater, cités à comparaître devant Peter de Gourtenay et ses col- 
lègues, qui sont chargés de juger les rebelles dans le comté de 
Somerset. 

/-',•(/. :; Rir. II. part. 1, m. 31 '/. 



LO.MTÉS DU SLD ET DU SUD-OUEST 283 



•20-2 

Somerset. — Xorth-Petherton, l.'}81, 18 septembre. — Biens con- 
fisqués sur Thomas Engilby, de BridgeAvater, en fuite, jugé le 16 juillet 
par Peter de Courtenay et ses collègues, chargés de réprimer l'insurrec- 
tion et d'assurer la paix dans le comté : une charmée de terre rappor- 
tant aonuellement 40 s. ' ; 50 s. de blés, de foins, et de porcs. 

« Dedecly ». 1381, 6 septembre. Biens confisqués sur John Palude, de 
Hinton, en fuite, jugé le 16 juillet comme Thomas Engilby : 10 1. 

Escheafors' inquisilions, Somerset and Dorsef, 'J-o Bic. II, Will. Style esch,, 
m. 13, 16, 19. 

•203 

" Rex omnibus ballivis et fidelibus suis ad quos présentes litière per- 
venerint, salutem. 

Sciatis quod, cum Thomas Engilby iiidictatus sit, ut accepimus, de 
eo quod ipse, simul cum Adam Brugge et aliis, die mercurii proximo 
ante festum sancti Johannis Baptiste, anno regni nostri quarto -, ad 
domum Hospitalis Sancti Johannis de Bruggewater prodiciose cum 
vexillis nostris extensis accessit, et domum predictam fregit, et \S\\- 
lelmo Cammel -^ magistro Hospitalis predicti, et conventui ejusdem 
loci de incendio domorum suarum necnon de mulilacione membrorum 
suorum minas imposuit, et j)redictum magisfrum cepit, et in custodia 
sua detinuit, quousque quedam scripta obligatoria, inter homines de 
Bruggewater et predictum magistrum super certis condicionibus facta, 
eidem Thome deliberavit, et quousque idem magister relaxasset omnia 
jura et proficua sua rectori ecclesie de Bruggewater predicte, Nicholao 
Ffrompton, exceptis bladis in garba existentibus et feno de decimis 
dicte ecclesie ; et quousque idem magister linem fecerat cum eisdem, pro 
deliberacione sua et vita sua et conventus sui salvanda, pro ducentis 
marcis ; ac eciam domus Johannis Sydenham de Bruggewater, apud 
Sydenham, et bona et catalla dicti Johannis in eisdem inventa, ad 
valenciam centum librarum, ad tcrram prosternebat et detraclabat, ac 

1. « Dicunt quod habuit unam carucatam terre in Northpederton, que 
valet per annuiu xl s., quam per scriptum suum dédit et concessit Johanni 
filio suo tenendam ad totam vitam ipsius Thome ; sed idem Thomas, non 
obstante donacione predicta, semper occupavit dictam terram. » 

2. Le 19 juin 1381. 

3. Gammel, dans Coram rege. 



284 APPENDlCb; II 

eciam domum ' ipsius Johaiinis Sydenhani. ubi commoralus luil, in 
eadem villa accessit el ibidem quedam scripla et munimenla heredita- 
lem suam taiigencia, neciiou rolulos curie Jacobi Daudelegh, militis, et 
Johannis Cole, in custodia predicli Johannis Sydenham existencia, 
prodiciose cepit et combussit, et sigilla eisdem munimentis annexa 
dilaceravit et detractavit ; ac eciam, eisdem die et anno, unum tene- 
mentum Thome DulTeld in eadem villa, precii viyinti librarum, prodi- 
ciose prosternebat et combussit ; ac eciam, dictis die et anno, ad 
domum Walteri Baron, apud Estchilton. accessit, et domum dicli 
Walteri, ad valenciam centum solidorum. necnon alia bona et catalla. 
ut in bladis et aliis bonis, ad valenciam decem librarum, combussit, et 
prediclum ^^'alterum ibidem prodiciose decapitari fecit ; ac eciam die 
veneris proxime sequente tune, apud Ivelchestre accessit, et eundo ad 
villam predictam, Johannem Bursy in domo sua apud Longesutton 
existentem, contra voluntatem suam cum eo ire fecit et gaolam nos- 
tram prodiciose fregit, et Hugonem Lavenham, de felonia indictatum, 
in eadem gaola existentem cepit, et ipsum Hugonem, in despectum nos- 
tri et corone nostre, prodiciose per Johannem Bursy contra voluntatem 
ipsius Johannis decapitari fecit, et capud predicti Hugonis per Johan- 
nem Bursy, super quandam lanceam, apud Brugi^CAvater portari fecit, 
et capud predictum insimul cum capite predicti ^^'alleri Baron, super 
ponteni ville de Bruggewater, in despectum nostri et corone nosti'e, 
super lanceas posuit ; nos, de gracia nostra speciali, racione presenlis 
festi Pasche et sub condicione quod predictus Thomas se geret exnunc 
bene et pacifiée erga nos et populum nostrum, pardonavimus eidem 
Thome sectam pacis nostre que ad nos pertinet pro omnimodis prodi- 
cionibus, transgressionibus et foloniis supradiclis. ac aliis per ipsum, in 
insurreccionibus certarum comunitatum regni nostri Anglie contra nos 
etcoronam nostram factis, qualitercumque perpetratis, unde indictatus, 
rectalus vel occasionatus existit, ac eciam utlagarias, si que in ipsum 
hiis occasionibus fuerint promulgate. et firmam pacem nostram ei inde 
concedimus, eo non obstante quod in di\ersis parliamentis nostris tan- 
((uani unus de principalibus iiisurrecloribus ab omni gracia cxceptus 
fuit-.. 

In cujus, elc. Tcsle vc'j:;^ a|)ucl \\'cslni(iuasleriuni. xvni" die marcii. 
Per brève de pri\ alo sigillo. » 

F;it. 6 Bic. \ï,ijai'(. 3. m. 12. — Coram rec/e, Hilar. 10 Hic. II./». 12. 

I. ad domum, dans dorani re</e. 

i. Suit la rormule de la réserve des droits de la partie civile, comme ci- 
dessous dans le n'^ 2ib. 



COMTÉS DU SUD ET DÛ SUD-OUEST 28o 



•20i 

1386. 15 avril, EUham. — Le roi accorde sa o^râce à Richard Bercorn, 
de Bridgewater, pour les elFractions de prison et autres méfaits qu'il a 
commis avant le 1" novembre 1381. 

Pnl. Bic. U.pnrf. 2, m. 19. 

•20j 

1382, 30 octobre, Westminster. — Le roi prend sous sa protection Mar- 
garet, comtesse de Devonshire, ses hommes et ses biens, et ordonne 
aux tenanciers, libres ou serfs, de ladite dame, de lui fournir les mêmes 
coutumes et services qu'avant l'insurrection '. * 

P.if. Rie. Il, part. I, //(. 10. 

200 

1.382, 18 février, \\'eslminster. — Le roi charge ^^'illiam Ayslhorp, 
^^'illiam Boneville, James Chuddelegh et John ChirchehuU de réprimer 
les troubles et les délits qui se produisent, plus fréquents que de cou- 
tume, dans les comtés de Somerset, Dorset, Devon et Cornouailles : 
« Gum diversa homicidia, latrocinia, roberie et insurrecciones per con- 
venticula et congregaciones illicita, in comitatibus Somersete, Dorse- 
tanie, Devonie et Gornubie jani noviter magis solito facta sint et perpe- 
trata, ac fîeri et continuari est timendum in hac parte, nisi de remedio 
celerius provideatur, ut accepimus, ipsique malefactores, statim post 
perpetracionem hujusmodi feloniarum in uno comitatu factarum, ab 
eodem in alium comitatum, ut sic punicionem quam meruerint in hac 
parte evadere possint, diil'ugiunt, latitant et discurrunt... » 

Pat. Rie. II, parf. 2. m. 2i d. 

1. Mêmes formules, miilalls iniilandis, que- dans la leUro du roi à ses 
tenanciers do Lanf;lov-Marisli ci-dessus, n" 185'. 



SERIE G 



MESURES GENERALES PRISES PAR l.E G( U\ ERNEMENT A F. OCCASION 
DE LA RÉVOLTE 



207 

1381, 23 juin. A\'altham. — Richard II rappelle les crimes commis 
pendant la récente insurrection. Les coupables ont aflirmé qu'ils agis- 
saient sur son ordre. Il déclare que loin d"apj^'Ouver leur conduite, il 
l'a jugée très préjudiciable à la couronne, et il prescrit de faire con- 
naître ses véritables sentiments dans une proclamation. Il ordonne éga- 
lement de résister par la force, s'il le faut, aux rebelles, de les arrêter 
et de les punir ^. 

Lettres de même teneur. en\oyées : 
de W'altham. le 2.'^ juin, aux municipalités de : 

Kingston-upon-HuU, 

Beverley, 

Scarborough. 

Bridgewater, 

Xewcastle-upon-Tyne ; 
aux shérilTs des comtés de : 

York. 

Northumberland, 

Cumberland, 

^^'estmoreland, 

Norfolk ; 
à différentes personnes des comtés de : 

York. 

Kent. 

Iluntingdon ; 

1. Ces lettres, adressées à la municipalité crYork, sont éditées dans 
Rvmer (Rcc. Commission}, IV, 12a. On ne trouve pas dans ce recueil la liste 
que nous publions ensuite, et qui ne manque pas d'intérêt. 



MESURES GÉNÉRALES 287 

de Waltham, le '2i juin, aux villes de : 

« Rathon, » 

Bristol, 

Oxford ; 
à diverses personnes des comtés de : 

Gornouailles, 

De von, 

Somerset, 

Dorset, 

F Jncoln ; 
de Ghelmsford, le 3 juillet^ à diverses personnes des comtés de : 

Leicester, 

Northumberland. 
de Ghelmsford, le 5 juillet, à diverses personnes des comtés de : 

Nottingham et Derby, 

Warwick, 

Oxford : 
de Ghelmsford, le 6 juillet, à diverses personnes des comtés de : 

Southampton et Wilts ; 
de Havering--atte-Bower,le7 juillet, à diverses personnes des comtés de : 

Oxford, 

Gloucester, 

Hereford, 

Wilts ; 
de Londres, le 9 juillet', à diverses personnes des comtés de : 

Surrey et Sussex. 

Pat. 5 Rie. II, pai-1. 1, m. 33 d. 

'2 08 

1381, 10 juillet, Londres. — Lettres de teneur analogue adressées à 
diverses personnes des comtés de : 

Norfolk et Gambridge, 
Huntingdon et Gambridge. 
Middlesex. 

Pat. Rie. II, part. 1, m. :t 4 '/. 



28<S APPENDICE II 



•209 



Même date. — Lettres de teneur analog^ue adressées au shérifl'dYnrk, 
au comte de Xorthumberland et à d'autres personnes, pour la ville de 
Scarboroup;^h et les environs. 

Pnl. :; Bic. U, pari. 1, m. :1I f/. 

■210 

1.3S1. .30 juin, Havering-atte-Bower. — Ordre à William Bardolf et 
à d'autres de taire proclamer dans le comté de Lincoln que les tenan- 
ciers sont astreints aux mêmes devoirs et aux mêmes charges qu'avant 
la révolte '. 

Lettres de même teneur, aux constables de East-Ham et de ^^'est- 
Ham, de Levton. de Billericay et d'Ilford. pour l'abbé de Stratford 
( même date). 

Aux shérilîs d'Essex, de Norfolk et de Sutï'olk, et à diverses autres 
personnes, pour la comtesse de Norfolk Ghelmsford. 1 juillet^ 

Au shérifT de Sussex et à d'autres personnes, pour le comte d'Arun- 
del (Ghelmsford, 2 juillet). 

Au shéritf de Huntiiigdon et à d'autres personnes, pour l'abbé de 
Ramsey fmème date]. 

Au shériff de Huntingdon et a d'autres personnes, pour l'abbé de 
Thorney (Ghelmsford, i juillet . 

Au shérilfde Northamplon même date . 

A divei-ses personnes du comté de Gambridge, pour le prieur de 
Barnwell (Havering-atte-Bower, 7 juillet. 

Aux shériffs de Norfolk, de SufTolk et de llcreford, et à diverses per- 
sonnes, pour labbé de Ramsey (Londres, 9 juillet . 

A diverses personnes, pour l'abbé de Saint-Alban (Saint-Alban, 
15 juillet). 

Au shériff de Norfolk et à diverses personnes, pour le prieur de 
Wymondham même date . 

Au shériir du Kent et à diverses personnes, pour la prieure et le 
couvent de Dartford, dans les comtés de Kent, de ^^'ilts et de Surrey. 
(^^'estminster, 5 octobre). 

fUmis. M Bic. II, m. i2 d. 

i. Acte publié dans Rymer, IV, 126, et (jiie nous analysons ici à cause de 
la liste inédite dont il est suivi. Cette liste indique, en ctTet, la plupart du 



MESURES GÉNÉRALES 289 

•211 

138 J, 5 septembre, Eltliam. — Le roi mande aux Keepers of the 
peace et aux juges nommés dans le Kent d'envoyer à sa chancellerie 
toutes les pièces relatives aux procès des rebelles, de surseoir aux juge- 
ments jusqu'à nouvel ordi'e, et de garder les accusés en prison. 

Mêmes lettres adressées de Leeds, le 30 août, aux Keepers of the peace 
et aux juges des comtés suivants : 

Essex Berks, Southampton, 

Hertford, Oxford, Sulïblk, 

Surrey, Buckingham, Norfolk, 

Sussex, Bediord, Cambridge, 

Middlesex, Xorthampton, Huntingdon, 

Londres, Gloucester, Lincoln. 

Wilts, 



Chus, a Rie. II, m. 40. 



21-2 



1381, 9 décembre. A\'estminster. — Richard II, pour répondre à une 
pétition présentée à son conseil en parlement, révoque les Keepers of 
the peace et les juges désignés pour siéger dans les villes de Ripon et 
Beverley, d'York, de Kingston-upon-Hull, de Lincoln, de Xorwich, de 
Yarmouth, de Cambridge, d'Oxford, de Coventry et de Hereford. 

Claus. D Rie. II, m. 23 d. 

213 

1381, 14 décembre, ^^'estminster. — Le roi, après avoir rappelé les 
rébellions, les meurtres, et autres maux intolérables et inouïs qui ont 
désolé son royaume, déclare que, sur l'avis et le consentement du par- 
lement présentement tenu, il a résolu de prendre des mesures efficaces 
pour empêcher toute nouvelle révolte'. En conséquence, il nomme 

temps, les noms des propriétaires qui s'étaient plaints auprès du roi de la 
conduite de leurs tenanciers. 

1. « Sciatis quod, cum quamplures malefactores in diversis congregacio- 
nibus et conventiculis in diversis partibus regni nostri Anglie proditorie et 
quasi hostiliter insurgentes, diversa prodiciones, liomicidia ... et alla mala 
intclerabilia, inaudita, tam nobis quam Odclibus subditis nostris liorribili- 

Mém. cl doc. de l'Ecole des Charles. — II. 19 



290 



APPENDICE II 



l'abbé de Sainl-Auguslin de Canlerburv, Robert d'Ashton, «gardien du 
château de Douvres, Robert Bealknap, et plusieurs autres personnes, 
Keepers of the peace dans le comté de Kent. Il les charge darrèter et 
de tenir en étroite prison tous ceux qui troubleraient la paix ou exci- 
teraient le peuple à se soulever: d'empêcher par la force les réunions 
et les ligues illicites, et de réunir au besoin les chevaliers, les écuyers 
et les autres hal)itants du comté, pour marcher contre les rebelles. 

Par lettres de même date et de même teneur sont nommés des 
Keepers of the peace dans les comtés suivants* : 

Middiesex, Sussex, 

Rutland, Winchester, 

Derby, W'arwick, 

Devon, Leicester, 

Cumberlarid, Xorthumberland, 

Norfolk, Huntingdon, 

rSorthampton, Somerset, 

Oxford, AVilts, 

Southampton, Surrey, 

Cambridge, Nottingham 

Buckingham, Cornouailles, 

Bedford. Salop, 

Westmorehind, Berks, 

SufTolk, Hereford, 

Dorset, Lincohi, 

Ilcrtford, York. 

P,'if. 4 nie. II, part. 1, m. 4 J., 3 d. 



ter fecerlnt et periietraverint, nos, de avisamento ei consensii procerum et 
magnatuiii in presenti ])arIiamento noljis assistencium, volentes, pro 
quiète populi nostri stabilienda et firmanda, ac pro consimilibus insurrec- 
cionibus, dampnis et prejudiciis evitandis, ut tenemur, salubriler pro- 
videre... » Cf. Bot. Pari., ÏU, lOo, n° 41. 

1. « Eodem modo assignantur subcripti in comitatibus subscriptis, sub 
eadeni data : ... » Nous n'avons pas jugé utile de transcrire ces listes de 
Keepers of the peace; la seule remarque importante qu'elles suggèrent, est 
que le duc de Lancastre fut désigné pour remplir cette charge dans 
huit comtés (Derby, Cumberland, Westmoreland, Ilertford, Leicester, 
Northunibcrland, Lincohi et York). 



MESURES GÉNÉRALES 291 



•214 

1382, 8 mars, \\'estminster. — Nomination de Keepers of fhe peace 
dans divers comtés'. Commission presque exactement semblable à 
celle du 14 décembre 1381 ^. 

Put. Rie. 11, pari. 2, m. 22 fl., 21 d., 20 J. 

215 

1382, 21 décembre, \\'esminster. — Nomination de Keepers of the 
peace dans divers comtés^, pour empêcher tout soulèvement et pour 
oyer et terminer les procès des insurgés. Même commission que dans 
les actes du 8 mars 1382. 

Pnt. (■) Bic. II. part. 2, m. 30 r/., 29 d.. 28 (/. 

216 

« Rex dilecto sibi Johanni llede, escaetori suo in comitatibus Nor- 
ffolchie et Sulîolchie, salutem. 

Volentes certis de causis certiorari super quibuscumque forisfactu- 
ris et escaelis tam terrarum el tenemenlorum quam bonorum et catal- 
lorum, in comitatibus prediclis nobis pertinencium, occasione insur- 
reccionis diversorum liyeorum et subdilorum noslrorum nuper contra 
ligeanciam suam fade, et que et cujusmodi fuerint, et de vero annuo 
valore terrarum et tenementorum predictorum, ac de precio seu valore 
bonorum et catallorum eorumdem, necnon ex qua causa et qualiter et 
quo tempore acciderunt, tibi precipimus quod nos inde in cancellaria 
nostra citra quindenam Pasche proxime fulure sub sigillo tuo distincte 
et aperte reddas certiores, hoc brève nobis remittens. 

Teste rege, apud \\'estmonasterium, xn° die marcii. » 

1. Même liste de comtés que dans le document précédent, sauf que les 
comtés d'E^ssex, de Gloucester et de StafTord figurent dans la liste du 
8 mars 1382, et (ju'en revanche ceux de Sussex, de Warwick et de Cor- 
nouailles n'y sont pas inscrits. 

2. La seule diiTérence importante est que les Keepers of Ihe peace nom- 
més le 8 mars 1382 ont de plus la mission de juger les insurgés (clause de 
audiendis et terminandis). 

3. La liste des comtés est la même que dans l'acte du 8 mars, sauf que 
dans l'acte du 21 décembre figurent les comtés dExeter, de Warwick, de 
Cornouailles et de Sussex, et manque le comté d'Oxford. 



292 APPENDICE H 

Mêmes lettres aux échoiteurs des comtés d" Essex et de Hertford, 

de Kent et de Middlesex, 
de Surrey el de Sussex, 
de Cambridge et de Hun- 
tinirdon. 



Clau>t. 5 Rie. II, //(. 15. 



217 



Type de lettres royales ordonnant l'inspection et la mise en vente 
des biens confisqués sur les rebelles : 

« Rex dilectis sibi Henrico EngHssh, vicecomiti Cantebrig-gie et 
Huutingdonie, Simoni de Burgh et Roberto ïulmere, salutem. 

Sciatis quod assig-navimus vos et duos vestrum ad super\idendiim 
omnes et singulas forisfacturas terrarum et tenemciitorum ac bonorum 
et catallorum quorumcumque rebeîlium nostrorum de comitatibus 
prediclis, qui contra ligeanciam suam furiose insurrexerunt, el que, et 
cujusmodi terre, tenementa, iiona el catalla illa, et ubi, cujus valoris, 
et in quorum manibus sive custodia existant, et ad nos inde in cancel- 
laria nostra sub sigillis vestris vel duorum vestrum distincte et apte 
certifîcandum ; ac eciam ad proclamandum publiée in eisdem comitati- 
bus, ubi necesse fuerit, quod omnes et singuli qui dicta terras et tene- 
menta ad firmam capere et habere, vel bona et catalla predicta nobis sic 
forisfacta emere voluerint, pênes Thesaurum nostrum se di\ertant, ad 
tractandum et concordandum cum eo de terris et tenementis prediclis 
ac de empcione bonorum et catallorum predictorum... 

Teste vege, apud Ledes, xxx° die augusti. » 

Pat. b Bic. II, part. 1, /?!. 24. 

■218 

Type de lettres patentes de pardon ^ : 

« Rex omnibus ballivis et fidelibus suis ad quos présentes litière 
pervenerint, salutem. 

1. On peut distinguer plusieurs types de lettres de pardon accordées aux 
insurgés. Celui-ci est le plus commun, et les difTérences qui le séparent 
des autres n'offrent pas grand intérêt. Il faut seulement se mettre en garde 
contre une erreur facile à commettre : le parlement de 1381-1382 obtint 
une autre sorte d'amnistie , pour les délits peu graves antérieurs au 
14 décembre 1381, et dont les auteurs ne s'étaient pas compromis dans la 



MESURES GÉNÉRALES 293 

Sciatis quod de gracia nostra speciali,et ad supplicacinnem venerabi- 
lis patris ^^'illelmi, electi Cantuariensis conlirmati, pardonavimus 
Xicholao Ffrompton, capellano, alias dicto Flromptnn, vicario ecclesie 
de Bruggewater, in comitatu Somersetie, sectam pacis nostre que ad nos 
pertinet versus ipsum, pro omnimodis prodicionibus et feloniis per 
ipsum, tempore insurreccionis quorumdam rebelliuni nostrorum contra 
paceni nostram, a primo die maii ultimo preterito usque festum 
Omnium Sanctorum tune proxime sequens, qualitercunique factis 
sive perpetratis, unde indictatus, rectatus vel occasionatus existit, ac 
eciam utlagarias. si que in ipsum biis occasionibus luerint promulg'ate, 
et firmam pacem nostram ei inde concedimus ; ita tamen quod venera- 
bilem patrem Simonem, bone memorie archiepiscopum Cantuariensem, 
nuper cancellarium nostrum, seu fratrem Roberlum Haies, priorem 
Hospitalis Sancti Johannis Jerosolimitaniin Ang-lia, tune thesaurarium 
nostrum, aut Johannem de Cavendissh, tune capitalem justiciarium 
nostrum, non interfecerit, et quod probator vel appellalor de hujus- 
modi prodicionibus vel feloniis non existât, nec a prisona evaserit 
seu recesserit. et ad eandem prisonam se non reddiderit, proviso sem- 
per quod partes dampnificate in insurreccionibus predictis quam- 
cumque accionem, per quam ad judicium vite prncedi non poterit, pro 
recuperacione dampnorum et deperditorum suorum in hac parte, ver- 
sus prefatum Nicholaum, babeant et prosequi possint, prout sibi vide- 
rint expedire. 

In cujus, etc. Teste rege, apud Westmonasterium. xvi'^ die IFebruarii. 
Per ipsum regem. » 

Pat. 5 Rie. II, part. 2, /«. 31. 

219 

Type de lettres closes ordonnant la restitution des biens confisqués sur 

un rebelle : 

« Rex dilecto sibi Thome de Bradefeld, escaetori suo in comitatu 
Cantebriggie, salutem. 

Cum, vicesimo quarto die flebruarii proxime preterito, de gracia 
nostra speciali, pardonaverimus Roberto de Brigham, de Cantebriggia, 
in comitatu Cantebriggie, sectam pacis nostre que ad nos pertinet ver- 
rébellion. Voy. Rot. Pari., III, 103, n» 33 ; n»^ xxix et xxx. Cf. Rymer, IV, 
170-171. Les lettres de grâce octroyées en raison de cette amnistie doivent 
être soigneusement distinguées de celles qui intéressent l'histoire de la 
révolte ; la banalité des formules reud les confusions aisées. 



29 î- APPK.NDlCi: Il 

sus ip?um, pro omnimodis prodicinnibus cl l'eloniis per ipsiim in insur- 
reccionibus a primo die maii anno repni noslri quarto usque festum 
Omnium Sanctorum tune proxime sequens qualitercumque factis sive 
perpetratis, unde indictatus, rectatus, vel accionatus existit, ac etiam 
utlag^arias, si que in ipsum occasionibus predictis forent promulg'ate, 
et lirmam pacem nostram ei inde concesserimus, ita tamen quod vene- 
rabilem patrem Simonem bone memorie archiepiscopum Cantuarien- 
sem. nuper cancellarium nostrum, seu fratrem Robertum Haies, priorem 
Hospitalis Sancti Johannis Jerosolimitaniin Anglia, tune thesaurarium 
nostrum. aut Johannem de Cavendissh, tune capitalem justiciarium 
nostrum. non interfecerit, et quod probator vel appellator de hujus- 
modi prodicionibus et feloniis, unde probator vel appellator superstes 
est, non existât, nec a prisona evaserit seu recesserit, et ad eandem 
prisonam se non reddiderit, prout in literis nostris patentibus inde 
confectis plenius continetur, ac idem Robertus invenerit coram nobis 
in cancellaria nostra suffîcientem securitatem de se bene gerendo erga 
nos et populum nostrum juxta formam statuti inde editi et provisi, et 
licet idem Robertus de quibusdam mesprisionibus per ipsum, tempore 
insurreccionis predicte, in comitatu predicto factis. indictatus. et post- 
modum ea occasione in exigendis positus fuerit, per quod omnia bona 
et catalla sua nobis sunt de jure forisfacta, pro eo tamen quod 
idem Robertus minime utlagatus existit, sicut per tenorem recordi et 
processus coram nobis inde habitorum, que coram nobis in cancella- 
ria nostra venire fecimus, plene liquet, videtur nobis ac justiciariis 
nostris et aliis peritis de consilio nostro quod est juslum et consonum 
racioni quod omnia terre et tenemenla predicti Roberti, que occasione 
exigendorum predictorum per le, ut dicitur, capta fuerint in manum 
nostram, eidem Roberto restituantur et intègre liberentur. Tibi preci- 
pimus quod eidem Roberto terras et tenementa predicta cum pertinen- 
ciis, una cum exitibus et proficuis inde a predicto vicesimo quarto die 
tï'ebruarii provenientibus, si ea occasione et non alia in manu nostra 
existant, sine dilacione, libères... 

Teste rege, apud ^^'estmonasleriam, xii" die octobris. « 

Clans. 6 Hic. II, pari. 1. m. 16. 



GLOSSAIRE DES DOCUMENTS 



Bakere. Boulanger. 

Barkeh. Tanneur. 

Baxstere. Pâtissier. 

BoKELER. Bouclier. 

Brace. Orge préparée pour faire de 
la cervoise. 

Brewere. Brasseur. 

Burc/are. Commettre des actes de 
brigandage. (Voy. Burgaria dans 
Du Gange.) 

Ciiaundeler. Chandelier. 

(Uiinpiitatoriuin. Comptoir de shérifT, 
à Londres. iVoy. les textes publiés 
par Biley, Memorials of Lonrlon, 
p. 413 et' 416.) 

Draperescraft. Métier de la dra- 
perie. 

Dyere, Dyester. Teinturier. 



Fisn.MOXGER. Marchand de poissons. 

Flessuewere. Boucher. 

Forke. Fourche. 

IIoLXTAYS. Cri. (Voy. Huesiiini dans 
Du Cange.) 

Jakke de velewet. Jaque de ve- 
lours. 

Ly.mbrexxere. Chaufournier. 

Paxy'armax. Panetier? 

PoLLAX. Fer de lance. (Voy. Pollex 4 
dans Du Cange.) 

RowTE. Routier. (Voy. Du Cange 
aux mots rumpere, rutarius.) 

Sadelere. Sellier. 

SoiTERE. Cordonnier. 

Webbe, WEBSTER. Tisseraod. 

Wryght. Charpentier. 



TABLE DES REFERENCES 



A. — DOCUMENTS INEDITS 

Tous les documents inédits sont empruntés au Public Record O/pce, sauf 
indication contraire *. 



B. — DOCUMENTS IMPRIMES 

I. CHRONIQUES 

Annales monasterii de Bermundeseia, édit. II. -R. Luard, dans : Annales 

nionastici, vol. III. (Rolls Séries, n" 36.) Londres, 1860. 
Annales pi'ioi'atus de Dunsfaplia, ibidem. 
Capgrave. Chronicle of England, édit. F.-C. Hingeston. (R. S., n" 1). 

Londres, 1858. 
— Liber de illusfribus Henricis, édit. Hingeston. (R. S., n« 7.) Londres, 18o8. 
Chronica monasterii de Melsa, édit, E. A. Rond. (R. S., n" 43.) Londres, 

1866-1868, 3 vol. 
Chronicon Angliœ, ab anno 1328 usque ad annum 1388, auctore monacho 

quodam Sancfi Alhani, édit. E. Maunde Thompson. (R. S., n» 64). 

Londres, 1874. 



1. N. B. — Les actes de la clianeellerie anglaise étaient transcrits il ordinaire sur des rôles on rouleaux 
de parchemin, divisés en membranes. Les rôles portent une cote, qui peut consister en une indication 
chronologique (exemple : Coram rege, Easter 8 Rie. II, c'est-à-dire rôle du terme de Pâques de la 
huitième année de Richard II). Plusieurs rouleaux portent parfois la même cote de rôle, et composent 
alors les parties de ce rôle (exemple : Patent 4 lîic. Il, part. 2). Les membranes sont numérotées 
à la file. Dans certains rouleaux se présentent successivement deux séries de membranesi 
numérotées toutes deux à partir du chiffre I (exemple : Coram ref/e, Trin. 5 Kic. II, meinhrane 30 
(le la ê" série). Il peut arriver aussi que plusieurs membranes cousues ensemble n'en forment théorique- 
ment qu'une seule, avec un seul numéro; en ce cas, André Réville, pour faciliter les recherches, a dis- 
tingué dans cette membrane, soi-disant unique, plusieurs parties (exemple : Assize Itolls, N. 2, 29, 6, 
membrane 9, partie 2). 



298 TABLE DES UÉFÉHE.NCES 

(Chronique (lu relujieux de Saint-Denyx, édit. Bellaguet. (Documents inédits.! 

Paris, 1830-1832, 6 vol. 
Cnitthon. Voy. Knigiiton. 
Eulogium hhtoriarutn aive temporis a. monacho qiiodam Malmcshiriensi 

exaratum, édit. F. S. Havdon. La Conlinuatio Eulogii se trouve dans le 

vol. III. (R. S., n« 9.) Londres, 1858-1863, 3 vol. 
Froissart. Chroniques. 1° Édit. Kervyn de Lettenhove (complète . Bruxelles, 

1863-187", 27 vol. — 2" Édit. Siméon Luce et Gaston Raynaud (en cours 

de publication pour la Société d'Histoire de France.» Paris, 1800-1897, 

10 vol. 
Gesta abhalum. Voy. Walsingham. 
IIemingbirgu. Walteri de Heminghurrjh vulgo Hemingford Chronicon, édit. 

H.-C. liamilton. i Eno-lish historical Society.) Londres, 1848-1849, 2 vol. 
Historia anglicana. Voy. Walsingham. 
Histnria vilœ et regni Ricardi II a monacho quodani de Eveshani consignata, 

édit. Ilearne. Oxford, 1720. 
Kmghtox ou Cnittuox. Chronicon Henrici Knighton tel Cnitlhon, mojiachi 

Legcestrensis, édit. J.-R. Lumby. (R. S., n» 92.) Londres, 1880-189o, 

2 vol. 
Malverne (Jolia. (Jironique, édit. J.-H. Lumby, dans Polgchronicon 

Ranulphi Higden, vol. IX. (R. S., n» 41.) Londres, 1886. 
PoLYDORE Vergil. Poli/doi'i VergiUi Urhinatis Anglican his(ori,-p lihri viginti 

sex. Bàle, lb46. 
Thorne. Chronica Guillielmi Thorne, ?nonachi Sancd Augusiini Cantuaris-, 

de rehus gestis aLhalnm Sancli Augustini Canlunria', dans : Iliatorne angli- 

canse scriptores decem. Londres, 1652. 
UsK (Adam de). Chronicon Adœ de Usk, édil. E. Mauade Thompson. (Royal 

Society of littérature.) Londres, 1876. 
Vita Ricardi. Voy. Historia ritse etc.. 
Walsingham i Thomas i. Gesia ahhatum monasierii Sancti Albani, a Thomn 

Walsingham compilala, édil. H. T. Riley. (R. S., n» 28.; Londres, 1807- 

1869, 3 vol. 
— Historia anglicana, édit. 11. -T. Riley. iR. S., n« 28.) Londres, 1863-1864, 

2 vol. 

Wykes (Thomas). Chronicon Thomre Wgkes, édit. Il.-R. Luard, dans : 
Annales monasiici, vol. IV. (R. S., n" 30.; Londres, 1860. 

IL TEXTES LITTÉRAIRES ET TH ÉOLOGIlJLES 

CnAicjEU. The complète works of Geoffrey Chaucer, édit. W.-W. Skeat. 

Oxford. Clarendon Press, 1894-1807, 7 vol. 
English and scottish popular ballads, édit. F.-J. Chdd. Boston, 1882-1888, 

3 vol. 



TAliLE DliS RÉFÉRENCES 299 

Fasciculi zizanioriini, édit. W.-W. Shirley. R. S., a" o.i Londres, 18o8. 
L.vxGLAND (William]. The vision of Willinin concerning Piers Plowinan, 

édit. W.-W. Skeat. (Early English lext Society.) Londres, 1867-iS8o, 

;j vol. 
Polilical poems anrJ soiifjs (A collection of , relaling (o Englisli hialori/ 

from the accession of Edward III to the reirjn of Henry VIII, 

édit. Th. Wright. (R. S., n" 14.) Londres, 18o9-l861,2 vol. 
WvcLiFFE (John). Johannis Wycliffe Tractatus de civili dominio liber pri- 

mus, édit. R. Lane Poole. ' Wyclif Society. ■> Londres, 188a. 

III. HECl KILS ET INVENTAIRES DE DOCl MENTS 

BiJjliotheca lopofjrapJiica Britannica. Londres, ITTO-nOo, 10 vol. 
Calendar of the episcopal Records preserved in the Miinimenf roorn of the 

Palace at Ely, par A. Gibbons. iPrinted for private circulation.) Lincoln, 

1891. 

Calendar of the Patent rails of the reignof Edward III. Vol. I, 1327-1330. 
Vol. II, l330-i33i. (Calendars of State papers.) Londres, 1891-1893. 

Calendar of the Patent rolls of the reign of Rie/tard II, 1377-138 1 . (Calen- 
dars of State papers.) Londres, 189o. 

Calendariuin inquisitionuni post morteni.\o\.l\\, tentporibiis reguni Rie. II 
et Ilenr. IV. (Record Commission.) Londres, 1821. 

Concilia Magnae Britannisp et Iliherniie. édit. Wilkins. Vol. Ili. Londres, 1737. 

Cnroners' Rolls (.Select cases from the, a. D. 1 2()o-l4l3, édit. C]h. Gross. 
Selden Society., Londres, 1896, 

Fœdera, conventiones, litterœ et... acla puhlica..., recueillis par Thomas 
Rymer. 1" r!.dition de La Haye, 1739-1745, 10 vol. 2° Édition de la 
Record Commission. Londres, 1816-1869, 7 vol. 

Ili-ttorical jnannscripts (First report of the royal commission on\ Londres, 
1870. 

Liber albiis, édit. H. -T. Riley, dans : Miinimenla CildhalUe Londoniensis. 

Vol. I. (R. S., n° 12.) Londres, 18o9. 
Memorials of London, édit. II. -T. Riley. Londres, 1808. 
Memorials of Saint-Edmund's abbey. édit. Th. Arnold. (R. S., n° 96.) 

Londres, 1890-1896, 3 vol. 
Monasticon anglican um, par W. Dugdale. Nouvelle édition, par J. Calev, 

H. ElHs, B. Bandinel. Londres, 1817-1830, 6 vol. 
Rotuli parliamenforum ut et petitiones et placita in parlianiento. S. 1. n. d. 

[1770], 6 vol. Index, 1832, 1 vol. 

Rymeu. Voy. Fœdera. 

Select Charters illiistrative of English cnnstitutinnnl Ilislori/. édiL W. Stnbl)s' 
Oxford, 1893 (8« édition). 



300 



TABLE DES REFERENCES 



Select pleas in mannrinl niul other scû/norial courfs, édit. F.-W. Maitland. 

Vol. I, Reigns of Ilenrij III and Edivard I. (Selden Socielv.) Londres, 

1889. 
Slatiifes ofthe realm. S. 1., 1810-1828, Il vol. 



C. — OUVRAGES 

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Londres, 1892-1893 (2« édition). 

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s. d. (8« édition). 
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— Les Anglais au moyen âge. La vie nomade et les routes d'Angleterre au 
A'/F"^ siècle. Paris, 1884. — Édition anglaise : English wayfaring life in 
the Middle âges (A'/V' centurg), translated from the french l)y Lucv 
Toulniin Smith. Londres, 1889. 

— Les Anglais au moyen âge. L'épopée mystique de William Langland. 
Paris, 189.3. — Edition anglaise : Piers Plowman, a contribution to the 
history of English mysticism. Londres, 1894. 

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302 



TAliLE DES HEP'EKENCES 



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